SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les archers
 
Sitôt que des archers prirent part à la défense du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), les Qouraysh perdirent alors leur courage de se rapprocher de la muraille humaine mais certainement pas leur colère et leur haine. Ces archers réussirent l’exploit de les tenir en respect jusqu’à la retraite complète du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et des Compagnons au sommet d’une colline.
 
Parmi les archers devenus célèbres par leurs exploits, se trouvaient Abou Talha al-Ansari, Sa’d Ibn ‘Abi Waqqas, Sahl Ibn Hanif al-Ansari.
 
A Ouhoud, Abou Talha fut non seulement un archer efficace mais aussi un courageux rempart de protection devant le Messager d’Allah et à chaque fois que celui-ci se levait pour voir où allait frapper la flèche décochée, Abou Talha se mettait devant lui, sa poitrine exposée, pour le protéger en disant : « O Messager d’Allah, tu me tiens lieu de mère et de père. Je ne veux pas qu’une flèche te touche. Mieux vaut ma mort que la tienne ! » Il lui dit aussi : « O Messager d’Allah, je suis résistant et très patient. Dis-moi ce dont tu as besoin. Ordonne-moi et j’exécute tout ce que tu veux ! »
Ce Compagnon de valeur exceptionnelle lutta si bien que trois arcs se brisèrent dans sa main[4]. Al-Boukhari rapporte quant à lui, qu’il cassa deux ou trois arcs.
 
Sa’d Ibn ‘Abou Waqqas contribua aussi très efficacement à la défense contre les tentatives acharnées des mécréants. Selon les chroniqueurs et les historiens, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit à Sa’d Ibn Abi Waqqas quand il le vit décocher si bien ses flèches : « Puisse mon père et de ma mère te servir de rançon[5] ! »
 
Dans as-Sahih al-Boukhari, nous trouvons aussi ce témoignage de ‘Ali Ibn ‘Abou Talib : « Je n’ai jamais entendu le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) associer ses parents à quiconque excepté pour Sa’d Ibn Malik (Sa’d Ibn Abi Waqqas). Je l’ai entendu dire à Ouhoud : « O Sa’d, décoche, puisse mon père et de ma mère te servir de rançon ! »
 
Quant à Sahl Ibn Hanif, il fut l’un des rares Compagnons à être resté près du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pendant les durs moments qui suivirent la débâcle des Musulmans. Il fut tellement confiant et courageux dans son face-à-face avec la mort que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit à ceux qui étaient à ses côtés : « Donnez des flèches à Sahl ! »
 
Dans al-Bidayah wan Nihayah, Ibn Kathir écrit que Sahl Ibn Hanif fut l’un des rares hommes qui, dès le revers de ses Compagnons, décida de se consacrer à la protection de son Compagnon bien-aimé.
 
Selon Ibn Jarir, quand Ibn Qami’a se mis à harceler le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), les quelques rares Compagnons qui étaient près de lui se dispersèrent. Mais, lorsque le Prophète bien-aimé (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) s’écria : « Venez à moi, hommes d’Allah! Venez à moi !, », trente Compagnons vinrent se rassembler aussitôt autour de lui et parmi ceux-ci, Talha Ibn ‘Oubaydallah et Sahl Ibn Hanif furent les seuls à s’interposer debout, protégeant ainsi le corps du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)[6].


 
Les sabreurs
 
Toutefois, ces archers ne furent pas les seuls à prendre une part active dans la défense énergique du Prophète bien-aimé (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Il y eut aussi des sabreurs dont les noms nous sont parvenus, comme les autres noms d’ailleurs grâce aux livres des historiens et des chroniqueurs, puisse Allah Exalté leur faire tous miséricorde.
De ces noms, citons ceux d’Abou Doujana al-Ansari, Hatib Ibn Abou Balta’a, Talha Ibn ‘Oubaydallah, Abd ar-Rahman Ibn ‘Awf.
 
Ces hommes d’exception, par leur dévouement pour la cause d’Allah, immortalisèrent leurs noms et chacun d’entre eux laissa des traces indélébiles dans l’histoire de l’Islam tant leurs faits d’armes parlent pour eux. Abou Doujana, le Musulman au turban rouge, fut l’exemple le plus frappant du fait qu’il protégea le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avec son corps tout en étant criblé de flèches dans le son dos.
 
En effet, les historiens rapportèrent é qu’Abou Doujana (radhiyallahou ‘anhou) reçut dans le dos les flèches des polythéistes alors qu’il protégeait de son corps son Compagnon bien aimé souffrant encore de ses blessures. Dans ce moment, il n’attacha aucune importance aux flèches qui venaient se planter sur son dos arc-bouté. Pour lui, la vie du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) devait être protégée même au prix de la sienne. Son dos fut tellement criblé de flèches qu’il ressembla à un hérisson.
 
