SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les Hypocrites

 

Pris entre deux feux ; celui des Coalisés devant et celui des Juifs derrière, les véritables croyants gardèrent leur foi et resserrèrent leurs rangs autour du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Par contre, les faux croyants se découvrirent par le développement du danger et apparurent sous leur véritable visage de menteurs et de fourbes, qui montrèrent finalement ce qu’ils cachaient.

 

Ces scélérats qui existaient dans les rangs de l’armée musulmane, se montraient musulmans mais en vérité, ils luttaient contre l’Islam et cultivaient le secret espoir de voir l’élimination des Musulmans et propageaient des rumeurs et des mensonges sur les capacités des Musulmans à tenir tête contre l’ennemi.

Ce groupe d’hypocrites dans l’armée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) crurent que les jours des Musulmans étaient comptés surtout après la trahison des Banou Qouraydah, ce qui les encouragea à tenir des propos subversifs dans le but bien clair de démoraliser les Musulmans déjà diminués par la proportion des Coalisés.

Un de ces hypocrites tint avec ironie ce discours : « Muhammad nous a promis les trésors de Chosroes et d’Héraclius alors qu’aujourd’hui personne n’est en sécurité même pour aller aux toilettes. Allah et son Messager nous ont fait de fausses promesses. »

 

Ibn Ishaq rapporta que ces propos furent prononcés par Mou’attab Ibn Qashir, le frère des Banou ‘Amrou Ibn ‘Awf mais, il n’y a pas l’ombre d’un doute que ce Mou’attab fut de ceux qui participèrent à la bataille de Badr et son nom fut rapporté par Ibn Ishaq lui-même.

 

Ibn Hisham dans sa Sirah commente l’avis d’Ibn Ishaq en disant : « J’ai été informé par une personne en qui je fais confiance et qui est de ceux qui connaissent que Mou’attab Ibn Qashir ne fut pas un Hypocrite et qu’il était du groupe de Badr. »

 

Les hypocrites avancèrent toutefois ces propos. Et le Noble Qur’an le confirme : « Et quand les hypocrites et ceux qui ont la maladie [le doute] au cœur disaient : Allah et Son messager ne nous ont promis que tromperie. » (Qur’an 33/12)

 

Et ainsi, après les Coalisés et les Banou Qouraydah, survint la troisième épreuve des Hypocrites qui mit à rude épreuve la foi et la valeur de chacun des Musulmans.

Ces hypocrites surgirent comme une troisième force ennemie mais cette fois de l’intérieur des rangs musulmans. Ils propagèrent rumeurs, mensonges et calomnies dans le but précis de démoraliser et de propager le désespoir qui accentuèrent les ennuis de l’armée musulmane.

 

Non seulement ces hypocrites ne s’arrêtèrent pas là mais ils se retirèrent du front et incitèrent à la désertion en ces moments délicats que vivait la jeune communauté musulmane, pour faciliter d’une manière détournée la tâche des Coalisés.

Dans cette situation dramatique où la position des Musulmans atteignit le sommet du péril, un de ces hypocrites, au nom de ses semblables, demanda au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de les laisser se retirer du camp qui faisait face aux Coalisés en prétextant que leurs maisons étaient à découvert car l’intention des hypocrites n’était pas de protéger leurs habitations mais plutôt de fuir et de provoquer le doute, la panique ainsi que l’esprit de défaite et de protestation.

Aws Ibn Qaydi, un des Banou Haritha Ibn al-Harith dit (et cela devant un groupe d’hommes de sa tribu) : « O Messager d’Allah, nos maisons sont vulnérables pour l’ennemi. Permets-nous de nous retirer pour retourner à nos maisons qui se trouvent en dehors de la ville. »

 

Le Qur’an démasqua ces hypocrites et mentionne que leur demande, en ces moments délicats, ne fut pas pour protéger leurs maisons mais plutôt la fuite et la dislocation de l’armée et qu’en vérité, leurs maisons n’étaient pas vulnérables comme ils le prétendaient mais plutôt parce qu’ils étaient menteurs d’autant plus que des patrouilles avaient pour mission de veiller sur toute la ville.

 

Allah dit : «De même, un groupe d’entre eux dit : Gens de Yathrib ! Ne demeurez pas ici. Retournez [chez vous]. Un groupe d’entre eux demande au Prophète la permission de partir en disant : Nos demeures sont sans protection, alors qu’elles ne l’étaient pas : ils ne voulaient que s’enfuir. » (Qur’an 33/13)

Ainsi la situation des Musulmans se compliqua davantage après l’apparition sous leur vrai visage de ce groupe d’hypocrites qui osèrent se moquer des Musulmans et répandre l’esprit de défaite et de désespoir.

