SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La rédaction de l’accord et l’échange des documents

 

Après que la tempête de l’opposition dans les rangs musulmans pris fin et que les opposants furent persuadés du point de vue du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), les deux délégations retournèrent à la réunion pour écrire définitivement les termes de l’accord et y apposer leurs signatures.

 

Lors de l’écriture de cet accord, quelques différends surgirent de nouveau mais furent rapidement aplanis grâce à l’intervention judicieuse du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Lorsque ce dernier ordonna au scribe de commencer le traité par : « Au nom d’Allah le Tout-Miséricordieux, le Très Miséricordieux, » le chef de la délégation Qourayshi Souhayl Ibn ‘Amrou s’opposa en disant : « Je ne connais pas le Tout-Miséricordieux, écris plutôt : « Au nom d’Allah » », provoquant ainsi la réaction tumultueuse des Compagnons qui insistèrent : « C’est le Tout-Miséricordieux, le Très Miséricordieux et il ne sera écrit que cela. ». Alors, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) trancha la discorde en disant : « Ecris : au nom d’Allah. »

Et lorsqu’il continua à dicter, Souhayl Ibn ‘Amrou s’opposa aussi à l’expression : « le Messager d’Allah » en disant : « Si je savais que tu es le Messager d’Allah, je ne t’aurais pas contrarié (…). Acceptes-tu l’écriture de ton nom et celui de ton père : Muhammad Ibn ‘AbdAllah ? Nous aurions été iniques avec toi, si tu étais un messager et nous ne t’aurions pas empêché d’accomplir les processions autour de la Demeure d’Allah. Si j’aurais attesté que tu es le Messager d’Allah, je ne t’aurais pas combattu. Ecris plutôt ton nom et celui de ton père[22]. »

Le Prophète se plia à l’exigence des Qouraysh malgré le courroux et l’irritation de ses Compagnons.

 

Dans al-Maghazi, al-Waqidi a rapporté :

« Lorsque l’encrier et le feuillet furent présentés après de longs pourparlers et après que les points de vue se rapprochèrent, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) appela Aws Ibn Khouli, pour écrire le texte de l’accord mais Souhayl refusa ce Compagnon : « Personne n’écrira (cet accord) à part ton cousin ‘Ali ou ‘Uthman Ibn ‘Affan. » Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) appela ‘Ali et lui ordonna : « Ecris: au nom d’Allah le Tout-Miséricordieux, le Très Miséricordieux. »

Souhayl Ibn Amrou s’interposa une seconde fois : « Je ne connais pas « le Tout-Miséricordieux, écris comme nous en avons l’habitude, écris au nom d’Allah. »

Cela irrita les musulmans qui dirent : « C’est le Tout Miséricordieux et nous n’écrirons que « Le Tout-miséricordieux. »

Souhayl intervint avec véhémence : « Alors je ne signerai rien. » Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit alors (à ‘Ali) : « Ecris : au nom d’Allah ! Ceci a été convenu par le Messager d’Allah… »

– « Si je savais que tu es le Messager d’Allah, je ne t’aurais pas contrarié et je t’aurais suivi. Acceptes-tu de porter le nom de ton père (ainsi que ton nom) : Muhammad Ibn ‘AbdAllah ? » Ce qui irrita encore plus les Musulmans au point où des voix s’élevèrent :

– « Nous n’écrirons que : Muhammad le Messager d’Allah ! » Ce qui étonna d’ailleurs Houwaytab Ibn ‘Abd al-‘Ouzzah et Mikraz Ibn Hafs. Mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sut comment calmer les esprits et accepta aussi la nouvelle remarque de Souhayl Ibn ‘Amrou. Et ce ne fut qu’après que le traité fut écrit et signé[23].

 

La signature de l’accord de conciliation écrit en deux exemplaires fut aussi faite par l’apposition de témoins de part et d’autre. Du côté des polythéistes, avec Houwaytab Ibn ‘Abd al-‘Ouzzah et Mikraz Ibn Hafs et du côté Musulmans, avec :

1 – Abou Bakr as-Siddiq.

2 – ‘Umar Ibn al-Khattab.

3 – ‘Uthman Ibn ‘Affan.

4 – ‘Abd-ar-Rahman Ibn ‘Awf.

5 – Sa’d Ibn Abou Waqqas.

6 – Abou ‘Oubaydah Ibn al-Jarrah.

7 – Muhammad Ibn Maslamah. »

 

Avec la signature de cet accord, la guerre qui menaçait d’éclater d’un moment à l’autre fut désamorcée cependant, cet accord ne mis pas fin à la crise d’al-Houdaybiyah mais traita du véritable conflit qui opposait les Musulmans à Qouraysh depuis cinq ans en y mettant une trêve pour dix ans.

 

Les résultats immédiats de l’accord

 

L’un des résultats immédiats d’al-Houdaybiyah fut l’instauration de nouvelles alliances, en application des points six et onze. Les tributs de Kinana et de Khouza’a qui habitaient près de La Mecque pactisèrent respectivement, l’une avec Qouraysh et l’autre avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ce qui mis fin à l’état de guerre qui opposait ces deux tribus.

