SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Le miracle du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à Houdaybiyah

 

En revenant à Houdaybiyah, les Musulmans se jetèrent sur un puits pour boire et abreuver leurs bêtes mais furent désappointés lorsqu’ils remarquèrent que l’eau ne pouvait suffire pour mille quatre cents personnes sans compter le nombre des bêtes.

La situation s’aggrava au point où la vie des pèlerins et des bêtes devint menacée d’autant plus que les sources d’eau les plus proches étaient entre les mains des Qouraysh.

 

Les Compagnons se plaignirent au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui implora le Seigneur. Après quoi, il appela Najiyah Ibn al-A’jam al-Aslami, lui donna une flèche et lui ordonna de la planter au fond du puits.

Najiyah a dit :

« On se plaignit du peu d’eau au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui m’appela. Il sortit une flèche de son carquois, me la donna et me demanda de lui apporter un seau d’eau du puits. Je le lui apportai. Il fit ses ablutions mineures, rinça sa bouche puis cracha dans le seau. Les gens (les Musulmans) souffraient de la grande chaleur et il n’y avait en réalité qu’un seul puits ; les autres étaient sous le contrôle des polythéistes qui étaient déjà à Baldah.

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : « Descends avec (le seau) d’eau et verse-le dans le puits en traçant l’eau de celui-ci avec la flèche. » Je fis la chose et, par Celui qui l’a envoyé avec la Vérité, je ne quittai le puits qu’après avoir failli me noyer ; il commença à bouillir comme une marmite, et ce jusqu’à ce qu’il fut plein. On se mit alors devant la margelle et on commença à prendre de l’eau. Les Musulmans étanchèrent leur soif jusqu’au dernier d’entre eux. »

 

Ibn al-A’jam a aussi dit :

«  Ce jour-là il y avait près de l’eau quelques hypocrites ; al-Jad Ibn Qays, Aws et ‘Abdallah Ibn Oubay. Ils étaient assis près de la margelle du puits au moment où les gens étaient en train de s’abreuvoir. Et Aws Ibn Khawli s’adressa à ‘Abdallah Ibn Oubay : « Malheur à toi, Abou Houbab ! Ne veux-tu considéré ton état (négateur) ? Y a-t-il autre chose après cela (miracle) ? »

– « J’ai déjà vu ce genre de choses. »

– « Je me moque de toi et de ton opinion ! »

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) contacte Qouraysh et leur fait part de ses intentions pacifiques

 

Encore une fois, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) voulut convaincre les Mecquois de l’absurdité de la guerre. il convoqua Khirash Ibn Oumayya al-Ka’bi et lui confia la tache de contacter les Qouraysh et de les mettre au courant du véritable but de la venue des Musulmans : le pèlerinage mineur (la ‘Oumrah), et qu’une fois ce rite accompli, ils se retireraient à Médine.

L’émissaire du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut choisi volontairement de Khouza’a, une tribu qui était plus ou moins neutre et dont le territoire avoisinait celui de Qouraysh.

 

Al-Waqidi[8] a rapporté :

Le premier émissaire du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut Khirash Ibn Oumayya al-Ka’bi. Il était sur un chameau appartenant au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) appelé Tha’lab Sa mission consistait à dire aux seigneurs de Qouraysh, de la part du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « Nous sommes venus pour la ‘Oumrah ; les offrandes sont retenues. Nous voulons faire des processions autour de La Demeure (La Ka’bah), se désacraliser puis partir.

(Mais les Mecquois lui réservèrent un accueil agressif) et coupèrent les jarrets du chameau du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). C’est ‘Ikrimah Ibn Abi Jahl qui fit cela et essaya même de tuer Khirash mais quelques Qouraysh présents ne lui laissèrent pas l’occasion et laissèrent l’émissaire partir. Ce dernier revint non sans difficulté chez le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), l’informa et lui dit : « O Messager d’Allah, envoi un homme plus soutenu que moi. »

 

Au milieu de cette atmosphère tendue, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) reçut une délégation de la tribu de Khouza’a qui habitait tout près du territoire sacré et qui avait signé un pacte de non-agression avec les Musulmans du fait que plusieurs d’entre eux étaient Musulmans qui ne cachaient rien au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sur ce qui se passait à Touhamah et le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur faisait confiance.

