SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les blessés et les morts

 

Quand la certitude fut définitivement acquise que les polythéistes ne visaient pas Médine, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons revinrent sur le champ de bataille pour secourir les blessés et reconnaitre les Shouhadah avant de les enterrer.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) demanda particulièrement après Sa’d Ibn ar-Rabi’, un des chefs des Ansar les plus connus, en disant : « Est-il parmi les vivants ou parmi les morts ? »

Muhammad Ibn Maslamah al-Ansari, qui se chargea de la tache de le chercher, le trouva sur le point de mourir. Il se pencha alors sur lui et lui dit dans l’oreille que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) l’avait envoyé à sa recherche et s’enquérir de son état. Sa’d Ibn Rabi’, qui était alors grièvement blessé, pu écouter et répondre avant son dernier souffle.

Et dans ses dernières paroles, le leader des Ansar ne pensa ni à ses enfants ni à sa femme mais au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ni n’oublia de laisser son testament aux Ansar.

Ibn Ishaq nous dit : « Lorsque les gens recherchèrent leurs morts, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) demanda alors : « Qui va voir pour moi ce qu’a fait Sa’d Ibn Rabi’. Est-il parmi les vivants ou parmi les morts ? »

– « Moi, je vais voir pour toi ce qu’a fait Sa’d, ô Messager d’Allah, » répondit un Ansari (Muhammad Ibn Maslamah, d’après as-Sahili) et il partit à sa recherche. Il le trouva grièvement blessé avec encore quelque souffle de vie.

– « Le Messager d’Allah m’a ordonné de m’enquérir de ton état, si tu es parmi les vivants ou parmi les morts. »

– « Je suis parmi les morts, » répondit Sa’d avant de reprendre : « Transmets mon salut au Messager d’Allah et dis-lui de ma part : « Qu’Allah te récompense pour le bien que tu nous as fait comme Il récompense son Prophète pour sa Oumma. » Transmets mon salut à nos gens (les Ansar) et dis-leur de ma part : « Tant qu’il y a un œil qui bat parmi vous, vous n’avez aucune excuse devant Allah[7]. »

 

Pendant ce temps, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) chercha son oncle Hamza Ibn ‘Abd al-Mouttalib qu’il trouva dans le creux de la vallée de Qanat, dans un horrible état : nez et oreilles coupées, abdomen éventré, foie arraché : une scène difficile à voir. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut tellement affecté qu’il cria vengeance.

 

A ce propos, Ibn Ishaq rapporta : « Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sortit (à la recherche de Hamza Ibn ‘Abd al-Mouttalib) et le trouva dans la vallée le ventre ouvert et le foi manquant. On l’avait horriblement mutilé (nez et oreilles coupés).

Quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) vit son oncle ainsi, il dit : « Que je ne sois pas touché comme toi par un tel malheur[8] ! Je ne me suis jamais aussi senti fâché que devant cela (un tel spectacle) ! » Il dit aussi : « Lorsque Allah me donnera la victoire sur Qouraysh dans un autre lieu, je prendrai trente qourayshi et je les mutilerai[9] ! »

 

Voyant ainsi son Messager crier vengeance, Allah Exalté révéla ce Verset : « Et si vous punissez, infligez [à l’agresseur] une punition égale au tort qu’il vous a fait. Et si vous endurez… cela est certes meilleur pour les endurants. 127. Endure ! Ton endurance [ne viendra] qu’avec (l’aide) d’Allah. Ne t’afflige pas pour eux. Et ne sois pas angoissé à cause de leurs complots. » (Qur’an 16/126-127)

 

Après la descente de ces deux Versets, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se retint et se réfugia dans la patience. Il ira même plus loin et interdira ces pratiques barbares sur les morts après les batailles.

 

Selon al-Hassan Ibn Samourah Ibn Joundoub : « A chaque occasion qui s’y prêtait, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) nous ordonnait de faire l’aumône et nous interdisait de mutiler des gens. »

 

A Ouhoud encore, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se montra très affectueux et très soucieux des réactions imprévisibles des parents (surtout les femmes). C’était peut-être pour cette raison qu’il ordonna d’enterrer les morts dans le champ de bataille même.

 

Dans la Sirah Ibn Hisham, il est rapporté à la page 97 du tome 2 que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fit la prière du mort sur Hamza et sur ses Compagnons Shouhadah à tel point qu’il accomplit soixante-douze prières sur la dépouille de son oncle. Cependant la majorité des exégètes et des rapporteurs de Traditions nient cela en disant que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne fit pas de prière à ce sujet ni à Ouhoud, ni après. Il ordonna plutôt d’enterrer les Shouhadah avec leurs habits du jour de la bataille (sans ablution ni prière).

 

L’Imam ash-Shafi’i rapporta que les informations concordaient que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’a pas fait de prière sur les morts d’Ouhoud et que c’était faux qu’il avait prié sur eux ou qu’il fit soixante-dix Takbir sur Hamza.

