SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La réaction de Khaybar

 

Depuis trois ans, c’est-à-dire depuis l’échec de la campagne des Coalisés, les Juifs s’attendaient à une réplique vigoureuse de la part des Musulman et sur la base de cette prévision réaliste, ils se préparèrent ignorant seulement quand les troupes musulmanes se mettraient en mouvement.

 

Cependant, grâce aux informations envoyées par les hypocrites médinois, ils sonnèrent l’alerte générale sur une très large échelle et avec plus de sérieux qu’auparavant. Ils rassemblèrent toutes leurs forces militaires et prirent toutes les dispositions qu’ils voyaient nécessaires pour contrer l’armée de Muhammad.

 

Bien que leurs forces militaires étaient supérieures sur tous les plans à celles des Musulmans, ils adoptèrent l’aspect défensif et en plus des forts et des citadelles qu’ils renforcèrent par des travaux supplémentaires, ils choisirent deux lignes de défense ; la première constituée par les forts et les citadelles qui se trouvaient à l’avant et la seconde ligne, constituée par les autres forts et les autres citadelles qui se situaient en arrière. Dans les premiers, ils ne laissèrent que les hommes armés et dans les seconds, ils installèrent les femmes, les enfants et stockèrent de grandes quantités de vivres afin de pouvoir résister le plus longtemps.

 

Lors de la réunion de leur conseil militaire, les seigneurs de Khaybar se divisèrent en trois groupes : le premier groupe opta pour le retranchement des troupes derrière les fortifications et l’organisation de la résistance sur les murs des forts en argumentant qu’avec le temps, les Musulmans se lasseraient et finiraient par se retirer sans livrer bataille à cause de l’imperméabilité des forts et du nombre de leurs guerriers qui s’y trouvaient.

 

Quant au second groupe, il avança l’idée qu’au lieu de se retrancher derrière les murs et attendre les Musulmans, les troupes devraient sortir à l’extérieur et engager le combat, un combat rapide, qui trancherait promptement sur l’issue du conflit.

Al-Harith[11], surnommé Abou Zaynab, un de leurs grands chefs militaires qui commandait ce groupe dit dans son exposé : « J’ai remarqué que tous ceux qui se sont retranchés derrière leurs murs ont été vaincus par Muhammad qui décida ensuite de leur sort ; la captivité ou la mort. » Puis il expliqua les avantages du combat à l’extérieur des forts tout en essayant de convaincre les autres chefs de la justesse de son idée.

 

Cependant, sa proposition n’eut aucun écho parmi le conseil. Elle ne fut pas acceptée après cette réponse : « O Abou Zaynab, nos forts ne sont pas comme ces autres forts, ils se trouvent aux sommets des montagnes et sont imprenables[12]. »

 

Le troisième groupe fut par contre plus audacieux que le précédent et ses éléments avancèrent une proposition très hardie, celle de surprendre les Musulmans à Médine avant même que ces derniers ne sortent de leur ville.

 

Sallam Ibn Moushkim des Banou an-Nadr exposa la proposition en ces termes : « Tout ceci est le fait de Houyay Ibn Akhtab qui nous a contredit et nous voilà où nous en sommes ! Il nous a fait sortir de chez nous et nous a fait perdre nos propriétés et notre dignité. Il est le responsable de la mort de nos frères et de la captivité des enfants. Les Juifs vont donc perdre pied au Hijaz parce qu’ils n’ont ni détermination et ni jugement juste.

– « Quel est donc le juste avis, » lui demandèrent alors les autres seigneurs juifs ?

– « Et que ferez-vous d’un avis dont vous ne retiendrez même pas un mot ? »

– « Ce n’est pas un moment pour reprocher, tu vois maintenant où en est la situation » lui répondit Kinana Ibn Abou al-Houqayq.

– « Muhammad a terminé avec les Juifs de Yathrib, il va marcher sur vous et il va vous réserver le même sort que celui des Banou Qouraydah. Marchons donc sur lui avec ce que nous avons comme troupes à Khaybar ainsi qu’avec les Juifs de Tayma, Fadak et de la vallée d’al-Qoura, ne demandons pas l’aide des Arabes. Vous avez vu ce qu’ont fait les Arabes pendant le Khandaq. Vous leur avez promis les dattes de Khaybar mais malgré cela, ils vous trahirent et allèrent demander à Muhammad une part des dattes des Aws et des Khazraj comme condition pour se retirer (de la coalition)[13]. »

Sallam Ibn Moushkim répéta une deuxième fois sa proposition avant de dire : « Marchons sur lui (le Prophète), et chez lui livrons bataille. »

 

Une grande partie des Juifs approuvèrent l’idée du rabbin Sallam Ibn Moushkim qui était aussi le chef de l’armée juive. Cependant, leur roi Kinana Ibn Abou al-Houqayq refusa l’idée d’envahir Médine. Dans son intervention, il dit en substance qu’il avait demandé de l’aide et le soutien à des tribus arabes et que les forts de Khaybar étaient plus hermétiques que ceux de Yathrib.

