SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les deux Médinois

 

Voici l’histoire deux Médinois qui rallièrent l’armée de Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et luttèrent courageusement avant de succomber. Leur participation aux côtés du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne fut pas considérée comme celle des Musulmans car ils ne combattirent pas pour l’Islam. Le premier se nommait Qouzman et le second Moukhayriq.

 

Qouzman était un homme très courageux et très efficace. Quand il sut que les Musulmans allaient sortir, il se joint à eux puis lutta au point où à lui seul, il tua dix polythéistes dont cinq cavaliers des Banou ‘Abd ad-Dar.

 

Selon le témoignage de ‘Assim Ibn ‘Umar Ibn Qatadah rapporté par Ibn Ishaq, cet homme, Qouzman, était d’origine inconnue (nul ne savait d’où il était venu), fort et redoutable. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit de lui qu’il faisait partie des gens jetés en Enfer.

Cet homme étrange lutta pourtant puissamment contre les polythéistes et il fut dit qu’il fut le premier à Ouhoud à tirer du côté des Musulmans, qu’il tira des flèches comme s’il jetait du sable et qu’il fit des ravages avec son sabre.

 

A propos de cet homme, Ibn al-Athir rapporta dans al-Kamil : « Après la bataille, on le transporta chez lui à Médine après qu’il eut reçu plusieurs blessures. Chez lui, les Musulmans lui rendirent visite en disant : « O Qouzman, Réjouis-toi de bonnes nouvelles ! » Mais, il leur répondit : « Je n’ai combattu que pour l’honneur de mes gens. »

Et, dans le témoignage de Qatadah, il est rapporté que Qouzman dit à ce dernier : « Par Allah, ô ‘Amrou, je n’ai pas combattu pour une religion. J’ai seulement combattu pour préserver nos terres de Qouraysh. »

 

Enfin, il fut aussi rapporté que Qouzman se suicida en se coupant une veine avec une flèche après les blessures qu’il reçut à Badr et qu’il ne put supporter.

 

Moukhayriq quant à lui était un juif Arabe. Et, son histoire est rapportée par Ibn Hazm dans Jawami’ as-Sirah : « Cet homme qui faisait partie des Juifs (c’était un Juif des Banou Tha’labah[13]), appela ses frères en religion à soutenir le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) mais sans résultat comme il est connu dans l’histoire des Juifs avec les Musulmans. Ayant constaté leurs refus, il prit ses armes et sortit combattre avec les Musulmans jusqu’à la mort.

– « Par Allah, vous savez très bien que votre soutien à Muhammad est un devoir obligatoire, avait-il dit aux Juifs. »

– « Mais c’est Samedi aujourd’hui, » lui répondirent-ils.

– « Qu’aucun Samedi ne soit pour vous ! » Puis, il prit ses armes et rejoignit les combattants musulmans.

 

Ibn Kathir rapporte ce témoignage dans al-Bidayah wa an-Nihayah : « Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit lorsqu’il fut informé de la mort de ce Juif : « Moukhayriq est le meilleur des Juifs ! » »

 

Signalons enfin qu’avant sa mort, ce dernier fit don de ses biens (sept jardins) au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui à son tour, en fit un legs pieux au profit de la communauté musulmane. (On dit que ce legs fut le premier dans l’histoire des Musulmans).

 

Le retour des combattants à Médine

 

Après avoir terminé son discours, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre du retour des troupes vers la ville et sur le chemin, des témoignages très expressif montrèrent les sentiments de sincérité et de fidélité que portaient les Musulmans envers leur Compagnon Muhammad Ibn ‘AbdAllah, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). 

