SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La capitulation des Juifs de Fadak

 

Avant de déclencher l’offensive sur Khaybar, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) envoya Mouhayasa Ibn Mas’oud un de ses Compagnons aux Juifs de Fadak avec une mission bien précise : proposer à ces derniers de se convertir à l’Islam, afin de devenir partie intégrante de la famille musulmane.

Cependant ces Juifs avaient presque la certitude que les Musulmans allaient échouer dans leur offensive sur Khaybar et pour cette raison ils tergiversèrent, louvoyèrent et tradèrent à répondre à la demande du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). En bref, ils ne donnèrent pas une réponse claire à Mouhayasa Ibn Mas’oud, comme s’ils attendaient des informations sur la victoire des Juifs pour annoncer leur rejet de la demande. Malheureusement, ils furent surpris par la défaite de leurs proches devant le fort Na’im si bien qu’ils furent démoralisés et concilièrent en définitive les Musulmans avec la moitié des terres de Fadak.

 

Dans al-Maghazi, il est rapporté : « Lorsque le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se rapprocha de Khaybar, il envoya Mouhayasa Ibn Mas’oud à Fadak pour appeler les Juifs à l’Islam et les effrayer par une expédition comme celle de Khaybar.

Mouhayasa a dit: « J’ai passé deux jours chez eux à attendre. On dirait qu’ils attendaient quelque chose et disaient : « A an-Natat, il y a ‘Amir, Yassir, ‘Oussayr, al-Harith et Marhab, le seigneur des Juifs. On voit mal comment Muhammad peut se rapprocher de leurs Excellences ; il y a (à Khaybar) dix-mille combattants. » Quand je vis leur malveillance, je voulus partir mais ils me dirent qu’ils allaient envoyer avec moi des hommes qui signeraient un accord de conciliation. Les Juifs pensaient encore que ceux de Khaybar étaient encore bien retranchés mais quand on les informa de la débâcle du fort an-Na’im, ils perdirent espoir et dirent enfin à Mouhayasa : « Ne répète pas ce que nous t’avons raconté et nous te donnons les bijoux de nos femmes. » Mais Mouhayasa leur répondit qu’il informerait le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sur tout ce qui s’était passé ce qu’il fit dès son retour avec une délégation juive dirigée par Noun Ibn Youshou’, un de leurs notables. »

 

Cependant, les historiens diffèrent quant à la manière de la capitulation de ces Juifs. Certains dirent que les Juifs signèrent la conciliation en ces termes : leurs vies sauves contre leurs biens et leur départ de Fadak et d’autres rapportèrent par contre, qu’ils proposèrent au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur départ avec leurs biens mais que cette proposition fut rejetée.

 

Après le refus du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), les Juifs de Fadak prirent la décision de prendre les armes et de résister mais l’émissaire Mouhayasa Ibn Mas’oud leur conseilla d’être raisonnables car les Musulmans étaient beaucoup plus puissants. Ceci les dissuada suffisamment surtout après la défaite retentissante du fort an-Na’im et les amena à demander un traité de conciliation au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui accepta cette fois car les termes du traité donnait la moitié des terres de Fadak au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et l’autre moitié aux Juifs[1].

 

Tout ceci se conclut sans que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’eut besoin d’envoyer des troupes. Et ainsi, les Juifs de Fadak échappèrent à une expulsion certaine et continuèrent à travailler leurs terres jusqu’au moment où ‘Umar Ibn al- Khattab (radhiyallahou ‘anhou) les expulsa vers la Syrie[2] avec ceux de Khaybar.

 

La défaite des Juifs d’al-Qoura

 

Cette agglomération, située entre Khaybar et Médine, dans une région agricole, était habitée par des Juifs qui possédaient une force militaire non négligeable. C’était peut-être cette force qui suggéra à ces Juifs de ne pas faire la paix avec les Musulmans, en plus des forts qu’ils possédaient et de leurs alliés bédouins idolâtres qui répondirent favorablement à leur appel de soutien avant même l’arrivée du Prophète (radhiyallahou ‘anhou) et de ses Compagnons[3].

 

Lorsque l’armée musulmane arriva sur les lieux, les Juifs passèrent immédiatement aux hostilités et décochèrent leurs flèches tuant sur le coup Mouda’im (radhiyallahou ‘anhou) le Mawlah du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui installait la tente. Ainsi, ils ne laissèrent pas le temps au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de leur proposer une autre solution qui aurait évité des morts inutiles.

 

La mort de l’esclave affranchi précipita aussitôt les choses et le Prophète, toujours en tant que commandant de l’armée, distribua les étendards à quatre de ses lieutenants : Sa’d Ibn ‘Oubadah, al-Houbab Ibn al- Moundir, Abbad Ibn Bishr, et Sahl Ibn Hanif afin qu’ils dirigent les opérations. Cependant, et malgré la mort d’un Musulman, il essaya une dernière fois d’éviter l’affrontement et de sauvegarder des vies humaines, en appelant les Juifs assiégés à embrasser l’Islam. Hélas, son appel fut rejeté et aussitôt après, un cavalier sortit du fort et demanda le duel aux Musulmans signifiant la fin de non-recevoir et la disposition de ses compatriotes au combat.

