SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

L’arrivée à Khaybar

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) demanda à ‘Amir Ibn al-Akwa’ de chanter pour accélérer la marche des chameaux. ‘Amir céda effectivement à la demande de son Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et chanta des vers.

Les historiens rapportèrent que ce chant plu au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui, par conséquent, lui dit : « Qu’Allah t’accorde Sa miséricorde. » Et à chaque fois que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) disait cela à quelqu’un, ce dernier tombait Shahid sur le champ de bataille. Et c’est ce qui arriva à ‘Amir Ibn al-Akwa’ à Khaybar.

 

Durant ce trajet aussi, une partie de son armée commença à prier et à prononcer le Takbir à haute voix, ce qui fit dire au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « O gens, épargnez vos voix. Vous n’êtes pas en train de prier un sourd ou un absent. »

 

Lorsque l’armée se rapprocha de Khaybar, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre de s’arrêter puis fit cette invocation : « O Allah, Maitre des cieux et des terres, Maitre des démons et des vents, nous te demandons de nous octroyer les biens de cette agglomération et les biens de ses habitants. Nous te demandons aussi de nous protéger contre leurs méfaits. » Puis, il s’adressa à ses Compagnons et leur dit : « Avancez au nom d’Allah[5]. »

Les Musulmans arrivèrent à Khaybar en pleine nuit cependant, aucun Juif ne remarqua la présence des Musulmans, malgré l’état d’alerte maximale. Cette nuit, tous les Juifs dormirent d’un profond sommeil et ne se réveillèrent que lorsque le soleil était déjà bien haut dans le ciel pour apercevoir les mille quatre cents combattants menés par Muhammad, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) voulut surprendre son ennemi en pleine obscurité mais, il s’abstient car lui et ses Compagnons ignoraient le terrain et l’offensive ne se déclencha que dans la matinée. Avant l’affrontement le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), en tant que chef militaire, donna sa dernière recommandation : « Ne cherchez pas la rencontre directe avec l’ennemi. Demandez plutôt à Allah Exalté la sécurité : vous ne savez ce qui peut vous arriver. Mais si vous le rencontrez, dites alors : « Allah tu es notre Maître comme le Leur. Nos têtes et leurs têtes sont entre Tes mains. C’est Toi qui les tue. »

 

Les forts de Khaybar

 

Khaybar comportait deux parties qui possédaient plusieurs forts dont cinq importants ou se livrèrent la plus violente bataille :

– Le fort « Na’im » qui fut le premier à être pris d’assaut par les Musulmans et devant lequel fut tué son chef Marhab.

– Le fort « as-Sa’d Ibn Mou’ad, » le plus important fort qui tomba entre les mains des Musulmans et qui recelait des quantités impressionnantes d’armes et de vivres.

– Le fort « citadelle d’az-Zoubayr. »

– Le fort « Oubay. »

– Le fort « an-Nazzar » appelé aussi « al-Bazat. »

 

Les trois premiers forts se situaient dans la zone appelée an-Natat. Quant aux deux derniers, ils se situaient dans la zone ash-Shaq. Ces cinq forts formaient au début de la bataille la première ligne de défense juive.

 

Dans la deuxième partie, il y avait aussi des forts et les plus importants étaient au nombre de trois seulement.

– Le fort « al-Qamous » appartenant aux Banou Abou al-Houqayq des Banou an-Nadr.

– Le fort « al-Watih. »

– Le fort « as-Salalim. »

Ces trois forts se rendirent sans livrer bataille malgré les troupes qui s’y trouvaient et les armes dont elles disposaient.

 

La bataille

 

Au début donc de la matinée, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) proposa d’abord aux Juifs de rallier la famille de l’Islam.

La demande du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut présentée aux Juifs par ‘Ali Ibn Abou Talib mais ces derniers refusèrent.

 

D’après al-Boukhari, ‘Ali fut le premier chef à demander aux Juifs d’embrasser l’Islam. Selon al-Boukhari toujours, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) convoqua ‘Ali et lui donna l’étendard. Ce dernier profita du moment et lui demanda : « O Messager d’Allah, dois-je les combattre jusqu’à ce qu’ils deviennent musulmans comme nous ? »

– « Reste calme jusqu’à ce que tu les invites à embrasser l’Islam, par Allah, mieux vaut un homme qu’Allah guide[6], » lui répondit le Prophète       (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Après le refus des Juifs, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre de mobilisation générale et répartit les commandements comme dernières mesures avant la bataille.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avait ce jour un étendard nommé al-‘Iqab (de couleur noire) sur lequel était écrit « Il n’y a de divinité qu’Allah, Muhammad Messager d’Allah. » Il distribua aussi quatre autres étendards dont deux à Abou Bakr as-Siddiq et ‘Umar Ibn al-Khattab représentant les Mouhajirine et les deux autres à Sa’d Ibn ‘Oubadah et à al-Houbab Ibn al- Moundir[7]. Il constitua aussi un détachement pour garder le camp pendant la campagne afin de prévenir toute surprise dont il donna le commandement à ‘Umar Ibn al- Khattab[8] tandis que la responsabilité du camp fut confiée à ‘Uthman Ibn ‘Affan[9].

Selon les historiens, la première action militaire décidée et exécutée fut l’occupation des vergers par les Musulmans ou ils coupèrent quatre cents palmiers au total dans les jardins occupés qui se situaient dans an-Natat avant de s’arrêter sur ordre du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Après avoir désigné le premier objectif militaire à attaquer, le fort Na’im, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) participa lui-même aux opérations offensives. Devant ce fort, un violent accrochage dura la journée, jusqu’à la tombée de la nuit et toutes les tentatives des Musulmans de prendre d’assaut le fort se soldèrent par des échecs.

