SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les espions
 
De l’autre côté, Médine ne fut ni ni sourde et ni aveugle à ce qui se tramait contre elle et l’activité des espions, continuellement en alerte, intense. Ils suivirent ainsi pas à pas la délégation juive depuis son départ de Khaybar, restèrent constamment à l’écoute de ce qui fut dit entre la délégation et Qouraysh puis celle de Ghatafan et envoyèrent en temps et en heure toutes les informations capitales sur les pourparlers des Coalisés, la constitution de la coalition militaire tripartite (Qouraysh/Juifs/Ghatafan) et finalement le nombre précis de leurs troupes, les noms de leurs chefs et leur date deur départ pour Médine.
 
Aussitôt informé, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) commença aussitôt à prendre les mesures défensives d’urgence. Il réunit son état major dont les éléments permanents étaient en majorité les chefs des Ansar et des Mouhajirine.
Comme l’objectif des Coalisés était l’occupation de Médine, l’état-major étudia toute les propositions afin de prendre des décisions énergiques et efficaces pour la défense de la capitale de l’Islam, et discuta précisément de la question suivante : Fallait-il sortir de Médine et aller à la rencontre des Coalisés comme dans la plupart des expéditions ou se fortifier à Médine ?
Vu le nombre des dix mille guerriers des Coalisés qui se préparaient à investir Médine, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut en mesure de préparer une force estimée à plus forte évaluation à trois mille combattants, y compris les hypocrites dont les fourberies étaient à craindre le jour de la collision et il fut décidé que la principale ligne de défense serait établie dans la zone nord de Médine.
 
Bien que le choix de la plazce de défense fut excellent parce qu’il n’y avait pas de meilleure solution pour faire face et résister à l’envahisseur, le grand problème lors de la réflexion sur les plans de défense, qui gêna le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et son état-major et qui les angoissa aussi, fut celui de la manière de repousser les attaques de l’ennemi. Si les combattants musulmans se distinguaient par un rare courage et une foi pure et inébranlable, ils pourraient peut-être ne pas résister suffisement longtemps pour contenir les forces colossales des Coalisés. Ne dit-on pas que le nombre, la plus part du temps, vainc le courage ?
De ce fait, l’état-major du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dut réfléchir plus d’une fois et approfondir la réflexion afin de trouver un moyen efficace tout en évitant une collision frontale avec les Coalisés pour éviter d’être tout simplement d’être surpasser par la masse et de la paralyser ou tout au moins empêcher leurs mouvements.
 
Durant l’étude de ce problématique sujet, Salman al-Farissi (radhiyallahou ‘anhou) qui était dans l’état-major, présenta au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) le chef suprême de l’armée, une idée qui l’emporta rapidement et qui dissipa aussi vite l’angoisse des Musulmans. La mise en œuvre de ce plan défensif allait peser énormément sur le cours des évènements, paralyser totalement l’agressivité des Coalisés et déjouer en définitive avec succès leur invasion.
 
La proposition de Salman al-Farissi fut de creuser un profond fossé tout le long de la zone prévue pour l’invasion des troupes coalisées dans la plaine située au nord-ouest de Médine selon les renseignements collectés et avant leur arrivée. Il dit au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après la présentation de son projet : « O Messager d’Allah ! Chez nous, en Perse, quand nous redoutons la cavalerie, nous nous retranchons. » Et en résumé, il fut décidé :
1. Que les Musulmans restèreraient à l’intérieur et n’affronteraient pas directement les Coalisés.
2. Que les principales lignes de défense seraient dans la zone nord de Médine, pratiquement, devant la montagne de Sil’et qui couvrirait le dos du poste de commandement du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
3. De creuser un fossé qui serait une barrière entre les Musulmans et les Coalisés.
4. D’évacuer de Médine les femmes, les enfants et les vieillards, de les éloigner des dangers et de les rassembler dans un lieu sur.
5. De monter la garde nuit et jour autour de Médine par des patrouilles désignées à cet effet.
 
Le choix de la zone nord, pour principale position de l’armée musulmane, fut stratégiquement le bon choix car c’était la seule région découverte qui permettait s’attaquer à Médine, les autres étant toutes couvertes de palmiers, d’arbres, de constructions imbriquées et des barrières naturelles qui ne permettaient pas à un ennemi de mener une bataille sur un large front. La seule endroit acceptable pour une armée de grande envergure et pour ce type de combat était par conséquent la zone nord caractérisée par de larges accès et de grands espaces et c’est dans cette zone que fut décidé de creuser le long et profond fossé.
 
La carte établie projetait de creuser une tranchée principale en forme d’arc allant de la limite ouest de la montagne Sil’ jusqu’à la limite de Hirra al-Wabra à l’ouest de Médine, couvrant jusqu’aux limites de Hirra Waqam à l’est de Médine. D’autres tranchées secondaires communicantes furent aussi prévues; de la principale tranchée du côté ouest de Sil’ jusqu’au point de rencontre de la vallée Batchan avec Ranouna.
Respectant scrupulsement ce plan, le fossé fut immédiatement creusé et le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) y participa en personne jusqu’à la fin des travaux et ce furent les combattants musulmans qui, avec abnégation, détermination et attention, accomplirent seuls la tache bien avant l’arrivée des Coalisés aux abords de Médine car ils n’avaient pas d’esclaves pour faire ces travaux éreintants.
 
Alors que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et les combattants musulmans vaquaient à leur tâche et ne se reposaient qu’à la tombée de la nuit, les Juifs des Banou Qouraydah regardaient sans prendre aucune peine à participer aux travaux bien qu’ils étaient des habitants de Yathrib et signataire du pacte avec les Musulmans et ce fut là leur première transgression.
 