Si Abou Doujana (radhiyallahou ‘anhou) rempli héroïquement un rôle purement défensif car la situation du moment l’imposait, Hatib Ibn Abou Balta’a (radhiyallahou ‘anhou) accomplit des actions dignes d’un héros. Ce fut lui qui s’aventura dans le camp des mécréants puis tua ‘Outbah Ibn Abi Waqqas avant de revenir à son poste auprès du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
 
Ibn Kathir en parlant de Hatib reprit le témoignage de ce dernier : « Quand je vis ce que fis ‘Outbah Ibn Abi Waqqas au Messager d’Allah, je demandai au Prophète ou s’était dirigé ‘Outbah. Il m’indiqua alors la direction, laquelle m’aida à le retrouver. Après quoi, je réussis à le tuer en le frappant d’un coup de sabre. Ensuite, je pris son cheval et son sabre que je remis, à mon retour, au Messager d’Allah. Ce qui l’amena à me dire : « Qu’Allah soit satisfait de toi ! Qu’Allah soit satisfait de toi (par deux fois) ! »
 
Sa’d Ibn Abi Waqqas tenu énormément à tuer son frère ‘Outbah mais il n’eut pas la chance de le rencontrer sur le champ de bataille. On entendit Sa’d dire à ce propos : « Je n’ai été aussi décidé à tuer quelqu’un comme je l’ai été pour ‘Outbah Ibn Abi Waqqas. »
 
Quant à Talha Ibn ‘Oubaydallah, il suffit de mentionner, pour montrer son héroïsme à défendre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), qu’il reçut plus de soixante-dix blessures et eut un doigt tranché[7] ! »
 
‘Abd-ar-Rahman Ibn ‘Awf en outre, eut aussi sa part de blessures alors qu’il défendait le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avec ses Compagnons. Il eut en tout vingt blessures. Et ce fut lui qui malgré ses blessures, transporta le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sur son dos pour le monter au sommet d’un rocher après la retraite réussie.


 
Le Musulman qui mourut le jour de son mariage
 
Parmi ceux qui prirent part au combat héroïque d’Ouhoud est Handalah Ibn ‘Amir ar-Rahib, ‘Amir ar-Rahib le Médinois qui combattit ce même jour aux côtés des Qouraysh et qui mena avec ses hommes la première offensive contre les Musulmans. Si le père se vendit pour la mécréance son fils au contraire, donna un extraordinaire exemple de courage et de fidélité pour la cause de l’Islam.
 
En effet, la matinée qui suivi sa première nuit de ses noces, le jeune Handalah n’hésita pas un seul instant pour prendre ses armes et rejoindre ses Compagnons qui s’apprêtaient à partir pour Ouhoud et avait demandé la permission de tuer son père (Abou ‘Amir) s’il venait à le rencontrer sur le champ de bataille mais le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) refusa.
 
Devant l’ennemi, ce jeune marié combattit vaillamment sans avoir peur de la mort jusqu’au moment où il fut tué par derrière. Les circonstances de sa mort furent rapportées par Ibn Ishaq : « Handalah Ibn Abou ‘Amir rencontra Abou Soufyan. Dans le combat qui les opposa, Handalah réussi à le faire tomber de son cheval après qu’il eut blessé l’animal d’un coup de sabre et au moment où il allait le frapper, il fut tué par Shaddad Ibn al-Aswad, connu aussi sous le nom d’Ibn Sha’oub. »
 
Ce jeune Shahid reçut le surnom de Ghasil al-Mala’ika, le lavé par les anges, car il mourut dans un état d’impureté. Comme l’a rapporté Ibn Kathir en voici la raison : « Après avoir passé sa première nuit avec la mariée, il quitta précipitamment sa maison au matin sitôt qu’il entendit l’appel au Jihad. Il rejoignit alors le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sans avoir le temps de se laver. »
 
Quant à Ibn Ishaq, il rapporta ceci : « Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : « Votre Compagnon (Handalah) est lavé par les anges. Allez demander à ses parents ce qui s’est passé. » Quand on demanda à sa femme Jamila Bint Oubay Ibn Saloul, selon al-Waqidi, elle dit qu’après sa première nuit de noce, son mari était sorti en état d’impureté, dès qu’il entendit l’appel (au jihad). » Le Messager conclu alors : « C’est donc pour cela qu’il fut lavé par les anges. »
 
Si les Musulmans déplorèrent sincèrement la mort de leur jeune Compagnon, son propre père éprouva un sentiment tout à fait contraire et chose inimaginable, il frappa son fils d’un coup de pied rancunier quand il passa près de sa dépouille à la fin de la bataille.
 
Dans al-Bidayah wan-Nihayah, il est rapporté qu’Abou Amir ar-Rahib passa, à la fin de la bataille, près de la dépouille de son fils Handalah et le frappa de son pied devant les chefs qourayshi qui l’accompagnaient.


 
La première femme qui lutta dans l’Islam
 
La bataille d’Ouhoud fut la première bataille qui vit la participation de la femme musulmane dans le combat de l’Islam contre les mécréants et il n’y eut qu’une seule femme qui prit part au combat direct lorsque le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut encerclé par les Qouraysh. Elle combattit les armes à la main tant avec un sabre qu’avec un arc jusqu’à ce qu’elle fut blessée par Ibn Qami’a, celui-là même qui voulut tuer le Messager d’Allah.
 
