SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La Campagne de Mou’tah

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fit face au danger de l’ennemi intérieur jusqu’en l’an 5 de l’Hégire avec :

1 – Qouraysh, au sud de Médine,

2 – Ghatafan et les autres tribus ennemies du Najd, à l’est de Médine,

3 – Les juifs de Khaybar, au nord-est de Médine.

 

Mais après la bataille d’al-Ahzab (les Coalisés), les Musulmans, ainsi que leurs ennemis, se rendirent compte du début de l’enracinement de la nouvelle religion en Arabie. Ghatafan, qui participa avec six mille hommes dans cette bataille resta à l’écart.

 

Quant à Qouraysh, ils signèrent en l’an 5 de l’Hégire, la trêve d’al-Houdaybiyah qui stipulait l’arrêt des hostilités pour une durée de dix années avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). C’est donc grâce à cette trêve que les Musulmans firent face aux menaces juives d’un côté et qu’ils appelèrent à l’Islam d’un autre côté, les rois du Moyen-Orient.

Aussi, c’est grâce à Houdaybiyah que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pu enfin s’occuper de la menace représentée par la présence byzantine en Syrie.

 

C’est après l’assassinat à Dzat at-Talh de quinze de ses Compagnons, qu’il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) décida d’envoyer en Syrie une force militaire de 5000 hommes afin de dissuader Byzance et ses alliés Arabes de toute tentative visant à attaquer ou à agresser les Musulmans.

 

L’armée put franchir la frontière syrienne du côté de la ville de Ma’an et arriver à Karak ou se déroulera la bataille historique de Mou’tah, du nom du village voisin.

Les féroces combats durèrent six jours et après la mort de leurs trois chefs, les Musulmans se retirèrent en ordre de la bataille grâce au génie militaire de Khalid Ibn al-Walid. Après avoir fléchis, ils reprirent le dessus et se retirèrent devant l’anarchie de l’armée byzantine qui vint à leur rencontre au nombre de deux cents mille hommes.

 

Avant d’entrer dans les détails de la bataille de Mou’tah, il est nécessaire de donner un bref aperçu historique sur les Arabes et les Romains et les Byzantins en Syrie[1].

 

Les Arabes

 

Les Arabes vivaient dans cette région depuis plusieurs siècles bien avant l’apparition des Hébreux[2]. Les historiens rapportent le nom de Sindibou, un roi Arabe qui vécut en 853 avant ‘Issa Ibn Maryam[3]. Ils mentionnent aussi le nom de la reine Zabibi, qui vécut en 738 avant ‘Issa Ibn Maryam[4] et celui de la reine Samshi[5] qui s’alliée au roi de Damas contre les Assyriens.

 

D’autre part, il semble que ces rois étaient des Amalécites ; une peuple qui donna, beaucoup plus tard, les Odenath (al-‘Outhayna) qui formèrent alors une puissance nomade dans la région, 70 ans avant ‘Issa Ibn Maryam. Le royaume des Odenath s’agrandit au fil du temps et assimila à son apogée, le royaume de Tadmir (Palmyre) et purent chasser les Romains de l’Orient durant le règne de ‘Outhayna Ibn ‘Outhayna et son épouse Zaynoubia (Zénobie).

 

Nous pouvons ainsi diviser la présence arabe en Syrie en trois périodes :

1 – Avant l’apparition des Hébreux.

2 – Avant l’ère de ‘Issa Ibn Maryam et après l’apparition des Hébreux.

3 – Après le début de l’ère chrétienne et jusqu’à l’avènement de l’Islam.

 

Avant l’apparition des Hébreux

 

La première période commença avec le règne des rois de ‘Ad cependant rien n’a été trouvé, du moins jusqu’à maintenant, pour pouvoir situer avec exactitude le début et la fin de cette période. Les chroniqueurs musulmans rapportent le nom de Shaddad Ibn ‘Ad Ibn ‘Awad (ou ‘Iwad) Ibn Iram Ibn Sem Ibn Nouh (Noé).

 

Après ‘Ad, on trouve un deuxième peuple, les Amalécites qui avaient déjà un roi pour l’Egypte et la Syrie en 3500 avant ‘Issa Ibn Maryam.

 

Avant l’ère de ‘Issa Ibn Maryam

 

La deuxième période correspond à l’apparition des Nabatéens, à la fin du sixième siècle avant l’ère de ‘Issa Ibn Maryam qui eurent dix-sept rois.

Le premier du nom d’al-Harith I, le roi de Pétra, régna à partir de 169 avant ‘Issa Ibn Maryam et le dernier Malik III dont le règne débuta en 101 après ‘Issa Ibn Maryam et prit fin en 106, date de la chute de Pétra et de l’annexion du royaume nabatéen à l’Empire romain par Trajan.