En plus de l’excavation exténuante du fossé, les conditions de vie des Musulmans étaient très pénibles à l’époque en plus du fait que c’était une année de disette et que les Musulmans ne pouvaient manger à leur faim et n’avaient pour vivres que quelques dattes. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), en creusant, se serrait le ventre avec des pierres à cause de la faim.
Ibn Ishaq sur la base du témoignage de Sa’id Ibn Mina rapporta : « Une fille de Bashir Ibn Sa’d, la sœur d’an-Nou’man Ibn Bashir, a dit : « Ma mère ‘Amra Bint Rawahah me donna une poignée de dattes et me dit : « Ma petite fille, va donner ce repas à ton père et à ton oncle (maternel) ‘AbdAllah Ibn Rawahah. » Je les ai prises et je suis allée à la recherche de mon père et de mon oncle. En passant près du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), celui-ci m’appela : « Viens, petite fille. C’est quoi cela (que tu tiens) ? » 
– « O Messager d’Allah, des dattes que ma mère m’a donné pour mon père Bashir Ibn Sa’d et mon oncle maternel ‘AbdAllah Ibn Rawahah, » lui répondis-je.
– « Apporte-les, » m’a-t-il dit.
Alors, je les ai déposées dans les mains du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sans qu’elles ne les remplissent. Puis il demanda un drap sur lequel il les répandit et a dit à un homme près de lui : « Appelle les hommes pour qu’ils viennent manger. »
 
En plus de cette disette, le climat était très froid et les vents violents et gênants.
Al-Boukhari, rapporta que Sahl Ibn Sa’d dit : « Nous étions avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dans la tranchée. Les autres creusaient tandis que nous, nous transportions la terre sur nos épaules, alors que le Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) reprenait (un vers) :
« Allah ! Il n’y a de véritable vie que celle de l’au-delà. Accorde donc Ton pardon aux Ansar et aux Mouhajirine ! »
Al-Boukhari, citant cette fois Anas rapporta : « Les Mouhajirine et les Ansar creusaient par un temps froid sachant qu’ils n’avaient pas d’esclaves pour faire ce travail à leur place. Voyant ce qu’ils enduraient comme souffrance et comme faim, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) disait : « Allah ! Il n’y a de véritable vie que celle de l’au-delà. Accorde donc Ton pardon aux Ansar et aux Mouhajiroun. »
Et, eux lui répondaient : « C’est nous qui avons porté allégeance à Muhammad et de lutter jusqu’au dernier souffle de notre vie. »
 
Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) était parmi les combattants, creusait comme eux et transportait les sacs de terre comme eux. Al Boukhari rapporta qu’al-Bara’ dit : « A l’époque des Coalisés, je l’ai vu (le Messager d’Allah) transporter de la terre du fossé. Il fredonnait des poésies. Je l’ai entend reprendre la poésie d’Ibn Rawahah tout en transportant de la terre : « O Grand Allah ! Si ce n’était pas Toi.
Point de droit chemin n’aurions-nous trouvé.
Point de charité, n’aurions-nous donné.
Et point de prosternation n’aurions-nous fait.
Fais descendre sur nous calme et sérénité 
Et s’ils veulent des troubles nous les repousserons. »
 
Dans le Sahih al-Bouhkari, il est rapporté que Jabir a dit : « Nous étions à cette époque (des Coalisés) en train de creuser, quand un rocher très dur vint empêcher la poursuite de l’excavation. Ils vinrent trouver le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et lui dirent : « Il y a un rocher dans le fossé qui nous empêche d’avancer. » Il se dirigea donc vers ce roc alors qu’il serrait son ventre avec des pierres (à cause de la faim) car nous n’avions pas mangé depuis trois jours puis il prit un épieu de fer et frappa si bien le roc qu’il devint un tas de gravas près à être emporté. »
 
Malgré l’angoisse et la crainte qui régnaient dans l’attente de l’arrivée des troupes des Coalisés, les Musulmans travaillaient avec assurance, sérénité et détermination prenant exemple sur leur guide le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui parlait sans manière, plaisantait et provoquait la bonne humeur.
C’était une belle scène ! Muhammad Ibn ‘AbdAllah le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), le chef qui creusait dans la tranchée, creusait avec une pioche ou un épieu de fer, qui se courbait pour prendre sur son dos les sacs remplis de terre et chantait avec ses Compagnons[4].
Ce climat de travail sérieux ne manquait pas de légèretés qui insuflaient de la bonne humeur dans le cœur des Musulmans qui peinaient à creuser. Zayd Ibn Thabit, par exemple, qui était alors jeune adolescent et qui participait au transport des sacs de terre, ne résista pas un jour au sommeil dans le fossé dès qu’il sentit un peu de chaleur (dehors, il faisait très froid). ‘Oumara Ibn Hizam, qui le vit endormi, lui subtilisa son arme pour plaisanter. Quand il se réveilla, il remarqua la disparition de son arme et paniqua alors. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), qui se trouvait tout près lui dit en plaisantant : « Ô Abou Rouqad! (ô père de l’endormi), tu t’es endormi si bien que ton arme s’est envolée. » Ensuite il se retourna et demanda : « Qui sait où se trouve l’arme de cet adolescent ? »
– « O Messager d’Allah, j’ai son arme, » répondit ‘Oumara.
– « Rends-la lui, » dit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et à l’occasion, il exhorta le Musulman à ne pas effrayer dorénavant son Compagnon musulman.

 

 

Views: 0