SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

L’expédition de Hamra al-Assad

 

La victoire surprenante des Mecquois ébranla la crainte de la puissance des Musulmans chez les adversaires du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à l’intérieur comme à l’extérieur de Médine. Ainsi certains Médinois non-musulmans eurent, dès la fin de la bataille, l’audace de montrer       au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et à ses Compagnons qu’ils n’étaient plus en mesure de se faire respecter; ce qui voulait dire en termes clairs, que ces ennemis allaient préparer des troubles contre la communauté musulmane, et c’est ce qui obligea les Musulmans à détacher un groupe d’Ansar pour monter la garde toute la nuit autour de la maison du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Face à cette nouvelle situation, ce dernier devait rapidement riposter pour prouver aux ennemis de l’Islam, les bédouins, les Juifs et les hypocrites qu’ils se trompaient lourdement quant à l’issue de la bataille d’Ouhoud et sur la force de frappe des combattants de l’Islam. Il devait leur prouver par les actes que sa jeune communauté était encore soudée et aussi forte que par le passé.

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’attendit pas longtemps pour passer à l’action. Le lendemain de la bataille, soit moins de quinze heures après Ouhoud, il ordonna le rassemblement de ses Compagnons qui répondirent très vite et sans hésiter un seul instant et avec eux, il sortit avec eux à la poursuite de Qouraysh. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) insista particulièrement sur la participation seule de ceux qui combattirent à Ouhoud dans le but bien compris d’impressionner les voisins ennemis.

 

Il est rapporté dans Ibn Ishaq : « Le jour suivant la bataille d’Ouhoud (la seizième nuit de Shawwal), le héraut du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ordonna aux Musulmans de se tenir prêts pour la poursuite de l’ennemi et il précisa dans l’appel que : « Nul ne doit joindre l’expédition hormis ceux qui prirent part à la bataille d’Ouhoud[1]

 

Toutefois, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) accepta juste un seul homme (Jabir Ibn ‘AbdAllah) dans son armée et qui n’avait pas participé à la bataille non parce que celui-ci était un Compagnon mais parce qu’il présenta une requête que voici telle que la rapporta Ibn Ishaq :

« O Messager d’Allah, (je n’ai pas pu prendre part à Ouhoud (parce que mon père (‘AbdAllah Ibn ‘Amrou Ibn Haram) m’a chargé de le remplacer en tant que tuteur de mes sept sœurs en me disant qu’il n’était pas concevable ni pour lui ni pour moi de les laisser sans un homme avec elles et qu’il était celui qui allait prendre sa place au Jihad aux côtés du Messager d’Allah. Alors il m’a confié mes sœurs et j’ai accepté. O Messager d’Allah, permets-moi d’être à tes côtés dans cette expédition. »

 

Si cette permission fut accordée à Jabir Ibn ‘AbdAllah, elle ne le fut pas pour ‘AbdAllah Ibn Oubay[2], le chef des hypocrites, lesquels ainsi que tous les Juifs furent très surpris quand ils virent les Musulmans courir vers le lieu du rassemblement dès que l’appel fut lancé par le héraut du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), malgré les blessures, la dureté du combat de la veille et le revers subi.

La stupéfaction et l’étonnement de ces Juifs et de ces hypocrites fut encore plus grands quand ils virent les Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sortir en rangs à la poursuite de l’armée de Qouraysh et qu’aucun des Compagnons n’avait manqué l’appel en dépit de la fatigue et des graves blessures.

 

A titre d’exemple, citons ce témoignage d’un des Musulmans qui participa à l’expédition et qui démontra jusqu’où pouvait aller l’esprit de sacrifice : « Moi et mon frère[3], firent Ouhoud avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et furent blessés. Quand le héraut du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) appela pour la poursuite de l’ennemi, j’interpelai mon frère en lui disant : « Pourrions-nous manquer ne serait-ce qu’une seule expédition avec le Messager d’Allah ? » Par Allah, nous fîmes l’expédition avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) bien que nous n’ayons pas de montures et malgré nos graves blessures et moi qui était moins le touché, portai mon frère chaque fois qu’il se sentait fatigué[4]. »

 

En plus de ces deux frères gravement blessés, d’autres blessés participèrent à l’expédition d’Hamra al-Assad. Parmi eux, voici les noms de quelques Compagnons les plus proches du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) :

  1. Talha Ibn ‘Oubaydallah (avec plus de soixante blessures).
  2. Al-Harith Ibn Simma (avec dix blessures).
  3. ‘Abd ar-Rahman Ibn ‘Awf (avec vingt blessures).
  4. Ka’b Ibn Malik (avec dix blessures).
  5. ‘Oussayd Ibn Houzayr (avec neuf blessures).
  6. ‘Ouqbah Ibn ‘Amir (avec neuf blessures).

