SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Nou’aym Ibn Mas’oud al-Ghatafani (radhiyallahou ‘anhou)

 

Ainsi, alors que les Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se plaignaient après vingt longues nuits pleines de menaces mortelles qui planaient sur le destin de la nouvelle communauté, voilà qu’un homme, un homme unique, surgit brusquement dans l’histoire de l’Islam, un homme à qui Allah indiqua la voie de l’Islam et dont les dons furent mis au service du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de sa noble mission.

Par son intelligence et sa ruse, cet homme allait, par une manœuvre politique bien menée, changer le cours des évènements, renverser les rapports de force au profit de cette minorité croyante et patiente au milieu de la tempête, et provoquer par conséquent le miracle tant attendu. Allah mit donc les Coalisés en déroute et décida de la victoire au profit des Musulmans.

 

Cet homme rusé fit aux commandants des Coalisés et leurs troupes ce que ne put faire toutes les armées réunies. Son initiative fut l’un des plus importants facteurs ayant concouru à la division et à la dispersion des Coalisés. Par son action, son flair et sa ruse politique, alors que sa conversion fraiche ne dépassait pas les vingt-quatre heures, il réussit à répandre le doute et la division entre les différentes fractions des Coalisés et les Banou Qouraydah. Il réussit à semer, avec un art consommé, la suspicion entre leurs chefs et à les dresser les uns contre les autres jusqu’à la dissipation de la confiance qui régnait entre eux et la désintégration de leur unité.

Le doute et la suspicion que sema cet homme donnèrent rapidement leur résultat et Qouraysh et Ghatafan levèrent le siège et laissèrent les Banou Qouraydah à leur triste sort.

 

Cet homme est Nou’aym Ibn Mas’oud al-Ghatafani dont les hommes représentaient le plus grand nombre des Coalisés venu dans le but d’occuper Médine et d’exterminer les Musulmans. Nou’aym Ibn Mas’oud était une personnalité connue dans les sphères arabe et juive et l’un des grands conseillers des Coalisés mais pour des raisons qu’Allah Exalté Seul connait, son cœur s’ouvrit à l’Islam alors qu’il était dans le camp des Coalisés. Et sans révéler son secret, il s’esquiva et rejoignit sous le couvert de l’obscurité de la nuit, le camp du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et s’entretint avec lui. Il l’informa (en secret) de sa conversion et se mit à son service ; il lui dit qu’il était prêt à accomplir n’importe quelle mission ordonnée par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

– « O Messager d’Allah, » dit Nou’aym Ibn Mas’oud, « je suis devenu musulman et mon peuple ne sait pas encore. Ordonne-moi d’exécuter ce que tu veux. »

– « Tu es un seul homme, » lui dit alors le Messager d’Allah, « détaches-les donc de nous si tu peux car la guerre est ruse[2]. »

 

Dès que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui eut donné carte blanche, il se rendit immédiatement chez les Banou Qouraydah et Nou’aym Ibn Mas’oud était une personnalité connue et habituée de ces derniers car il était leur Compagnon de plaisir. C’était lui qui parla dans une des tavernes juives de Médine de la caravane mecquoise qui pris la route de l’Irak pour aller en Syrie, alors qu’un des Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) était présent (avant l’interdiction du vin). Cette information précieuse permit au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de donner l’ordre à Zayd Ibn Haritha d’intercepter la caravane à son retour de Syrie.        

Quand Nou’aym Ibn Mas’oud arriva chez les Banou Qouraydah, il leur demanda s’ils le connaissaient bien et reconnaissaient son amitié envers eux ce qu’ils ne nièrent pas et consolidèrent même par des signes approbateurs.

Il leur dit comme s’il était un membre de leur communauté : « Qouraysh et Ghatafan ne sont pas comme vous. Ce pays est votre pays. Vous y avez vos biens, vos enfants et vos femmes. Vous ne pouvez pas le quitter et partir pour un autre tandis que Qouraysh et Ghatafan sont venues pour faire la guerre à Muhammad et ses Compagnons et vous leur avez prêté main-forte, alors que leurs pays, leurs femmes et leurs biens sont au loin. Les tribus ne sont pas comme vous. Si une occasion se présente, elles ne la rateront pas mais dans le cas contraire, elles regagneront leurs pays et vous laisseront seuls avec cet homme dans votre pays. »

Il continua ainsi à distiller la peur et le doute pour conclure : « Vous ne pouvez rien contre lui (le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) si son champ est libre. » Puis, il abattit la dernière carte de sa manche en leur disant : « Ne combattez pas avec eux sauf s’ils vous donnent soixante-dix de leurs nobles en otages que vous garderez avec vous et que vous libérerez après qu’ils auront combattu avec vous et auront fini avec Muhammad. »

 

Cette subtile manœuvre allait donner ses fruits puisque la peur et la panique s’infiltra chez les Banou Qouraydah qui sentirent la nécessité pressante de garanties qui les protégeraient contre la punition des Musulmans provoquée essentiellement par leur violation du pacte.

