SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Le jugement de Sa’d Ibn Mou’ad

 

Quel allait être le verdict du juge Sa’d Ibn Mou’ad grièvement blessé ? Encore une fois la clémence ou une sentence sévère ?

Sa’d Ibn Mou’ad, l’allié des Banou Qouraydah, avait-il encore en tête, malgré sa blessure, les images et les scènes des seigneurs qouraydi chez qui il se rendit en mission pendant le Khandaq ?

L’allié des Banou Qouraydah pensait-il vraiment que ces derniers méritaient d’être défendus alors qu’ils n’étaient pas venus au secours de leurs alliés mais pire, s’étaient rangés du côté des ennemis du Prophète et des Musulmans ?

Sa’d Ibn Mou’ad le Musulman pensait-il au péril encouru par l’Islam durant le long siège du Khandaq et que ces prisonniers de guerre n’étaient il n’y a pas encore longtemps arrogants et sur le point d’envahir Médine ?

N’y avait-il pas des similitudes qui se répétaient chaque fois avec, les Banou Qouraydah, les Banou Qaynouqa’ et les Banou an-Nadr ? Les Banou Qaynouqa’ après la bataille de Badr, les Banou an-Nadr après la bataille d’Ouhoud et cette fois, les Banou Qouraydah pendant le siège des Coalisés. Le juge musulman allait-il encore réitérer avec ces Juifs sachant que ces derniers allaient aussi récidiver avec leurs cousins Nadri et d’autres tribus mécréantes ?

 

Tout cela traversa-t-il peut-être l’esprit de Sa’d Ibn Mou’ad, l’allié des Banou Qouraydah et le Compagnon du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Quand il se leva, l’instant du verdict se rapprocha. Les Banou Qouraydah, qui voyaient désormais leur destinée entre les mains de leur allié, restèrent silencieux et attentifs aux gestes et aux paroles qui allaient fuser de la bouche de Sa’d tout comme les Musulmans car tous ignoraient encore la décision qui allait tomber.

Sa’d Ibn Mou’ad se leva donc et prononça son verdict irrévocable : « les hommes devraient être passés par les armes, les femmes et les enfants le statut de captifs, les biens confisqués et distribués comme butin aux Musulmans qui assiégèrent les Banou Qouraydah. Il décida aussi que les maisons des Juifs iraient uniquement aux Mouhajirine qui n’avaient pas de maisons à Médine et avaient laissé tous leurs biens à La Mecque. » Quand quelques Ansar s’opposèrent, Sa’d Ibn Mou’ad       justifia sa décision en disant : « Je voulais qu’ils soient indépendants de vous[11]. »

 

Voici le témoignage de ‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha), la Mère des Croyants rapporté dans as-Sahih al-Boukhari : « Sa’d (radhiyallahou ‘anhou) fut blessé pendant le Fossé (khandaq) par un Qourayshi nommé Hibban Ibn al-‘Ariqa. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) installa une tente dans la mosquée pour s’enquérir de son état. Quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) revint du Khandaq et alors qu’il nettoyait ses cheveux de la poussière, Jibril vint et lui ordonna de marcher immédiatement sur les Banou Qouraydah.

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se rendit chez eux jusqu’à ce qu’ils abdiquèrent devant son exigence. Il donna à Sa’d Ibn Mou’ad le pouvoir de les juger. Sa’d Ibn Mou’ad décida alors la mort des guerriers, le statut de captif pour les femmes et les enfants, et la répartition de leurs biens (entre les Musulmans). »

 

Ibn Sa’d dit à propos de la capitulation des Banou Qouraydah : « Ils étaient dans un désespoir indescriptible à l’intérieur de leurs fortins. (Après leur capitulation), ils acceptèrent alors l’arbitrage de Sa’d Ibn Mou’ad. Celui-ci condamna à mort leurs guerriers et décida le statut de captifs pour les enfants ainsi que (d’après certains) la distribution des maisons aux Mouhajirine seulement. (Quand les Ansar s’opposèrent à cette dernière décision), il leur dit : « J’ai aimé (je voulais) qu’ils soient indépendants de vous[12]. »

Après le verdict de Sa’d Ibn Mou’ad relatif au sort des Juifs, aucun des Aws ne protesta car chacun d’eux avait juré de ne pas s’y opposer. Quant aux Juifs ils déjà affligés, ils ne furent pas surpris par la sentence ni ne la discutèrent.

