SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Vers al-Houdaybiyah

 

Comme nous venons de le remarquer, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) voulait coute que coute éviter les affrontements. Et au lieu de quitter ‘Ousfan vers La Mecque, au sud, via at-Tan’im qui se trouve à trois miles de la Cité Sacrée (la route habituelle que les Médinois prenaient pour La Mecque), il préféra changer de route et demanda :

«  «Y a-t-il un homme qui peut nous mener par une autre route que celle où ils (les ennemis) sont[1] ? » Après quoi, il dit : « Prenez votre droite ; les sentinelles de Qouraysh sont à Marri ad-Dahran ou à Danjan. Qui d’entre vous connait la gorge de Dzat al-Handal ? »

– « Moi, » s’écria Bouraydah Ibn al-Khousayb al-Aslami, « moi, ô Messager d’Allah, je connais cet endroit. »

– « Va devant nous » lui demanda alors le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). L’Aslami les mena par un chemin difficile, rude et non fréquenté et faillit les dérouter. En remarquant sa perplexité à pouvoir continuer sa mission, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui dit : « Monte !, » avant d’appeler de nouveau : « Y a-t-il un homme qui peut nous montrer la route de Dzat al-Handal ? » Sur ce, Hamza Ibn ‘Amrou al-Aslami se présenta et dit : « O Messager d’Allah, moi, je te la montrerai. » Il guida les Musulmans durant un certain temps puis, en arrivant dans un endroit retiré et broussailleux, il se perdit. « Monte » lui dit le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avant d’appeler une troisième fois : « Qui peut nous montrer la route de Dzat al-Handal ? »

– « Moi, » s’écria ‘Amrou Ibn ‘Abd Nahm al-Aslami, « moi, ô Messager d’Allah, je te la montrerai ! »

– « Pars devant nous ! »

En effet, ‘Amrou s’élança devant les Musulmans et les guida jusqu’à un col. En voyant le col, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : «Voici le col de Dzat al-Handal. »

– « C’est lui !, » confirma le guide[2]. »

 

Là, et pour inciter les Musulmans à traverser le col, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur dit : « Par Allah, celui qui traversera ce col aura ses péchés pardonnés. »

 

Quant à Khalid Ibn al-Walid, il fut saisi de rage car il ne pensait pas que les Musulmans esquiverait son plan qui consistait à les attaquer entre ‘Ousfan, at Tan’im et La Mecque. Autrement dit, il n’envisagea pas que les Compagnons du Prophète le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) changeraient leur route pour se diriger vers La Mecque via al-Houdaybiyah et aussitôt qu’il fut informé de ce changement, il donna à ses hommes l’ordre de retourner à La Mecque pour informer les Qouraysh de la nouvelle situation.

 

En réalité, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) était décidé à faire sa ‘Oumrah ; les Compagnons avaient traversé jusque-là deux cent cinquante miles et fatigués qu’ils étaient, il ne leur restait tout au plus que dix miles pour arriver à La Mecque. En changeant d’itinéraire, il voulut donner aux Qouraysh un temps de réflexion supplémentaire pour les convaincre de l’absurdité de la guerre mais pour ceux-ci, laisser les « apostats[3] » faire leur pèlerinage était une impossibilité catégorique, même s’il fallait les arrêter par la force.

 

Ainsi, les Qouraysh, qui étaient près d’at-Tan’im, au nord de La Mecque levèrent leur camp et se rendirent avec leurs troupes à al-Houdaybiyah. Les Musulmans qui les avaient déjà précédés dans cette plaine, n’étaient plus qu’à quelques pas des frontières du territoire sacré mais pour les traverser, il leur restait aussi à affronter les huit mille hommes de Qouraysh, des Ahabish et de Thaqif : une armée bien équipée et dont les membres étaient en pleine forme contrairement aux Musulmans qui venaient de traverser une grande distance, en plus du changement d’itinéraire et du peu d’équipement qu’ils avaient.

 

Toutefois, les apparences sont souvent trompeuses et le fond de la puissance mecquoise qui résidait dans l’alliance Ahabish/Thaqif/Qouraysh, se révélera par la suite sans grande utilité pour les Mecquois et la plaine d’al-Houdaybiyah, insignifiante jusque-là, allait connaitre l’un des évènements les plus importants dans l’histoire de l’Islam.

 

L’affrontement direct était sur le point d’arriver quand survint un fait étrange et aux limites du territoire sacré de La Mecque, al-Qaswa, la chamelle du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), s’arrêta subitement comme paralysée.

 

L’obstacle de l’Eléphant

 

Al-Qaswa était l’une des meilleures chamelles du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Juste avant de pénétrer dans l’espace du Sanctuaire, elle s’agenouillât et refusa de se mettre debout malgré toutes les tentatives. Les gens crurent que ce comportement-ci était dû à la fatigue : « Al-Qaswa est devenue rétive, » se dirent-ils.

– « Elle n’est pas rétive, » opposa le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), « ce n’est pas son habitude mais elle a été retenue par Celui qui a retenu l’Eléphant[4]. »

 

Et après avoir perçu ce que les autres ne pouvaient voir, il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) annonça encore une fois ses intentions pacifiques en jurant : « Par celui qui détient l’âme de Muhammad entre Ses Mains, je répondrai favorablement à Qouraysh s’ils m’appellent au respect des liens de sang[5] ! »  

Dans une autre version : « S’ils m’appellent à exalté le Sacré d’Allah[6]. »

 

C’était, de sa part, une déclaration claire comme l’eau de roche incitant encore une fois les Mecquois à se comporter sagement face aux évènements et à éviter tout carnage.

Il appela alors sa chamelle qui se leva aussitôt puis ordonna à ses Compagnons de rebrousser chemin et d’installer leur campement à Houdaybiyah. En fait, il décida de ne pas franchir les limites du Sanctuaire, du moins jusqu’à nouvel avis.

Les Compagnons s’exécutèrent et campèrent tout près d’un puits se trouvant, parait-il, devant les drapeaux que le voyageur peut voir aujourd’hui à sa droite, à Shoumaysi, sur la route menant à La Mecque. A cet endroit de la plaine de Houdaybiyah, ils attendirent les directives du Prophète qui, à son tour, attendait la nouvelle réaction de Qouraysh en espérant que les plus sensés de son peuple mettraient un terme à leur entêtement.

 

Les polythéiste négligèrent toutes les mesures d’apaisement et maintinrent l’état d’alerte générale au sein de leurs troupes tout près du camp des Musulmans et certains d’entre eux tentèrent même de surprendre les Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de les attaquer de nuit.

 

Vu la tension qui régnait dans la plaine de Houdaybiyah, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre de former trois groupes de garde dont il donna le commandement à trois Ansar : 

– ‘Abbad Ibn Bishr,

– Aws Ibn Khawli et,

– Muhammad Ibn Maslamah qui se partagèrent, à tour de rôle, la garde jusqu’au lendemain matin[7].

 

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