Le discours de Nou’aym Ibn Mas’oud fut écouté attentivement et même accepté, car les Banou Qouraydah le félicitèrent en lui disant : « Tu nous as donné le bon conseil. » Et, ils décidèrent de s’en tenir à ce conseil.

 

Quand Nou’aym s’assura du succès de la première étape de son plan, il retourna immédiatement dans le camp des Coalisés de l’autre côté du Khandaq pour achever la deuxième étape. Dès qu’il arriva dans le camp des polythéistes, il demanda à s’entretenir avec Abou Soufyan et son état-major mecquois et leur dit qu’il n’était venu les informer d’une chose très grave qu’il avait découverte chez les Banou Qouraydah.

Il dit à Abou Soufyan et son état-major : « Vous connaissez mon amitié pour vous et mon inimitié pour Muhammad. »

Ce qu’ils ne nièrent pas puisqu’il le savait polythéiste et qu’il était l’un des Coalisés les plus en vue qui participait au siège. Quand, il vit la confiance sur leurs visages, Nou’aym Ibn Mas’oud dit aux Qouraysh : « On vient de m’informer d’une chose et j’ai cru juste de vous en faire part mais ne me découvrez pas.

– « Nous le ferons, » lui répondirent-ils.

– « Les Juifs viennent de regretter ce qu’ils ont fait avec Muhammad et lui ont envoyé en disant : « Nous regrettons ce que nous avons commis, » et ils lui ont confirmé leur disponibilité à mettre de nouveau leur main dans sa main et qu’ils sont de nouveau avec lui contre les Coalisés. Ils lui ont aussi dit pour prouver leur bonne foi : « Seras-tu satisfait si nous te livrons des nobles de Qouraysh et de Ghatafan à qui tu trancheras la tête? Puis nous serons avec toi contre ceux qui resteront jusqu’à ce tu les déracines. » Il (Muhammad) leur a envoyé un message avec son approbation. »

Ensuite, Nou’aym dit : « Si les Juifs vous envoient un émissaire pour demander des otages, ne leur donnez aucun homme ! »

 

Ce fut là une intrigue et une machination des plus élaborées pour diviser l’ennemi. Les laissant en proie au doute, à la suspicion et à la rancœur contre leurs alliés, il retourna dans son propre camp et demanda à s’entretenir avec les chefs ‘Ouyaynah Ibn Hisn al-Fizari, Toulayhah Ibn Khouwaylid al-Asdi et al-Harith Ibn ‘Awf al-Mourri et leur dit : « O, gens de Ghatafan, vous êtes mon origine et mon clan et vous m’êtes les plus aimés des gens. Je ne vois pas que vous allez en, douter. »

– « Tu dis vrai, chez nous, nous n’avons pas de doute. »

Alors, il leur dit qu’il avait une grave nouvelle se rapportant à leur sécurité mais qu’ils devaient taire son nom ce qu’ils confirmèrent. Puis, il leur dit ce qu’il avait dit à Qouraysh. Ils le félicitèrent aussi comme Qouraysh et lui jurèrent qu’ils ne remettraient aucun homme aux Banou Qouraydah.

C’était ainsi que Nou’aym Ibn Mas’oud réussit à tisser son piège qui allait bouleverser le court des évènements.

 

Les états-majors des Coalisés sérieusement concernés par ces nouveaux renseignements importants ne doutèrent pas un seul instant que leur informateur avait changé de camp. Ils se sentirent, en conséquence, envahis par des sentiments d’agacement et de suspicion qu’ils ne s’attendaient pas à vivre une aussi mauvaise nuit de siège.

 

Les Coalisés, décidèrent dans une réunion commune qui eut lieu un vendredi après-midi d’envoyer une délégation aux Banou Qouraydah pour vérifier les informations de Nou’aym Ibn Mas’oud, et, pour connaitre la vérité d’une manière indirecte, ils chargèrent leur délégation de demander aux juifs de se préparer pour l’offensive qui allait être déclenchée le samedi matin contre les Musulmans.

