SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

L’arrivée des Coalisés

 

Dès l’arrivée des Coalisés près de Médine, les troupes mecquoises installèrent leur campement près du point de rencontre des vallées à Rawma entre al-Jourf et Zaghaba, et les troupes Ghatafani choisirent l’endroit près de Thanab Nouqma à la limite ouest de la montagne Ouhoud.
Sur place, les contacts commencèrent peu après entre les chefs des deux armées coalisées, contacts assurés par le notable juif Houyay Ibn Akhtab, qui conseillait, suggérait, afin de dresser le plan d’attaque adéquat.
 
Ce plan, après son adoption par les chefs des Coalisés et après consultation des chefs juifs, consistait à ce que les troupes polythéistes marcheraient sur Médine du côté nord en prenant la forme d’un arc qui s’étendrait d’est en ouest et qui se resserrerait rapidement sur les Musulmans tandis que pendant ce temps-là, comme convenu, les neuf cents juifs des Banou Qouraydah frapperaient les arrières de l’armée musulmane et ainsi d’après leur plan, l’Islam et les Musulmans seraient éradiqués à jamais,
 
Il est nécessaire de rappeler une nouvelle fois qu’un pacte de défense commun liait les Musulmans aux Juifs des Banou Qouraydah et que Houyay Ibn Akhtab réussit à convaincre ces derniers de le violer et d’attaquer à l’heure convenue.
 
Ce plan resta un projet bien conçu mais qui ne put se réaliser du fait de la tranchée qui s’avéra une ligne de défense efficace et n’était-ce celle-ci, les chefs coalisés auraient peut-être cueilli les fruits de l’invasion planifiée et sans celle-ci, dix mille guerriers auraient pu facilement venir à bout de de neuf cents et les exterminer.
 
Mais par ce fossé, les Musulmans minèrent le rêve des polythéistes mécréants et des Juifs associateurs traitres qui lorsqu’ils le virent, restèrent confondus par cette nouvelle technique de défense.
Cette nouvelle arme défensive mit en place par les Musulmans immobilisa les mouvements de ces milliers d’hommes venus pour la dernière bataille, selon les prévisions de leurs chefs et ils ne purent rien faire d’autre que d’essayer de s’infiltrer par des actions suicidaires qui faillirent.
 
Les Coalisés se retrouvèrent donc désorientés devant cette nouvelle tactique militaire. Ils regardèrent cette tranchée ressemblant à un serpent géant prêt à engloutir, qui encerclait Médine et la préservait contre toute mauvaise surprise ; une tranchée d’environ deux mille mètres pour une largeur de quatre et une profondeur de trois mètres, une tranchée surveillée nuit et jour par des patrouilles.
 
Voyant cette réalisation imposante, ils tentèrent par l’intermédiaire de leur cavalerie de trouver quelque faille ou brèche par où s’infiltrer et inspectèrent à distance attentivement l’ouvrage qui paralysa leurs troupes et qui renversa leurs plans et, à chaque endroit, ils rencontrèrent une défense impénétrable si bien qu’ils avouèrent que c’était là une ruse inconnue des Arabes.
Cependant ils ne s’avouèrent pas vaincus et décidèrent de rester sur place et de maintenir un siège écrasant autour de Médine malgré ce fossé qui paralysa totalement les mouvements de leurs troupes. Ils harcelèrent donc jour et nuit les Musulmans afin de les affaiblir pour saisir au moment opportun l’occasion pour fondre sur eux tout en attendant l’attaque imminente des Juifs.
 
Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons étaient bien évidemment sur leur garde constante car ils craignaient d’un moment à un autre le revirement des Banou Qouraydah dont les fortins se situaient derrière les lignes musulmanes, comme ils redoutaient aussi les capacités de nuisance des hypocrites.
Le commandement médinois appréhendait surtout la traitrise des Banou Qouraydah qui resta la plus dangereuse menace contre l’entité musulmane. Le ralliement des Bani Qourayd aux Coalisés mettait les Musulmans entre deux feux ; celui des polythéistes et des Juifs qui disposaient d’une force de neuf cents hommes.
Leur éventuelle participation à la bataille amoindrirait dramatiquement l’importance du fossé qui remplissait son rôle défensif tant que les Musulmans maintenait une vigilance de jour comme de nuit afin de repousser toute tentative de percée en sautant soit à l’aide des chevaux, soit en comblant un passage.
 