 

Il est prouvé d’ailleurs dans le Sahih al-Boukhari que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’ordre d’enterrer les Shouhadah d’Ouhoud avec leur sang[10].

 

Et, durant la mise en terre des dépouilles, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) veilla particulièrement à ce que certains Shouhadah soient ensevelis ensemble : Hamza Ibn ‘Abd al-Mouttalib avec ‘AbdAllah Ibn Jahsh al-Asdi (le neveu de Hamza), ‘Amrou Ibn al-Jamouh avec ‘AbdAllah Ibn ‘Amrou Ibn Haram, Kharijah Ibn Zayd avec Sa’d Ibn ar-Rabi’, an-Nou’man Ibn Malik avec ‘Abd al-Hashas.

 

Toutefois quelques rares familles prirent leurs parents pour les enterrer à Médine et quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en fut informé, il envoya un Musulman afin de ramener les dépouilles à Ouhoud et seule l’une d’entre elle qui n’avait pas encore été ensevelie put être ramenée.

 

L’Imam Ahmad rapporta ce témoignage de Jabir Ibn ‘AbdAllah : « Mon père tomba Shahid à Ouhoud. Quand, sur l’avis de mes sœurs, je ramenai son corps pour l’enterrer dans le cimetière des Banou Salma, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) m’appela et me dit : «  Par Celui qui tient ma vie dans Sa Main, il ne doit être enterré qu’avec ses frères ! » Alors, il le fut à Ouhoud avec ses Compagnons[11]. »

 

Le discours du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après l’enterrement des Shouhadah

 

Lorsque l’enterrement des Compagnons Shouhadah fut achevé, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) monta sur un cheval et demanda aux Musulmans de se ranger derrière lui (il y avait aussi quatorze femmes) : « Mettez-vous en ordre afin que je puisse louer Allah. » Puis lorsque ce fut fait, il prononça ce discours :

« Ô Allah, gloire à Toi. Nul ne peut empêcher ce que Tu donnes et nul ne peut donner que Tu retiens. Nul ne peut guider celui que Tu égares et nul ne peut égarer celui que Tu guide. Nul ne peut donner ce que Tu retiens et nul ne peut empêcher ce que Tu donnes. Nul ne peut rapprocher ce que Tu éloignes et nul ne peut éloigner ce que Tu rapproches.

Ô Allah, accorde-nous Tes bénédictions, Ta clémence, Ta grâce et Tes richesses ! Ô Allah, je Te demande une vie aisée durant les privations et la sécurité pendant les jours d’angoisse. O Allah, je cherche refuge auprès de Toi du mal que Tu nous donnes et du mal que Tu retiens. Ô Allah, donne-nous l’amour de la foi et embellis-le dans nos cœurs et aide-nous à détester la mécréance, l’immoralité et la désobéissance, guide-nous sur le droit chemin. Ô Allah, fait-nous vivre et mourir Musulmans. Compte-nous parmi les gens de bien qui se déshonorent pas ou abandonnent leur religion. Ô Allah, combats (punit) les mécréants qui renient et combattent Ton prophète et détournent de la voie menant vers Toi, que Ton châtiment et Tes supplices soient sur eux. Ô Allah, combats les Ingrats qui ont reçu le Livre. O Toi, Seigneur de la Vérité[12].»        

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) parla aussi du rang des Shouhadah qui tombèrent pour la cause d’Allah. Selon Ibn ‘Abbas, le Messager d’Allah dit : « Lorsque vos Compagnons tombèrent à Ouhoud, Allah a déposé leurs âmes dans des oiseaux verts qui se rendent de temps en temps dans les fleuves du Paradis ou ils mangent de ses fruits avant de retourner dans les lampes suspendues à l’ombre d’une voute. Quand ils apprécient ce qu’ils ont trouvé de boisson et de nourriture ainsi que l’excellence de leur repos, ils disent : « Ah, si nos frères savaient ce que Allah nous a octroyé afin qu’ils ne s’arrêtent pas de lutter et de combattre (pour la cause d’Allah). »

– « Je vais les informer, » dit alors Allah Exalté puis, il fit descendre ces Versets sur Son Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus et joyeux de la faveur qu’Allah leur a accordée, et ravis que ceux qui sont restés derrière eux et ne les ont pas encore rejoints, ne connaîtront aucune crainte et ne seront point affligés. Ils sont ravis d’un bienfait d’Allah et d’une faveur, et du fait qu’Allah ne laisse pas perdre la récompense des croyants. » (Qur’an 3/169-171).

 

Si certains Musulmans héritèrent du Paradis après avoir combattu pour la cause d’Allah, d’autres au contraire, bien qu’ils furent aux côtés du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) le jour d’Ouhoud, se retrouvèrent en Enfer parce qu’ils ne combattirent pas pour la cause d’Allah.

 

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