Les Juifs montrèrent ce premier jour une réelle volonté à défendre leur citadelle au point où ils ouvrirent même les portes du fort et sortirent combattre sous le commandement d’Abou Zaynab, le frère de Marhab une première fois et de ‘Oussayr, un membre de la famille Marhab, une deuxième fois. La riposte de ce dernier fut tellement dure que les Musulmans se retirèrent du champ de bataille[10].

 

A la fin de cette journée, les Musulmans comptaient dans leurs rangs cinquante blessés qui furent évacués le jour suivant vers un centre de soins aménagé près de la vallée d’ar-Raji’. Le premier Shahid à Khaybar fut Mahmoud Ibn Maslamah qui succomba trois jours plus tard à sa grave blessure après l’offensive sur le fort Na’im.

 

Pendant ce premier jour, aussi où les Musulmans rencontrèrent beaucoup de difficultés, un des Compagnons Ansar, al-Houbab Ibn al- Moundir, remarqua que l’emplacement du poste de commandement du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’était pas stratégiquement disposé.

Avant de tirer cette conclusion, il inspecta d’abord les lieux et remarqua que les forts d’an-Natat se trouvaient très élevés de ce côté-là et que le camp des Musulmans était installé sur un terrain découvert si bien que les flèches de l’ennemi l’atteindrait facilement. De plus, ce terrain était infectieux à cause des palmiers et de l’abondance des eaux qui étaient aussi des sources d’épidémie. Après ses observations, il alla faire part de son inquiétude au Messager de d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en lui disant :

– « O Messager d’Allah, tu as campé ici ! Si c’est un ordre d’Allah, je ne dirais rien mais si c’est une idée de toi, je peux parler. »

– « C’est plutôt une idée, » lui répondit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

– « O Messager d’Allah, tu t’es trop rapproché du fort et tu as installé le camp entre les palmiers et les sources d’eau. De plus, je connais les habitants d’an-Natat. Ils sont très habiles dans le tir à l’arc et de ce côté, ils ont une position idéale. Enfin, je crains une attaque de nuit. O Messager d’Allah, je te demande de déplacer ton camp loin des infections et des flèches. »

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) adopta aussitôt la proposition de son compagnon en lui disant : « C’est une bonne idée. Nous changerons la place du camp après la tombée de la nuit. »

Puis tout en poursuivant le combat, il demanda le Compagnon très connu Muhammad Ibn Maslamah, le chef de sa garde et lui demanda de chercher un autre emplacement pour le camp de l’armée en l’informant de ce qui avait dit al-Houbab.

 

Muhammad Ibn Maslamah passa immédiatement à l’action, laissa le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dans la bataille et revint un peu plus tard pour lui dire qu’il avait trouvé l’endroit idéal près de la vallée d’ar-Rajî’[11].

 

A la tombée de la nuit, après la fin des combats, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre aux troupes de lever le camp et d’aller le placer à l’endroit choisi, près de la vallée d’où partirent désormais les combattants musulmans pour les forts d’an-Natat et ne revenaient qu’à la tombée de la nuit après avoir combattu toute la journée. C’était là aussi où furent soignés la cinquantaine de blessés du premier jour des hostilités.

 

D’autre part, pendant le siège du fort Na’im, un esclave Abyssin des Juifs se convertit à l’Islam après avoir rencontré le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) puis mourut au combat juste après sa conversion sans même avoir accompli une seule Sajdah. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit alors que ce martyr avait été accepté au Paradis.

 

Les livres d’histoire ont retenu le nom de cet esclave abyssin qui appartenait à ‘Amir, l’un des cinq seigneurs de Khaybar, qui s’appelait Aslam et était un berger. Quand il vit les Juifs se préparer à la guerre, il demanda ce qui se passait. On lui avait répondu alors qu’ils allaient livrer combat contre celui qui se prétendait être prophète.

 

Lorsque le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) arriva avec ses compagnons près de Khaybar, cet Abyssin vint le trouver et lui dit : « O Muhammad, que dis-tu donc, et à quoi appelles-tu les gens ? »

– « J’exhorte les gens à embrasser l’Islam, que tu attestes qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que je suis le Messager d’Allah ainsi que tes prières ne soient que pour Allah. »

– « Et que gagnerais-je si j’atteste cela et si je crois en Allah Tout-Puissant et Très-Haut ? »

– « Tu auras le Paradis si tu meurs Musulman. »

Sur ces paroles seulement, il embrassa l’Islam.

Ensuite, cet Abyssin dit au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « O Messager, ces moutons (parce qu’il était venu avec son troupeau) sont un dépôt chez moi. Que dois-je en faire ? »

– « Fais-les sortir du camp puis éloigne-les avec des pierres et en criant, ils retrouveront leur maitre, par la volonté d’Allah Tout-Puissant et Très-Haut. »

Ce qu’ils firent exactement comme dit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Quand cet Abyssin, devenu Musulman vit ‘Ali Ibn Abou Talib aller au champ de bataille, il l’accompagna et combattit jusqu’à ce qu’il fut tué par les Juifs. Ramené au camp, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), en le voyant mort dit alors : « Allah Exalté a honoré cet esclave en le guidant au bien. J’ai vu près de lui deux Houris, bien qu’il n’a pas accompli une seule Sajdah[12]

 

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