SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

L’arrivée des Juifs au Hijaz
 
Quant à la présence juive à Khaybar qui se situe au nord-est de Médine, elle fut aussi importante, ou plus encore que celle des autres Juifs car ceux qui émigrèrent dans cette région, trouvèrent un terre fertile pour l’agriculture. Cependant, Les avis divergent toujours sur la période de l’arrivée des Juifs à Khaybar et s’ils étaient là avant ou après le premier siècle.
 
Ibn Khaldoun, dans son grand livre al-‘Ibar, t.2, p.167, maintient que l’installation des Juifs à Khaybar eut lieu à la même période que celle de Juifs à Yathrib car les Juifs de Khaybar étaient au nombre des même envahisseurs qui vinrent au Hijaz écraser les ‘Amaliq qui furent expulsé de Syrie par la suite pour désobéissance comme nous l’avons déjà mentionné.
 
Un autre avis fut avancé par Jawad ‘Ali dans son Tarikh al-‘Arab Qabl al-Islam, T.VI, p. 17 : Les Juifs de Khaybar (des descendants de Roukab cité dans at-Tawrat) émigrèrent au Hijaz après la première destruction du Temple.
 
Toutefois, malgré les divergences sur ce point, les historiens sont unanimes à dire que les Juifs de Khaybar étaient étrangers à la région, qu’ils étaient des agriculteurs s’occupant essentiellement de palmiers et de blé et qu’ils étaient aussi de puissants guerriers.
Ces Juifs, par leur puissance, dominèrent Khaybar jusqu’à leur chute aux mains des Musulmans après que les Banou an-Nadr l’eurent choisi comme base d’attaque contre Médine.
 
L’histoire n’enregistra pas si ces Juifs furent attaqués durant leur présence à Khaybar ni ne rapporte des conflits internes à l’instar de leurs cousins de Yathrib.
 
Lorsque Khaybar fut colonisée, elle devint connue pour ses citadelles et ses forts imprenables construits par les Juifs et dont les plus importants étaient ceux de Na’im, al-Qamous, ash-Shaq, an-Nadal as-Salalim, al-Watih et d’al-Katiba[16] qui furent tous pris par les Musulmans après la chute de Khaybar en l’an 9 de l’Hégire.
 
Ceci est tout ce qui peut être dit sur l’histoire des Juifs à Khaybar jusqu’à l’avènement de l’Islam. Les documents sur leur histoire sont infimes en comparaison à l’histoire des Juifs de Yathrib, de Tayma au nord ou même de celle des Juifs du Yémen.
 
Quant à la troisième région qui vit l’arrivée des Juifs et leur installation fut celle des terres fertiles qui s’étendait de la vallée d’al-Qoura jusqu’à Tayma, deux endroits qui furent connus pour leur attraction des Juifs.
 
L’histoire des communautés juives avant l’Islam dans ces lieux ne peut être connue mais, après l’avènement de l’Islam, il fut seulement enregistré que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) passa, après la chute de Khaybar, dans la région de la vallée d’al-Qoura, appela ses habitants à l’Islam et qu’il eut pour réponse une fin de non-recevoir et une déclaration de guerre ce qui engendra des hostilités entre les deux parties pour une journée seulement puisque les Juifs demandèrent une conciliation au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)[17].
La conciliation conclue, ils vécurent en tant qu’entité juive dans l’Etat musulman.
 
Tayma qui se situe à l’extrême nord-ouest de l’Arabie fut l’un des plus anciens endroits habités par les Juifs dont l’histoire n’a retenu que quelques fragments, et cela, grâce à leur poète très connu as-Samaw’al Ibn ‘Adiya. Sans ce poète juif, il n’aurait été rien retenu de l’histoire de ces Juifs avant l’Islam. Mais avec l’avènement de l’Islam, l’histoire nous révèle qu’ils étaient des gens pacifiques, qu’ils ne provoquèrent pas de guerre contre les Musulmans, qu’ils s’étaient conciliés avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et qu’ils vécurent en tant qu’entité juive dans l’Etat musulman[18].
 
Il y avait aussi, bien avant l’avènement de l’Islam, d’autres petites communautés juives éparpillées un peu partout, à Tabouk, à Maqna, à ‘Ayla[19], sur le littoral de la mer Rouge dans le nord-ouest. Mais rien n’a été retenu de l’histoire de ses communautés, sauf ce fragment concernant la communauté de ‘Ayla qui commit une agression un samedi, comme il est rapporté dans le Noble Qur’an[20].

 
Le judaïsme au Yémen
 
D’autres communautés juives, encore, vivaient à at-Ta’if et au Bahreïn après l’avènement de l’Islam. Dans son livre Foutouh al-Bouldan, al-Baladhouri écrit à la page 63 que les Juifs d’at-Ta’if étaient des Juifs expulsés de Médine et du Yémen et que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), après son entrée pacifique à at- Ta ‘if et la conversion à l’Islam de tous ses habitants arabes, les laissa libres en tant qu’entité religieuse.
Ceci pour les communautés juives ayant vécu dans la partie nord de l’Arabie. Mais, au sud, dans le Yémen, le Judaïsme était plus répandu et plus fort que dans les autres régions si bien qu’il devint la religion officielle de l’état durant le règne de certains rois himyarites.
 
Bien qu’il soit établi que la religion juive régnait avant l’avènement de l’Islam, il est encore difficile de préciser quand les Yéménites devinrent juifs de religion. Cependant les historiens musulmans sont presqu’unanimes à dire que le premier contact de la religion juive avec le Yémen survint durant le règne du roi Taban As’ad Abou Karb qui se convertit au Judaïsme alors qu’il était à Yathrib pour une mission, revint dans son royaume et convainquit pacifiquement son peuple d’adopter la nouvelle religion[21].
 