 

Certains historiens dirent même à propos de la capitulation des Banou Qouraydah que ces derniers demandèrent avant de se rendre à l’arbitrage de Sa’d Ibn Mou’ad et que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) accepta cette condition. Mais, la majorité des historiens et des traditionnistes dirent que Sa’d ne fut juge qu’après l’intervention des Aws auprès du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

De la sentence de Sa’d Ibn Mou’ad

 

La première hypothèse qui vient à l’esprit est que le Compagnon du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) allait prendre en considération l’alliance qui le reliait aux Banou Qouraydah depuis la Jahiliyyah, cette relation spéciale qui permettrait d’alléger la sanction, qui les sauverait au moins de la sanction capitale et c’est pourquoi, les notables Aws envisagèrent une sanction beaucoup moins sévère quand Sa’d fut désigné tout comme d’ailleurs les Juifs et multiplièrent les demandes d’indulgences auprès de leur seigneur Sa’d.

 

Malgré leurs demandes de compassion, leur seigneur n’oublia pas que l’Islam et tous les Musulmans, que Médine et tout ce qu’il y avait à Médine, les enfants, les femmes, les parents et les biens furent à deux doigts d’être perdus à cause justement de la trahison et de la violation du pacte d’alliance des Banou Qouraydah et que Médine fut été sauvée grâce à la volonté d’Allah.

Il n’oublia pas non plus que si les Juifs et les Coalisés avaient été victorieux, ils n’auraient eu aucune pitié envers les Musulmans, auraient souillés l’honneur de leurs femmes et saccagés leurs maisons. C’est pour cela, qu’il prononça sa fameuse réplique : « Il est temps que Sa’d décide pour la cause d’Allah sans se soucier des reproches de quiconque !, puis avait prononcé le juste verdict.

 

Après l’annonce du verdict final, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre à ses troupes de rentrer à Médine ou il entra le septième jour de Dzoul Hijjah de l’an 05 de l’Hégire avec ses valeureux hommes ainsi que les prisonniers sous la garde d’un détachement commandé par Muhammad Ibn Maslamah et ‘AbdAllah Ibn Sallam.

 

Après avoir séparé les enfants et les femmes des hommes, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) entama les dispositions d’application de la sentence. Il ordonna d’abord de creuser des fosses destinées à l’enterrement des dépouilles. L’endroit choisi fut probablement ce qu’on appelle aujourd’hui le marché d’al-Manakha.

La préparation des fosses terminée, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ordonna l’exécution des condamnés à mort qui furent passés par le sabre en une seule nuit sous la lumière des torches. Les exécutants de la condamnation furent ‘Ali Ibn Abou Talib et az-Zoubayr Ibn al-‘Awam[13].  Quant au nombre des exécutés, les historiens ne purent le déterminer avec exactitude et certains l’estimèrent à 600, d’autres à 700, 800 et 900[14].

 

Les notables des Aws, selon quelques historiens, demandèrent au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de permettre à leur tribu de participer à l’exécution, à cause des accusations des Khazraj qui dirent que les Aws n’aimèrent pas la sentence contre leurs alliés. Ils voulurent ainsi participer pour prouver qu’ils rejetaient cette accusation et quelques Aws participèrent effectivement à cette opération[15].

 

D’autre part, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se rendit au marché de Médine et ordonna d’y creuser des fosses puis de ramener les prisonniers qu’on amena groupe après groupe et Ils furent passés par le sabre l’un après l’autre puis enterrés[16].

 

L’un des premiers à être exécuté fut le grand criminel et l’instigateur du complot du Fossé, Houyay Ibn Akhtab, le seigneur des Banou an-Nadr, le rassembleur des Coalisés et l’incitateur des Banou Qouraydah à trahir le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Sa mauvaise foi le mena à sa perte puisque Allah Exalté voulut qu’il fût avec les Banou Qouraydah au moment du siège.

Quand on l’amena, il ne cacha pas sa haine pour le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Ibn Ishaq a rapporté à ce propos : « Houyay Ibn Akhtab, l’ennemi d’Allah fut amené, les mains derrière le dos attachées au cou par une corde. Il regarda le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et lui dit : « Par Allah, je ne regrette pas d’avoir été ton ennemi mais qui quiconque trahit Allah, Allah l’abandonne. »

 

As-Sahili ajouta dans ar-Rawd al-Anaf : « Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit à Houyay Ibn Akhtab quand il le vit ligoté : « Allah Exalté n’est-il pas venu à bout de toi ? » Et Houyay de répondre : « Oui, et qui te trahit sera abandonné. »

 

Lors de son exécution, rien ne montra qu’il eut peur. Au contraire, il fut courageux et accepta son sort avec dignité et à la permission accordée de parler, il dit : « O gens, il n’y a pas de mal dans la décision d’Allah. C’est la destinée et le périple des Banou Isra’il décidée par Allah puis s’assit pour être exécuté.        

