SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La préparation

 

Quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre à ses Compagnons de se préparer pour marcher sur Khaybar, ces derniers ne cachèrent pas leur joie de participer à cette campagne car ils avaient encore en tête le rôle moteur joué par les Banou an-Nadr lors du siège du Khandaq et le danger qu’ils faisaient planer sur Médine depuis Khaybar.

 

Ils exprimèrent leur joie car en plus Allah Exalté leur avait promis, lors de leur retour d’al-Houdaybiyah avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), de leur offrir la conquête de Khaybar : « Allah vous a promis un abondant butin que vous prendrez et Il a hâté pour vous Celle-ci[5]. »       C’est-à-dire Khaybar[6].  Cette promesse divine était venue pour les réconforter et raffermir davantage leur volonté après tant de souffrances et tant de sacrifices à soutenir la cause d’Allah et de Son Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

L’appel entendu, les Musulmans entreprirent aussitôt les préparatifs nécessaires à la mise sur pied de l’armée. Les sabres furent tirés de leurs fourreaux et nettoyés, les flèches, les arcs et les lances vérifiés, les carquois remplis, les chevaux inspectés et après s’être préparé, chaque Musulman se tint prêt pour l’appel du rassemblement.

 

Certes, ce ne furent pas tous les Médinois qui allaient participer à l’expédition militaire mais seulement les mille quatre cents Musulmans qui étaient avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à Houdaybiyah car ils avaient la foi pure, toujours avec Allah et avec Son Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour le meilleur et pour le pire.

 

Les retardataires

 

Pourquoi uniquement ces mille quatre cents valeureux Compagnons ? Parce qu’Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, avait révélé à Son Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de ne pas accepter dans cette campagne les gens qui n’avaient pas fait le voyage de la ‘Oumrah comme il est mentionné dans ce Verset : « Ceux qui restèrent en arrière diront, quand vous vous dirigez vers le butin pour vous en emparer ; « Laissez-nous vous suivre. » Ils voudraient changer la parole d’Allah. Dis : « Jamais vous ne nous suivrez : ainsi Allah a déjà annoncé. » Mais ils diront : « Vous êtes plutôt envieux à notre égard. » Mais ils ne comprenaient en réalité que peu. » (Qur’an 48/15)

 

Ce qui « restèrent en arrière » furent ceux qui se dérobèrent lors de l’expédition organisée pour la ‘Oumrah et qui aboutit à la trêve d’al-Houdaybiyah.

 

Quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) appela les mille quatre cents Compagnons à se préparer pour Khaybar, ces retardataires, qualifié ainsi par Allah Exalté, à Lui les Louanges et la Gloire, se présentèrent au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et lui exprimèrent leur volonté de faire partie de l’armée et d’avoir le privilège de participer au Jihad comme les autres mais en vérité, leur intention secrète derrière leur volonté de façade n’était pas de participer au Jihad pour la cause d’Allah mais plutôt de s’octroyer une part du butin.

Ces retardataires (moukhalifoun) étaient non seulement différents des Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) mais aussi cupides en ne voyant que leurs intérêts matériels. Les Ansar et les Mouhajirin au contraire, voyaient à travers ce butin non encore acquis une récompense d’Allah Exalté qui voulut exprimer ainsi Sa satisfaction et ainsi la demande des retardataires de participer à la campagne fut donc refusée par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

En tant que Prophète respectueux des ordres d’Allah, le Messager d’Allah déclara que seuls ceux qui avaient prêté allégeance sous « l’Arbre » prendraient part à l’expédition de Khaybar. Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, avait dit de ces mille quatre cents Musulmans : « Allah a très certainement agréé les croyants quand ils t’ont prêté le serment d’allégeance sous l’arbre. Il a su ce qu’il y avait dans leurs cœurs, et a fait descendre sur eux la quiétude, et Il les a récompensés par une victoire proche ainsi qu’un abondant butin qu’ils ramasseront. Allah est Puissant et Sage. » (Qur’an 48/18, 19)

 

Tandis qu’à ceux qui se dérobèrent le jour d’al-Houdaybiyah, il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur dit : « Vous n’irez avec moi que pour le Jihad. Quant au butin, vous n’en aurez pas[7]. »

 

Dans as-Sirah al-Halabiya, il est rapporté que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre à un héraut de proclamer aux retardataires qui voudraient sortir pour Khaybar qu’ils n’auraient aucune part du butin, comme si le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) voulut les mettre à l’épreuve et connaitre parmi eux le sincère du menteur.