La participation des Banou Qouraydah, par conséquent, obligerait les Musulmans à répartir leurs forces donc à se diviser ce qui faciliterait sans aucun doute la tâche des Coalisés pour traverser la ligne de défense mais l’appréhension du commandement médinois se concrétisera seulement en partie.

 

Comment les Juifs violèrent le pacte

 

Les espions de l’armée musulmane surveillèrent de manière permanente les zones des Banou Qouraydah et rendirent compte de tout mouvement suspect au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), commandant suprême de l’armée afin d’éviter toute surprise déplaisante et il ne faisait aucun doute pour l’état- major de Médine que le maléfique Houyay Ibn Akhtab des Banou an-Nadr allait contacter les Banou Qouraydah pour leur demander à l’acte.

 

Tous les auteurs de Sirah sont d’accord sur le fait et rapportèrent dans leurs livres que Ka’b Ibn Assad, le seigneur des Banou Qouraydah, ne fut pas persuadé par la transgression du pacte qui liait les Juifs aux Musulmans, ni ne voulut les trahir de peur des retombées néfastes du fait qu’il n’était pas sûr que les Coalisés allaient vaincre les Musulmans.

Ils rapportèrent que ce fut Houyay Ibn Akhtab qui les convainquit et les encouragea à déclarer la guerre et que cet ennemi de l’Islam et des Musulmans sortit de chez eux après les avoir appelés à profiter de cette occasion et de récolter les gains après le départ des Coalisés qu’il avait promis aux chefs de Qouraysh et de Ghatafan.

 

Ka’b Ibn ‘Assad, le seigneur des Banou Qouraydah, résista longtemps à la demande de Houyay, la réprouva et lui rappela les conséquences fâcheuses sur son peuple suite à sa trahison.

De même lorsqu’il fut informé de l’arrivée imminente de Houyay, il ordonna de fermer la porte de son fort, refusa de le rencontrer au début et lui demanda de quitter les lieux des Banou Qouraydah car il avait bien compris la raison de sa visite.

Mais ce juif (Houyay Ibn Akhtab) résolu à nuire, malgré la fermeture des portes à son nez et la demande claire qu’il reçut de quitter les lieux, resta collé à la porte en demandant avec véhémence de lui ouvrir afin de lui parler, jusqu’au moment où il eut gain de cause.

Devant le fort, il appela Ka’b : « Malheur à toi, Ka’b ! Ouvre-moi ! »

– « Malheur à toi, ô Houyay! Tu es un individu de mauvais augure. J’ai signé un pacte avec Muhammad et je ne vais pas violer ce qu’il y a entre lui et moi, je n’ai vu de lui que loyauté et franchise. »

– « Malheur à toi, ouvre-moi que je te parle ? »

– « Je ne le ferai pas. »

Indigné, Houyay trouva une astuce : « Par Allah ! Tu n’as fermé ta porte que par peur que je mange ton repas avec toi. »

Cette accusation éveilla un sentiment de honte en Ka’b qui ouvrit la porte.

– « Malheur à toi, Ka’b, » dit Houyay, « je t’ai apporté la gloire de ce monde. J’ai ramené avec moi Qouraysh qui campe près de Jam’a al-Asyal et Ghatafan près d’Ouhoud. Ils m’ont donné leurs paroles qu’ils ne quitteraient la place qu’après avoir déraciné Muhammad et ceux qui sont avec lui. »

– « Par Allah, tu n’es venu à moi qu’avec la honte de ce monde et avec tout ce qui se craint, » répondit Ka’b, « je n’ai vu de Muhammad que franchise et loyauté… Tu es venu à moi, Houyay, avec un gigantesque nuage qui tonne et qui lance des éclairs mais vide à l’intérieur. Malheur à toi, Houyay, laisse- moi donc comme je suis ; je n’ai vu de Muhammad que franchise et loyauté. »

Et, comme Houyay insista par son style louvoyant comme un serpent subtil et astucieux, il finit par influencer les seigneurs juifs et Ka’b convoqua alors une réunion pour discuter de la question.

