SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

L’élimination de Khalid Ibn Soufyan

 

La deuxième action fut exécutée par un seul homme dont le résultat égala le travail d’un détachement militaire ou celui d’une armée toute entière.

 

Après le retour d’Abou Salma et de ses hommes du Najd, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut informé sur le chef renommé Khalid Ibn Soufyan al-Houthayli qui s’apprêtait lui aussi à razzier Médine et avait déjà rassemblé les tribus de sa région d’Ourana : celles de Houthayl et des Banou al-Lahyan qui vivait dans le Hijaz tout près des Qouraysh.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) envoya aussitôt ‘AbdAllah Ibn Anis pour s’assurer de l’information et d’éliminer ce chef, si les préparatifs de la razzia étaient confirmés. Comme Ibn Anis ne connaissait pas Ibn Soufyan, il demanda au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de le lui décrire ce qu’il fit : « Quand tu le verras, tu auras très peur de lui, et tu te rappelleras alors le diable, » bien qu’Ibn Anis ne craignait pas les hommes. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il fut choisi pour son courage et sa connaissance du terrain où habitaient les Houthayl et les Banou al- Lahyan.

Il quitta alors Médine, le 25 Mouharram 04, accomplit sa mission puis regagna Médine pour rapporter les évènements.

 

L’issue positive de sa mission démoralisa considérablement ces tribus, qui, après la mort de leur chef, se dispersèrent en tirant la conclusion qu’il n’y aurait aucun intérêt à s’attaquer aux Musulmans. L’action d’Ibn Anis épargna ainsi aux combattants musulmans un déplacement difficile.

 

Cependant, tout le camp musulman fut atterré par la perte cruelle de soixante-dix hommes de valeur durant le mois de Safar 04, moins de quarante-cinq jours après la perte du nombre équivalent à Ouhoud.

 

La traitrise de ‘Amir Ibn Toufayl

 

Tout commença lorsqu’Abou Bara’ ‘Amir Ibn Malik Ibn Ja’far, un notable des Banou ‘Amir,       vint trouver le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et lui demanda d’envoyer une délégation afin d’enseigner la vérité de l’Islam et d’exhorter son peuple, les gens du Najd, a y adhérer.

L’idée fut intéressante mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) exprima toutefois son appréhension et ses craintes mais fut vite rassuré par Abou Bara’ qui lui donna une garantie suffisante observée par les Arabes en ces temps-là.

 

La délégation constituée dans sa majorité de jeunes Ansar cultivés partit alors accomplir sa tache missionnaire. Arrivée à l’endroit appelé le Puits de Ma’ounah, situé entre les localités des Banou ‘Amir et des Banou Soulaym, le chef de la délégation, al-Moundir Ibn ‘Amrou, envoya Haram Ibn Malhan au seigneur de ces tribus ‘Amir Ibn Toufayl. Ce dernier ne daigna même pas lire la lettre du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et tua sur le champ le messager, violant ainsi la coutume de neutralité du messager. Puis il demanda à sa tribu de le suivre pour surprendre la délégation mais elle refusa en lui rappelant que la délégation était sous la protection de son oncle Abou Bara’.

 

Ne s’avouant pas vaincu, le seigneur se rendit chez les Banou Soulaym, les convainquit de l’attaque et mille cavaliers surprirent alors la délégation qui fut décimée dans un véritable carnage. Seuls furent épargnés dans cette tuerie Ka’b Ibn Zayd laissé pour mort mais qui survécut et ‘Amrou Ibn Oumayyah qui tomba captif avant d’être libéré par Ibn Toufayl.

 

Dans le livre as-Sirah al-Halabiya, l’auteur a rapporté que les membres de la délégation, quand ils se virent encerclés, dirent : « Nous ne trouvons personne, sauf Toi Allah, pour saluer ton Messager ! » Alors Jibril (‘aleyhi salam)       descendit sur Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui monta après sur le minbar et dit : « Vos frères ont rencontré les polythéistes et ont été tués. »

 

Ibn Sa’d dans at-Tabaqat a rapporté aussi en se basant sur le témoignage d’Anas Ibn Malik que ces paroles d’Allah descendirent à propos de ces Shahid : «  Dites à nos gens que nous avons rencontré notre Seigneur, qu’Il est satisfait de nous et que par conséquent nous sommes, nous aussi, satisfaits de Lui. »

 

Abou Bara’ ‘Amir mourut de chagrin des suites de ce que perpétra son neveu ‘Amir Ibn Toufayl. Son fils Rabi’ah Ibn Abou Bara’ essaya de tuer son cousin pour laver l’affront et venger l’honneur de son père.

 

‘Amrou Ibn Oumayyah, sur le chemin du retour, rencontra deux hommes de la tribu de ‘Amir Ibn Toufayl, qu’il tua près de Médine, croyant bien faire et ne savait pas que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur avait donné l’Aman (sa protection). Quand ce dernier fut informé, il lui dit : « Malheur à ce que tu as fait ! Ils étaient sous ma protection. Il est de mon devoir de payer le prix de leur sang ! » Et il paya le prix du sang à leur tribu malgré qu’ils soient des polythéistes en application des lois qui régnaient dans les tribus d’Arabie.

 

Ce fut là une série d’épreuves divines. Allah n’écrit-Il pas dans son Noble Qur’an : « Pensez-vous entrer au Paradis alors que vous n’avez pas encore subi des épreuves semblables à celles que subirent ceux qui vécurent avant vous ? Misère et maladie les touchèrent ; et ils furent secoués jusqu’à ce que le Messager, et avec lui, ceux qui avaient cru, s’écrièrent : « Quand viendra le secours d’Allah ? » – Quoi ! Le secours d’Allah est sûrement proche. » (Qur’an 2/214).

