SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La levée du siège

 

Les divisions et les rancœurs désormais enracinées chez les deux parties, le commandement commun des mécréants pensa à lever le siège et laisser les Juifs se démener seuls avec leur destin.

 

Les chefs des Coalisés, en pensant à la levée du siège, pensèrent à l’état de leurs hommes qui commençaient à se lasser et à se plaindre de la situation. Ils savaient très bien que les dix- mille hommes ne se plaisaient pas à attendre des dizaines de jours sans rien faire devant ce fossé paralysant. Pour ces hommes, un siège durable était une nouveauté déconcertante sans compter ces vents violents qui soufflaient dans la région qui arrachaient les tentes, renversaient les marmites, ne laissaient aucun feu allumé et ne présageaient d’aucun signe d’accalmie.

 

Tous ces facteurs amenèrent les chefs coalisés à se consulter et à décider enfin de la levée du siège. Et, comme le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) prévoyait le retrait de l’ennemi, il ordonna à Houdayfah Ibn al-Yaman comme nous l’avons précédemment mentionné, de s’infiltrer dans le camp ennemi et de s’enquérir de la situation.

 

Laissons ce valeureux combattant raconter son aventure dans le camp des Coalisés :

– « O Houdayfah, » me dit le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), « pars et infiltre-toi dans les rangs de l’ennemi. Regarde ce qu’ils font et ne prends surtout aucune initiative jusqu’à ton retour. »

Je partis effectivement et je m’infiltrai dans leurs rangs tandis que le vent et les troupes d’Allah faisaient ce qu’elles faisaient d’eux au point ou aucune marmite ne tenait à sa place ni aucune tente.

Abou Soufyan se leva et dit : « O, gens de Qouraysh, que chacun vérifie celui qui est assis près de lui, » une mesure de prévention pour prévenir un quelconque espion musulman.

Surpris par cette précaution à laquelle il ne s’attendait pas, Houdayfah prit rapidement les devants en attrapant la main de son voisin en disant : « Qui es-tu ? »

-« Untel fils d’untel, » lui répondit l’autre Ainsi il avait pu se sauver de l’impasse où il avait failli être piégé.

Abou Soufyan continua : « O, gens de Qouraysh, vous n’êtes pas ici, par Allah, dans un lieu d’habitation durable. Les chameaux se consument et les chevaux se fatiguent. Les Banou Qouraydah nous ont trahis et comme vous voyez, les vents sont si violents que les marmites ne tiennent pas, que les feux ne s’allument pas et que ne résiste aucune tente. Levez donc le camp et partez car je pars moi aussi. » Puis il monta sur son dromadaire. »

Houdayfah raconta aussi comment il eut l’occasion de tuer Abou Soufyan Ibn Harb le chef des Coalisés mais qu’il n’exploita pas cette occasion suite à la stricte recommandation du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Enfin, il conclut son témoignage : « Puis, je revins vite comme un pigeon. Pendant mon retour, au milieu du chemin, surgirent tout à coup vingt ou dans les vingt cavaliers qui me dirent : « Dis à ton Compagnon qu’Allah l’a rétribué. »

Je revins donc chez le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) que je trouvai enveloppé dans une cape, en train de prier. Je jure par Allah que je me mis à grelotter et à claquer des dents de froid si bien que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) me fit signe de sa main, alors qu’il priait. Je me rapprochai de lui et il me prit sous sa cape. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) priait toujours quand quelque chose le dérangeait. Je lui dis alors que je les avais laissés en train de décamper[4]. »

 

Ainsi les soucis et les peines se dissipèrent, et grâce à Allah, les Musulmans furent sauvés d’une terrible épreuve et récompensés d’avoir patienté et résisté avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pendant ces interminables nuits.

Les Coalisés levèrent le siège, donnant ainsi le signal de leur départ traduisant aussi leur incapacité à envahir Médine, comme l’avaient projeté leurs seigneurs.

Leur retrait fut exécuté méthodiquement afin de prévenir toute action des Musulmans. Abou Soufyan donna l’ordre à Khalid Ibn al-Walid et son lieutenant ‘Amrou Ibn al-‘As de superviser le retrait des hommes de troupe et d’assurer la protection des arrières de l’armée.

Ces deux derniers sans perdre de temps, détachèrent une arrière garde de deux cents cavaliers avec la stricte consigne de se tenir prêts à riposter au cas où les Musulmans attaqueraient et ces cavaliers restèrent dans cette zone séparant le fossé et le camp des Coalisés jusqu’au retrait complet[5].

