SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les tribus arabes furent-elles influencées par les Juifs ?
 
Malgré dix-sept siècles de présence avant l’Islam et particulièrement dans la région de Yathrib, Khaybar et les autres régions du nord de l’Arabie, la religion juive n’eut pour ainsi dire aucune influence sur les bédouins idolâtres qui pourtant côtoyèrent les Juifs durant tous ces longs siècles,
 
L’histoire ne mentionne aucune tribu, ni aucune famille arabe ayant adopté le Judaïsme[23].
Si un tel fait s’était produit, les informateurs musulmans n’auraient pas manqué de le signaler car, ils attachèrent une grande importance à l’histoire de l’Arabie avant et après l’Islam. Ils l’auraient mentionné comme ils le firent pour l’histoire des Juifs dans ces régions. Les sources d’histoire confirment donc plutôt que les bédouins voisins des Juifs restèrent idolâtres jusqu’à l’avènement de l’Islam.
 
Cependant, cela ne veut pas dire qu’aucun bédouin de ces régions ne se convertit au Judaïsme. Les historiens confirmèrent la conversion de pas plus de 2% des Bédouins de Yathrib, de Khaybar et des régions du nord d’après leurs estimations soit un nombre très infime.
De plus, de tous les seigneurs et notables des tribus arabes, un seul fut connu comme ayant été un seigneur juif parmi les seigneurs juifs. Ce fut Ka’b Ibn al-Ashraf at-Ta’i, qui se convertit non parce sa tribu l’était mais parce que sa mère était une juive des Banou an-Nadr.
 
Ce qui prouve encore la faible influence du Judaïsme sur les bédouins de ces régions fut la non-participation des bédouins Juifs dans la consolidation de la communauté juive, ni avant et ni après l’avènement de l‘Islam. Cela est peut-être dû à l’autolâtrie des Juifs dans le domaine religieux car aucun historien n’a rapporté que des rabbins ou devins Juifs prêchèrent leur religion chez les bédouins idolâtres comme le firent les Chrétiens dans la région de Najran.
 
Et si un peuple ou une tribu arabe se convertit au Judaïsme comme les Himyari au Yémen, ce ne fut pas à cause d’une activité de rabbins missionnaires mais à cause de Tabban As’ad, un roi idolâtre, qui fit la découverte du Judaïsme par l’intermédiaire de deux rabbins qui lui conseillèrent de ne pas détruire Médine, future demeure du Prophète attendu (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)[24].  Et puis, ces deux rabbins étaient de véritables adeptes de la religion de Moussa (‘aleyhi salam). Pour preuve, ils ne cachèrent pas au roi Himyari ce que les autres Juifs gardèrent secret, à savoir qu’un prophète Arabe apparaitrait à la Mecque et émigrerait à Médine. Donc, l’extension de la religion juive au Yémen fut un fait unique dans l’histoire des Juifs surtout après les falsifications d’at-Tawrah (la Torah) par quelques rabbins.

 

 
Qui fut influencé par la culture de l’autre ?
 
L’histoire ne rapporte aucun fait montrant que les Arabes des régions habitées par les Juifs (Khaybar, Yathrib et régions du nord) furent influencés par la culture juive. Au contraire, c’est plutôt les Juifs qui subirent l’influence de la culture arabe pendant de longs siècles à tel point qu’ils oublièrent plusieurs de leurs particularismes culturels.
 