Cependant, aucun retardataire ne rejoignit l’armée de Muhammad parce que cette condition de combattre seulement pour la cause d’Allah n’avait aucune signification pour eux ainsi seuls ceux de « l’Arbre » formèrent l’armée qui marcha sur Khaybar.

 

D’autre part, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) permit à vingt femmes de faire partie de cette valeureuse armée dans le but de soigner les blessés et d’aider les combattants dans différents travaux de soutien logistique. Parmi ces femmes se trouvaient Safiyah, la tante du Prophète, Oum Soulaym, Oum ‘Attiyah al-Ansariyah et Oum ‘Oumara (radhiyallahou ‘anhoun).

On rapporte que l’une d’elles dit : « Je dis : « O Messager d’Allah, des femmes veulent sortir avec toi pour aider les Musulmans. » Il me répondit alors : « (Venez) avec la bénédiction d’Allah. »

 

Les Juifs de Médine

 

Pourquoi le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne prépara-t-il pas secrètement cette campagne ?

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne dissimula pas les préparatifs comme il avait l’habitude de faire dans la plupart de ses campagnes mais il proclama cette fois, la mobilisation générale et informa les gens qu’il marcherait sur Khaybar, bien que Médine abritait encore des Juifs qui pouvaient jouer le rôle d’informateur pour leurs frères. Il fit donc cela pour des raisons particulières.

 

Premièrement, les Musulmans n’avaient pas à craindre une attaque des bédouins idolâtres sur Médine après les différentes campagnes militaires organisées auparavant par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) contre ces mêmes bédouins.

Deuxièmement, cette expédition n’était plus un secret car les Juifs de Khaybar s’attendaient à une telle action depuis l’échec des Coalisés en l’an 04 de l’Hégire. Ils savaient donc que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons allaient leur livrer bataille à Khaybar même.

Troisièmement, il n’y avait plus rien à craindre du côté de Qouraysh, l’ennemi virulent de l’Islam puisqu’il venait de signer avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) la trêve d’al-Houdaybiyah.

Enfin, il n’est pas invraisemblable que les Juifs de Khaybar aient mis des guetteurs à leur solde sur les routes qui menaient vers eux et en matière d’espionnage, les Juifs de Médine, accomplirent leur tâche au profit de leurs frères de Khaybar. Ils firent même plus que ce travail souterrain, en prenant ouvertement fait et cause pour leurs frères.

Ces Juifs médinois restèrent parmi le Musulmans sans jamais être inquiétés même après la condamnation à mort des traîtres des Banou Qouraydah, car ils observèrent la neutralité et optèrent pour la prudence lors du Khandaq.

 

Avec la nouvelle situation, ils n’eurent pas besoin de gants pour exprimer leurs sentiments en faveur de leurs frères de Khaybar.

A la page 634 du tome II de son œuvre al-Maghazi, al-Waqidi a rapporté que les Juifs qui étaient restés à Médine (après la juste punition des Banou Qouraydah) furent peinés de voir les Musulmans se préparer à l’offensive et qu’ils ne rencontrèrent aucune difficulté pour exprimer leur sympathie pour les Juifs de Khaybar.

 

Comme ces Juifs médinois étaient riches, ils usèrent de leur pouvoir de bailleurs de fonds comme moyen de pression contre leurs voisins musulmans endettés. Ils exploitèrent à fond ce point sensible en demandant à ces derniers d’honorer immédiatement leurs dettes. Ils firent évidemment cela dans le but de gêner les préparatifs et de retarder le plus longtemps possible la campagne contre Khaybar.

 

Dans al-Maghazi d’al-Waqidi, un des Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) rapporta :

« Alors que nous nous préparions à marcher sur Khaybar, pas un seul Juif de Médine ne resta comme d’habitude à sa place sans qu’il ne demanda son droit avec insistance auprès du Musulman endetté.