 

Bien que le fossé paralysa les mouvements des coalisées en les laissant incapables de mener une offensive de grande envergure selon les plans de leurs chefs, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) devint très inquiet et conscient de la position gênante de son armée si peu nombreuse et eut peur du danger imminent qui la guettait et qui faisait violemment pression, après la trahison des Banou Qouraydah et la détérioration du moral de ses troupes suite aux menées déstabilisatrices des hypocrites.

 

Les négociations secrètes

 

Dans ces conditions extrêmement accablantes, le commandant de l’armée, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) (S.B sur lui), réfléchit comment il pourrait diminuer la pression qui pesait sur ses combattants dont la proportion devint de un contre onze sans compter l’éventuelle offensives des Banou Qouraydah sur leurs arrières.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pensa d’abord à diviser les Coalisés puis à influencer les Juifs afin de retarder au moins leur offensive mortelle. Il contacta alors secrètement les deux chefs des Ghatafan ‘Ouyaynah Ibn Hisn al-Fizari et al-Harith Ibn ‘Awf al-Mourri en leur envoyant de nuit un de ses espions.

En tant qu’homme politique expérimenté et en tant que chef suprême responsable, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) connaissait mieux que quiconque la psychologie des hommes ; il connaissait parfaitement les buts et les objectifs de tous les chefs qui dirigeaient cette invasion. Il savait, par exemple, que Ghatafan et ses chefs, ne participaient à cette guerre ni pour but politique ou une quelconque croyance mais essentiellement pour avoir un part du butin de Médine.

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’entra donc pas en contact avec les chefs juifs (comme Houyay Ibn Akhtab et Kinana Ibn ar-Rabi’) ni avec les mecquois comme Abou Soufyan Ibn Harb parce que leur principal but n’était pas les trésors de Médine mais plutôt un but politique et religieux qui ne pouvait se réaliser qu’en détruisant la communauté musulmane.

 

Ainsi, les chefs Ghatafani n’hésitèrent pas à accepter sa proposition de se rencontrer derrière le fossé et de discuter d’un compromis et dès leur arrivée, les pourparlers commencèrent dans la plus grande clandestinité et personne ne fut informé. L’essentiel des tractations fut la proposition que les Musulmans livreraient le tiers d’une récolte annuelle en échange de la paix.

Les chefs Ghatafani n’acceptèrent pas ce tiers et voulurent la moitié de la récolte mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) refusa catégoriquement leur ambition. Les pourparlers trainèrent sur ce point, mais en définitive, les Ghatafani donnèrent leur consentement.

L’accord proposé rédigé par ‘Uthman Ibn ‘Affan (radhiyallahou ‘anhou) contenait les principales clauses suivantes :

  1. La paix entre les Musulmans et les Ghatafani se trouvant dans les rangs des Coalisés,
  2. La cessation par Ghatafan de toute action militaire contre les Musulmans,
  3. La levée de leur siège autour de Médine, le retrait de leurs troupes et leur retour dans leur pays.
  4. Le livraison du tiers de la récolte de Médine à Ghatafan et semble-t-il, pour une seule année.

 

Cependant pour signer l’accord, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) posa d’abord la condition du consentement des seigneurs des Aws et des Khazraj parce que la récolte était la propriété des Ansar et qu’il n’était pas possible de verser à quiconque les fruits d’une récolte sans l’approbation de ses propriétaires, surtout qu’il s’agissait d’une initiative politique de la part du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et non d’une révélation venant d’Allah.

Ainsi et avant la signature de l’accord, il appela Sa’d Ibn Mou’ad (le seigneur des Aws) et Sa’d Ibn ‘Oubadah (le seigneur des Khazraj) et leur expliqua ce qui s’était passé, en présence des chefs de Ghatafan. Puis, il les consulta à propos de la clause concernant le versement d’une part de la récolte d’une année en leur demandant de donner leur avis sur l’accord.

Après avoir écouté le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et après avoir pris connaissance des clauses, l’idée de verser à l’ennemi le tiers de la récolte ne leur plut guère et la jugèrent comme une énorme concession.

 

Cependant, en tant que croyants respectueux ne désobéissant pas à leur Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) même si cela pouvait leur coûter leurs vies, ils lui dirent qu’ils étaient, au nom de tous les Ansar, prêts à accepter cet accord si cela était un ordre d’Allah et sur révélation de Lui. Cependant, si la chose était susceptible d’être débattu, ils avaient un tout autre avis et explicitement, cela voulait dire qu’ils auraient refusé de donner la moindre datte aux Ghatafan.

