SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La retraite du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de ses Compagnons
 
Les polythéistes mecquois qui repérèrent la position du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se ruèrent enragés sur lui mais sans parvenir à leur funeste dessein et ce, malgré la réunion de conditions favorables comme la déroute des Musulmans, l’éloignement des Compagnons de leur commandant en chef, le Messager d’Allah, etc., car le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) su réagir énergiquement et rapidement aux charges d’Ibn Qami’a et de ses compères, pour être ensuite relayé par ses Compagnons qui se rattrapèrent au bon moment.
 
La ferme réaction du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et le courage de ses Compagnons eurent, d’une part, raison des polythéistes qui se persuadèrent, la rage dans le cœur, de leur impuissance à atteindre leur objectif et d’autre part, d’influencer le reste de leurs Compagnons, qui, dès qu’ils entendirent la voix de leur bien-aimé, cherchèrent à se rapprocher de lui.
Mais cette fois, l’objectif du Messager d’Allah, après le regroupement d’un plus grand nombre de ses combattants, n’était plus de rester sur place depuis la grave erreur des archers qui permit à la cavalerie mecquoise (200 cavaliers) de prendre activement part à la bataille et donc de changer les données offensives. Il dut faire vite pour sauver son armée, avant qu’elle ne soit de nouveau encerclée par le reste des troupes polythéistes qui commencèrent à commettre les actes les plus ignobles comme mutiler ignominieusement les dépouilles des Musulmans morts au combat sous le regard des autres.
 
Sans attendre un seul instant, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se mit en marche vers les hauteurs d’Ouhoud tandis que ces Compagnons le ralliaient au fur et à mesure. Sa retraite et celle de son armée fut facilitée en quelque sorte par la fausse rumeur de sa mort annoncée par Ibn Qami’a quand celui-ci tua Mous’ab Ibn ‘Oumayr. Ce qui fit alors croire à la majorité des Qouraysh y compris Abou Soufyan qu’il n’y avait plus aucune raison de continuer la bataille qui selon eux, avait tourné en leur faveur.
 
Pour preuve, voici ce que rapporta al-‘Isami : « Les polythéistes s’occupèrent à mutiler les dépouilles des Musulmans, en leur coupant oreilles, nez, parties et en les éventrant croyant qu’ils avaient tué le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)[14]. »
 
Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) profita de l’effet de cette fausse rumeur sur les polythéistes pour assurer la retraite de son armée dans de relatives bonnes conditions. Il veilla aussi à ce que cette rumeur soit maintenue pour ce but bien évident. Pour preuve, voici ce qui se passa au moment de la retraite : « Ka’b Ibn Malik, en voyant le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), s’écria : « Oh Musulmans, bonne nouvelle ! Voici le Messager d’Allah !» Mais, celui-ci lui fit signe de se taire de peur de dévoiler sa position et qu’augmente le nombre des polythéistes. Malgré le cri de Ka’b Ibn Malik, l’ensemble des polythéistes n’y porta pas d’attention car ils crurent que c’était seulement pour encourager les Musulmans qui avaient baissé les armes.
 
Durant la retraite des Musulmans, les mécréants ne cessèrent d’harceler la muraille humaine ni ne diminuèrent leurs charges meurtrières. Un cavalier associateur, ‘Uthman Ibn ‘AbdAllah Ibn al-Moughirah, se précipita en criant : « Que je périsse s’il s’en sort vivant (le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) ». A ses paroles, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se montra en se préparant au combat mais le cheval du polythéiste trébucha et son maitre tomba ce qui permit à al-Harith Ibn as-Simma de se précipiter sur lui et de l’abattre après un dur combat avant de retourner chez le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui lui dit alors : « Gloire à Allah qui lui a courbé l’échine ! »
 
Un autre cavalier, ‘Oubaydallah Ibn Jabir al-‘Amiri qui se précipita aussi blessa grièvement al-Harith Ibn as-Simma à l’épaule mais ne put faire plus car Abou Doujana, l’homme au turban rouge, le tua.
 