 

En résumé, la majorité des Compagnons étaient blessés à tel point que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), en voyant les quarante blessés des Banou Salma, dit : « O Allah fait miséricorde aux Banou Salma[5]. »

 

Les combattants d’Ouhoud sortirent donc après la prière Fajr, après que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) désigna Ibn Makhtoum émir de Médine et donné l’étendard de l’armée à ‘Ali Ibn Abou Talib.

 

Dans leur poursuite, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons arrivèrent jusqu’à al-Hamra al-Assad[6] où ils furent retenus par la tombée de la nuit (dans cette expédition, les Musulmans avaient pour guide Thabit Ibn ad-Dahhak).

 

La réunion d’ar-Rawha et la surprise qui déconcerta les Qouraysh

 

Sur le chemin du retour vers la ville sacrée, Abou Soufyan s’arrêta avec son armée à un endroit appelé ar-Rawha (un grand défilé situé à trente miles de Médine), d’où le nom de la réunion de Qouraysh.

 

Dans cette réunion, des points de vue furent exprimés entre les chefs de l’armée mecquoise qui critiquèrent Abou Soufyan en ces termes : « Tu n’as pas tué Muhammad ni ramener de captives avec toi. Tu n’as rien fait de bien. » Puis, une attaque sur Médine fut proposée : « Bien que vous les avez tous tués au point où seuls les fuyards sont restés. Revenez sur vos pas et déracinez-les avant qu’ils ne reprennent leurs forces et leur ardeur[7]. »

 

Si cet avis fut partagé par la plupart des chefs mecquois, leur homologue Safwan Ibn Oumayyah al-Joumahi les rebuta en leur conseillant de poursuivre le retrait de l’armée. Il leur dit : « O gens ne faites rien ! J’ai peur qu’il (le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) ne rassemble contre vous ceux qui n’ont pas participé (à Ouhoud), Retournez alors que la victoire est toujours votre car je ne suis pas certain, si vous revenez, que la victoire restera de votre côté. »

 

Abou Soufyan qui pencha au début pour la suggestion de Safwan Ibn Oumayyah, rejoignit en définitive l’avis de ses lieutenants qui demandèrent avec force une attaque sur Médine. Mais, tous furent totalement surpris et stupéfaits quand dans la réunion, ils furent informés que le

Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et son armée avaient quittés Médine à leur poursuites et qu’il avait bivouaqué tout près de Hamra al-Assad.

 

Et, au lieu de tracer les plans d’attaque (décidé dans la réunion), ils réfléchirent sur la manière d’assurer la retraite de leurs troupes pour sauvegarder le semblant de victoire remporté à Ouhoud et Abou Soufyan céda plus vite à ses angoisses qui pesèrent tout leur poids surtout après qu’il prêta l’oreille à la manœuvre d’un associateur de la tribu Khouza’a (alliée des Musulmans). Ce polythéiste (Ma’bad Ibn Abou Ma’bad al-Khouza’i), qui avait précédemment contacté le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à Hamra al-Assad[8], fit semblant de passer par hasard près du camp des Qouraysh.

 

Voici la teneur de la rencontre entre Abou Soufyan et Ma’bad Ibn Abou Ma’bad qui bouleversa les plans des Qouraysh qui avaient déjà pris la décision d’attaquer la ville du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

– « Qu’as-tu comme nouvelles ? »

– « Muhammad est sorti avec ses Compagnons et se sont regroupés d’une manière dont je n’ai pas vu de semblable ! Ils ont hâte de vous rattraper d’autant plus que les absents d’hier des Aws et des Khazraj ont renforcé les rangs et qu’ils ont juré de ne revenir à Médine qu’après avoir pris leur revanche (sur vous). Ils sont très furieux pour leurs proches (morts et blessés d’Ouhoud). »

– « Malheur à toi, qu’est-ce que tu dis ? »

– « Par Allah, ne pars pas pour que tu voies de tes propres yeux les crinières des chevaux ! »

– «  Par Allah, nous venons juste de décider de revenir sur eux pour déraciner ceux qui restent. »

– « (Je vous conseille) de ne pas faire cela. »

  

Cette mystification d’un allié polythéiste au profit des Musulmans détruisit la volonté des chefs militaires mecquois, répandit la peur et la panique parmi les troupes et contraignit Abou Soufyan et ses lieutenants à annuler la décision (l’offensive sur Médine) et à accélérer la retraite vers La Mecque.

Néanmoins, avant de se retirer, Abou Soufyan manœuvra d’une telle manière qu’il camoufla subtilement sa fuite et celle de son armée. Sinon, comment expliquer la retraite de son armée surtout après la décision prise par tout le commandement concernant l’attaque de Médine?

Il profita du passage d’une caravane des Banou ‘Abd al- Qays pour transmettre un message au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qu’il s’apprêtait à écraser les Musulmans à Hamra al-Assad. Ce message arriva à destination mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’attacha aucune importance à cette menace et attendit trois jours les Qouraysh.

 

Cette fermeté du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de ses Compagnons eut raison de Qouraysh qui préféra reculer bien que ses troupes étaient quatre fois plus nombreuses que celles de Médine.

 

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