SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

De la généalogie des Juifs

La généalogie des Juifs descend jusqu’au prophète d’Allah Ya’qoub (Jacob) appelé Isra’il. Le terme al-Yahoud fut tiré du terme Had, c’est-à-dire revenir. La parole de Moussa (‘aleyhi salam) « Inna houdna » veut dire « nous sommes revenus vers Toi et nous T’avons imploré humblement. »

Le terme « Juif, » qui désigne tous ceux qui observent la loi de Moïse, est plus général que celui d’Isra’ili car tout Juif n’est pas nécessairement Isra’ili. L’ Isra’ili, en vérité, est celui dont la généalogie appartient au Prophète Ya’qoub. Un certain nombre de peuplades arabes et non arabes se convertirent à la religion juive mais n’appartiennent pas à la descendance d’ Isra’il[1], comme il y a nombre d’ Isra’ili de souche qui adoptèrent l’Islam ou le christianisme. En résumé, on peut dire que tout Juif n’est pas forcément Isra’ili et que tout Isra’ili n’est pas automatiquement Juif.

Ibrahim (‘aleyhi salam) eut plusieurs enfants et en particulier Isma’il et Ishaq qui devinrent par la suite pères de plusieurs nations dans différents pays. Isma’il habita le pays des Arabes (de souche). Ses descendants furent connus comme des nouveaux Arabes (mais pas des Arabes de souche).
Quant à Ishaq, il resta avec son père jusqu’à sa mort. Deuxième grand-père des Hébreux, il laissa deux fils : ‘Isou (al-‘Is) et Ya’qoub. Le premier émigra, le second hérita son père et fut surnommé Isra’il. De lui descendirent tous les Isra’ili[2] dont les Juifs qui habitèrent Yathrib et d’autres régions de la presqu’ile arabique.

Les Juifs furent répartis en tribus et Boutoun[3] et douze d’entre elles vivaient à Yathrib : les Banou ‘Ikrimah, les Banou Thaiaba, les Banou Mahmar, les Banou Qaynouqa’, les Banou Zayd, les Banou an-Nadr, les Banou Qouraydah, les Banou Bahdal, les Banou ‘Awf, les Banou al-Fasis, les Banou Marana, et les Banou Za’oura’. Tous ces noms, sauf Za’oura’, sont des noms arabes.

Les Banou Qouraydah et les Banou an-Nadr furent aussi connus sous l’appellation des Kahinoun, en référence à leur grand-père qu’on appelait al- Kahin[4] (le devin).
Le devin d’entre eux fut al-Kahin Ibn Haroun Ibn ‘Imran ce qui voulait dire, qu’ils étaient d’un rang élevé, avaient des racines « nobles » qui les différenciaient des autres castes juives. Ce fut pour cette raison que les Banou Qouraydah et les Banou an-Nadr se prévalaient de leur origine et s’estimaient qu’ils avaient le droit d’être les seigneurs honorables de leurs frères de religion[5].

 

Comment s’installèrent-ils dans la région de Yathrib ?

Personne ne peut démontrer d’une manière précise quand et comment les Juifs se stabilisèrent dans cette partie de l’Arabie. Cependant, il y a un point qui ne peut être nié et que les historiens reconnaissent c’est que les Juifs se trouvaient dans cette région arabe depuis plusieurs siècles avant l’avènement de l’Islam. Comme il est unanimement reconnu que les Juifs sont étrangers à la presqu’ile arabique, sans aucun lien de religion, de langue ou de sang avec les autochtones.
Quant à la date de leur installation à Yathrib, les historiens divergèrent cependant, ils sont presque unanimes à dire que les Juifs arrivèrent dans des périodes très espacées.

La première période qui vit l’arrivée des Juifs remonte  à 1200 avant ‘Issa (J.C), c’est-à-dire, vers la fin de l’époque du Prophète Moussa (‘aleyhi salam) et vers le début de celle du Prophète Youshou.
La seconde période fut importante car elle vit la migration d’un grand nombre de juifs à Yathrib après la destruction de leur Temple en l’an 70 et les révoltes réprimées[6] en 132 par l’empereur romain Adrien[7].
Cette information est aussi rapportée dans le célèbre livre al-Aghani[8] de l’auteur Abou al-Faraj al-Asbahani. On y trouve aussi que, dès son retour en Syrie avec les Banou Isra’il venant d’Egypte, Moïse le Prophète d’Allah (‘aleyhi salam) fut informé qu’un peuple d’agresseurs, les ‘Amaliq[9], spoliaient les gens et faisaient régner la terreur dans la région de Médine. Il envoya alors une armée, constituée des Banou Isra’il avec la mission de les exterminer[10].
L’armée arriva effectivement à Médine, écrit al-Asbahani, et élimina tous les ‘Amaliq sauf un jeune homme, le fils du roi al-Arqam, qui fut emmené en Syrie afin que Moussa décide de son sort mais, au retour de l’expédition, l’armée trouva que le Prophète Moussa (‘aleyhi salam) avait été rappelé à Allah.

