SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Al-Mounafiqin

 

Les choses ne furent pas toujours parfaites pour autant et les Musulmans firent face aux attitudes et aux difficultés dont l’origine était sans aucun doute des hypocrites qui bien qu’ils affichaient l’Islam, ces derniers se découvrirent par des actes, qu’ils n’aimaient pas l’Islam et le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Par les rôles qu’ils tinrent, depuis les préparatifs jusqu’au siège, les hypocrites démontrèrent des comportements déshonorants et infects ; ils ne s’attardèrent pas dans les travaux de creusage, et s’ils participaient avec les Musulmans, ils ne faisaient que la tâche la plus insignifiante. En plus de cette paresse excessivement volontaire, ils entreprirent des actions de sabotage, en incitant les faibles de caractère à diminuer de vigueur dans les tranchées, dans le but de retarder les travaux jusqu’à l’arrivée des Coalisés.

 

Malgré les ordres militaires stricts et clairs de ne quitter leur poste qu’après l’accord du chef (le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)), les hypocrites abandonnèrent régulièrement le travail pour rentrer secrètement chez eux. Cependant, les Musulmans conscients des conditions exceptionnelles, savaient qu’ils étaient de leur devoir de poursuivre les travaux d’excavation. Et si un Musulman quittait son poste pour un besoin pressant, il ne le faisait pas avant d’avoir demandé la permission au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) puis regagnait sans s’attarder son poste de travail.

 

Allah Exalté parle de ce genre d’homme : « Les vrais croyants sont ceux qui croient en Allah et en Son messager, et qui, lorsqu’ils sont en sa compagnie pour une affaire d’intérêt général, ne s’en vont pas avant de lui avoir demandé la permission. Ceux qui te demandent cette permission sont ceux qui croient en Allah et en Son messager. Si donc ils te demandent la permission pour une affaire personnelle, donne-la à qui tu veux d’entre eux ; et implore le pardon d’Allah pour eux, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (Qur’an 24/62)

Il, à Lui les Louanges et la Gloire, parle aussi des hypocrites : « Ne considérez pas l’appel du messager comme un appel que vous vous adresseriez les uns aux autres. Allah connaît certes ceux des vôtres qui s’en vont secrètement en s’entrecachant. Que ceux, donc, qui s’opposent à son commandement prennent garde qu’une épreuve ne les atteigne, ou que ne les atteigne un châtiment douloureux. » (Qur’an 24/63)

 

Mais leurs activités sournoises et leur paresse de façade n’influencèrent pas la marche des opérations. Les Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) déployèrent une détermination et une force de caractère exemplaires et purent terminer les travaux plusieurs jours avant l’arrivée des Coalisés.

 

Chaque groupe de dix Compagnons accomplit sa mission en creusant une surface de quarante bras de long sur neuf bras de large pour une profondeur de sept bras (environ 25x4x3m). Le fossé dont l’excavation duré un mois était donc d’une longueur de cinq mille bras. Cette ligne de défense devint, pour Médine et les Musulmans, une véritable forteresse qui n’allait être défiée que par des actions hasardeuses et suicidaires.

 

En plus de cette ligne de défense, la ville tira avantage des constructions imbriquées et le fait qu’elles étaient aussi entourées de jardins de palmiers et d’arbres fruitiers denses. D’autres barrières naturelles rendaient l’accès à la ville difficile des trois autre directions : l’Est, l’Ouest et le Sud, de vastes surfaces parsemées de rochers noirs et pointus qui étaient impossible à traverser pour quiconque (cavalier ou piéton). Par ces barrières naturelles et la tranchée, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et son état-major isolèrent complètement les troupes ennemies et les éloignèrent de lieu de rassemblement de l’armée musulmane pour veiller à la défense de la ville, réalisant ainsi le plan primordial qui consistait à éviter l’affrontement direct.