La catastrophe d’ar-Raji’

 

Une autre épreuve, celle d’ar-Raji’, vint accabler davantage les Musulmans dont certains tombèrent dans un piège similaire.

 

Au mois de Safar 04, une délégation des tribus de Houdhayl, simulant sa conversion à l’Islam, demanda au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) d’envoyer des hommes pour leur instruire les préceptes de l’Islam.

 

Une délégation constituée de dix hommes cultivés partit donc dans les contrées de ces tribus mais fut vite trahie, à l’endroit appelé ar-Raji’, un point d’eau entre ‘Asfan et La Mecque.

Deux hommes seulement, Khoubayb Ibn Ouday et Zayd Ibn ad-Dathina furent épargnés dans le massacre parce qu’ils se rendirent suite à une ruse des assaillants mais juste pour un temps bref ; le temps de les échanger aux Qouraysh contre deux de leurs, captifs. On s’imagine comment Qouraysh exécuta les deux Musulmans.

 

Khoubayb, alors qu’il était crucifié, invoqua Allah et : « Il n’y a personne ici, ô Grand Seigneur qui peut saluer Ton Messager de ma part sauf Toi, Salue-le de ma part et informe le de ce qu’ils m’ont fait. » Et Allah répondit à son invocation en faisant descendre l’Ange Jibril sur le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

‘Oussama rapporta que le jour où Khoubayb fut tué, le Messager d’Allah était assis avec ses Compagnons, quand il fut saisi par ce qui le saisissait lors d’une Révélation et alors nous l’entendîmes dire : « Que la paix soit sur lui ainsi que la miséricorde et les bénédictions d’Allah. » Puis, il se retourna vers ses Compagnons et leur dit : « C’est Jibril qui m’a transmis le salut, Khoubayb a été tué par Qouraysh. »

 

Quant aux Juifs et aux hypocrites, ils ne cachèrent point leur joie à l’annonce du massacre de la délégation en se moquant. Allah Exalté fit descendre à leur adresse ces versets : « Il y a parmi les gens celui dont la parole sur la vie présente te plaît, et qui prend Allah à témoin de ce qu’il a dans le cœur, tandis que c’est le plus acharné disputeur. Dès qu’il tourne le dos, il parcourt la terre pour y semer le désordre et saccager culture et bétail. Et Allah n’aime pas le désordre. » (Qur’an 2/204-205).

L’expédition contre les Banou an-Nadr

 

La troisième action fut véritablement militaire. Elle fut menée par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) au mois de Rabi’ Awwal 04 contre les Juifs des Banou an-Nadr qui n’avaient pas fait auparavant front commun avec les Banou Qaynouqa’ mais qui gardaient haine et animosité contre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et les Musulmans.

 

Cette action militaire, (un blocus) fut la conséquence de la tentative d’assassinat du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), alors qu’il était chez eux pour leur demander une aide pour payer le prix du sang des deux Banou ‘Amir. Et, alors qu’il attendait la réponse sous le mur de leur forteresse, les notables des Banou an-Nadr discutaient du plan de son assassinat et ce malgré l’opposition d’un des leurs, Sallam Ibn Mishkam qui leur dit : « Ne faites pas cela ! Je jure par Allah qu’il va en être informé et c’est un viol du pacte qui nous lie à lui. »

 

Effectivement, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut informé bien avant que ne monte sur le mur fortifié un des leurs, ‘Amra Ibn Jahash Ibn Ka’b pour jeter le rocher. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) regagna rapidement Médine sans que ses Compagnons ne soient informé de ce qui s’était tramé et ce n’est que là-bas, qu’il il les informa de l’intention des Banou an-Nadr puis envoya à ces derniers un ultimatum dont voici la teneur : « Le Messager d’Allah vous somme de quitter le pays. Vous venez de violer le pacte en vous préparant à commettre une traitrise. Vous avez un délai de dix jours et quiconque sera vu après, aura la tête tranchée. »

 

Ils se préparèrent alors aussitôt à l’exil, louèrent les chameaux qui leur manquaient, mais revinrent sur leur décision, encouragés en cela par le soutien des hypocrites menés par ‘AbdAllah Ibn Oubay qui leur promirent aide et assistance en cas de conflit militaire.

Les Juifs des Banou an-Nadr se fortifièrent alors à l’intérieur de leurs quartiers bien fortifiés et les Musulmans leur imposèrent un blocus imperméable autour des murs imprenables.

 

L’impossibilité à donner l’assaut à ces murs ne tarda pas à se révéler comme un élément décisif en faveur des Juifs mais par une ruse de guerre, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) réussit à les déloger en simulant un incendie de leurs jardins qui se touvaient à l’extérieur mais en réalité, les Musulmans ne coupèrent et ne broulèrent que les palmiers dont les produits étaient destiné à l’alimentation du bétail. Les Juifs, s’imaginant leurs jardins le ravagés protestèrent d’abord sans gain de cause pour finalement abdiquer devant la manœuvre. Ils parlementèrent alors avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) des conditions de leur départ, puis quittèrent le pays pour aller s’installer à Khaybar et seule une minorité se rendit en Syrie.

 

Allah parle dans le Noble Qur’an des Banou an-Nadr, de leur exil, et aussi des hypocrites et La Sourate al-Hashr, l’Exode, descendit suite à ces évènements.

 

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