Ainsi, la culture arabe les intégra, particulièrement dans le domaine de la langue, des lettres, et même des noms (tribus et personnes). Ils ne purent préserver ni leur culture juive ni sauvegarder leur hébraïsme dans ces domaines comme ils avaient l’habitude de faire ; habitudes encore respectée dans leurs coutumes jusqu’à nos jours dans n’importe quel autre pays étranger. La majorité des noms des personnes et des tribus étaient des noms arabes sauf celle de Za’wara à Yathrib Quant aux noms des personnes, il suffit pour preuve de dire que même les rabbins et les seigneurs juifs avaient des noms purement arabes, à l’exemple de Ka’b Ibn As’ad, Houyay Ibn Akhtab, Kinana Ibn ar-Rabi’, Sallam Ibn Mashkam, Sallam Ibn Abou al-Houqayq, Abou ‘Amir ar-Rahib, ‘AbdAllah Ibn Sayfi, Ouday Ibn Zayd, al-Harith Ibn ‘Awf, az-Zoubayr Ibn Bata. Tous ces juifs étaient des isra’ilites et aucun historiens ne rapporta qu’ils étaient des arabes judaïsés. Et si cela était le cas, les historiens l’auraient signalé, comme ils le firent pour Ka’b Ibn al-Ashraf de la tribu arabe Ta’i (ou Tay).
 
Ce sont donc les Juifs isra’ilites qui subirent les influences de la culture arabe si bien que la langue arabe devint le principal outil de communication non seulement entre eux et les Arabes mais dans leurs propre communauté et que la langue hébraïque se cantonna à l’espace restreint de la religion, maitrisée uniquement par leurs devins et leurs rabbins.
 
L’intégration des Juifs dans la culture arabe permis de donner aux lettres des poètes qui enrichirent la poésie arabe. Parmi eux, le célèbre as-Samaw’i Ibn ‘Adiya, son frère Si’ya Ibn ‘Ourayd Ibn ‘Adiya, Aws Ibn Danan al-Qawdi, Abou az-Zinad, tous deux des Yathribi, Sara al-Qouraydiyah, etc.

 

 
L’entrée du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à Médine
 
Quand Muhammad, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fit son entrée à Médine, les Juifs avaient déjà reconquis une grande partie de leur pouvoir matériel et politique, dont ils usaient d’ailleurs dans leurs multiples manœuvres de division et de provocation de guerres entre les Aws et les Khazraj pour maintenir leur position de force comme nous l’avons déjà mentionné.
 
Depuis la fin de leur domination politique et de la destruction de leur force militaire par les Aws et les Khazraj à l’époque de Malik Ibn al-‘Ajlan, au début du premier siècle après ‘Issa, les Juifs s’acharnèrent à reconquérir leur influence dans la région de Yathrib par l’emploi de manœuvres variées afin de redevenir les maitres du pays comme ils l’étaient avant l’arrivée des tribus yéménites (les Aws et les Khazraj) cependant, déchirés eux aussi par des guerres intestines, ils ne purent réaliser cette ambition.
 
Quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) vint à Médine et appela à l’Islam, les Juifs virent leur ambition définitivement fauchée sous leur pieds et cultivèrent dès lors contre lui une farouche animosité et haine car ils virent en lui un obstacle à la reconquête de leur pouvoir politique et financier dans la région. C’est pourquoi dès le début, ils propagèrent les rumeurs et les doutes quant à la vérité du Qur’an et du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) bien que son apparition ne fut pas une surprise pour eux et surtout pour leurs rabbins.
 
Parce que cela était mentionné dans la Torah, ces Juifs savaient déjà qu’Allah allait envoyer un Prophète originaire des tribus arabes de La Mecque et avant l’avènement de l’Islam, non seulement ils instruisirent leurs enfants dans leurs temples sur ce fait et en plus, ils annoncèrent maintes fois aux habitants de Médine, surtout quand ces derniers leur causaient du tort, qu’un Prophète allait être envoyé incessamment, qu’ils le rejoindraient et prendraient leur revanche mais quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) arriva effectivement, au lieu de croire en lui, ces Juifs par jalousie et haine devinrent ses ennemis les plus virulents.
 