 

Les Musulmans se retranchèrent donc derrière ce long fossé de deux kilomètres de long et tirèrent profit des terrains rocheux et impraticables et de la montagne au pied de laquelle ils se positionnèrent face aux Coalisés si bien que lorsque ces derniers arrivèrent avec leurs troupes, ils trouvèrent le seul accès possible pour une attaque bien défendu et hermétique.

 

L’armée Musulmane

 

L’excavation du fossé achevé, les combattants musulmans       fin prêts ; ils guettèrent alors l’arrivée imminente des forces coalisés. Des patrouilles furent détachées aux abords de Médine pour surveiller la région et pour prévenir particulièrement toute mauvaise surprise des Banou Qouraydah malgré le pacte d’alliance qui les liaient.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) passa son armée en revue et l’organisa en deux groupes :

1. Les Mouhajirine dont le drapeau fut confié à son affranchi, Zayd Ibn Haritha et,

2. Les Ansar dont le drapeau fut confié à Sa’d Ibn ‘Oubadah et la majorité des combattants étaient des Ansar, comme d’habitude.

 

Lors de la revue des troupes, les jeunes musulmans qui voulaient intégrer les rangs de l’armée furent présentés au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) mais il n’accorda sa permission qu’aux jeunes de quinze ans : ‘AbdAllah Ibn ‘Umar Ibn al-Khattab, Zayd Ibn Thabit, Abou Sa’id al-Khoudri et al-Bara’ Ibn ‘Azib.

 

Puis, comme à son habitude avant de sortir pour les batailles, il signa un décret par lequel il nomma Ibn ‘Oum Maktoum comme émir de Médine en son absence jusqu’à la fin de la bataille qui s’annonçait. Il choisit aussi une force spéciale répartie en deux groupes dont la mission était de patrouiller dans Médine et aux alentours, particulièrement au sud, là où habitaient les Banou Qouraydah. Le premier groupe était sous le commandement de Zayd Ibn Haritha et l’autre sous le commandement de Maslamah Ibn Aslam. Il ordonna aussi que les femmes et les enfants se rendent dans les fortins afin de les protéger des Banou Qouraydah dont la traitrise était attendue.

 

Les Coalisés se mettent en marche

 

Quant aux Coalisés, ils se mirent en marche après qu’ils eurent rassemblé leurs troupes et terminé leurs préparatifs. Ghatafan et ses alliés réunirent six mille hommes tandis que Qouraysh et ses alliés quatre mille dont sept cents hommes des Banou Soulaym sous le commandement de Soufyan Ibn ‘Abd ash-Shams, l’allié des Banou Oumayyah. Ces sept cents guerriers rejoignirent les troupes mecquoises au lieudit Dhahran qui se trouvait à une étape de marche de La Mecque. Quant aux Juifs, leurs troupes, comme convenu entre la délégation juive et Qouraysh, étaient celles des Banou Qouraydah qui habitaient au sud de Médine. Houyay Ibn ‘Akhtab avait promis aux chefs des Coalisés que son armée attaquerait le dos des Musulmans.

 

Comme prévu, Abou Soufyan, le chef suprême des Coalisés, arriva avec ses troupes aux abords de Médine au début de Shawwal de l’an 04 de l’Hégire. Dix mille hommes aidés et encouragés par deux mille autres juifs de Médine face à trois mille Musulmans à plus grande estimation.

 

A propos du nombre des combattants musulmans, Ibn Hazm a rapporté dans son livre Jawami’as-Sirah, p.187 que l’armée musulmane n’excéda pas les neuf cents hommes dans le siège des Coalisés et à mon humble avis, cette évaluation est plus proche du bon sens, surtout après le retrait des hypocrites qui formaient la grande partie de l’armée, laissant les Musulmans seuls dans la tourmente et dans une situation qui se durcit de jour en jour.