Sallam Ibn Moushkim dit alors avec emportement : « Cet homme (Kinana) ne combattra que s’il est pris à la gorge. » Cela se réalisera effectivement plus tard quand il fut tué ainsi que tous les chefs juifs lors de la batailler.

 

La demande d’aide

 

Lors de sa mobilisation et de sa préparation à la guerre, Khaybar demanda le concours des voisins de Najd en envoyant à cet effet, une délégation composée de quatorze membres[14] dirigée par Kinana Ibn Abou al-Houqayq, le roi de Khaybar et Houdha Ibn Qays al-Wa’ili fit une tournée chez les tribus idolâtres des environs.

 

Ces tribus n’hésitèrent pas à répondre à l’appel, surtout les Banou Asad et Ghatafan qui envoyèrent plusieurs compagnies pour secourir les Juifs. A la tête de ces troupes supplémentaires, ‘Ouyaynah Ibn Hisn pour les Ghatafan et Toulayhah Ibn Khouwaylid pour les Asd[15].

 

Malheureusement, les historiens n’ont pas déterminé ni évalué le nombre de ces forces arabes qui participèrent au début à la défense de Khaybar. Néanmoins, le nombre minimum peut aisément se chiffrer à mille et ainsi disons environ onze mille hommes au total se retranchèrent sur les murs des forts.

 

Si les Banou Asad et Ghatafan répondirent positivement à l’appel de leurs alliés juifs, la tribu des Banou Mourra refusèrent de grossir les rangs juifs sur conseil de leur seigneur al-Harith Ibn ‘Awf. Ce seigneur ne se contenta pas seulement de convaincre sa tribu mais aussi ‘Ouyaynah Ibn Hisn, sans résultat. Il lui dit : « Tu te rabaisses pour rien. Par Allah, ô ‘Ouyaynah, Muhammad va certainement triompher devant tout le monde. Les Juifs nous ont déjà dit cela. J’atteste que j’ai entendu Abou Rafi’ Sallam Ibn Abou al-Houqayq dire que les Juifs jalousaient Muhammad à cause de la prophétie qui était descendue sur les Banou Haroun, qu’il (Muhammad) était un Prophète envoyé et que les Juifs ne l’écouteraient pas. Quand je lui ai demandé si Muhammad allait triompher, il me dit : « Oui, par la Torah qui descendit sur Moussa. Mais attention ! Je ne veux pas que mes compatriotes sachent ce que je viens de dire[16]. »

 

 

[1] Voir As-Sirah al-Halabiya, t.II.

[2] Voir le siège des Banou Qouraydah.

[3] Les Juifs de Khaybar essayèrent d’enrôler des bédouins de Najd dans une campagne similaire à la première quand ils envoyèrent une délégation dirigée par Asir Ibn Zarim.

[4] Voir le siège des Banou Qouraydah.

[5] Qur’an 48/20.

[6] Voir Maghazi al-Waqidi, t.II.

[7] Voir l’explication du Verset (48/15) dans Tafsir Ibn Kathir, al-Kashaf, at-Tabari, ou ash-Shoukani, ainsi que Maghazi al-Waqidi, t.II, p.621.

[8] Ce genre de prétention est on ne peut plus typique maintenant et elle est toujours utilisée de nos jours cependant ce sont toujours les autres qu’ils envoient combattre à leur place.

[9] Maghazi al-Waqidi, t.II, p.634.

[10] As-Sirah al-Halabiya, t.II, p.181.

[11] Voir la bataille de Badr et celle d’Ouhoud.

[12] As-Sirah al-Halabiya, t.II, p.157.

[13] Abou Zaynab fut tué devant la porte du fort Na’im. Ce fut le premier tué des chefs juifs. Il fut tué dans un duel avec ‘Ali ibn Abou Talib. D’autres disent par Abou Doujana.

[14] Al-Waqidi, al-Maghazi, t.III, p.637.

[15] Voir le siège des Coalisés.

[16] Voir Moukhtassar Maghazi al-Waqidi, p.312.

 

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