Puis un autre cavalier, Oubay Ibn Khalaf al-Joumahi voulu aussi tuer le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en criant : « Où es Muhammad ? Que je périsse, s’il s’en sort vivant » mais qui vit son élan brisé net par une lance tirée par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en personne et Oubay Ibn Khalaf fut le seul homme que tua le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de ses propres mains.
 
La raison pour laquelle le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) tua Oubay Ibn Khalaf de ses propres mains se trouve dans la Sirah d’Ibn Hisham : « Oubay Ibn Khalaf rattrapa le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) alors que celui-ci gravissait la colline avec ses Compagnons en disant : « Où est Muhammad ? Que je périsse s’il s’en sort vivant ! » Alors, les Compagnons du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) dirent : « O Messager d’Allah, veux-tu que l’un d’entre nous s’en charge ? »
– « Laissez-le, » leur répondit-il.
Et, quand il se rapprocha, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) prit la lance d’al-Harith Ibn as Simma qu’il reçut dans le cou et devait mourir plus tard des suites du coup du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
 
Cet homme, Oubay Ibn Khalaf, était un ennemi très virulent qui menaça maintes fois de mort le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en plus du mal qu’il lui causa avant l’Hégire.
 
Dans la Sirah d’Ibn Hisham, il est rapporté : « Chaque fois qu’Oubay Ibn Khalaf rencontrait 1e Messager à La Mecque, il lui disait : « O Muhammad, j’ai ce qu’il te faut: uni jument que j’entretiens. Et c’est avec elle que je te tuerai. » Et à chaque fois le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) répondait : « C’est moi, au contraire, qui te tuerai, si Allah le veut. »
 
Quand Oubay retourna blessé dans son camp, il dit aux gens qui l’entourèrent : « Par Allah, Muhammad m’a tué. » On lui répondit alors : « Par Allah, tu as perdu la raison ! Par Allah, tu n’as rien de grave » car sa blessure ne semblait que superficielle. « Mais, » insista-il, « il me disait à La Mecque qu’il me tuerait.» Et l’ennemi d’Allah mourut effectivement sur son chemin du retour, à Sarif, un endroit situé à six mile de La Mecque.


 
Sur Ouhoud
 
Les Musulmans réussirent leur retraite après l’intervention héroïque du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) et se barricadèrent en quelques sorte sur leur position, en dépit de l’harcèlement des cavaliers mecquois et des accrochages qui tournèrent en faveur des Musulmans cependant, le succès de ce repli ne put se réaliser que grâce, en premier lieu, à la perspicacité du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui, rappelons-le, fit judicieusement le bon choix stratégique en installant le camp dans un endroit très proche des hauteurs d’Ouhoud.
 
Lors du repli, le Messager d’Allah faillit être tué par un de ses Compagnons qui s’étaient enfuis sur les hauteurs lors du retournement de la situation en faveur des Qouraysh.
Ce Compagnon, qui était encore sous le choc de la débâcle, faillit décocher une flèche meurtrière sur le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) au moment où il le vit grimper avec ses Compagnons parce qu’il crut qu’il avait affaire à un groupe ennemi.
Heureusement qu’au bon moment, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) l’aperçu et cria : « C’est moi, le Messager d’Allah ! » Ce fut certainement pour ce Compagnon, le meilleur moment de sa vie lorsqu’il vit que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) était bel et bien vivant.
 
Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) éprouva aussi des difficultés à escalader la pente à cause des blessures que lui infligèrent les polythéistes. Sa fatigue fut telle qu’il n’eut pas la force de gravir un rocher qui barrait son passage. A ce propos, voici ce que rapporta Ibn Ishaq : « Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se leva pour grimper le rocher bien qu’il fut affaibli et vêtu d’une cuirasse mais il ne put le gravir que grâce au concours de Talha Ibn ‘Oubaydallah qui lui prêta main forte[15].»
Cette action valut à Talha le mérite du Paradis. Ibn Ishaq rapporta que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit après que Talha l’eut soulevé sur le rocher : « Talha se l’est adjugé (le Paradis est devenu obligatoire pour Talha). » De plus, l’aide qu’il offrit au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut bénéfique pour lui car par la suite, il se rétablit du pied qu’il boitait (déboitement qu’il contracta en protégeant le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)).
 