 

Conclusion

 

Le siège des Coalisés fut sans aucun doute une lutte de vie ou de mort pour toute la communauté musulmane naissante tout comme pour ceux qui le planifièrent et le mirent en exécution, le seul espoir de restaurer leur pouvoir chancelant et retrouver leur puissance perdue et qui ne pouvait se réaliser qu’en passant sur le cadavre de la nouvelle communauté.

 

Par conséquent, le siège des Coalisés fut la plus grande action militaire combinée menée par le Judaïsme et l’idolâtrie contre l’Islam à l’époque de la prophétie.

Du côté des agresseurs, le siège du Fossé fut précédé d’énormes préparatifs et d’une minutieuse organisation et bien mieux coordonnée que toutes les précédentes invasions et campagnes des ennemis de l’Islam.

 

Dans ce siège, les forces de l’ennemi furent écrasantes par rapport à celles des Musulmans qui malgré tout firent face chez eux, à la plus grande force militaire jamais levée contre eux.

 

  1. A. La délicatesse de la position des Musulmans

 

En comparant les deux armées, chaque élément suggérait que la balance allait pencher du côté des Coalisés et que la déconfiture des Musulmans, selon les prévisions militaires théoriques, était une question déjà résolue pour les raisons suivantes :

 

1 – La seule force écrasante de l’ennemi, sans compter les éléments matériels,

2 – La violation du pacte par les Juifs,

3 – Les hypocrites et les agitateurs dans l’armée médinoise,

4 – Le dénuement, la misère et les conditions climatiques extrêmes,

5 – La famine et de disette.

Tous ces facteurs et toutes ces causes suggérèrent que la victoire allait pencher du côté des Coalisés et que Médine allait tomber sans aucun doute entre les mains des troupes polythéistes et des Juifs.

 

  1. Les causes de l’échec des Coalisés

 

Quelles furent donc les causes qui empêchèrent la victoire des Coalisés après la préparation matérielle adéquate ? Et quelles sont les causes qui transformèrent cette victoire prévisible en défaite honteuse car ce grand et long déplacement se conclut par un échec complet ; le plus grand échec des Juifs et des polythéistes dans leur lutte contre l’Islam en Arabie.

Les principales causes peuvent être résumées dans ce qui suit:

 

1 – Le fossé

L’achèvement de la principale ligne de défense à savoir la Fossé avant l’arrivée des Coalisés fut une nouveauté militaire qui désorienta complètement les troupes ennemies et paralysa leurs mouvements.

Les polythéistes basèrent le pilier de leur attaque seulement sur le nombre impressionnant de ses guerriers et que cette multitude d’hommes serait suffisante pour venir à bout du courage des Musulmans le jour de l’offensive générale cependant, le fossé creusé par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons anéantit leurs plans, empêcha les troupes d’envahir Médine ainsi qu’un affrontement direct de corps à corps qui aurait pu s’avérer meurtrier. La seule issue pour les Coalisés fut d’essayer de forcer le passage mais leurs tentatives faillirent car les Musulmans gardèrent le contrôle permanent du Fossé.

 

La paralysie des troupes de l’ennemi et son incapacité à mener des actions décisives engendrèrent la frustration et les protestations des hommes qui étaient tous des Bédouins qui n’avaient pas pour habitude de mener des sièges mais principalement des razzias éclairs.

 

Cette situation inconfortable fut justement remarquée par les chefs des Coalisés qui pensèrent alors à battre en retraite mais ils furent quelque peu retenus par l’engagement donné aux Banou Qouraydah qu’ils ne lèveraient le siège qu’après l’écrasement des Musulmans. Malgré cette promesse, le chef n’hésita pas un seul instant à donner l’ordre de retraite à ses troupes quand il fut informé du refus des Juifs de participer à l’offensive comme il était convenu.

De ce fait, le Fossé creusé par les Musulmans fut le principal facteur qui engendra l’échec de l’opération.

 

2 – La ruse de Nou’aym Ibn Mas’oud

La scission des rangs de n’importe quelle armée sur le point d’attaquer est sans aucun doute l’une des plus importantes armes qui peut donner des résultats inestimables ce qui, n’échappa point au chef de l’armée médinoise, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), qui demanda donc à Nou’aym Ibn Mas’oud d’user de son intelligence et de son arsenal de ruses comme il l’entendait.

La mission de Nou’aym fut un succès total puisqu’il parvint à provoquer la division espérée entre les Coalisés et les Banou Qouraydah. Son inestimable plan fut donc un autre facteur décisif dans la levée du siège et du repli des Coalisés.

 

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