SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Leçon à tirer de la crise d’al-Houdaybiyah

 

En conclusion, disons d’abord quelques mots sur quelques enseignements que l’on peut tirer de cette crise et de l’attitude du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

1 – La vigilance et la prudence.

 

Ce fut le premier enseignement que les Musulmans retinrent du Prophète(sallallahou ‘aleyhi wa sallam) car bien qu’il sortit pour le pèlerinage, il prit toutes les précautions nécessaires afin de prévenir les réactions de Qouraysh ; il annonça à tout le monde son départ pour le pèlerinage pour ne pas effrayer les Qouraysh cependant, pour éviter toute mauvaise surprise à cause de l’état de guerre, il ordonna à ses Compagnons de prendre leurs armes, comme il désigna aussi des cavaliers en éclaireurs en plus de l’espion qu’il envoya à La Mecque. L’envoi de cet espion confirma le bon choix du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) car ce dernier permis d’éviter le choc préparé par Khalid Ibn al-Walid et ses cavaliers grâce aux informations rapportées par l’espion.

 

2 – La maitrise de soi au moment des provocations.

La deuxième leçon que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna à ses Compagnons fut la maitrise de soi, la patience et la retenue des réactions inopportunes devant la défiance des ignorants et les provocations des insensés. Aux moments les plus délicats où tout pouvait basculer pour n’importe quel motif, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se montra très conscient en se tenant à ses qualités qui ne se réunissent que rarement chez peu d’hommes.

 

3 – La persuasion par l’argumentation et l’explication.

 

L’ensemble des Compagnons furent ébranlés par les termes de l’accord, surtout par celui qui stipulait que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) s’engageait à remettre aux polythéistes, tout Mecquois, même Musulman, qui s’échapperait Médine. Ils furent si bouleversés qu’ils exprimèrent vivement leur opposition à l’accord. Mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), en tant qu’envoyé d’Allah et en tant qu’homme sensible, suivit la démarche de l’explication pour convaincre ses Compagnons. Avec une logique concrète et saine, il sut comment dissiper les malentendus et répondre aux préoccupations de ses Compagnons.

Ce fut la troisième leçon que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna aux Musulmans et qui peut se résumer en quelques mots : prudence, non précipitation dans le traitement des problèmes et maitrise des sentiments[28].

 

4 – La loyauté à la parole donnée.

 

C’est peut-être la principale leçon donnée par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après l’établissement de la trêve d’al-Houdaybiyah et cette magistrale leçon se concrétisa à l’occasion de l’évènement très émouvant d’Abou Jandal qui mit les Compagnons sous une terrible tension et pression.

Malgré l’extrême tension et les violents sentiments enflammés des Musulmans, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avec un calme incroyable s’obligea à respecter les termes du contrat avec Qouraysh, en remettant, comme nous l’avons vu, le jeune Musulman croyant à son père Souhayl Ibn ‘Amrou.

En présentant ses excuses à Abou Jandal, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : « Nous venons de conclure avec ces gens un accord de conciliation. Nous leur avons donné parole et ils nous ont donné la leur. Nous ne pouvons pas les trahir[29]. »

 

Les avantages d’al-Houdaybiyah

 

Quant aux gains d’al-Houdaybiyah, on peut dire qu’ils furent tous à l’avantage des Musulmans.

 

En premier lieu, si le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) accepta la condition de Qouraysh de reporter leur pèlerinage, Qouraysh, en retour, reconnut de ce fait le droit de la communauté musulmane à accomplir le pèlerinage dans la Ville Sacrée.

 

En second lieu, Qouraysh, qui considérait le Prophète Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ainsi que ses Compagnons comme des hors-la-loi, fut contraint de corriger ses conceptions pour enfin reconnaitre la nouvelle Oumma qu’elle tenta d’ignorer durant quinze années de conflit. La signature du traité de paix fut une reconnaissance de celle-ci ce qui sous-entendait qu’il y avait sur le terrain de la réalité concrète, deux signataires belligérants à forces égales, au moins, sur le plan militaire et sur le plan politique.

 

En troisième lieu, les polythéistes commencèrent à réaliser et comprendre la vérité de l’Islam. Qouraysh qui s’attendait à cueillir les fruits de sa propagande antimusulmane constata que c’est le contraire qui se produisit et à chaque fois qu’un intermédiaire imbibé de préjugés qourayshi s’interposait dans le conflit, il revenait convaincu de la position du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et rejetait la responsabilité de la crise sur les Qouraysh.

 

En quatrième lieu, cette conciliation permit aux Musulmans et aux polythéistes de se connaitre mieux et ce sont ces derniers qui eurent l’occasion de découvrir la vérité de l’Islam et des Musulmans. Les Qouraysh, plus particulièrement, qui s’imaginaient, à cause de la propagande de leurs seigneurs que les Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) étaient des brigands et des sanguinaires, changèrent d’opinion sur eux.