Lors du repli, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) éprouva aussi une grande soif et il ne se désaltéra que plus tard sur la colline grâce à Muhammad Ibn Maslamah al-Ansari après que ce Compagnon réussit à se procurer de l’eau potable. ‘Ali Ibn Abou Talib avait apporté une eau non- potable que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) utilisa seulement pour le nettoyage de ses blessures[16].
 
Le repli se termina sur un énorme et large rocher situé dans la partie est des collines, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons purent alors surplomber la zone tandis que les autres Compagnons regagnaient au fur et à mesure la position. Cette nouvelle position choisie par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) contribua largement à stopper les actions hostiles des polythéistes. Du haut du rocher dont la pente abrupte était difficile à monter, les Musulmans purent tenir en respect les Qouraysh grâce à la menace redoutable des flèches.


 
La dernière offensive des polythéistes
 
Les polythéistes essayèrent à plusieurs reprises d’atteindre la position des Musulmans bien retranchés sur les hauteurs d’Ouhoud mais toutes leurs tentatives furent repoussées par la réaction ferme des Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à tel point qu’ils perdirent espoir dans la réalisation de leur objectif.
 
La dernière attaque des Qouraysh contre les Musulmans fut conduite par un détachement de cavaliers dirigés par Abou Soufyan et Khalid Ibn al-Walid qui furent repoussés énergiquement par un groupe d’Ansar sous le commandement de ‘Umar Ibn al-Khattab.
 
Comme l’a rapporté Ibn al-Athir dans al-Kamil, Abou Soufyan monta à l’assaut avec un groupe de polythéistes ou des cavaliers et Khalid Ibn al-Walid, selon Ibn Ishaq. Cependant, ils furent aussitôt repoussés par ‘Umar Ibn al- Khattab et un groupe d’Ansari après que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna cet ordre : « Ils ne doivent pas nous atteindre ! »
Dans cette dernière offensive avortée, les polythéistes subirent la perte de trois hommes, tous tués par les flèches de Sa’d Ibn Abi Waqqas. A ce propos, nous trouvons ceci dans Maghazi al-Amawi : « Dès que les polythéistes commencèrent l’assaut de la position, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit à Sa’d : « Repousse-les! » Sur cet ordre pressant, Sa’d Ibn Abi Waqqas tira trois fois et à chaque trait, il fit mouche[17]. »
 
Avec la mort de ces trois Qouraysh et la réaction énergique du groupe de ‘Umar Ibn al-Khattab, Qouraysh désespéra et se convainquit que les Musulmans étaient désormais à l’abri de toute autre mauvaise surprise, d’autant plus qu’ils réorganisèrent leurs rangs autour de leur commandant en chef Muhammad Ibn ‘AbdAllah.
 
En plus de la fatigue de l’armée mecquoise et les éprouvants coups du début de la bataille qui semèrent la peur et la panique dans le cœur des hommes de troupe, Abou Soufyan décida en tant que commandant en chef de l’armée des Qouraysh la fin des opérations et donna l’ordre à ses hommes de troupe de se préparer pour le départ.
 
Ce fut ainsi que prit fin la bataille de Ouhoud cependant, avant le départ définitif des troupes vers La Mecque, des atrocités propres aux barbares furent commises sur les corps des Shouhadah musulmans. Des ventres furent crevés, des entrailles arrachées, des nez et des oreilles coupés ainsi que des organes génitaux sectionnés[18].
 