Quand les seigneurs des Banou Isra’il surent qu’un jeune ‘Amaliq fut épargné, ils accusèrent l’armée de désobéissance au Prophète d’Allah Moussa et pour cette raison, lui interdirent de rester parmi eux, en Syrie et leur dirent : « Par Allah, vous n’entrerez plus jamais chez nous en Syrie ! »
Al-Asbahani mentionne encore que les chefs de cette armée se consultèrent entre eux et décidèrent de revenir avec leurs troupes vivre dans le pays des ‘Amaliq et dirent : « Il n’y a pas de meilleur pays que celui des gens que nous avons tués au Hijaz. Revenons dans leur pays et vivrons sur leurs terres. » Ils revinrent effectivement et s’installèrent à Médine ou ils se dispersèrent dans les environs et s’approprièrent les maisons fortifiées, les biens et les jardins.
Comme le rapporte al-Aghani, les premiers Juifs donc à habiter Médine furent les éléments de cette armée.

Quant à la seconde période qui vit l’exode des Juifs à Médine, elle s’étala de l’an 70 jusqu’à l’an 132, durant le règne de l’Empire romain. Les Romains réprimèrent les Juifs et les persécutèrent à tel point que ces derniers s’exilèrent dans des contrées plus sures et plus paisibles, loin des espaces romains.
Parmi ces Juifs exilés se trouvaient les Banou Qouraydah, les Banou an-Nadr et les Banou Bahdal qui fuirent vers le sud en direction de Yathrib où ils s’installèrent dans la région avec ceux qui les avaient précédés[11].

Dans al-Aghani t. XIX, p. 195, al-Asbahani rapporte : « Quand les Romains écrasèrent et persécutèrent les Banou Isra’il en Syrie, les Banou an-Nadr, les Banou Qouraydah et les Banou Bahdal s’enfuirent au Hijaz.

Quand ces fuyards arrivèrent dans la région de Yathrib, ils s’installèrent d’abord dans al-Ghaba[12] qui s’avéra ensuite, pour eux, source de maladies. Alors, ils envoyèrent un éclaireur chercher dans la région un endroit apte à être colonisé.
Cet éclaireur trouva la région d’al-Aliya près de Bouthan et Mahzour (deux vallées), avec de la bonne terre et de l’eau douce et ainsi les Banou an-Nadr s’installèrent alors à Bouthan, les Banou Qouraydah et les Banou Bahdal à Mahzour. Cependant, les Juifs n’étaient pas seuls à Yathrib et avaient pour voisins des tribus arabes non juives dont les Banou al-Harman (du Yémen), les Banou Mardath, et les Banou Nayf (de Bali), les Banou Mou’awiyyah (des Banou Soulaym) et les Banou ash-Shadya (de Ghassan) avant l’arrivée des Khazraj et des Aws.

 

Rivalités

D’autre part, l’histoire de la présence juive à Yathrib vécut deux phases : Celle de la domination sans partage, celle de l’affaiblissement puis du retrait de la scène comme cela est inhérent à toute les dynasties.

La domination des Juifs commença dès leur arrivée à Yathrib et dura plus de mille ans. Quant à leur affaiblissement, il débuta avec l’exode des Aws et des Khazraj de Ma’rab (Yémen) au début du premier siècle après ‘Issa.
Durant 1200 ans les Juifs restèrent les maitres incontestés de Yathrib sur tous les plans (militaire, politique et économique), malgré le voisinage des quelques tribus arabes, qui étaient très faibles et divisées ce qui, d’ailleurs, n’avait pas permis la contestation de la puissance des Juifs.

La situation resta ainsi jusqu’à l’avènement du premier siècle (après ‘Issa), jusqu’au au moment où le célèbre barrage de Ma’rib fut détruit. Il faut dire qu’avant la destruction du barrage, le royaume de Ma’rib (au Yémen) était très puissant et que ses tribus étaient les plus fortes militairement dans toute la presqu’ile arabique. Mais, avec le désastre du barrage, le royaume entra dans sa phase de déclin et l’exil des sujets du royaume (c’étaient les descendants des fils de Kahlan Ibn Saba’) commença alors ; al-Ghassassinah prirent le chemin de Syrie (ils deviendront plus tard ses maitres), al-Lakhmiyoun celui de l’Irak (eux aussi domineront le pays et deviendront les rois d’al-Hira), les Aws et les Khazraj celui de Yathrib

L’arrivée des Aws et des Khazraj annonça la fin du règne juif et leur installation gêna beaucoup les Juifs qui ne voulurent pas partager avec eux Médine et ses grandes richesses. Toutefois, les Aws et les Khazraj restèrent impuissants face à la puissance et l’unité des Juifs, et acceptèrent de vivre sur des terres arides qui ne donnaient que peu de produits jusqu’au moment où ils eurent demandèrent de l’aide à leurs frères d’al-Ghassassinah.
Ils déléguèrent Malik Ibn al-‘Ajlan un de leurs seigneurs pour contacter Abou Jabila le roi des Ghassassin et lui exposer la situation dans laquelle ils vivaient. Malik Ibn al-‘Ajlan, dès son arrivée expliqua au roi le piteux état des siens, lui parla de la domination exercée par les Juifs sur la région de Yathrib et ses richesses et lui demanda enfin une aide militaire afin de changer le rapport de force.