 

Un nombre raisonnables de polythéistes furent été impressionné par la réalité des Musulmans grâce aux contacts et aux échanges qui étaient, disons-le, la conséquence de l’application de l’accord de conciliation. Son application fut tellement fructueuse pour la cause de l’Islam que le nombre des nouveaux adeptes dépassa de beaucoup celui des convertis en quinze années de conflit et pour preuve, les Musulmans, le jour de la signature de l’accord, ne dépassaient pas les deux mille alors que dix mois plus tard, avant le Fath de La Mecque, leur recensement les estima avec les nouveaux convertis à plus de dix mille.

 

Enfin, en dernier lieu, on peut dire que la trêve signée d’al-Houdaybiyah accorda au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et à ses Compagnons (radhiyallahou ‘anhoum) suffisamment de temps pour qu’ils se consacrent à d’autres problèmes d’ordre militaire et politique.

Grace à cette trêve, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pu se tourner vers les Juifs de Khaybar et du nord pour régler définitivement leur compte. Et il avait toutes les raisons de le faire car ces Juifs étaient non seulement des ennemis dangereux et farouches mais les véritables responsables du Siège des Coalisés qui faillirent exterminer la communauté musulmane.

D’autre part, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) envoya aussi une expédition de trois mille hommes au nord de l’Arabie pour montrer à Byzance qu’elle devait prendre ses précautions au cas où ses troupes auraient l’idée de marcher sur Médine et pour que ce message soit bien compris, les Musulmans firent une incursion de quatre-vingts miles dans le territoire byzantin.

 

Cette expédition portera le nom de Mou’tah, le nom du village près du champ de bataille qui opposa les Musulmans et les Byzantins et qui orientait déjà le futur de la nouvelle Oummah.

 

 

 

 

[1] Id.

[2] Id, p 603.

[3] Tarikh, t II, p 632.

[4] Sorte de crieur public, héraut.

[5] Al-Waqidi, Maghazi t II, pp 603.

[6] Tarikh at-Tabari, t. II, p. 632.

[7] Maghazi al-Waqidi, t. II, p. 603.

[8] Sirah Ibn Hisham, t. II, p. 316.

[9] As-Sirah al-Halabiya, t. Il, p. 141.

[10] Maghazi al-Waqidi, t II, p 105.

[11] Id, pp. 603. 604. 605.

[12] Sirah Ibn Hisham, t. II, p. 316.

[13] Bahjat al-Mahafil, t. I, p. 361.

[14] As-Sirah al-Halabiya, t. II, p. 143.

[15] Maghazi al-Waqidi, t. II, p. 604.

[16] Tarikh at-Tabari, t. Il, p. 634.

[17] Tarikh at-Tabari, t. II, p. 634, Sirah Ibn Hisham, t. II, p. 316, Maghazi al-Waqidi, t. II, p 606.

[18] Maghazi al-Waqidi, t. II, pp. 607-609, Sirah Ibn Hisham, t. II, p. 318.

[19] Tarikh at-Tabari, t. II, p. 635.

[20] Tarikh at-Tabari, t. II, p. 635, Maghazi al-Waqidi, t. II, p. 608.

[21] Sirah Ibn Hisham, t. 2, p. 318, as-Sirah al-Halabiya, t. 2, p. 146, et Maghazi al-Waqidi t.2, p. 608.

[22] Sirah Ibn Hisham, t. II, p. 317, Jawami’ as-Sirah, p. 209 et Tarikh at-Tabari, t. II, p. 634.

[23] Al-Maghazi, t. II, p. 611.

[24] Maghazi al-Waqidi, t. II, p. 614.

[25] Sahih al-Boukhari, t. V, pp. 265 et suivantes.

[26] Dans at-Tabaqat al-Koubra, Ibn Sa‘d rapporte que l’arbre sous lequel l’allégeance eut lieu fut déraciné par ‘Umar Ibn al-Khattab lors de son califat (pour éviter qu’il soit pris comme lieu d’adoration, nde).

[27] « Les tout premiers [croyants] parmi les Emigrés et les Auxiliaires et ceux qui les ont suivis dans un beau comportement, Allah les agrée, et ils L’agréent. Il a préparé pour eux des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, et ils y demeureront éternellement. Voilà l’énorme succès. » (Qur’an 8/100)

[28] Vous comprendrez que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) préparait à travers ces évènements ses Compagnons pour les grand rendez-vous avec l’Histoire pour un futur qu’il n’ignorait pas contrairement à ses Compagnons. (Nde)

[29] Abou Jandal allait jouer par la suite, un rôle important dans le harcèlement des caravanes de Qouraysh et servir la cause de l’Islam d’une manière détournée. (Nde)

 

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