 

La délégation Khouza’i était commandée par Boudayl Ibn Warqa qui après les salutations, voulut détendre l’atmosphère régnante entre les deux parties et dit au Prophète : « Nous sommes venus de la part de ton peuple, les Ka’b Ibn Lou’ay et ‘Amir Ibn Lou’ay. Contre toi, ils ont pu obtenir le soutien des Ahabish et tous ceux qui leur obéissent. Avec eux, il y a femmes et enfants. Et ils ont juré de ne pas te laisser visiter la Demeure (la Ka’bah), quelle que soient les conséquences.

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) répondit : « Nous ne sommes pas venus pour livrer bataille contre quiconque. Nous sommes plutôt venus faire des processions autour de cette Demeure. Quiconque nous repoussera, nous le combattrons. D’autre part, Qouraysh est un peuple qui souffre de la guerre qui les a (complètement) épuisés mais s’ils le veulent, je signerai avec eux une trêve pour une certaine période, durant laquelle ils pourront être en sécurité et nous laissent nous occuper du reste des gens qui sont d’ailleurs plus nombreux qu’eux. Si j’ai le dessus contre eux, ils auront deux choix : soit embrasser ce que les gens ont embrassé soit la guerre après avoir pu récupérer leurs forces. Par Allah, pour cette cause, je ferais tout mon possible, jusqu’à ce que mort s’ensuive ou que l’Ordre d’Allah se réalise ! »

 

C’était, de la part de Muhammad le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), une proposition tout à fait réaliste et la refuser serait une faute politique et militaire de la part des Qouraysh. D’ailleurs, l’un des délégués Khouza’i, ‘Amrou Ibn Salim, fut saisi par la clarté et la confiance manifestée par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Il dira à Boudayl : « Par Allah, on ne peut jamais vaincre une personne présentant de telles propositions ! »

 

Boudayl Ibn Warqa comprit et retint à son tour les propos de l’Envoyé d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Il se dirigea aussitôt vers la vallée de Baldah pour y rencontrer les chefs de Qouraysh mais en le voyant, ceux qui étaient contre toute forme de paix s’écrièrent : « Voici venir Boudayl et ses Compagnons. Ils ne sont venus que pour nous sonder. Ne leur demandez rien, même pas un mot ! » Et ils laissèrent Boudayl parler : « Nous venons de chez Muhammad, voulez-vous que nous vous informons de ce qu’il nous a dit ? »

– « Par Allah non, s’opposèrent ‘Ikrimah Ibn Abi Jahl et al-Hakam Ibn al-‘As. Nous n’avons pas besoin que tu nous en informes. Toutefois, fait-lui savoir ceci : il n’entrera jamais (à La Mecque), et ce jusqu’au dernier de nos hommes ! »

 

La réaction de ‘Ourwah Ibn Mas’oud

 

Le chef de Thaqif qui était présent s’étonna de ce comportement et le déplora. Il s’adressa aux Qouraysh : « Par Allah, avant ce jour-ci, je n’ai rien vu d’aussi étrange. Pourquoi ne voulez-vous pas entendre ce que rapportent Boudayl et ses Compagnons ? Si la chose vous plait, vous l’acceptez; sinon vous la délaissez. Le peuple qui fait ce que vous venez de faire ne peut réussir, » dit-il.