 

Lors de cette assemblée, ‘Amrou Ibn Sou’da un de leurs notables raisonnable, parla et conseilla les Banou Qouraydah, les avertit des dangers si jamais le pacte venait à être violé, leur rappela la loyauté constante de Muhammad ainsi que sa franchise de ses relations avec eux. Il leur rappela aussi qu’ils étaient dans l’obligation de combattre avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et se demanda alors comment ils pouvaient montrer les armes devant son visage (déclarer la guerre) et prêter main forte à son ennemi. Il leur demanda en définitive de respecter le pacte et de ne pas se laisser emporter par les propos de Houyay Ibn Akhtab, et plutôt de rallier les Musulmans, comme le stipulait le pacte, sinon à rester neutre en disant : « Si vous ne pouvez pas prendre le parti de Muhammad, laissez-le donc avec son ennemi. »

 

Mais les ruses de Houyay furent plus fortes que l’opposition et il resta, comme l’a rapporté Ibn Ishaq, à appâter et à entrainer les Banou Qouraydah et à inlassablement soudoyer Ka’b au point où tous leurs seigneurs acceptèrent de violer le pacte et de rallier les Coalisés.

Tout cela fut conclu après que les notables prirent l’engagement de Houyay qui accepta de rester avec les Banou Qouraydah dans leurs fort afin d’être touché, comme eux, si Qouraysh et Ghatafan viendraient à se retirer sans avoir pu détruire les Musulmans. Après avoir reçu l’engagement de Houyay, Ka’b Ibn Assad déclara la nullité du pacte qui le liait au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Puis, Ka’b convoqua les seigneurs des Banou Qouraydah dont az-Zoubayr Ibn Bata, Ghazzal Ibn Maymoun, Shas Ibn Qays, ‘Ouqbah Ibn Zayd et ‘Amrou Ibn Sou’da, et leur demanda de déchirer le pacte, donnant ainsi le signal de l’annulation du pacte ainsi que leur ralliement aux Coalisés.

Tous acceptèrent de le déchirer sauf le seigneur ‘Amrou Ibn Sou’da qui refusa de participer à la trahison en disant : «Par Allah, je ne trahirai jamais Muhammad ! »

Ce seigneur fut soutenu par trois autres qui se rallièrent à sa position : Tha’labah et Oussayd, tous deux fils de Sa’ya et Assad Ibn ‘Oubayd. Les autres seigneurs juifs déchirèrent alors le pacte en entrèrent ainsi en guerre contre le Messager d’Allah et les Musulmans.

 

Comme leurs quartiers étaient sous étroite et secrète surveillance, les espions musulmans ne tardèrent pas à connaitre ces dangereux développements et en informèrent rapidement et secrètement le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui, à son tour, leur demanda sur le champ de ne pas ébruiter l’information.

 

Aussitôt après, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) convoqua Sa’d Ibn Mou’ad, le seigneur des Aws et l’allié des Banou Qouraydah, Sa’d Ibn ‘Oubadah, le seigneur des Khazraj, ‘AbdAllah Ibn Rawahah et Oussayd Ibn Houzayr (tous des Ansar) et leur demanda de contacter officiellement les seigneurs des Banou Qouraydah et de vérifier auprès d’eux ces nouveaux développements. Il leur ordonna aussi de garder secrète la nouvelle s’ils venaient à la confirmer, et cela afin d’éviter que cette nouvelle n’entamât le moral des combattants musulmans qui vivaient déjà jour et nuit une situation très difficile.