Toutefois, cette femme ne sortit pas à Ouhoud dans le but de participer expressément à la bataille mais surtout pour secourir les Musulmans blessés. Oumm ‘Oumara Nassibah al-Maziniya, en accompagnant son mari et ses deux fils, prit de l’eau sur son dos pour la distribuer aux combattants et avec l’intention de donner aussi les premiers soins aux blessés. Néanmoins, elle se rendit célèbre par son courage et son esprit de sacrifice pour la protection du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
Laissons cette femme raconter son histoire à sa compagne ‘Oum Sa’d Bint Sa’d Ibn ar-Rabi’ : « Je suis sortie dès le matin pour voir ce que feraient nos gens et à l’occasion, je pris aussi avec moi une outre d’eau pour abreuver les hommes. Je me suis rapprochée du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui était alors avec ses Compagnons alors que le vent soufflait en faveur des Musulmans.
Dès que ces derniers furent mis en déroute, je me suis encore rapprochée davantage du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et je combattis avec le sabre et l’arc près du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) jusqu’au moment où je fus blessée. C’est Ibn Qami’a, qu’Allah l’avilisse, qui me blessa profondément à l’épaule lorsque les gens s’écartèrent du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). A ce moment-là, il s’avança en criant : « Où est Muhammad ? Montrez-le-moi ! Que je périsse s’il s’en sort vivant! » Je lui ai barré la route avec Mous’ab Ibn ‘Oumayr et d’autres qui étaient restés avec le Messager d’Allah. Il m’infligea alors cette blessure et je lui assénai plusieurs coups mais cet ennemi d’Allah portait deux cuirasses[8]. »
 
Oum ‘Oumara eut en tout douze blessures. A propos de sa bravoure et de son courage, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : « A Ouhoud, quand je me tournais à droite, je la trouvais et quand je me tournais à gauche, je la trouvais combattre près de moi[9]. »
 
Dans as-Sirah al-Halabiya, il est aussi rapporté que Nassibah al-Maziniya sortit à Ouhoud avec son mari Zayd Ibn ‘Assim et ses deux fils Habib et ‘AbdAllah et que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur dit : « Que Allah vous bénisse ! Vous êtes de bonne famille. »
Oum ‘Oumara lui répondit alors : « Prie Allah que nous soyons tes Compagnons au Paradis. »
– « O Allah, fasse qu’ils soient mes Compagnons dans le Paradis !’ » pria alors le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
– « Je ne me soucie plus dès lors de ce qui me touchera dans cette vie d’ici-bas, » conclut Oum ‘Oumara[10] (radhiyallahou ‘anha). »
 
Hormis cette femme, aucune autre femme musulmane ne prit part au combat. Toutefois après le retrait des associateurs du champ de bataille, les historiens et chroniqueurs citent les noms de quelques femmes qui sortirent et secoururent les blessés et les autres combattants. Parmi ces femmes, il y eut ‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha), la femme du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et sa fille Fatima az-Zahra’ (radhiyallahou ‘anha).
 
Dans as-Sahih al-Boukhari, nous trouvons ce témoignage d’Anas : « Je vis ‘Ayshah et Oum Salim, pans de leurs robes retroussés en train d’aller et de venir entre (la source d’eau) et les gens (pour les abreuver)[11]. »
 
Tandis que dans at-Tabarani, il est rapporté à propos de Fatima az- Zahra’ (radhiyallahou ‘anha) : « Les femmes sortirent après le retrait des polythéistes et secoururent les Compagnons. Fatima fut parmi celles qui sortirent. Lorsqu’elle rencontra le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), elle se jeta à son cou puis se mis à laver ses blessures. Mais quand elle vit que le sang ne s’arrêtait pas, elle prit alors de l’Alfa qu’elle brula ensuite pour la mettre (la poudre) sur la blessure. Ce n’est qu’après, que le sang s’arrêta[12]. »
 
D’autre part, certains historiens rapportent aussi que quelques femmes participèrent aux opérations de secours alors que la bataille était à son comble. Parmi elles, Oum Ayman (radhiyallahou ‘anha), la nourrice du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
 
Selon ces historiens, Oum Ayman était sur le terrain et jeta de la terre sur le visage des Musulmans qui voulurent fuir vers Médine alors que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) combattait encore, tout en les blâmant avec ses paroles blessantes : « Tiens, prends donc ce fuseau et donne-moi ton sabre!, » alors qu’elle était occupée à prodiguer les premiers secours au péril de sa vie.
 
Dans al-Kamil d’Ibn al-Athir, il est rapporté : « Oum Ayman abreuvait les blessés quand elle se renversa subitement et se découvrit suite à une flèche tirée par Hiban Ibn al-‘Araqa qui se mis alors à rire. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), qui le vit rire à pleines dents, donna une flèche à Sa’d Ibn Abi Waqqas et lui demanda de tirer sur l’effronté. Sa’d tira la flèche qui le transperça sous la clavicule et qui le fit tomber à la renverse. Au moment où il s’effondra, le Messager d’Allah éclata alors de rire au point où toutes ses dents apparurent puis il dit : « Allah a exaucé la prière de Sa’d, qui tira pour elle une vengeance égale à l’offense[13]. »

 

Views: 0