 

Az-Zoubayr Ibn al-‘Awwam alla donc se mesurer avec lui et le tua après un court combat. Az-Zoubayr tua un deuxième cavalier qui était sorti remplacer son Compagnon. Puis un troisième fut tué par ‘Ali Ibn Abou Talib, un quatrième et un cinquième éliminés par Abou Doujana. Les duels continuèrent au point où les Juifs perdirent en tout onze cavaliers.

A chaque fois qu’un cavalier était éliminé, un autre se présentait devant le fort et appelait un Musulman au duel, refusant ainsi les appels de conversion à l’Islam que réitérait le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Les duels entre les deux protagonistes continuèrent alors toute la journée durant laquelle le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne manqua pas d’accomplir la prière avec ses Compagnons pour revenir ensuite lancer, après chaque fin de duel, son appel à l’Islam. Mais le deuxième jour, les Musulmans déclenchèrent tôt le matin une offensive générale qui obligea vite les Juifs à déposer les armes bien avant que le lever du soleil n’atteignit la hauteur d’une lance.

 

Après la chute d’al-Qoura, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) traita ses habitants exactement comme il traita les Juifs de Khaybar et il ne tua aucun d’eux. De plus, il leur donna la permission de s’occuper des palmiers et des terres agricoles moyennant la moitié de la production agricole seulement comme il le fit pour Khaybar.

 

Enfin, selon nos investigations, aucun historien n’a mentionné si les Musulmans prirent en captivité des femmes ou des enfants. Il parait donc que ces Juifs bénéficièrent de la grâce du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Quant à Tayma’, située dans le nord-ouest de l’Arabie, ses habitants juifs envoyèrent une délégation pour demander une conciliation, après qu’ils furent informés de la victoire des Musulmans à Khaybar, à Fadak et à al-Qoura. Arrivés à Médine, les membres de la délégation proposèrent au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de verser un tribut aux Musulmans, proposition qui fut acceptée.

 

Par le versement d’un tribut, les Juifs de Tayma’ gardèrent leurs biens, leurs meubles et immeubles puisqu’ils devenaient une communauté sous la protection des Musulmans. De plus, leur statut n’était pas comme celui de l’ennemi belliqueux capitulant après une guerre ou une bataille. D’ailleurs, c’est pour ces raisons que par la suite, le Calife ‘Umar Ibn al-Khattab (radhiyallahou ‘anhou) ne se comporta pas avec eux comme il le fit avec les Juifs de Khaybar.

 

Qouraysh et l’expédition de Khaybar

 

Les Qouraysh virent que l’expédition du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) allait en fin de compte décider de l’issue du conflit qui opposait non seulement les deux camps, mais aussi celui contre tous les idolâtres de l’Arabie car, il n’y avait pas de plus grande force tant numériquement et matériellement (armes et positions) que sur le plan du courage et de l’endurance au combat qui pouvait tenir tête aux Musulmans, que celle des Juifs de Khaybar et de leurs alliés de Ghatafan.

Parce que l’issue de la bataille allait être très importante et décisive, les Qouraysh restèrent informés et discutèrent sans cesse dans leurs cercles des résultats de l’affrontement de Khaybar qui allait décrocher la victoire : les Juifs où les Musulmans ?

Les polémiques étaient tellement acharnées que les polythéistes mecquois se divisèrent en deux camps :

– Le premier, mené par Houwaytab Ibn ‘Abd al-‘Ouzzah, soutenait que la victoire serait du côté des Musulmans.

– Le second, soutenu par Safwan Ibn Oumayyah, disait par contre que les Juifs sortiraient vainqueurs de cette guerre.

Chaque camp défendait son opinion et descendait en flammes l’opinion de l’autre jusqu’au point où ils parièrent une centaine de chameaux sur l’issue de la bataille.

 

L’Imam al-Waqidi a rapporté à ce sujet :

« ‘Abd-ar-Rahman Ibn ‘Abd al-‘Aziz m’a dit que ‘AbdAllah Ibn Abou Bakr Ibn Hazm (la source d’information) fut questionné sur le pari de Qouraysh quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) marcha sur Khaybar et qu’il dit alors : « Houwaytab Ibn ‘Abd al-‘Ouzzah répétait sans cesse qu’il était certain de la victoire de Muhammad surtout après al-Houdaybiyah. »

Survint donc ‘Abbas Ibn Mardas as-Salami qui nous informa du départ de Muhammad pour Khaybar et de la préparation des Juifs qui avaient rallié toutes leurs forces et nous dit aussi que Muhammad n’allait pas en échapper. Puis il nous lança : »Qui veut parier ? Muhammad va être vaincu. »

– « Moi, je tiens le pari, » répondis-je

– « Quant à moi, je suis avec ‘Abbas, » dit Safwan Ibn Oumayyah.

Nawfal Ibn Mou’awiyyah se rangea aussi avec Safwan et ‘Abbas. Mais d’autres, cependant, vinrent se rallier à moi. Puis le pari monta jusqu’à cent chameaux, moi et mon camp disait : « Muhammad sera le vainqueur !, » et les autres : « Ghatafan (et les Juifs) sortiront victorieux ! »

(A force de polémiquer), les voix s’élevèrent. Alors, Abou Soufyan Ibn Harb dit : « Par al-Lat, je crains que le camp de ‘Abbas Ibn Mardas va perdre le pari. » Ce qui poussa Safwan à éclater de colère. Mais, plus tard, les nouvelles arrivèrent disant que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avait vaincu à Khaybar et Houwaytab remporta le pari avec ses partenaires. » »

 

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