SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Le départ de l’armée mecquoise

 

Lorsque les polythéistes eurent assouvi avec bassesse leur vengeance sur les corps des Shouhadah musulmans et qu’ils eurent terminé le décompte des pertes des deux camps, ils se préparèrent pour le retour alors que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons étaient toujours retranchés sur la position.

 

Avant de donner le signal du départ, Abou Soufyan s’écria d’un air triomphaliste la victoire de Qouraysh et la suprématie du grand Houbal (la grande idole de pierre des Qouraysh). En effet, il monta sur le haut d’une colline, et d’un air arrogant, il dit à haute voix en parlant à sa propre personne : « Grace et honneur pour ce que tu viens d’accomplir (comme pour se féliciter) ! » Puis il se retourna vers les Musulmans qui n’étaient pas trop loin et lança à leur adresse : « A la guerre comme à la guerre ! Les jours ne se ressemblent pas toujours : un jour contre nous et un autre pour nous. Un jour, tu fuis et un autre, tu es un aigle (qui pique sur sa proie). Que Houbal soit très haut ! »

 

A ces dernières paroles, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ordonna à ‘Umar Ibn al- Khattab de lui répliquer en       disant : « Allah est Très-Haut et Tout Puissant. Et Il n’a point d’égal. Nos tués sont au Paradis, quant aux vôtres, ils sont en Enfer ! »

Abou Soufyan répondit alors : « Nous, nous avons al- ‘Ouzzah alors que vous, vous n’avez pas de ‘Ouzzah (une autre idole). »

Les Musulmans répondirent alors (sur l’ordre du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) : «  Allah est notre Seigneur (mawla) et vous n’avez pas de seigneur. »

Abou Soufyan qui avait des doutes sur le sort du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après le renversement de la situation en faveur de Qouraysh, demandant pour en avoir le cœur net : « Muhammad est-il parmi vous ? » Mais personne ne lui répondit.

– « Et Ibn Abou Qouhafa (Abou Bakr as-Siddiq), est-il parmi vous ? » les Musulmans restèrent encore silencieux.

– « Et ‘Umar Ibn al-Khattab? Est-il parmi vous ? »

Cette fois aussi, les Musulmans ne lui répondirent pas[1].

 

Sur ce, il tira des conclusions trop hâtives et retourna vers ses lieutenants et leur dit à haute voix : « Quant à ceux-là, vous les avez contentés ! » En prononçant ces paroles, il croyait que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses deux Compagnons avaient été tués.

Mais cette fausse impression fut levée par ‘Umar Ibn al-Khattab qui ne put se retenir de dire : « Oh ennemi d’Allah, ceux dont tu viens de citer les noms sont encore en vie. Et Allah a préservé pour toi ceux qui te mèneront la vie difficile[2]. »        

– « Viens que je te parle, ô ‘Umar, » dit alors Abou Soufyan.

– « Va voir ce qu’il veut, ordonna le Messager d’Allah. »

Lorsqu’il le vit, Abou Soufyan lui demanda :

– « O ‘Umar, je te conjure par Allah de me dire si nous avons tué Muhammad ! »

– « Je jure par Allah que non et qu’il entend actuellement ce que tu dis. »

– « J’en jure par ma vie que tu es plus crédible pour moi qu’Ibn Qami’a (qui prétendit avoir tué le Messager d’Allah)[3]. »

Puis Abou Soufyan présenta ses excuses aux Musulmans pour les atrocités perpétrées par ses hommes sur les corps des Shouhadah musulmans et il dit :

– « Vous allez trouver sur vos morts des atrocités. Sachez que je n’ai pas donné l’ordre pour que de telles choses soient faites et que je les désavoue[4]. »

 

Et avant de descendre définitivement de la colline, il donna rendez-vous aux Musulmans pour l’année suivante et au même endroit. Rendez-vous qui fut retenu par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons.

 

Ibn Ishaq a rapporté à propos de ce sujet : « En se retirant, Abou Soufyan lanca : « Soyez au rendez-vous à Badr l’année prochaine ! » Ce que ne refusa pas le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui demanda à l’un de ses Compagnons de répondre affirmativement.

Alors Abou Soufyan descendit de la colline et se retira avec son armée vers La Mecque. Et ainsi prit fin le dernière épisode de la sanglante et effroyable bataille d’Ouhoud, bataille décidée par Allah Exalté pour mettre à l’épreuve la foi des Musulmans. A ce propos, Il dit dans le Noble Qur’an : « Allah n’est point tel qu’Il laisse les croyants dans l’état où vous êtes jusqu’à ce qu’Il distingue le mauvais du bon. Et Allah n’est point tel qu’Il vous dévoile l’Inconnaissable. Mais Allah choisit parmi Ses messagers qui Il veut. Croyez donc en Allah et en Ses messagers. Et si vous avez la foi et la piété, vous aurez alors une récompense énorme. » (Qur’an3/179)

 