Ibn Ishaq n’a-t-il pas rapporté : « ‘Assim Ibn ‘Umar Ibn Qatada m’a rapporté que des hommes de sa tribu lui dirent : « Ce qui nous a amené à embrasser l’Islam avec la miséricorde la guidance d’Allah Très-Haut, c’est que nous entendions des Juifs du temps où nous étions polythéistes alors qu’ils étaient des gens du Livre qui avaient une science que nous ne connaissions pas, quand il y avait entre eux et nous des animosités.
Quand nous leur faisions subir ce qu’ils n’aimaient pas, ils nous disaient : « Le temps approche où un Prophète sera envoyé, (le temps) de nous unir avec lui pour vous faire subir le même sort de ‘Ad et ‘Imran. » Et ils nous le dirent maintes fois.
Quand Allah Exalté envoya Son Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), nous lui répondîmes positivement lorsqu’il nous appela à prier Allah. Nous comprimes alors ce qu’ils voulaient dire par leurs menaces mais nous les précédâmes à croire au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Quant à eux, ils ne le crurent jamais cru. C’est à cause d’eux et de nous que Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, a fait descendre ces versets : « Et quand leur vint d’Allah un Livre confirmant celui qu’ils avaient déjà, – alors qu’auparavant ils cherchaient la suprématie sur les mécréants, – quand donc leur vint cela même qu’ils reconnaissaient, ils refusèrent d’y croire. Que la malédiction d’Allah soit sur les mécréants ! » (Qur’an 2/89) »
 
Ibn Ishaq a rapporté le témoignage de Salma Ibn Sallamah Ibn Waqsh (un Compagnon de Badr) qui a dit : « Nous avions un voisin juif vivant avec les Banou ‘Abd al-‘Ashhal. Un jour, il sortit de chez lui et vint chez nous. A cette époque, j’étais le plus jeune de l’assistance et je portais une cape. Il nous parla alors de la Résurrection, du Jugement, du Paradis et de l’Enfer. Il dit cela à des polythéistes idolâtres qui ne comprenaient pas qu’il puise avoir une Résurrection après la mort.
– « Tu crois que cela existe, que les hommes seront ressuscités après leur mort dans une demeure où il y a un Paradis et un Enfer et récompensés selon leurs actes ? » 
– « Oui, je jure, » leur répondit-il.
– « Quelle est donc la preuve de cela, » lui demandèrent-ils ?
– « Un Prophète sera envoyé de ce pays-là » en montrant avec la main la direction de La Mecque et du Yémen. 
– « Et quand cela arrivera-t-il, » lui demandèrent-ils encore. 
Il me regarda alors, (j’étais adolescent) et dit : « Quand cet adolescent deviendra jeune homme. »
« Par Allah, » dit Salma, « la nuit passa et le jour pas encore fini qu’Allah Exalté envoya Muhammad comme Son Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Il (le rabbin juif) était encore vivant parmi nous. Nous, nous avons cru (au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) mais pas lui (le Juif), par jalousie. »
Nous lui dimes alors : « N’est-ce pas toi qui nous as dit ce que tu as dit ? »
– « Si bien sûr mais ce n’est pas lui, » nous répondit-il. »
 
Si nombre de Juifs furent aveuglés par la haine et la jalousie, d’autres par contre de cette même communauté, crurent rapidement à la Prophétie, parce qu’ils n’oublièrent pas ce que leur disaient leurs rabbins sur l’apparition du Prophète Arabe.
Un Juif Qouraydi converti à l’Islam fournit un autre éclairage sur la question. Le témoignage qui va suivre fut raconté par ‘Assim Ibn ‘Umar Ibn Qatada et rapporté par Ibn Ishaq :
– « Sais-tu comment Tha’labah Ibn Si’ya, ‘Oussayd Ibn Si’ya et ‘Assad Ibn ‘Oubayd ont-ils embrassé l’Islam ? »
– « Non, » je le jure par Allah.
– « (Tu vas le savoir. Tout a commencé quand) Ibn al-Hayaban, un Juif, vint chez nous juste quelques années avant l’Islam… (Mourant), il nous dit : « Savez-vous ce qui m’a fait sortir du pays du vin et du pain au pays de la misère et de la faim ? » Nous lui répondîmes qu’il savait mieux que nous. Alors, il nous expliqua : « Je ne suis venu dans cette petite ville que pour attendre l’apparition du Prophète dont l’époque se rapproche. Et cette petite ville est sa demeure. J’avais espéré sa venue pour que je le suive. Son époque est proche de vous. Vous ne le suivrez pas. »
Quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut envoyé et qu’il assiégea les Banou Qouraydah, ces trois jeunes hommes s’écrièrent : « Par Allah, c’est le Prophète dont a parlé Ibn al-Hayaban. »
– « Non, ce n’est pas lui, » leur répondit-on. Mais les jeunes n’écoutèrent pas, ils se rendirent chez le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour lui déclarer leur conversion à l’Islam. »

