SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

L’expédition de Khaybar

 

Avant-propos

 

Depuis son Hégire à Médine, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), ne fit que répondre avec modération aux provocations et aux menées déstabilisatrices des Juifs et à chaque fois qu’une tribu juive essaya séparément de nuire à l’Islam. Il fut tolérant une première fois avec les Banou Qaynouqa’ qui, en prenant les armes, tentèrent de mettre un terme à l’existence de l’Islam et des Musulmans à Médine et une deuxième fois avec les Banou an-Nadr qui tentèrent de l’assassiner, sans parler de leurs actions hostiles non seulement pour provoquer des troubles internes parmi les Musulmans mais aussi externes, en levant les autres tribus contre ces derniers.

 

Le Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut à chaque fois contraint de réagir par des mesures d’urgence et n’usa, après chaque conflit armé, que de l’expulsion et de la confiscation d’une partie des biens alors qu’il avait tous les droits de donner une punition exemplaire mais puisque l’expulsion suffisait au début à éloigner le mal et le danger qui pouvaient provenir de ces Juifs, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) préféra cette solution à une autre plus extrême.

 

Les Banou an-Nadr après leur expulsion de Médine, choisirent Khaybar comme nouveau lieu de résidence retiré mais toutefois pas trop éloigné de Yathrib car Khaybar représentait la plus grande force militaire juive dans toute l’Arabie et les Banou an-Nadr, au lieu d’apprécier à sa juste valeur l’esprit de tolérance du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à leur égard, préparèrent de cette base arrière (Khaybar) leur plan qui conduisit plus tard au siège des Coalisés.

 

Le siège des Coalisés, qui fut certainement la plus dure épreuve vécue par les Musulmans, fut fondamentalement un plan juif exécuté militairement par des tribus arabes de Qouraysh et de Ghatafan. Cette épreuve permit aux Musulmans de bien assimiler la leçon de leur tolérance et celle de l’esprit de vengeance chez les autres et de tirer les justes enseignements.

 

Cette nouvelle vision réaliste des comportements humains amena le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à opérer des changements dans sa politique envers les Juifs et sa politique devint désormais plus ferme et plus vigoureuse, non par vengeance personnelle et ses actes et son caractère prouvent le contraire mais parce que le véritable souci de cette nouvelle politique était surtout la recherche de la paix et de la stabilité pour la jeune communauté musulmane.

La première conséquence de cette nouvelle politique fut la sévère et juste sanction qui frappa les Banou Qouraydah en l’an 04 de l’Hégire pour haute trahison. En effet, huit cents d’entre eux furent condamnés à mort parce qu’ils déchirèrent et renièrent le pacte qui les liaient aux Musulmans, se rallièrent à l’ennemi qui encerclait Médine pendant le siège du Fossé (Khandaq) et prirent les armes contre leurs alliés, les Musulmans[1].

 

Le rôle des Banou an-Nadr dans l’alliance des mécréants de la coalition donna la preuve irréfutable que Khaybar s’était transformé en base-arrière belliqueuse contre les Musulmans et que ses habitants n’allaient pas économiser leur énergie pour réaliser leurs objectifs. Devant ce grave péril qui les menaçait directement, les Musulmans furent contraints de parer au plus vite et de prévenir ce danger imminent car s’ils n’anticipaient pas par une action militaire préventive, ce même danger viendrait bientôt rôder autour de Médine avec toutes les menaces et conséquences imaginables et inimaginables. Il ne faisait aucun doute que si les Banou an-Nadr restaient libres de mouvements, ils récidiveraient plus d’une fois afin d’atteindre leur objectif et feraient tout leur possible pour déclencher d’autres campagnes contre Médine, peut-être plus grandes et plus dangereuse que celle des Coalisés pour arriver à leur fin.        

 

A la lumière de l’évaluation correcte des évènements et de l’établissement des liens entre les causes et les effets, à la lumière d’une analyse précise des tenants et des aboutissants de l’agression des Coalisés, il devint clair au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) que les Coalisés et les Qouraydah n’étaient en réalité que la queue de la vipère encore vivante et qui tirait les ficelles depuis son trou à Khaybar.

 

Les Musulmans n’étaient donc pas encore arrivés au bout de leurs peines. Le Khandaq et le siège des Banou Qouraydah se terminèrent certes par une victoire de l’Islam mais il leur restait une autre mission très importante, d’attaquer la tête de la vipère afin de se prémunir à l’avenir contre tout danger.