Notre penchant pour le point de vue de l’Imam Ibn Hazm s’explique par les éléments suivants :

a – L’armée qui mena la bataille de Ouhoud et c’était toute la force disponible de Médine, ne dépassa pas les sept cents hommes et quiconque savait manier une arme ne rata pas cette bataille.

b – L’intervalle qui sépara le siège des Coalisés de la bataille d’Ouhoud ne dépassa pas une année, une année d’une âpre lutte entre l’Islam et l’idolâtrie dans tout l’Arabie, particulièrement dans les régions voisines de Médine.

c – Par conséquent, il est certain que les nouveaux convertis pour cette période furent peu nombreux et donc qu’il est très peu probable que les effectifs de l’armée musulmane se soit élever à plus de sept cents jusqu’à trois mille combattants.

d – Le point de vue d’Ibn Hazm fut solidement appuyé par des témoignages historiques de valeur, comme celui de Houdayfah Ibn al-Yaman dans rapporté dans al-Bidayah wa an-Nihayah qui affirma que dans les dernières nuits déterminantes, trois cents hommes seulement, ou un nombre approximatif, restèrent avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) face aux Coalisés.

e – Si l’armée musulmane qui résista aux Coalisés toutes ces longues nuits fut de trois mille combattants, ces derniers n’auraient pas ressenti cette peur écrasante qui les toucha comme cela est indiqué dans le Noble Qur’an : « Quand ils vous vinrent d’en haut et d’en bas [de toutes parts], et que les regards étaient troublés, et les cœurs remontaient aux gorges, et vous faisiez sur Allah toutes sortes de suppositions. Les croyants furent alors éprouvés et secoués d’une dure secousse. » (Qur’an 33/10-11)

 

D’autre part si la proportion des Musulmans, dans le cas où l’armée était de 3000 hommes, fut de un contre trois ; cela n’était pas la première fois. Dans la bataille d’Ouhoud, la proportion était d’un contre quatre et sept cents combattants luttèrent contre trois mille guerriers dans une plaine sans obstacles et ni tranchée et purent au début de la bataille, leur faire subir si l’on peut dire, un échec humiliant qui allait se transformer en une débâcle si ce n’était l’erreur des archers.

 

Alors comment la peur et la panique atteignit un tel degré alors que les Musulmans étaient retranchés dans leur ville comme s’ils étaient dans une forteresse imprenable, sachant que leur proportion était de un contre trois, une proportion presqu’équivalente à celle de la bataille d’Ouhoud ?

 

Est-ce que le courage, la détermination et l’audace faiblirent à ce point en intensité dans les rangs des Musulmans à tel point que la peur et la panique atteignit ce niveau alarmant alors que la proportion en hommes était moins élevée qu’à Ouhoud ? La véritable réponse est bien évidemment non car les Musulmans, après la bataille d’Ouhoud devinrent       plus courageux, plus déterminés et audacieux.

Par conséquent, cette peur et cette panique pendant le siège est due au fait que les Musulmans ressemblaient à une petite ile menacée de disparition par un océan en furie.

En effet, cette réunion de forces ennemies dont la proportion atteignit dix contre un musulman, les Juifs qui attendaient le moment propice, la sédition des hypocrites dans l’armée sont autant d’éléments de l’origine de la peur et de la panique chez les Musulmans.

 

Ainsi, le point de vue de l’Imam Ibn Hazm qui dit que l’armée des Musulmans, lors du siège des Coalisés, était composée de neuf cents hommes seulement est tout à fait juste cependant, on ne doit pas écarter le fait qu’au début, lorsque les hypocrites étaient encore dans leurs rangs, l’armée atteignit deux mille hommes ou plus et qu’au fur et à mesure de l’approche des Coalisés devant Médine, l’effectif diminua après la désertion des hypocrites et finalement, il ne restait sur le front que neuf cents combattants croyants qui ne doutèrent pas un seul instant dans le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Ainsi, et seulement ainsi, on peut avoir une explication convaincante pour cette frayeur extraordinaire.

 

 

 

[1] As-Sirah al-Halabiya, t. II, p: 96, éd. al-Halabi.

[2] As-Sirah al-Halabiya, t. II, p: 96, éd. al-Halabi.

[3] As-Sirah al-Halabiya, t. II, p: 96.

[4] Fi Zilal al-Qur’an, t. II, p: 147.

 

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