 

Après le début de l’ère chrétienne

 

La troisième est celle des Odenath qui prirent Palmyre comme capitale. Les sujets de ce royaume étaient formés d’un mélange de tribus arabes : les Amalécites, les ‘Ad, Nahd, Qouda’a, Soulayh et Halwan[6]. Finalement, la puissance de Palmyre fut brisée par l’empereur Aurélien en 273 après le début de l’ère chrétienne[7].

 

Durant cette même période, le royaume de Qouda’a dépendit en réalité de l’Empire romain. De plus, sa superficie, comparée au royaume des Odenath ou des Ghassassinah, était trop petite. Quant au déclin des Qouda’a, il est du à leurs cousins, les Ghassassinah, qui s’en chargèrent à la fin du troisième siècle avant ‘Issa Ibn Maryam[8]. C’est ainsi que le pouvoir des Bani Himyar passa aux Bani Kahlan.

 

Les Ghassassinah et l’empire romain

 

Bien que la Syrie dépendit de l’Empire romain à partir du premier siècle avant ‘Issa Ibn Maryam et malgré les difficultés des Ghassassinah, le troisième siècle après ‘Issa Ibn Maryam vit la montée de Zénobie, la reine des Odenath, qui voulait attaquer Rome. Et c’est durant le conflit de l’Empire avec les Odenath, aux environs de 248 après ‘Issa Ibn Maryam, que les Ghassassinah mirent fin au pouvoir des Qouda’a au sud de la Syrie contraignant ainsi les Romains à fermer les yeux. Et après la victoire romaine, les rois, si l’on peut dire ainsi, des Ghassassinah étaient désignés par l’Empire.

 

En 531, l’empire d’Orient unifia les Ghassassinah sous le règne d’al-Harith Ibn Jabilla qui aida les Byzantins contre les Perses leur permettant de récupérer ce qu’ils avaient auparavant perdu de la Syrie et de l’Asie mineure.

Mais il faudra attendre l’an 18 de l’Hégire (649) pour voir le dernier roi des Ghassassinah, Jabalah Ibn al-‘Ayham, proclamer sa conversion à l’Islam du vivant du Calife ‘Umar Ibn al-Khatab (radhiyallahou ‘anhou) qui s’empara de Damas et de toutes les provinces syriennes[9].

 

Les évènements militaires et politiques entre les batailles de Khaybar et Mou’tah

 

Après la bataille de Khaybar qui mit virtuellement fin à la présence juive en Arabie, les Musulmans craignirent le danger des tribus Hawazin du Hijaz et des confins de Najd qui avaient les possibilités de lever une armée de cent mille hommes.

 

Quant au reste des tribus arabes, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) les mit sur la défensive, surtout les tribus du Najd dont le nombre était considérable et proches de Médine qui, ne pensaient qu’a attaquer la capitale naissante de l’Islam. ; le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) les neutralisa grâce aux patrouilles et les quatre expéditions punitives qu’il organisa ; quatre contre les tribus du Najd et trois contre le Hijaz.

 

1 – La patrouille de Tourabah, an 7 de l’Hégire

 

Elle fut dirigée contre Hawazin dont les terres s’étendaient du Najd jusqu’au milieu du Hijaz et les confins du Yémen. Commandée ‘Umar Ibn al-Khattab (radhiyallahou ‘anhou), la patrouille formée de trente cavaliers prouve qu’elle n’était qu’une patrouille de reconnaissance.

 

Ibn Sa’d[10] a rapporté :

« Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) envoya ‘Umar Ibn al-Khatab à la tête de trente hommes dans le (voisinage de) Hawazin, à Tourabah (du côté d’al-Abala, à quatre nuits de marche de La Mecque). Le guide (de cette patrouille), était des Bani Hilal[11]. »

 

Bien que le nombre des Musulmans fut presque insignifiant comparée ce celui de la tribu ennemie, les Bani Nasr Ibn Mou’awiyah et les Bani Jousham Ibn Bakr (les tribus Hawazin visées par la patrouille) préférèrent prendre la fuite dès qu’ils entendirent parler de l’approche des Musulmans. Et, il suffit de connaitre la grande distance parcourue par ‘Umar (300 miles environ) pour affirmer que la défaite juive à Khaybar paralysa psychologiquement, une bonne partie des tribus arabes. Et ce fut peut-être l’une des raisons de la patrouille : connaitre les échos de la bataille de Khaybar au sein d’une partie des Arabes.

 

 

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