 

Sur la base de ce raisonnement, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) décida de partir en campagne contre les Juifs de Khaybar. Avec la chute de Khaybar dont la bataille fut la plus longue menée par les Musulmans et le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), tombèrent les autres bastions juifs à Fadak, à Tayma et à Wadi al-Qoura. Neuf mois après, le centre de l’idolâtrie s’écroula et la Ka’bah fut purifiée des idoles. Une année et demie plus tard, toutes les régions d’Arabie se convertirent à l’Islam.

 

Khaybar

 

Khaybar, située à soixante-dix miles environ au nord-est de Médine, était depuis des temps immémoriaux, une vaste oasis caractérisée par des eaux abondantes et une terre fertile apte à donner une grande variété de produits agricoles. En plus d’être l’une des plus grandes palmeraies d’Arabie, elle possédait d’innombrables jardins de palmiers qui longeaient ses multiples vallées et rien qu’aux bords de l’une de ses vallées, la vallée Natah, l’on trouvait pas moins de quarante mille palmiers, après le recensement effectué par les Musulmans.

 

Cette grande oasis abritait aussi une importante communauté juive implantée bien avant l’avènement de l’Islam mais dont l’histoire est encore mal connue[2], une communauté qui avait vécu les quatre premières années de l’Hégire à l’écart des évènements et qui observa la neutralité dans le conflit qui opposa les Musulmans à ses frères de Yathrib en ne s’immisçant ni par une aide matérielle ou par un engagement militairement. Ses membres s’occupaient de leurs terres et de leurs affaires et paraissaient ne pas s’intéresser à ce qui se passait à Médine tout près d’eux. Tout prédisait donc que cette communauté allait garder encore sa neutralité qui la caractérisait depuis longtemps dans les conflits juifs, Yathrib et associateurs arabes       d’avant l’Islam des Aws et Khazraj.

 

Mais, le choix porté sur Khaybar par les Banou an-Nadr après leur exil de Médine fit basculer cette communauté sur le devant de la scène et les Banou an-Nadr n’avaient même pas encore fini de s’installer que ses seigneurs envisagèrent une nouvelle agression contre les Musulmans[3]. Dès cet instant de l’an 04 de l’Hégire, Khaybar cessa d’être une région neutre qui vivait à l’écart des conflits et devint désormais un centre de complots et d’agressions contre Médine, capable de lancer sur les Musulmans dix mille guerriers[4].

 

Les Banou an-Nadr (ou Nazir) purent sans grande peine prendre le commandement effectif des Juifs de Khaybar avec un argument très convaincant puisqu’ils se considéraient les descendants du Prophète Haroun Ibn ‘Imran (‘aleyhi salam), donc les détenteurs du pouvoir religieux, un fait d’ailleurs reconnue par toutes les communautés juives d’Arabie en plus de leur puissance financière qui les plaçait haut dans la hiérarchie juive.

 

Comme nous l’avons déjà rapporté, les Banou an-Nadr, lors de leur évacuation de Médine, emportèrent tout ce qu’ils purent transporter soit six cents chameaux chargés de richesses. Sallam Ibn Abou al-Houqayq prit à lui seul un grand sac de peau de vache bourré d’or et d’argent et dit à son départ : « C’est ce que nous avons préparé pour soulever la terre et la mettre à bas. Et si nous avons laissé ici quelques palmiers, il y a pour nous tous les palmiers à Khaybar. »

 

Les seigneurs juifs de Khaybar prirent certainement conscience de la nouvelle tournure des évènements et du changement dangereux de la position de leur région dès que les seigneurs nadri se mirent à préparer leur complot contre le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Et ce n’est un secret pour personne que cette nouvelle situation au début suscita en eux des inquiétudes non parce qu’ils ne voulaient pas l’anéantissement de l’Islam mais parce qu’ils eurent peur d’un possible échec des Banou-an-Nadr. En tout cas, s’il y avait eu des inquiétudes fondées de Khaybar, elles furent vite dissipées par Houyay Ibn Akhtab, Sallam Ibn Moushkim et d’autres seigneurs nadri.

D’ailleurs, rien qu’en notant l’intervalle-temps séparant l’expulsion des Banou an-Nadr après le siège du Khandaq, la conclusion se tire d’elle-même : les seigneurs nadri n’éprouvèrent aucune difficulté pour convaincre leurs pairs de Khaybar du bien-fondé de leur entreprise et de leur ferme intention d’utiliser leur nouvel asile comme une base-arrière d’agression.

 

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