Ils dirent : « O Messager d’Allah, est-ce une affaire que tu veux faire ou est-ce qu’Allah t’a ordonné de faire et que nous ne devons accepter ou bien une chose que tu veux faire pour nous ? Si c’est une chose du Ciel, tu n’as qu’à l’exécuter, et si c’est une affaire dont tu n’as pas reçu l’ordre et que tu désires, nous t’obéirons, mais si c’est un point de vue personnel, ils n’auront de nous que l’épée. »

– « Si Allah m’avait ordonné, » répondit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), « je ne vous aurais pas consultés. Par Allah, je ne fais cela que parce que j’ai vu les Arabes vous viser d’un seul arc et qu’ils sont comme des hiboux vous assaillant de tous les côtés. J’ai voulu briser leur ardeur. »

– « O Messager d’Allah, » lui dit Sa’d Ibn Mou’ad, alors qu’il était encore jeune homme n’ayant pas atteint les quarante ans, « nous étions, nous et ces gens-là (les Ghatafani) des polythéistes et des idolâtres, nous ne priions ni Allah ni Le connaissions, et ils n’ambitionnaient même pas (à cette époque) de manger une seule de nos dattes, que s’ils étaient invités ou après-vente, même s’ils n’avaient à manger al-‘Ilhiz[1]. »

Puis, il ajouta exprimant son opposition à l’accord non encore conclu : « Est-ce après qu’Allah nous a honorés par l’Islam et nous a mis sur le bon chemin menant vers Lui et nous a glorifiés par toi et par Lui, nous retrancherons une partie de nos richesses ? Nous n’avons aucun besoin à faire cela. Ils ne verront de nous que le sabre jusqu’à ce qu’Allah décide entre eux ou nous[2]. »

Quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) vit l’opposition des seigneurs Ansar à l’accord écrit qui n’attendait que la signature et l’apposition des témoins, il revint sur ce qu’il venait de proposer aux Ghatafani en disant à Sa’d Ibn Mou’ad (puisque c’était lui qui avait pris la responsabilité d’intervenir) : « Cela (l’accord) ne peut se rapprocher de toi. » Autrement dit, l’accord fut annulé.

 

A ce moment précis, Sa’d Ibn Mou’ad prit l’accord écrit mais non signé et le déchira, puis se tourna vers les seigneurs de Ghatafan ‘Ouyaynah Ibn Hisn et al-Harith Ibn ‘Awf et leur dit avec un air de défi : « Retournez ! Il n’y aura entre nous et vous que le sabre. » Et les deux chefs furent raccompagnés hors du camp des Musulmans et se retirèrent dans le leur.

 

Par conséquent, les malheurs des Musulmans augmentèrent. Le refus de l’accord par les seigneurs Ansari compliqua encore les problèmes militaires qui se posaient déjà aux Musulmans et l’espoir de voir la pression baisser de quelques crans s’effrita.

Cependant, ce refus démontra, d’autre part aux chefs des deux camps, les Coalisés et les Musulmans, qu’il y avait derrière le Fossé, dans cette petite armée des hommes de valeur qui égalaient des milliers, que les épreuves aguerrissaient et dont la foi se renforçait au contact des dangers, et renforçait leur unité autour du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Ce refus catégorique exprimé devant le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en présence des chefs de Ghatafan fut l’une des principales causes qui poussa les ennemis envahisseurs à réviser leurs plans agressifs, puisqu’ils temporisèrent peu après pour combattre les Musulmans.

Il est important de signaler que dès le retour de ‘Ouyaynah Ibn Hisn et al-Harith Ibn ‘Awf et après ce qu’ils entendirent de Sa’d Ibn Mou’ad, les Ghatafan n’entreprirent aucune action militaire contre les Musulmans et restèrent retranchés dans leur campement jusqu’au moment où le chef suprême Abou Soufyan donna l’ordre de retrait des troupes et la levée du siège de Médine.

 

La tension atteignit       le sommet après la violation du pacte des Banou Qouraydah et le refus des Ansar de la paix avec Ghatafan et dans cette situation, les Musulmans durent être plus vigilants et s’astreignirent alors à d’autres sacrifices et d’autres efforts titanesques continuels dans le seul but de défendre leur communauté de croyants.

 

Le commandement de Médine mit sous surveillance étroite et permanente les endroits du fossé susceptibles d’être attaqués par les cavaliers des Coalisés, de peur que quelques courageux mécréants ne forcent le passage, grisés par la nouvelle du ralliement des Banou Qouraydah et le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se posta lui-même près du point le plus vulnérable où l’attaque des cavaliers ennemis était prévu. Les patrouilles de surveillance renforcèrent leur vigilance tout le long du fossé et une autre force détachée des réserves fut désignée pour surveiller les Juifs et s’opposer à eux s’ils attaquaient.

 

Malgré la somme de tous les problèmes angoissants, une élite d’hommes courageux, véritablement croyants et de valeur restèrent avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), résistants et patients devant les pires épreuves.

 

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