Quelques historiens avancent l’idée que les Yéménites connurent le Judaïsme bien plus tôt ; au temps du Prophète d’Allah Souleyman (‘aleyhi salam) et parmi ces historiens, Théodoros, un chercheur ayant vécu dans la première moitié du VIème siècle, une information bien évidemment à prendre avec des pincettes.
 
Toujours selon cet historien, les Himyarites étaient juifs depuis l’époque de la reine de Saba devenue connue grâce à son histoire avec le roi Souleyman[22]. Si l’opinion de cet historien occidental s’avère juste, les Yéménites professèrent donc la véritable religion d’Allah et non la religion déformée des Juifs car la reine de Saba se soumit à Allah comme il est rapporté dans le Noble Qur’an : « On lui dit : « Entre dans le palais. » Puis, quand elle le vit, elle le prit pour de l’eau profonde et elle se découvrit les jambes. Alors, [Salomon] lui dit : « Ceci est un palais pavé de cristal. » Elle dit : « Seigneur, je me suis fait du tort à moi- même : Je me soumets avec Salomon à Allah, Seigneur de l’univers. » (Qur’an 27/44)

 
Comment se propagea la religion juive au Yémen ?
 
Selon Ibn Ishaq et at-Tabari, avant l’avènement de l’Islam, l’influence juive au Yémen vécut deux phases :
1. Une phase de domination et de règne.
2. Une phase d’affaiblissement et de décadence.
 
La première quand le troisième roi du Yémen, Tabban As’ad Abou Karb devint juif à Yathrib après que ce roi Himyari, de retour d’une campagne militaire menée avec succès au nord et en Perse, décida par vengeance d’écraser les habitants arabes de Yathrib mais deux rabbins des Banou Qouraydah s’interposèrent et convainquirent ce roi idolâtre de ne pas écraser les gens de Médine.
– « O roi, ne fais pas cela. Et, si tu insistes à le faire, tu seras empêché par une force. Par conséquent, nous avons peur pour ton avenir, » lui dirent-ils.
– « Et pourquoi cela » demanda-t-il ?
– « C’est ici qu’émigrera un Prophète qui sortira de ce Sanctuaire de Qouraydah. Ce sera son pays et sa maison de repos, répondirent-ils. »
Voyant ces deux rabbins comme des gens de science, il s’abstint de marcher sur Médine puis continua sa route vers son pays, accompagné des deux rabbins, après avoir embrassé la religion juive.
De retour, il fut refusé de rester dans le pays car on lui reprocha l’avoir abandonné la religion idolâtre de son peuple. Il se défendit donc en disant que la nouvelle croyance qu’il avait embrassée était meilleure que l‘idolâtrie et réussit après de longs débats à persuader les seigneurs de son peuple de la justesse de sa croyance, aidés en cela par les deux rabbins des Banou Qouraydah.
C’est ainsi que la religion juive se répandit au Yémen jusqu’à sa consécration finale en tant que religion officielle du royaume.
 
Quant à l’époque du déclin du Judaïsme et de la dispersion de ses adeptes, elle commença avec la mort du cinquième roi Yéméni Himyari, Malik Dzou Nawas.
Selon les historiens, ce roi fut informé qu’un peuple de Chrétiens vivait à Najran. Il sortit alors vers eux à la tête d’une armée et les appela à la religion juive. Devant le refus de cette communauté chrétienne, il lâcha son armée sur eux et extermina ainsi près de vingt-mille personnes
Cette terrible tuerie fut rapportée dans le Noble Qur’an : « Par le ciel aux constellations ! Et par le jour promis ! Et par le témoin et ce dont on témoigne ! Périssent les gens d’Oukhdoud, par le feu plein de combustible, cependant qu’ils étaient assis tout autour, ils étaient ainsi témoins de ce qu’ils faisaient des croyants, à qui ils ne leur reprochaient que d’avoir cru en Allah, le Puissant, le Digne de louange, à qui appartient la royauté des cieux et de la terre. Allah est témoin de toute chose. » (Qur’an 85/1-9)
 
Quand les échos de cette tuerie parvinrent au roi chrétien d’Abyssinie, ce dernier donna l’ordre à son armée de marcher contre les Himyari juifs et de les punir. Soixante-dix mille hommes traversèrent alors la mer pour écraser les troupes juives ainsi que leur roi Dzoul Nawas et occupèrent son royaume, annonçant ainsi le déclin du Judaïsme.
Après la défaite, le Judaïsme s’éteignit dans cette partie de l’Arabie cependant des communautés juives continuèrent d’y vivre dispersées sous la domination des Abyssins jusqu’à l’avènement de l’Islam.
 
Ce bref aperçu historique sur la présence et l’influence juive nous montre les différentes régions où vécurent les communautés juives d’origine isra’ilite ou arabe. Et, selon les sources historiques que nous avons consultées, il n’y a aucun autre endroit où s’implantèrent ces communautés.
 
Certains orientalistes prétendent sournoisement que les Juifs vécurent aussi à La Mecque cependant, aucune source d’histoire ne vient confirmer cette opinion et sachant la raison pour laquelle les orientalistes ont écrit, leurs écrits pour être utiles, devraient plutôt servir de papier toilette. Si les Juifs s’implantèrent à La Mecque avant l’Islam, les historiens musulmans bien plus digne de confiance, n’auraient surtout pas négligé de rapporter ce fait d’autant plus que les Juifs furent et restent depuis, des ennemis enragés de l’Islam.

 

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