 

Sur le chemin du retour donc, une femme des Banou Dinar, parmi tant d’autres personnes qui étaient sorties pour avoir des nouvelles de la bataille, alla à la rencontre du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour s’enquérir de son état bien qu’elle savait déjà la mort de son père, de son fils, de son frère et de son mari. A la vue du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), elle lui dit : « Tout malheur est minime quand tu es vivant. »

 

Dans un autre témoignage, il est rapporté que cette femme alla d’abord sur le champ de bataille pour voir les corps de ses parents et à chaque fois elle demanda : « Qui est celui-ci ? »       « C’est ton père, » « c’est ton fils, » « c’est ton mari, » « c’est ton frère. » Bien qu’elle vit tous ses parents décédés, elle ne fut pas pour autant affligée mais demanda au contraire après le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) (car elle était très inquiète pour lui) : « Et le Messager d’Allah, qu’a-t-il fait ?»

Et quand elle le vit, elle lui dit : « Tu me tiens lieu de père et de mère, ô Messager d’Allah ! Je ne me soucie pas de mon malheur quand tu es sain et sauf de tout péril[14]. »

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) rencontra aussi une autre femme, sa cousine Hamna Bint Jahsh. Et ce qui se passa entre eux révéla la grandeur d’âme et la force de caractère de cette femme.

– « Sois noble, » lui dit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour la consoler.

– « Qui [est mort] ô Messager d’Allah ?, » demanda-t-elle.

– « Ton oncle Hamza. »

– « Nous sommes à Allah et à Lui nous retournons. Qu’Allah lui accorde Son pardon, je le félicite pour la Shahada. »

– « Sois noble, » répéta le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

– « Qui [est mort] ô Messager d’Allah, » redemanda-t-elle.

– « Ton frère, ‘AbdAllah Ibn Jahsh. »

– « Nous sommes à Allah et à Lui nous retournons. Qu’Allah lui accorde Son pardon ! Je le félicite pour la Shahada. »

– « Sois noble ! »

– « Qui [est mort] ô Messager d’Allah ? »

– « Ton mari Mous’ab Ibn ‘Oumayr. »

– « Qu’est grand mon chagrin !, » s’écria-t-elle alors. 

En la voyant ainsi, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : « Son mari a pour la femme, une place plus importante que quiconque [d’autre].». Puis il se retourna vers sa cousine (après qu’elle eut terminé de pleurer) et lui dit : « Pourquoi as-tu dit cela ? »

 – « Je me suis rappelé son fils maintenant orphelin et j’ai été compatissante envers lui, » répondit-elle.

 

Une troisième femme, la mère de Sa’d Ibn Mou’ad, alla aussi à la rencontre du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) juste avant l’entrée de l’armée à Médine. Quand elle s’approcha de lui, il la consola pour la mort de son fils ‘Amrou Ibn Mou’ad.

– « En te voyant sain et sauf, mon malheur s’est radouci » dit alors Oum Sa’d Ibn Mou’ad. »

A ses paroles, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) répondit : «  O Oum Sa’d, bonne nouvelle et annonce là aux parents des tués : Leurs tués sont tous accompagnés au Paradis[15]. »

 

C’est dans la soirée de cette dure journée, le 15 du mois de Shawwal de l’an 3 de l’Hégire, que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) rentra à Médine avec sa valeureuse armée ou chacun regagna sa maisonnée, y compris les blessés qui furent aidés et accompagnés jusqu’à leurs foyers.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut l’un de ces blessés qui furent soutenus et il semble que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ressentit beaucoup les douleurs des blessures reçues sur le champ de bataille.

Ce sont Sa’d Ibn Mou’ad et Sa’d Ibn ‘Oubadah qui le firent descendre de cheval et qui le raccompagnèrent jusqu’à la porte de sa maison.

 

La réaction de Médine au lendemain d’Ouhoud

 

Faut-il d’abord rappeler qu’une année auparavant, jour pour jour, eut la bataille de Badr ?

Ce jour-là, les Musulmans affligèrent profondément les Mecquois et leur désarroi ne prit fin qu’avec la revanche d’Ouhoud ou ils lavèrent l’affront de Badr en remportant une courte victoire, mais une victoire quand même.