 

 

 [1]Soubh al-‘Asha, t.13, p.253. [2] Al-Yahoud fi-l-Qur‘an, p.95[3] Boutoun : pluriel de Batn. Le Batn est une grande ramification de tribu.[4] Al-Aghani, t. XIX, p.196.[5] Tarikh al-‘Arab qabl al-Islam, t. VI, p.13.[6] Les Juifs sont le seul peuple à avoir été expulsé de toutes les nations tout au long de l’Histoire.[7] Jawad ‘Ali, Tarikh al-‘Arab qabl al-Islam, t.VI, p.14.[8] Al-Aghani, 1.18, p. 191.[9] Les historiens arabes classent les ‘Amaliq dans la catégorie des peuples arabes disparues (al-‘Arab al-Ba’ida) comme Tasm, Jadis, al-‘Amaliq et ‘Ad. Selon ces historiens, les Arabes sont classés comme suit : ‘Arab Ba’ida, ‘Arab ‘Ariba, et ‘Arab ‘Arba. [10] A l’époque où les ‘Amaliq habitaient Médine, il y avait les Banou Hafs, les Banou Sa‘d, les Banou al-Azraq, les Banou Matrouq. Le roi du Hijaz, qui était de ces tribus et qui s’appelait al-Arqam régnait de Tayma jusqu’à Fadaq.[11] Tarikh al-‘Arab qabl al-Islam, t.VI, p.14.[12] A quelques miles au nord de Médine.[13] Al-Aghani, t. XIX, p191 et p.p. suivantes.[14] Tour à tour appelé les Banou an-Nadr, les Banou an-Nazir, les Banou an-Nadr.[15] Tarikh al-‘Arab qabl al-Islam, t.VI.[16] Des noms tout à fait semblables à ceux des hashashiyine.[17] Al-Baladhouri, Foutouh al-Bouldan, p.41. (Que nous traduirons prochainement in shaa Allah).[18] Yaqout, Mou’jam al-Bouldan, t.II, p.442. (Que nous traduirons prochainement in shaa Allah). [19] Dans Marasid al-Itilâ’ ‘ala asma’ wa-l-Amkina wa al-Biqa‘, al-Biqa’i rapporte : « ’Ayla, une ville sur le littoral de la mer al- Qalzam, à la frontière du Hijaz et de Syrie, était celle des Juifs qui, un samedi, transgressèrent… » Probablement la ville actuelle d’Eilat qui se situe dans le détroit d’al-’Aqabah.[20] Voir Marasid al-Itilâ’ ‘ala asma’ wa-l-Amkina wa al-Biqa‘, t.I, p. 138.[21] Sirah d’Ibn Hisham, t.I, p.23 et p.p. suivantes, at-Tabari, t.I, p.901 et p.p. suivantes.[22] Tarik al-‘Arab qabl al-Islam, t.VI, p.29.[23] Sauf les Banou Hashna Ibn Akarima (de Bali) qui furent contraints de se convertir à Tayma après avoir fui les Banou ar-Roub‘a (voir al-Bakri, t.I, p.29).[24] Sirah Ibn Hisham, t.I, p.23 et p.p. suivantes.

 

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