 

D’autre part, certains Qourayshi réfractaires à l’accord essayèrent de rallumer le feu qui couvait encore sous la braise en poussant les Musulmans à commettre une erreur fatidique qui serait une raison valable pour l’annulation de l’accord.

Dans Jami’ al-Oussoul, Salma Ibn al-Akwa’ a rapporté : « Après que nous signâmes l’accord, nous et les Mecquois et que les gens déposèrent les armes, quatre polythéistes se rapprochèrent de moi alors que j’étais en train de me reposer et commencèrent à tenir des propos malveillants à l’encontre du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Cela m’irrita mais je me suis levé et je me suis éloigné d’eux sous un autre arbre. Ils détachèrent leurs sabres et les accrochèrent à un arbre tout près et sous lequel, ils s’endormirent quand j’entendis crier en bas de la vallée : « Oh Mouhajirine, Ibn Zounaym vient d’être tué. » J’ai sauté, sabre à la main, sur ces quatre polythéistes endormis, j’ai pris leurs sabres puis je les ai réveillés en disant : « Par Celui qui a honoré Muhammad, si l’un de vous lève la tête, je lui trancherais le cou ! » Puis, je les ai conduits au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui les relâcha[24]. »

 

Dans le camp musulman, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), avant d’entamer le voyage de retour vers Médine, donna l’ordre à ses Compagnons de sacrifier les bêtes mais ils refusèrent d’obéir en réaction à la signature de l’accord qu’ils trouvèrent inique et honteux ce qui, provoqua la colère du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui rentra dans sa tente.

Sous la tente, sa femme ‘Oum Salamah (radhiyallahou ‘anha), la Mère des Croyants, qui l’avait accompagné dans ce voyage, compris, après avoir entendu son mari, la raison de sa fureur et lui conseilla de suivre une voie qui contraindrait les Compagnons à exécuter ses ordres.

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) apprécia l’idée d’Oum Salamah et sortit aussitôt après sacrifier ses bêtes seul ce qui avait poussa les Compagnons à imiter le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Il est rapporté dans at-Tabari :

« Quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) terminés son affaire (celle de l’accord de conciliation), il dit à ses Compagnons : « Levez-vous et accomplissez le sacrifice puis coupez-vous les cheveux. » Mais par Allah, personne ne se leva si bien qu’il répéta son ordre par trois fois. Ayant constaté que personne ne s’était levé, il rentra (sous sa tente) ou il raconta à Oum Salamah les réactions de ses Compagnons. Alors, Oum Salma lui dit : « O Prophète d’Allah, si tu veux un conseil, (écoute). Sors et ne parle avec personne jusqu’à ce que tu accomplisses ton sacrifice, puis appelle ton coiffeur afin qu’il te coupe les cheveux. » Il se leva alors puis sortit sans dire un seul mot à quiconque jusqu’à ce qu’il fit tout cela : il immola sa bête (désignée pour le sacrifice) puis il appela Khirash Ibn Oumayyah Ibn al-Fadl al-Khouza’i, son coiffeur, qui lui coupa les cheveux.

Quand les Compagnons le virent faire ainsi, ils se levèrent, immolèrent leurs bêtes puis se sont mis à se couper les cheveux les uns les autres. »

 

Al-Waqidi a rapporté :

« Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) rentra furieux sous sa tente qui abritait aussi Oum Salamah qui l’avait accompagné dans ce voyage et s’allongea. Alors, elle lui demanda plusieurs fois : « O Messager d’Allah, qu’as-tu donc ? » « C’est surprenant, » ô Oum Salamah, » répondit-il, « je leur ai demandé plusieurs fois d’immoler, de couper leurs cheveux et de se désacraliser mais personne ne m’a répondu bien qu’ils écoutaient mes paroles et me regardaient. »

Oum Salamah dit : « Je lui dis: « O Messager d’Allah, va à ton offrande et immole-la et ils suivront ton exemple. » Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) arrangea son habit sous son aisselle droite puis sorti. C’est comme si je le vois encore maintenant en train d’immoler la bête en disant à voix haute : « Bismillah wa Allahou Akbar. » Dès qu’ils le virent immoler, ils se précipitèrent vers leurs offrandes.» »

 

Finalement, avec la signature de l’accord historique entre Qouraysh et les Musulmans, la crise d’al-Houdaybiyah prit fin par une trêve désormais connue sous le nom de la «Trêve d’al-Houdaybiyah. » Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons passèrent vingt jours avant d’arriver à la conclusion de l’accord tandis que d’’autres soutiennent que les Musulmans séjournèrent seulement une quinzaine de jours.

 

Puis, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons reprirent le chemin du retour vers Médine en suivant le même itinéraire qui les avait emmenés à al-Houdaybiyah, à l’exception du tronçon qu’ils suivirent pour éviter l’affrontement avec la cavalerie de Khalid Ibn al-Walid. Les combattants passèrent par le passage d’ad-Dahran (appelé aujourd’hui Vallée de Fatima) puis par ‘Ousfan en suivant l’habituelle route principale, la route occidentale, menant à Médine.

 

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