Les pertes musulmanes à Ouhoud égalèrent celles des Qouraysh à Badr et celui des polythéistes fut le même que celui des musulmans à la différence que Médine pris des captifs contrairement aux Mecquois qui n’en prirent aucun. Il est dit dans le Noble Qur’an : « Quoi ! Quand un malheur vous atteint – mais vous en avez jadis infligé le double – vous dites : « D’où vient cela ? » Réponds-leur : « Il vient de vous-mêmes. » Certes Allah est Omnipotent. » (Qur’an 3/165)

 

Le revers des Musulmans fut certes un revers pénible et douloureux. Cependant, il y eut malgré cela, une grande différence entre les réactions médinoises et les réactions mecquoises. Si Qouraysh reçut la nouvelle de leur défaite avec nervosité, panique, et affliction, Médine au contraire, réagit dignement au revers de ses combattants; avec patience, courage et grande foi. Pour preuve, cette femme des Banou Dinar qui bien qu’elle perdit son père, frère, fils et mari montra un magnifique exemple de retenue et de dignité.

 

Cependant, il faut dire que les lamentations commencèrent juste après le retour de l’armée musulmane à Médine (selon une vieille coutume des Arabes antérieure à l’Islam) mais le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) intervint pour que les pleureuses stoppent leurs lamentations sur les Shouhadah de l’Islam. Et c’est de cette intervention que les lamentations furent à jamais interdites en Islam.

 

Ibn Ishaq rapporte : « En écoutant les pleurs et les lamentations des Banou ‘Abd al-Ashhal, sur leurs morts quand il passa dans leur quartier, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : « Mais Hamza n’a pas de pleureuses. » A ces paroles, Sa’d Ibn Mou’ad et Oussayd Ibn al-Houzayr allèrent demander aux femmes des Banou ‘Abd al-Ashhal de se lever et d’aller faire des lamentations sur l’oncle du Messager d’Allah.

Mais quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) entendit leurs lamentations devant la porte de la mosquée, il sortit et leur dit : « Retournez chez vous! Qu’Allah vous fasse miséricorde ! Vous êtes en train de vous faire du mal. » Puis, il interdit alors ce jour toute lamentation sur les morts. »

 

Dans un autre témoignage, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit (quand il les entendit) : « Qu’est-ce que cela ? » Et quand on lui répondit, il dit : « Ce n’est pas cela que je veux et je n’aime pas les lamentations. » Et il y mit un terme[16].

 

 

 

 

[1] Zad al-Mi‘ad, t.II, p.237.

[2] As-Sirah al-Halabiya, t.II, p.39.

[3] Al-Bidayah wan -Nihayah, t.IV, p.38.

[4] As-Sirah al-Halabiya, t.II, p.37

[5] Comme vous le savez, les Arabes lorsqu’ils se déplaçaient le faisaient toujours à chameaux tout en emmenant leurs chevaux avec eux et qu’ils ne montaient que lors d’affrontements. (Nde)

[6] Sirah Ibn Hisham, t.II, p.94.

[7] Sirah ibn Hisham, t.II, p.95.

[8] Sirah ibn Hisham t.II, p.96.

[9] Al-Bidayah wa an-Nihayah, t.IV, p.40.

[10] Al-Bidayah wa an-Nihayah, t.IV, p.42

[11] Id. p.43.

[12] Discours rapporté par al-Boukhari dans al-Adab al-Moufrad et par l’Imam Ahmad dans al-Mousnad.

[13] Il y avait, parmi les Ansar, deux tribus qui portaient le même nom, l’une Aws (les Banou Tha’labah Ibn ‘Amrou Ibn ‘Awf), l’autre Khazraji (les Banou Tha’labah Ibn ‘Amrou Ibn al-Khazraji).

[14] As-Sirah al-Halabiya, t.II, p.44.

[15] Id. p.47.

[16] Al-Bidayah wa an-Nihayah, t.IV, p.48

 

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