SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La mort du deuxième roi de Khaybar, Oussayr Ibn Zarim

 

Après la mort d’Abou Rafi’, les Juifs de Khaybar désignèrent leur nouveau roi, Oussayr Ibn Zarim qui poursuivit la politique de son prédécesseur envers les Musulmans. Il voulut, comme Rafï’, organiser une grande opération militaire contre Médine et imagina un projet, nouveau en partie : « Je vais faire à Muhammad, dit-il, ce que mes prédécesseurs n’ont pas fait. »

– « Et que vas-tu faire » demandèrent les notables juifs ?

– « J’irai en personne chez les Ghatafan et les rassemblerai pour lui faire la guerre. »

– « Bonne idée, » répondirent-ils[2]. Puis Oussayr quitta Khaybar et se rendit dans les différents territoires des tribus Ghatafani en les incitants à rassembler une armée contre les Musulmans. Et pour dissiper leur crainte, il adopta la même méthode de Houyay Ibn Akhtab et de Sallam Ibn Abi al-Houqayq : l’argent.

 

Cependant, Médine était aux aguets. La trahison juive pendant le siège des Coalisés leur avait enseigné une leçon et leur crainte se révéla justifiée. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut informé du nouveau projet juif que Oussayr était en train de tramer et pour la vérifier, il convoqua ‘Abdallah Ibn Rawahah, ainsi que deux de ses Compagnons, et lui commanda d’aller à Khaybar pour vérifier la chose.

 

De retour, ‘Abdallah confirma l’existence du complot et le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) désigna ‘Abdallah Ibn Rawahah de nouveau à la tête de trente hommes et lui donna l’ordre de se diriger sur Khaybar, de contacter Oussayr et d’essayer de le convaincre de délaisser le projet et d’entrer en pourparlers avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour une nouvelle paix.

 

‘Abdallah Ibn Rawahah quitta Médine avec ses hommes au début du mois de Shawwal de l’an 6 de l’Hégire. En arrivant, à Khaybar, il envoya une personne au roi pour l’informer de l’arrivée des Musulmans qui désiraient parler avec lui et demandèrent aussi l’aman : – « Sommes-nous en sécurité afin que nous t’informions de la chose pour laquelle nous sommes venus ? » demanda ‘Abdallah.

– « Oui et puis-je avoir de même de votre part » répliqua Oussayr ?

– « Oui, » acceptèrent les Musulmans[3].

 

Après ces garanties réciproques, les Musulmans entrèrent à Khaybar, et une fois avec Oussayr, ‘Abdallah l’informa du message du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui se résumait en deux points :

1 – L’invitation de Oussayr de se rendre à Médine pour y rencontrer le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et mettre fin à l’état de guerre et,

2 – Oussayr, après l’accord, restera à la tête des Khaybar[4].

En plus de ces deux points, Ibn Rawahah confirma à Oussayr qu’il serait traité avec égard par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Après cet entretien, le roi de Khaybar se retira pour discuter la proposition avec le reste des chefs juifs qui manifestèrent alors leur opposition qu’Oussayr refusa et décida d’aller toutefois à Médine en s’appuyant sur cet argument « il (le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) en a assez de la guerre » et décida d’accompagner ‘Abdallah Ibn Rawahah avec trente Khaybari, exactement comme le même nombre de la délégation musulmane. Et comme la confiance était la dernière des choses à exister entre les deux, ils demandèrent à ce que chaque Musulman mette en croupe un Juif et Oussayr se mit derrière ‘Abdallah Ibn Ounays.

Tout se déroula sans embuches quand, tout à coup, les Juifs essayèrent, au cours du chemin, de trahir leur engagement et Oussayr Ibn Zarim en personne essaya d’abattre son Compagnon de route en voulant lui arracher son épée. Mais comme ‘Abdallah Ibn Ounays était sous ses gardes, la tentative du roi se solda par un échec et c’est le Khaybari qui trouva la mort.

Le reste des Juifs s’accrocha avec les Musulmans et furent tous abattus à l’exception d’un seul d’entre eux qui put prendre la fuite et rejoindre Khaybar.

 

Les Qouraysh

 

Après l’expatriation du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de ses Compagnons à Médine, Qouraysh ne put contenir sa rage. La première décision prise par les Mecquois, à Dar an-Nadwa, fut la déclaration de leur hostilité à l’égard des Musulmans qu’ils considéraient comme des ennemis qu’il fallait abattre là où ils les croiseraient. Pire, La Mecque, la capitale du polythéisme arabe, décida d’interdire son Sanctuaire aux adeptes de la nouvelle religion. Cette interdiction durera six ans ou aucun Musulman n’eut le droit de faire ses processions du pèlerinage autour de la Ka’bah.

 

D’autre part, durant cette période, Qouraysh ne se contenta ni de ses déclarations hostiles ni de ses interdictions injustes mais essaya d’assassiner le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à plusieurs reprises et mena plusieurs opérations militaires contre lui dont les plus dangereuses furent :

1 – La bataille de Badr, en l’an 2 de l’Hégire

2 – La bataille d’Ouhoud, en l’an 3 de l’Hégire

3 – Le siège des Coalisés (al-Ahzab ou al-Khandaq), en l’an 4 de l’Hégire.

Cependant, aucune de ces opérations, même celle d’Ouhoud, ne donna le dessus aux polythéistes bien au contraire, les bases de l’État musulman naissant se consolidèrent de plus en plus en Arabie, le nombre des nouveaux convertis augmenta avec une rapidité spectaculaire et les Musulmans devint une puissance respectable surtout après l’échec total des Coalisés et la punition sévère que reçurent les Bani Qouraydah

 

La seule puissance que craignaient les Musulmans fut les dix mille guerriers de Khaybar qui guettaient le moment propice pour passer à l’action mais le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) put les contraindre à la défensive, surtout après l’exécution de leur roi Abou Rafi’ et la mort de son successeur, Oussayr.