Le retrait des Mecquois fut scrupuleusement suivi par les Musulmans car comme nous l’avons précédemment mentionné, il n’y avait aucun obstacle qui empêchait les polythéistes de se rendre à Médine et dès que les Mecquois se mirent en marche, ‘Ali Ibn Abou Talib, sur les ordres du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), eut vite fait de les épier pour voir s’ils allaient se diriger vers Médine seulement à deux mile du champ de bataille ou vers La Mecque.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en tant qu’homme expérimenté, dit       auparavant à ses Compagnons que les polythéistes montaient les chevaux c’est qu’ils avaient l’intention d’attaquer Médine et que s’ils montaient les chameaux, c’est qu’ils retournaient à La Mecque[5]. Puis, il ajouta qu’il était fermement décidé à reprendre la lutte, pour défendre sa cité au cas où ses appréhensions venaient à être confirmées par Qouraysh.

 

A ce propos, Ibn Ishaq rapporta : « Puis le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) envoya ‘Ali Ibn Abou Talib après lui avoir dit : « Va, suit les traces de ces gens (Qouraysh) et regarde ce qu’ils font et ce qu’ils veulent. S’ils mettent leurs chevaux de côté et montent leurs chameaux, cela veut dire qu’ils partent à La Mecque. Mais s’ils montent les chevaux et conduisent les chameaux, cela signifie qu’ils veulent Médine. Par celui qui détient ma vie dans Sa main, s’ils la veulent, je marcherai sur eux à l’intérieur même de la ville et je les combattrai ![6] »

 

‘Ali dira plus tard : « Je suis sorti à leur suite pour voir ce qu’ils allaient faire. Ils mirent les chevaux de côtés et prirent les chameaux puis se sont dirigés vers La Mecque. »

 

Pourquoi Abou Soufyan n’avait-il pas donné l’ordre d’investir Médine ?

 

Au moment du retrait des Qouraysh, Médine était une ville sans défense qui n’abritait alors que femmes, enfants et vieillards soit une occasion propice pour s’y rendre, prendre quelque butin et quelques captifs, puisqu’ils n’avaient pas pu le faire sur le champ de bataille.

 

Certes, l’idée, sans aucun doute, effleura Abou Soufyan et ses lieutenants d’autant plus que les Musulmans étaient encore à Ouhoud. Mais l’armée qourayshi se replia précipitamment vers La Mecque.

Quelle fut alors la véritable raison qui poussa le commandement de l’armée des polythéistes à ne pas s’attaquer à Médine bien que les circonstances étaient idéales et décider le repli sur La Mecque ?

En vérité, les polythéistes eurent parfaitement raison quand ils décidèrent de ne pas compromettre davantage leurs troupes: Abou Soufyan, militairement parlant, ne commis pas d’erreur en évitant Médine. Par cette sage décision, il prouva qu’il était un chef militaire qui ne se laissait pas facilement griser par des victoires passagères et qui savait évaluer correctement les conséquences des actions possibles à exécuter.

 

Abou Soufyan savait très bien à cet instant précis, qu’il n’y avait aucun obstacle entre son armée et la ville des Musulmans car ces derniers étaient occupés à secourir leurs blessés et enterrer leurs morts. Cependant, d’un autre côté, il était aussi convaincu que son armée risquerait de cueillir les fruits amers d’une aventure dont les éléments n’étaient pas tous sous son contrôle. S’il avait donné l’ordre d’occuper Médine, il aurait risqué de voir la victoire de façade obtenue se dissiper comme un nuage d’été, surtout que cette victoire était, rappelons-le, la conséquence directe de la faute des archers qui désobéirent aux ordres du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Enfin, il était aussi conscient que la victoire de Qouraysh n’était pas le fruit du courage et de l’abnégation de ses hommes mais plutôt la conséquence directe d’une erreur commise par les Musulmans ; une erreur qui n’avait pas été provoquée par ses hommes quoiqu’elle influa dangereusement la suite de la bataille.

 

Dans la guerre, on ne table pas toujours sur les erreurs de l’ennemi. Et ceci, Abou Soufyan le compris bien à Ouhoud aux dépens des Musulmans ; ces derniers certes commirent un faux-pas mais ils n’étaient pas prêts à en commettre un autre, malgré leurs pertes et leur épuisement.

 

De plus, le fantôme du revers angoissant du début de la bataille resta présent dans l’esprit d’Abou Soufyan surtout après qu’il       vit de ses propres yeux la petite armée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) battre la sienne.

 

On peut modestement avancer que la déduction de ces facteurs n’est pas loin de la réalité surtout si l’on sait qu’Abou Soufyan évita de se laisser tenter par l’occupation de la cité du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et qu’il battit en retraite d’une façon qui ressemblait plus à un repli de vaincu qu’à un repli de vainqueur surtout qu’avec sa lourde armée, il couvrit la distance de quarante miles en une seule journée, comme s’il avait eu le pressentiment d’un éventuel regroupement des Musulmans.

 

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