SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La chute du fort as-Sa’b

 

Durant le siège de Khaybar, les vivres manquèrent à l’armée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à cause de la durée imprévue du siège et de la résistance juive opiniâtre.

 

Mou’attab dit : « A Khaybar, nous les Aslam[1], furent touchés par la faim car nous sommes restés plusieurs jours dans an-Natat et quand nous avons ouvert le fort, nous n’y avons rien trouvé à manger, alors, Aslam décida d’envoyer Asma la fille de Haritha au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avec ce message : « Nous sommes à bout affamés et épuisés. » Asma se rendit chez le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et lui transmis la plainte de sa tribu en ces termes : « O Messager d’Allah, Nous sommes à bout affamés et épuisés. Prie Allah pour nous. »

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pria pour nous puis il lui dit : « Par Allah, je n’ai rien pour les faire nourrir. » Ensuite, il pria à haute voix : « O Allah, ouvre-leur le plus grand fort qui contient les plus grandes quantités de vivres et de graisse. »

 

Oum Mouta’ al-Aslamiyah qui participa à la campagne de Khaybar dit : « Je vis les Aslam quand ils se plaignirent au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Ils étaient dans un état lamentable mais ils ont lutté. Je les ai vu les premiers devant le fort as-Sa’d Ibn Mou’ad qui était défendu par cinq cents combattants. Ce jour-là, le soleil ne s’était pas encore couché qu’Allah Exalté ouvrit ce fort (pour les Musulmans), (Cela ne veut pas dire que le combat fut facile) au contraire, l’affrontement fut violent[2]. »

 

Voici un autre témoignage sur la situation alimentaire durant campagne de Khaybar.

Abou al-Yassar rapporta que pendant qu’ils assiégeaient depuis trois jours le fort as-Sa’b, un troupeau de moutons appartenant à un Juif sortit un jour paitre sous les murs du fort. A la vue du troupeau, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) demanda : « Qui va nous préparer le repas? »

Abou al-Yassar répondit : « Moi, ô Messager d’Allah. » Et je suis parti en courant comme une antilope. Lorsque le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) me vit partir, il dit : «  O Allah ! Epargne-nous le afin de profiter de sa compagnie. » J’arrivais près du troupeau avant que les bêtes n’entrent et pu en capturer deux. Puis je revins en courant comme si je n’avais rien sous mes bras. »

 

Plus tard, quand Abou al-Yassar vieillit, on l’entendait souvent dire : « Ah! Je suis resté le dernier de mes Compagnons après qu’ils ont profité de ma compagnie, suite à l’invocation du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). »

 

Ceci est donc la situation alimentaire et l’état des forces des Musulmans après vingt-cinq jours de combats qui précédèrent la chute du fort Na’im. Mais leur volonté de vaincre, leur confiance placée en leur chef militaire, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), et surtout leur foi pure en Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, les poussa à assiéger le deuxième fort de la partie d’an-Natat, le fort as-Sa’b (le difficile), qui était considéré comme le plus imperméable et le plus défendu après le fort Na’im.

 

Après la chute de ce fort, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) confia l’étendard ainsi que le commandement de l’armée à al-Houbab Ibn al-Moundir al-Ansari en remplacement de ‘Ali Ibn Abou Talib al-Mouhajir qui avait dirigé victorieusement le premier siège et la première bataille et al-Houbab Ibn al-Moundir garda le commandement jusqu’à la chute du fort as-Sa’b[3].

Ce fort qui servit de retrait aux Juifs de la première ligne de défense, était défendu par cinq cents guerriers dirigés par deux chefs du nom de Youshou’ et ad-Dayal. Un demi-millier de soldats se retranchèrent donc dans cette forteresse très bien conçue pour les opérations militaires défensives avec des murs très hauts, des tours bien aménagées pour l’observation et des emplacements pour les catapultes. Un demi-millier de guerriers bien organisés en cavaliers, hommes de troupes et archers prêts à défendre leurs forts. Les archers étaient placés sur les murs et prêts à lancer leurs flèches meurtrières du haut de leur position. Quant aux cavaliers et aux hommes de troupes, ils n’attendaient que le signal de leurs chefs pour ouvrir les lourds portails et sortir livrer bataille.