Le plus touché par ces actes barbares fut Hamza Ibn ‘Abd al-Mouttalib (radhiyallahou ‘anhou) qui reçut d’ailleurs à juste titre le surnom de Sayyid ash-Shouhadah, (le seigneur des martyrs) car les seigneurs et notables de Qouraysh avaient plus d’une revanche à prendre sur lui : il avait tué à Badr avec son neveu ‘Ali Ibn Abou Talib plus d’un seigneur des Qouraysh dont ‘Outbah Ibn Rabi’ah, Shaybah Ibn Rabi’ah et al-Walid Ibn ‘Outbah, le frère de Hind Bint ‘Outbah, tous des Banou Oumayyah Ibn ‘Abd ash-Shams Ibn al-Manaf.
Ce fut, pour cette raison que Hind Bint ‘Outbah fut la personne la plus violente dans sa vengeance. Elle éventra le corps de Hamza puis retira le foie quelle mordit pour le manger cru mais en fut incapable. Elle enleva même les entrailles, les deux oreilles et le nez et les utilisa comme ornements après qu’elle eut donné ses bijoux et quelques vêtements en récompense à al-Wahshi qui à la fin de la bataille, était allé annoncer la bonne nouvelle à Hind Bint ‘Outbah.
– « Qu’aurais-je donc si je te disais que j’ai tué le meurtrier de ton père ? »
– Ce que j’ai sur moi comme bijoux et par extension quelques vêtements. »
Il lui confirma alors la mort de Hamza et en contrepartie, elle lui donna effectivement ses bijoux et ses vêtements, en plus de la récompense en or promise dès le retour à La Mecque.
 
Ibn Ishaq a aussi rapporté que Hind Bint ‘Outbah ainsi que les femmes qui l’accompagnaient mutilèrent les Compagnons du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en coupant les oreilles et les nez et qu’elle s’orna avec ces organes humains.
 
Plus tard, Hind Bint ‘Outbah se vanta dans un poème d’avoir eu sa vengeance mais elle reçut une belle réplique en poésie aussi de la part de Hind Bint Athatha Ibn ‘Abbad Ibn al-Mouttalib.
 
Et, pendant que les quelques polythéistes mutilaient les corps des Shouhadah, Abou Soufyan et les autres chefs mecquois s’affairèrent sur le champ de bataille à connaitre le nombre des morts de deux camps.
En passant près du corps de Hamza, il s’arrêta puis commença avec son arc à le frapper au coin de la bouche en disant : « Goutes comme c’est amer ! »
Mais, comme ces pratiques étaient reprouvées par les Arabes, le seigneur al-Houlays Ibn Zaban Ibn ‘Abd al-Manat se permit de dire : « O fils de Kinana, c’est le seigneur de Qouraysh (Abou Soufyan) qui fait cela à un parent (le fils de son oncle). Ce que tu vois n’est qu’un tas de chair (Hamza était mort et qu’il ne pouvait plus se défendre). » A ces paroles Abou Soufyan eut honte et dit : « Malheur à toi ! Oublie cela. Ce n’est qu’une erreur. »

 

 

 

[1] Samt an-Noujoum al-Awali, t.II, p.85.

[2] Sirah Ibn Hisham.

[3] As-Sirah al-Halabiya, t.II, p.22

[4] Témoignage rapporté par Ahmad Ibn Hajar dans al-‘Isaba.

[5] Al-Bidayah wan-Nihayah, t.IV.

[6] Al-Bidayah wan-Nihayah, t.IV, p.23.

[7] Al-Bidayah wan-Nihayah, t.IV, p.30

[8] Sirah Ibn Hisham, t.II, p.82.

[9] As-Sirah al-Halabiya, t.II, p.25.

[10] As-Sirah al-Halabiya, t.II, p.25.

[11] Voir aussi al-Bidayah wan-Nihayah, t.IV, p.27.

[12] Samt an-Noujoum al-‘Awali, t.II, p.88.

[13] As-Sirah al-Halabiya, t.II. p.22.

[14] Samt an-Noujoum al-‘Awali, t.II, p.87.

[15] Sirah Ibn Hisham, t.II, p.86.

[16] As-Sirah al-Halabiya, t.II. p.30.

[17] Zad al-Mi‘ad, t.II, p.240

[18] Samt an-Noujoum al-Awali, t.II, p.87.

 

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