Le roi répondit favorablement à la demande de son cousin et à la tête d’une armée vola au secours des Aws et des Khazraj puis dans la cette campagne victorieuse qui s’ensuivit ou les Ghassassin exterminèrent un certain nombre de chefs et de seigneurs juifs, les Aws et les Khazraj allaient mieux respirer et concurrencer les Juifs.
Cependant, les Juifs conservèrent malgré la défaite, une puissance non négligeable et une unité qui leur permit de tenir tête encore longtemps. Les guerres et les escarmouches durèrent entre les deux parties jusqu’au moment où Malik Ibn al-Ajlan parvint à tuer, dans une embuscade plusieurs seigneurs juifs[13] et après le succès de celle-ci, les Juifs furent sévèrement corrigés puis déchus de leur trône et de leur puissance si bien que leurs capacités de défense se retrouva considérablement affaiblies accentuées d’une très grande peur des Arabes. Ils ne purent se remettre de leur choc qu’après qu’ils eurent accepté de s’allier avec les Aws et les Khazraj. Depuis, les Banou Qouraydah et les Banou an-Nadr devinrent les alliés des Aws, et les Banou Qaynouqa’ des Khazraj. Désormais, quand une guerre tribale éclatait entre les Aws et les Khazraj, chaque tribu juive se rangeait du côté de son allié.

Grace à cette intégration par l’alliance tribale, les Juifs maintinrent très longtemps leur présence dans la région de Yathrib éloignant ainsi la menace des autres tribus arabes car, si une tribu arabe se hasardait à agresser une tribu juive, cela entrainerait directement l’allié à entrer en guerre contre l’ennemi commun.

La célèbre guerre de Bou’ath entre les Aws et les Khazraj juste avant l’avènement de l’Islam ne fut-elle pas la conséquence directe de la tentative des Khazraj d’occuper les terres des Banou Qouraydah, les alliés des Aws ?

Les Juifs, eux aussi, ne manquèrent pas de s’entretuer et plus d’une guerre éclata entre eux. Les Banou Qaynouqa’ (les plus courageux d’entre les Juifs de Yathrib) furent toujours en conflit avec les Banou Qouraydah et les Banou an-Nadr[14]. Pour preuve, les Banou Qouraydah et les Banou an-Nadr ne firent rien pour aider les Banou  Qaynouqa’ quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) assiégea ces derniers et les expulsa de Médine après la bataille de Badr.
Selon les historiens, la raison qui amena les Banou Qaynouqa’ à habiter Médine est les conflits armés qui les opposaient périodiquement à leurs frères lorsqu’ils habitaient tous ensemble aux environs de Médine[15].

Bien que les Juifs reçurent un coup très sévère des Aws et des Khazraj, qu’ils perdirent leur pouvoir politique et virent l’écroulement de leur puissance militaire, ils restèrent unis grâce à leur religion juive et purent ainsi étendre leur influence parmi les tribus arabes. A travers leurs activités commerciales et l’usure, ils amassèrent des fortunes colossales. De même, les Juifs étaient très actifs et connus pour la production de vin, sa vente ainsi que de son importation de Syrie.
Grace au commerce et à la pratique de l’usure, ils devinrent de riches seigneurs, qui, par l’entremise du pouvoir de l’argent et des biens, reprirent peu à peu leur influence précédemment perdue. Par ce pouvoir économique, ils provoquèrent de temps à autre des conflits entre les tribus idolâtres (particulièrement dans la région de Yathrib) pour les empêcher de s’unifier car l’unification était synonyme de menace pour l’entité juive.

Ils continuèrent donc inlassablement à étendre leur pouvoir économique, à acheter la sympathie des seigneurs des tribus arabes, à essayer de reprendre leur pouvoir politique et militaire par la provocation de tensions surtout entre les Aws et les Khazraj mais, ils ne purent réaliser leurs buts et restèrent toujours les éternels alliés de ces deux tribus jusqu’à l’avènement de l’Islam.

Malgré leur défaite militaire et la perte de leur pouvoir, les Juifs restèrent un élément financier très puissant sur le plan économique. Ils étaient des artisans habiles dans le forgeage, la teinturerie et le tissage ; métiers que réprouvaient les Arabes. Ils étaient aussi les plus actifs commerçants dans les dattes, l’orge, la teinturerie et le vin.

 

Views: 0