 

Selon les différents témoignages des historiens, les Juifs tinrent avec acharnement leur position et résistèrent longuement aux attaques musulmanes. Ils sortirent du forts à plusieurs reprises pour stopper l’avancée des Musulmans et les poursuivre jusqu’à la limite du camp où était installé le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Cependant, leur harcèlement du haut de leurs murs eut sur leurs nerfs ce qu’ils n’avaient pas prévu et au fur et à mesure des offensives répétées régulièrement, ils sentirent le siège se resserrer de plus en plus et l’énervement ainsi que l’impatience gagner leurs rangs qui se traduisirent alors par des duels demandés par les deux chefs seulement.

Youshou’ fut le premier à sortir devant le fort et à demander un Musulman eu duel à la manière traditionnelle arabe puis, il fut suivi par ad-Dayal. Le premier combat opposa Youshou’ à al-Houbab Ibn al-Moundir et se termina par la victoire du Musulman. Quant au second combat, il vit aussi la victoire de ‘Oumara Ibn Ouqbah sur ad-Dayal.

 

La mort des deux chefs juifs causa une grande secousse chez les Juifs qui réagirent alors violemment par des tirs nourris de flèches avant d’entamer une offensive. Ces tirs furent dirigés en grande partie sur la position où se trouvait le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) mais les flèches ne pouvaient l’atteindre. Evidemment, les Musulmans répondirent aussi par des tirs mais leur puissance de feu était beaucoup moins efficace que celle des Juifs qui étaient bien protégés derrière les murs du fort.

 

Si aucun historien ne donna de précision sur les conséquences de ces tirs nourris, s’il y eut des blessés ou des victimes parmi les assaillants musulmans. Il est donc très probable que des flèches juives firent mouche d’autant plus que quelques historiens[4] rapportèrent que des Musulmans tombèrent sur le champ de bataille avant la chute du fort.

 

La réplique des assiégés juifs, après la mort de leurs chefs, fut tellement prompte et tellement violente que les Musulmans furent contraints de battre en retraite jusqu’à la position du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). De même, les Juifs faillirent même arriver à cet endroit, si ce ne fut l’intervention du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui stoppa le recul de ses Compagnons et qui réorganisa leurs rangs pour les lancer de nouveau sur les troupes juives lesquelles furent obligées à leur tour le revenir sur leurs pas et de se barricader dans le fort.

Mais, dès qu’elles remarquèrent que les Musulmans reculaient sous les jets de pierres et les tirs des archers, elles déclenchèrent une deuxième contre-attaque mais cette fois, les Musulmans firent face avec leur commandant al-Houbab Ibn al-Moundir et réussirent même à la briser.

 

Après deux jours de siège imposé sur le fort as-Sa’b, al-Houbab Ibn al-Moundir, tenant toujours l’étendard, revint le troisième jour avec ses troupes et livra une lourde bataille. Ce jour-là, les deux camps se criblèrent de flèches puis les Juifs lancèrent une puissante offensive qui obligea les Musulmans à reculer jusqu’à l’endroit où se trouvait le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Voyant la désorganisation de ses Compagnons, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) descendit de son cheval qu’il avait confié d’ailleurs à Mouda’im et les appela à faire preuve de retenue et à revenir au combat tandis qu’al-Houbab Ibn al-Moundir, à cheval faisait seul face aux Juifs.