Ces mots furent suffisants pour frayer leur chemin aux seigneurs de La Mecque qui firent taire l’emportement des jeunes ‘Ikrimah et Safwan. Ils prirent l’initiative et demandèrent à Boudayl : « Informe-nous de ce que vous avez vu et entendu ! »

 

Après voir exposé les propositions musulmanes, Boudayl expliqua : « O peuple de Qouraysh, vous êtes en train d’anticiper les choses avec Muhammad et Muhammad n’a jamais été derrière une guerre. Il n’est pas venu pour (vous) combattre. Il n’est venu que pour visiter la Demeure. »

En entendant cela, les Qouraysh l’insultèrent et l’accusèrent d’avoir un penchant pour les Musulmans. Ils insistèrent à tout refuser et dirent à Boudayl : « Même si Muhammad n’est pas venu pour la guerre, par Allah, il n‘entrera jamais à La Mecque malgré nous. Veut-il y entrer avec ses soldats pour faire le pèlerinage ! Que diront les Arabes : « Muhammad est entré malgré nous en faisant fi de l’état de guerre entre nous. Par Allah Exalté, cela ne se passera jamais, du moins tant que nous vivons ! »

 

C’est ce genre d’obstination qui conduira Qouraysh à tout perdre quelques années plus tard. Il semble que les seigneurs de la Cité Sacrée ne se rendirent pas compte des grands changements qui allaient transformer toute l’Arabie à cause peut être de la rapidité impressionnante des évènements qui ne leur avait pas laissé suffisamment de temps pour réfléchir.

 

De toute façon, ‘Ourwah Ibn Mas’oud ath-Thaqifi qui était toujours présent, conseilla à ses alliés de maintenir une certaine modération et d’accepter les propositions de l’adversaire. Et en tant que chef de sa tribu, il venait de comprendre la véritable raison du voyage du Prophète et qui n’était pas pour faire la guerre comme l’avait laissé entendre Qouraysh. Et, comme il avait un allié fort respecté par les seigneurs de La Mecque, en plus de la parenté qui le liait à eux (sa mère était Si’a Bint ‘Abd ash-Shams Ibn ‘Abd al-Manaf, une Qouraysh), il trouva l’occasion pour dire : « O peuple de Qouraysh ! Doutez-vous de ma sincérité envers vous ? »

– « Absolument pas, » répondirent-ils.

– « Ne suis-je pas « le fils et vous le père ? N’ai-je pas appelé tous les habitants de ‘Oukad pour venir vous aider (contre Muhammad) et lorsque ceux-ci ont refusé, je suis quand même venu avec mes fils et ceux qui sont sous mes ordres ? »

– « Certainement, tu as fait cela. »

– « (Ecoutez donc), je suis sincère avec vous, je veux votre bien ! Boudayl est venu avec un plan sage. Quiconque le refuse sera contraint d’accepter un plan plus mauvais. Acceptez-le !, » termina-t-il avant de reprendre et d’offrir sa médiation : « Envoyez-moi chez Muhammad afin que je vous rapporte plus de détails sur ce plan et que je sois « un œil pour vous » ! »

 

Après l’acceptation des Qouraysh, ‘Ourwah se dirigea vers le camp musulman. Et bien qu’il fût sincère pour éviter aux deux parties des accrochages meurtriers, il était cependant l’allié de Qouraysh et s’adressa au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en voulant l’intimider : « Tu as rassemblé la lie des populaces dans le but d’exterminer les tiens ! » Après quoi, il commença à énumérer les atouts et la puissance prétendue de Qouraysh pour impressionner le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et le détourner de son projet d’accomplir le pèlerinage. Il lui dit : « C’est Qouraysh sorti même avec ses femmes et ses enfants. Ses guerriers ont mis « les peaux des tigres » en s’engageant devant Allah de ne pas te laisser entrer malgré eux. O Muhammad, j’ai laissé ton peuple, les Bani Ka’b, les Bani ‘Amir et les Bani Lou’ay tout près des eaux d’al-Houdaybiyah, soutenus par les Ahabish et par ceux qui leur obéissent. Ils ont juré de ne te laisser arriver à la Demeure qu’après tous avoir anéantis. Tu es donc entre deux choix : Soit tu extermines ton peuple et ce sera alors une première, soit que ceux qui sont avec toi t’abandonne. O Muhammad, par Allah, j’imagine déjà la fuite de ceux-ci ! Ils te laisseront seul. Je ne vois qu’une lie rassemblée çà et là. Je n’ai reconnu ni leurs têtes ni leurs origines. Ils s’enfuiront et te laisseront surement » conclut-il enfin.