 

La délégation des Coalisés contacta secrètement les Banou Qouraydah la nuit même de ce vendredi, à la faveur de l’obscurité, par mesure de sécurité et de prévention contre les patrouilles musulmanes qui circulaient dans Médine.

Quand les membres de cette délégation arrivèrent sous les murs des Banou Qouraydah, ils enregistrèrent un apparent accueil froid mais malgré cela, ils communiquèrent aux seigneurs juifs le déclenchement de l’offensive générale, d’ailleurs déjà décidé       d’un commun accord depuis le début et leur demandèrent de se préparer en conséquence, en leur disant : « (O Banou Qouraydah) nous ne sommes pas (ici) dans des maisons durables, les chameaux se consument et les chevaux se fatiguent. Préparez-vous donc au combat pour éradiquer Muhammad et en finir avec lui. »

Les seigneurs juifs ne voulurent pas dès le début exprimer franchement leur refus de l’attaque mais ils préparèrent doucement leurs interlocuteurs à recevoir l’information.

Leur réponse à la demande les Coalisés d’entamer la grand offensive le samedi matin était qu’ils ne pouvaient combattre ce jour-là sous prétexte (selon les préceptes de leur religion) qu’ils ne faisaient rien le samedi.

Ils dirent aux membres de la délégation : « Nous, nous ne combattons pas le samedi, et vous savez ce que nous avons subi comme agression le samedi. »

Puis, ils découvrirent leurs appréhensions quant au retrait des troupes coalisées avant l’extermination des Musulmans : « Nous ne combattront pas Muhammed avec vous, sauf, si vous nous livrez des otages (qui garantiront) que nous allons éradiquer Muhammed. Nous avons peur que, si la guerre se durcit et que le combat s’aggrave que vous nous delaissiez en retournant chez vous et que vous nous laissiez seuls avec l’homme (le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) dans notre pays. »

 

Dès que la confirmation tomba dans leurs oreilles, les délégués se retirèrent sans se donner un temps de réflextion ou de discussion et allèrent informer leurs chefs. Leurs soupçons dès lors se dissipèrent et Nou’aym Ibn Mas’oud avait dit vrai, les Juifs avaient trahi et demandé des otages pour les remettre au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Les chefs des Coalisés se dirent alors : « Par Allah, ce que vous a dit Nou’aym Ibn Mas’oud est juste » et ils renvoyèrent d’autres délégués pour leur demander de confirmer leur accord pour l’offensive.

Ils dirent aux Banou Qouraydah : « Par Allah, nous ne vous remettons aucun de nos hommes. Et, si vous voulez combattre, sortez et engagez le combat. »

Quand les Banou Qouraydah entendirent cela, leurs doutes sur les Qouraysh se confirmèrent et quand ils se retrouvèrent seuls, ils se dirent entre eux : « Ce que vous a dit Nou’aym Ibn Mas’oud s’avère vrai. »

Sur cette base, ils envoyèrent un émissaire       aux Coalisés qui leur dit avec persistance que les siens (sa tribu) ne participeraient à l’offensive avec les troupes coalisées qu’à la condition que les chefs de ces troupes lui donnent des garanties suffisantes jusqu’à l’écrasement définitif des Musulmans. Il leur dit : « Par Allah, nous ne combattrons Muhammed à vos côtés que si vous nous donnez des otages. » Et, naturellement les Coalisés refusèrent une nouvelle fois la demande des Juifs.

 

Devant cette situation bloquée qui menaçait de briser l’unité des Coalisés et des Juifs, le seigneur juif des Banou an-Nadr, Houyay Ibn Akhtab intervint pour redresser la situation entre les deux parties. Il essaya longuement de persuader les Banou Qouraydah de participer à l’offensive mais ces derniers maintinrent leur positon, en lui disant : « Par Allah, nos ne combattrons avec eux que s’ils nous donneront soixante-dix hommes de Qouraysh et de Ghatafan en otages[3]. »

Ainsi prit fin par ce dernier acte, la grande duperie du rusé Nou’aym Ibn Mas’oud et s’ouvrirent d’autres horizons inattendus dans ce conflit des plus terrifiants pour les Musulmans.

 

Al-Bayhaqi rapporte dans ad-Dala’il, selon le témoignage de Moussa Ibn ‘Ouqbah, que les Juifs contactèrent le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après l’aggravation du différend et la fin de non-recevoir des Coalisés et lui proposèrent une réconciliation sous la condition d’un retour à Médine de leurs frères Banou an-Nadr et que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) refusa cette demande.

 

Views: 0