 

Aux appels répétés du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), les Musulmans se reprirent puis rejoignirent al-Houbab Ibn al-Moundir qui ne s’arrêta pas de les haranguer. La bataille avait repris de plus bel jusqu’au recul des Juifs dans leurs retranchements. Par-dessus les murs, ils continuèrent de jeter des pierres si bien que les Musulmans s’éloignèrent de nouveau. Puis, ils chargèrent une nouvelle fois de sorte que la bataille devint plus acharnée. Les Musulmans perdirent alors trois des leurs mais Allah Exalté Très-Haut vainquit les Juifs. »

 

Al-Waqidi rapporta un témoignage identique dans son œuvre al-Maghazi, avec toutefois des informations sur les pertes musulmanes et juives (hélas! non exhaustives).

 

Les troupes juives se replièrent et se barricadèrent derrière les portails après leur dernière contre-attaque avortée gagnés par un début de démoralisation et de désorganisation. Profitant de cette nouvelle situation, al-Houbab Ibn al-Moundir déclencha une offensive qui s’avéra opportune et efficace car elle se termina par l’occupation du fort.

 

Les Musulmans, cette fois, purent capturer des juifs et trouvèrent même des stocks d’armes et de vivres. Ces vivres vinrent au bon moment car l’armée musulmane commençait à manquer sérieusement de provisions à cause du siège qui prit plus de temps que prévu. Quant au matériel de guerre, les Musulmans trouvèrent dans ce fort des quantités importantes de lances, sabres, flèches, boucliers, cuirasses, etc. ainsi que des engins de guerre, des catapultes et des chars servant à protéger les soldats des flèches et des lances de l’ennemi placé sur les murs des forts.

Cependant lorsqu’ils occupèrent la forteresse, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre à un héraut de demander aux combattants musulmans vainqueurs de ne rien prendre sauf quoi manger pour eux et leurs bêtes.

 

Al-Waqidi décrivit l’offensive sur le témoignage d’Abou Sabra qui a dit : « Puis notre Compagnon (al-Houbab) a chargé et nous avec lui si bien que nous avons contraint les Juifs à reculer dans le fort et avons profité de l’occasion pour y entrer avec eux. Ils ressemblaient à un troupeau de moutons. Nous tuâmes ceux qui essayèrent de nous barrer la route et nous capturâmes plusieurs d’entre eux. Les autres s’enfuirent et nous les avons laissés ni n’avons cherché à les capturer. Ensuite, les Musulmans montèrent sur les murs (du fort) et lancèrent longuement le Takbir. Je vis les jeunes hommes d’Aslam et de Ghifar (deux tribus) sur le fort en train de lancer le Takbir.

Puis nous avons trouvé, par Allah Exalté, ce que nous ne croyions pas trouver en quantité : de l’orge, des dattes, du beurre fondu et salé, du miel, de l’huile, et de la graisse. Tout cela en grandes quantités ! »

 

Selon Oum ‘Oumara qui aussi fit la campagne de Khaybar, les Musulmans trouvèrent dans ce fort des quantités très importantes de vivres et de provisions que plus d’un mois ne suffirent pas à consommer.

 

Avec la chute de ce deuxième fort, la balance montra clairement que les Musulmans étaient plus forts et surtout plus décidés à en finir de la résistance juive. Quant à ces derniers, ils furent peu à peu envahis par le désespoir après qu’ils crurent évidemment, avant la bataille, que leurs troupes allaient repousser victorieusement l’armée de Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Mais, c’était sans compter avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

D’autre part, les écrits des chroniqueurs et historiens ont rapporté l’existence d’autres forts dans an-Natat mais qui étaient de très faible importance militaire. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), pour être à l’abri de toute mauvaise surprise, détacha pour ces forts des éléments dont la mission était d’inspecter et de surveiller surtout les sorties.

 

Selon al-Waqidi, les Juifs se replièrent dans la forteresse az-Zoubayr après la chute des forts, Na’im et Sa’d Ibn Mou’ad. Cependant le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), avant de déplacer son armée vers le nouvel objectif, désigna quelques hommes pour surveiller les entrées des autres forts d’an-Natat dans lesquels restaient quelques éléments disséminés[5].

 

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