Il est rapporté dans Ibn Ishaq : « Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : «  Partez [donc] pour connaitre la vérité sur ces gens. S’il s’avère que c’est vrai, faites-moi signe par un code que je connais et ne dites cela à personne ! Mais s’ils sont encore fidèles à ce qu’il y a entre nous, vous pouvez alors le dire à tout le monde. »

La délégation partit donc et rencontra les seigneurs des Banou Qouraydah à ils demandèrent de renforcer l’alliance mais, dès que les Juifs entendirent le nom du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et des paroles sur leur engagement et le pacte, ils dirent avec insolence : « Qui est ce Messager d’Allah ? » et ils continuèrent à dire à la délégation du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « Il n’y a pas d’engagement entre nous et Muhammad. » Ce qui signifiait en substance : «Aujourd’hui, vous venez nous demander d’être fidèles à l’alliance qui nous unissait à Muhammad, alors que, lui, il a brisé notre aile en chassant nos frères des Banou an-Nadr ! Partez ! Il n’y a entre nous et Muhammad ni engagement ni alliance. »

 

Sa’d Ibn ‘Oubadah, le seigneur des Khazraj, se mit alors en colère mais Sa’d Ibn Mou’ad intervint et demanda à son Compagnon de maitriser ses nerfs en disant : « Arrête de les insulter. Ce qu’il y a entre eux et nous est plus grand que des insultes. » Puis, il s’adressa à ses alliés dans une dernière tentative et leur conseilla de faire marche arrière et les avertissant des conséquences résultant de la violation du pacte.

Il leur dit : « Vous savez ce qu’il y a entre nous, ô Banou Qouraydah, et j’ai peur pour vous de ce qui est arrivé auparavant aux Banou an-Nadr ou de plus amer. » Leur réponse fut sèche : « Tu as mangé les chameaux de ton père !, » lui signifiant ainsi qu’ils n’avaient que faire de ses conseils.

– « Autre que ces réponses aurait été plus beau et meilleur, ô Banou Qouraydah. »

Mais ces derniers persistèrent dans leur décision et outrepassèrent même les bonnes manières en insultant le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Là, Sa’d Ibn Mou’ad réalisa qu’il était trop tard pour tenter de persuader ses alliés. La délégation retourna alors confirmer au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) la trahison des Juifs.

 

Quand elle arriva au camp des Musulmans, derrière le fossé, ses membres saluèrent le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et l’un d’eux prononça le mot secret qui confirmait la trahison et sans qu’aucun combattant ne saisisse le sens et la gravité de ce mot. Ce mot de passe n’était autre que « Adal et al-Qara, » les deux tribus de Houzayl qui massacrèrent avec perfidie, à Dzat ar-Raji’ dans le Hijaz, les Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) alors qu’ils étaient en route pour leur enseigner les bases de la religion islamique.

 

De l’autre côté du fossé, avant la violation du pacte, les mouvements militaires des Coalisés restèrent faibles et sans incidence et hormis les reconnaissances à cheval pour menacer et effrayer les Musulmans; il n’y eut pour ainsi dire, pas d’action militaire proprement car apparemment, les Coalisés avaient perdu l’espoir de traverser cet obstacle minutieusement préparé.

Cependant, à l’instant même où on les informa officiellement du ralliement des Banou Qouraydah, ils redoublèrent d’efforts et leur espoir revint car ce ralliement, selon eux, allait obliger le gros des troupes musulmanes à abandonner les positions d’où était assurée la surveillance permanente de la ligne défensive, et s’occuper des forces juives du fait que rien ne les protégeait des Banou Qouraydah, si ces derniers les attaquaient dans le dos.

 

La position des forces musulmanes, depuis l’arrivée des Coalisés, était sans nul doute très critique malgré ce que l’on pourrait dire sur la ligne de défense et sur les hautes qualités des neuf cents Musulmans rien, ne fit oublier le danger mortel que représentaient à chaque instant les dix mille coalisés. La traitrise des Banou Qouraydah vint compliquer davantage la situation dans le camp des Musulmans et affaiblir un peu plus leur état et dans cette situation de crise très délicate et grave, toute l’entité musulmane était à la merci de la tempête.

 

Le Noble Qur’an signale cet état de gêne et cette dégradation extrême et décrit avec précision l’angoisse, la crainte et la panique dans les rangs musulmans : « Quand ils vous vinrent d’en haut et d’en bas [de toutes parts], et que les regards étaient troublés, et les cœurs remontaient aux gorges, et vous faisiez sur Allah toutes sortes de suppositions. Les croyants furent alors éprouvés et secoués d’une dure secousse. » (Qur’an 33/10-11)

 

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