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) décide d’accomplir la ‘Oumrah

 

Bien que les Musulmans considéraient les Juifs de Khaybar comme une menace mortelle, ils furent convaincus de la volonté réduite à néant de ces derniers incapables de prendre aucune initiative contre eux, du moins temporairement.

Médine imposa donc réellement son autorité dans les régions voisines et saisissant cette occasion, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) décida de faire la ‘Oumrah avec un certain nombre de ses Compagnons, un rêve qui ne put se réaliser durant cinq ans, à cause de l’interdiction des Qouraysh mais désormais le poids de la balance avaient changé et Qouraysh n’était plus cette puissance qu’on craignait jadis.

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’eut nullement l’intention de provoquer les Mecquois bien au contraire, pour leur faire part de ses intentions pacifiques, il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur dépêcha un ambassadeur tout en restant méfiant à leur égard du fait de l’état de guerre.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) décida donc de faire le petit pèlerinage et lança un appel général à tous les Musulmans, nomades et citadins. Mille quatre cents personnes seulement accompagneront le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) tandis que les hypocrites de Médine et les Arabes à faible conviction, trouvèrent maintes excuses et crurent que les Qouraysh utiliseraient la force pour interdire l’entrée de La Mecque aux pèlerins Musulmans.

Certains ne cachèrent pas leur crainte : « Comment pouvons-nous aller chez des gens (les Qouraysh) qui l’ont (le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) attaqué en son foyer même, Médine, et en plus abattu ses Compagnons[5]. »

 

Même le Noble Qur’an les confondis : « Ceux des Bédouins qui ont été laissés en arrière te diront : « Nos biens et nos familles nous ont retenus : implore donc pour nous le pardon. » Ils disent avec leurs langues ce qui n’est pas dans leurs cœurs. Dis : « Qui donc peut quelque chose pour vous auprès d’Allah s’Il veut vous faire du mal ou s’Il veut vous faire du bien? Mais Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous œuvrez. Vous pensiez plutôt que le Messager et les croyants ne retourneraient jamais plus à leur famille. Et cela vous a été embelli dans vos cœurs ; et vous avez eu de mauvaises pensées. Et vous fûtes des gens perdus. » (Qur’an 48/11-12)

 

En plus de cette mauvaise volonté, les hypocrites entamèrent une campagne outrancière dans le but de détourner le reste des croyants d’aller avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) mais toutes leurs démarches se révélèrent vaines. Mille quatre cents Mouhajirine et Ansar répondirent favorablement à l’appel et se préparer pour La Mecque.

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) demanda en outre à Bousr Ibn Soufyan al-Khouza’i de lui acheter des chamelles et des vaches pour les offrandes avant de lui dire : « O Bousr, attend, ne quitte pas Médine ! Tu sortiras avec nous. Si Allah Exalté le veut, nous accomplirons la ‘Oumrah. » Bousr s’exécuta et acheta au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) soixante-dix bêtes dont se chargera Najiya Ibn Joundoub al-Aslami et les emmènera à Dzoul Houlayfah.

 

Lorsque les préparatifs du voyage furent achevés et après que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) laissa le commandement de Médine à Noumayla Ibn ‘Abdallah al-Laythi et la présidence de la prière à Ibn Oumm Maktoum, il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna le signal du départ un lundi au début du mois de Dzoul Qi’dah de l’année 7 de l’Hégire.

Après avoir fait ses ablutions majeures et s’être habillé de deux pièces d’étoffe blanches à la porte de sa maison, il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) monta sa chamelle al-Qaswa et se dirigea vers Dzoul Houlayfah.

 

Après avoir marché dix miles, les Musulmans dont deux cents cavaliers arrivèrent à Dzoul Houlayfah où le Prophète le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se sacralisa. Ainsi, les présents, non encore informés des intentions du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), furent au courant du véritable but de ce voyage : le pèlerinage.

 

C’est aussi à Dzoul Houlayfah que ‘Umar Ibn al-Khatab et Sa’d Ibn ‘Oubadah lui suggérèrent de laisser ses Compagnons armés. « Tu veux t’en aller sans armes chez des gens qui sont en guerre avec toi » s’étonna ‘Umar ! Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) accepta leur remarque et envoya quelques-uns d’entre eux à Médine pour rapporter les armes.

 

A Dzoul-Houlayfah, il présida la prière de Zouhr avant de couvrir les bêtes et de saigner quelques chamelles sur leurs bosses en les orientant sur la Qibla pour distinguer les bêtes d’offrande des autres bêtes.

Quant à la sacralisation (l’Ihram), il la commença sur sa monture même tout en se dirigeant vers La Mecque, en prononçant la Talbiyyah : Me voilà, ô Seigneur, me voilà…! Me voilà… Tu n’as aucun associé… Me voilà ! Les louanges et les bienfaits sont à Toi, ainsi que la Royauté… Tu n’as aucun associé. »

 

Quatre femmes sortirent avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) :

1 – Oum Salamah (radhiyallahou ‘anha), l’épouse du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam),

2 – Oum ‘Amara (radhiyallahou ‘anha),

3 – Oum Mani’ (radhiyallahou ‘anha),

4 – Oum ‘Amir (radhiyallahou ‘anha) et les trois dernières toutes des Ansar.

 

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