– « Suceur de clitoris, » éclata Abou Bakr en s’adressant à Ourwah, « est-ce nous qui allons fuir et laisser le Prophète seul ? »

– « Qui est-ce donc » ô Muhammad ?

– « C’est Abou Bakr Ibn Abi Qouhafa, » répondit le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

En fait, la réponse d’Abou Bakr ne reflétait qu’une partie du dévouement des Musulmans envers leur Prophète et ‘Ourwah, durant sa présence dans le camp musulman, s’apercevra de l’attachement sincère et extraordinaire que les Compagnons manifestaient à Muhammad.

De retour auprès des Qouraysh, il leur dira : « O peuple de Qouraysh ! J’ai vu des rois comme Chosroès, Héraclius et le Négus mais je n’ai jamais vu l’un d’eux obéis par ses sujets comme l’est Muhammad par ses Compagnons. Par Allah, devant lui personne d’entre eux ne lèvent ni le regard ni la voix. Pour avoir une chose, il lui suffit de faire un signe. Et chaque fois qu’il crache, les mains se tendent pour attraper son crachat et s’en essuyer la peau. Ils se bousculent pour avoir le reste de l’eau de ses ablutions. J’ai sondé ces gens ; ils ne craignent guère que vous vouliez leur livrer bataille. Ce sont des gens, d’après ce que j’ai pu voir, qui ne se soucient guère de leur sort une fois que leurs homme (le Prophète) est bien protégé. Que votre décision soit sage! Acceptez son plan (de paix) et signez avec lui une trêve temporaire. O peuple ! Acceptez ses propositions, mes conseils sont sincères. De plus je crains que vous ne pouvez le vaincre, » avant de s’étonner : « (Doit- on repousser) un homme qui est venu visiter cette Demeure pour la glorifier en sacrifiant des offrandes puis repartir[9] ! »

 

En entendant ces éclaircissements, les Qouraysh réalisèrent enfin la gravité de leur entêtement. Toutefois, ils ne voulurent pas renoncer complètement à leurs exigences : « O Abou Ya’four[10] ne parle pas de cela devant les gens. Ecoute, repoussons Muhammad cette année-ci mais il pourra revenir (faire son pèlerinage) l’année prochaine. » Et ‘Ourwah leur dit : « A mon avis, vous allez être touché par un grand malheur, » avant de les quitter avec ses hommes et rejoindre Ta’if, sa ville. Ce fut la première scission dans l’alliance Qouraysh/Thaqif/Ahabish.

 

Le retrait des Thaqif ne changea pas suffisamment les choses : les Musulmans étaient attendaient toujours et les troupes mecquoises, excepté les hommes de ‘Ourwah, ne quittèrent pas quitté leurs positions.

Certes, les polythéistes ne firent plus insistants pour affronter les Musulmans tout en simulant le contraire en comptant sur deux faits :

Primo, sales et fatigués, les Musulmans, qui étaient en plus en état de sacralisation, allaient peut-être en fin de compte se lasser et rentrer chez eux.

Secundo, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avait déjà déclaré qu’il ne voulait pas la guerre et avait même proposé de répondre « favorablement à Qouraysh si elle l’appelait à respecter les liens de sang » et à signer un pacte de paix.

 

Dans le camp musulman, la situation physique devenait de plus en plus critique. En plus de la longue absence et de la fatigue, les croyants avaient les cheveux en désordre et poussiéreux ; plusieurs d’entre eux étaient miséreux et ils sentaient mauvais. Bref, suffisant pour que les Musulmans en aient assez et soient au bout de leurs nerfs.

 

Le Fameux puit d’al-Houdaybiyah

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