‘AbdAllah Ibn Abou Hadrad al-Aslami devait encore à Abou ash-Shahm (un Juif) cinq dirhams. Se voyant harcelé sans cesse par le créancier juif, il lui dit alors : « Laisse-moi encore un autre délai et je te rendrai ton droit, si Allah le veut. » Et il lui dit encore :

– « O Abou ash-Shahm, nous allons sortir en campagne au Hijaz (Khaybar) et nous allons ramener des vivres et des richesses. »

– « Crois que la bataille de Khaybar est comme ce que vous rencontrez des bédouins. Par la Torah, vous y trouvez dix mille combattants, répliqua Abou ash-Shahm[8]. »

– « Ennemi d’Allah ! Cherches-tu à nous effrayer avec notre ennemi alors que tu es sous notre protection et sous notre responsabilité. Par Allah, je vais de ce pas informer le Messager de d’Allah. »

‘Abdallah présenta un rapport détaillé sur l’incident au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui resta silencieux et ne lui       répondit pas, cependant je le vis marmonner quelque chose que je n’ai pu entendre. Puis, le Juif dit au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « O Abou al-Qassim, il m’a causé du tort en ne me donnant pas mon droit. Il a pris une marchandise (et j’attends encore qu’il me paye).

– « Donne-lui ce que tu lui dois, » conclu le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Après quoi, ‘AbdAllah dit : « Je vendis alors un de mes deux habits à trois dirhams et j’ai pu me procurer le reste de la dette. Ainsi j’ai pu liquider ma dette. Je suis sorti pour Khaybar habillé avec l’autre vêtement et avec un turban qui me protégeait contre le froid. Salamah Ibn Aslam me donna aussi un autre vêtement et je pus, grâce à Allah Exalté, revenir avec des biens et une femme captive qu’Abou Shahm acheta parce qu’ils avaient un lien de parenté. » »

 

Ce témoignage mérite réflexion.

 

Voilà un Juif qui vivait parmi les Musulmans dans leur ville et qui se donna la liberté d’exprimer sa sympathie pour ses frères juifs. Il n’eut pas peur de dire ce qu’il pensait parce qu’il se trouvait sur les terres de l’Islam et que l’Islam lui garantit les libertés de religion, de pensée, de l’expression et de la propriété. Il alla même plus loin en prenant ouvertement le parti de Khaybar, et en faisant de la propagande dans le but de gêner sinon de paralyser les Musulmans, malgré l’état d’alerte et la situation de guerre qui prévalait encore.

 

Que se passa-t-il après ? Après avoir ridiculisé la force des Musulmans alors qu’il se trouvait encore à Médine sous leur protection et avoir fait l’apologie des forces juives, il souhaita la victoire pour Khaybar au point où il énerva un soldat musulman et après cela, il se rendit et sortit de chez le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sans avoir été blâmé ni mis en garde. Il sortit comme il était rentré avec en prime une victoire morale. Qui trouve encore à redire ?

 

Les Juifs ne furent pas les seuls à exprimer concrètement leur soutien pour Khaybar mais il y eut aussi les hypocrites et leur chef de file ‘AbdAllah Ibn Oubay. Nous avons déjà vu le rôle joué par cette cinquième colonne et plus particulièrement ‘AbdAllah Ibn Oubay dans le conflit des Banou Qaynouqa’ et celui des Banou an-Nadr[9].  Cet hypocrite notoire, dès la mobilisation générale dans les rangs des Musulmans, alerta rapidement les Juifs de Khaybar et leur demanda de se préparer et de se tenir prêt à « recevoir » les soldats musulmans, il alla même jusqu’à les encourager et à leur remonter le moral dans une lettre qu’il envoya par l’un de ses sbires : « Muhammad va se mettre en marche sur vous. Prenez donc garde. Faites entrer vos biens dans vos bastions et sortez pour le combattre. N’ayez aucune peur de lui car vous êtes beaucoup plus nombreux alors que ses soldats ne sont qu’un groupe. Ils ne sont pas nombreux et en plus ils sont démunis, ils n’ont que très peu d’armes[10].

 

Quelle fut donc la réaction de Khaybar à l’annonce de la nouvelle ?

 

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