 

Quand vint le tour du seigneur des Banou Qouraydah, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se rapprocha de lui et lui parla. Ka’b était un homme raisonnable et éduqué. Il conseilla à sa tribu d’embrasser l’Islam pour éviter cette triste fin, mais sans succès. Quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) l’appela, il répondit : « Oui, ô Abou al-Qassim. »

– « Vous n’avez pas suivi le conseil d’Ibn Kharash       alors qu’il croyait en moi. Ne vous a-t-il pas donné l’ordre de me suivre et de me saluer quand vous me verriez ? »

– « Oui, par la Torah, ô Abou al-Qassim. Je te suivrais si les Juifs ne me reprocheraient pas d’avoir eu peur du sabre. »

Alors, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre et il fut exécuté[17].

 

De tous les exécutés, seul un homme, Rifa’a Ibn Samaw’al al-Qouraydi, échappa à la mort grâce à une femme Ansari qui intercéda en sa faveur auprès du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Cette femme s’appelait Salma Bint Qays Oum al-Moundir et elle fut l’une des premières à embrasser l’Islam à al-‘Aqabah.

 

Ibn Ishaq a rapporté : « Salma Bint Qays Oum al-Moundir et sœur de Soulayt du côté de la mère de ce dernier (l’une des tantes maternelles du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) lui demanda Rifa’a Ibn Samaw’al al-Qouraydi car cet homme était déjà venu vers elle du fait qu’il la connaissait avant : « O Messager d’Allah, (tu me tiens lieu de père et de mère), fais-moi don de Rifa’a. Il a décidé de faire la prière et de manger la viande de chameau. » Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui fit remit alors Rifa’a.

 

Ainsi, à l’exception de Rifa’a Ibn Samaw’al qui embrassa l’Islam par 1a suite, tous les Qouraydi furent passés par le sabre en conséquence de leur trahison et de leur tentative d’attaquer Médine. Quant à leurs femmes, elles furent protégées par l’Islam qui interdit formellement de tuer la femme de l’ennemi sauf si elle prend part au combat, par châtiment légal ou sous l’effet de la loi du talion. Seule une de toutes les femmes juives, tomba sous l’effet du talion parce qu’elle tua Khallad Ibn Souwayd avec une roche qu’elle jeta du haut d’un fortin.

Cette femme juive, qui s’appelait Mazina, était avant son exécution dans la maison de ‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha), la mère des Croyants. Elle sut qu’elle allait à juste punition car elle répondit sereinement quand elle entendit qu’on l’appelait.

Lorsqu’elle entendit l’appel de la garde, elle répondit de l’intérieur de 1a maison de ‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha), la mère des Croyants : « Me voici, par Allah ! »

– « Malheur à toi, qu’as-tu donc » s’étonna ‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha) ?

– « Je vais être tuée, je le sais. C’est mon mari qui m’a tuée. »

– « Et comment ton mari t’a-t-il tuée ? »

– « Il m’a demandé de jeter une roche sur les Compagnons de Muhammad qui étaient sous les murs du fortin. J’ai repéré alors Khallad Ibn Souwayd sur lequel j’ai lâché une roche et s’est effondré mort car 1a roche l’a touché à la tête. Je vais donc être tuée. »

Puis ‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha) donna plus de détails sur les raisons de son acte : « J’étais la femme d’un Qouraydi, » dit-elle à ‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha), « et il y avait entre nous deux bien plus que de l’amour. Lorsque le siège devint insupportable, je dis à mon mari : « Hélas, les beaux jours de vie commune ne vont peut-être plus revenir et vont être remplacés par les lugubres nuits de la séparation. Quelle vie aurai-je après toi ? »

Mon mari me dit alors : « Si ton amour est sincère, voici un groupe de Musulman sous le fortin. Jette donc une roche sur eux peut-être tombera-t-elle sur l’un d’eux ainsi q’ils vainquent, ils te tueront à cause de cela » et c’est que j’ai fait[18]. »

 

‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha), la mère des Croyants parlé avec étonnement de cette femme juive : « Par Allah, elle était chez moi et elle me parlait ouvertement pendant que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ordonnait l’exécution des hommes de sa tribu dans le marché. Par Allah, je ne l’oublierai pas. Elle m’a étonnée : elle était douce et riait alors qu’elle se savait morte[19] ! »

 

Abou Dar (radhiyallahou ‘anhou) a dit que cette femme (Mazina) était la femme d’un Juif du nom d’al-Hassan al-Qouraydi.

 

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