SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La division de l’armée musulmane
 
Après la fuite des polythéistes vers leur camp puis au-delà de leur camp, les Musulmans se divisèrent alors en trois ensembles :
1. Un premier qui regroupait le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et son état-major. Ceux-là ne participèrent pas à la poursuite des fuyards et leur nombre ne dépassait pas quatorze Compagnons[1].
2. Un deuxième groupe qui participa aux premières opérations mais qui ne s’aventura pas trop dans le camp ennemi et resta près du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) échappant ainsi à l’encerclement des mécréants. Ce groupe d’hommes qui étaient peu nombreux, réussit à se replier et à former une sorte de ceinture de sécurité autour du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).
3. Enfin, un autre groupe qui formait le corps général de l’armée qui poursuivit les troupes ennemies jusque dans leur camp. C’est ce groupe qui fut encerclée, après l’abandon d’une partie des archers de leur poste, par les cavaliers de Khalid Ibn al-Walid.
 
Ce groupe qui se retrouva pris entre deux feux, se divisa en deux groupes :
a – Un groupe très restreint qui réussit à se replier sur Médine parce qu’il lui était impossible de se frayer un passage vers le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) replié après la débâcle sur les hauteurs. Cependant, ces éléments essayèrent de rejoindre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après que les femmes Médinoises leur signalèrent du haut des fortins que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’avait pas été tué. Selon certains chroniqueurs, quelques-uns de ces fuyards ne se montrèrent devant leurs Compagnons et le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) que trois jours après la bataille.
 
C’était à ces vaincus avant l’heure que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : « Vous y étiez jusqu’au cou (défaits). » Et Allah Exalté révéla à leurs sujets : « Ceux d’entre vous qui ont tourné le dos, le jour où les deux armées se rencontrèrent, c’est seulement le Diable qui les fit fléchir, à cause d’une partie de leurs (mauvaises) actions. Mais, certes, Allah leur a pardonné. Car vraiment Allah est Pardonneur et Indulgent ! » (Qur’an 3/155)
 
b. Un deuxième groupe, la grande partie de l’armée, qui réussit à rallier le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après le douloureux passage à vide. C’est dans ce moment de panique que des Musulmans furent tués par d’autres Musulmans, à l’exemple de Souhayl Ibn Jabir, le père de Houdayfah Ibn al-Yaman. Dans le Sahih d’al-Boukhari, nous trouvons ce témoignage de ‘Ayshah, la Mère des Croyants (radhiyallahou ‘anha) : « A Ouhoud, les mécréants furent au début clairement vaincus mais Iblis cria : « Attention, ô hommes d’Allah vos arrières ! » Les premières lignes revinrent sur leurs arrières et entrèrent toutes les deux en collision. Houdayfah qui vit son père cria : « O hommes d’Allah, c’est mon père, c’est mon père[2]. »
 
D’autre part, ce qui aggrava le mouvement de panique dans les rangs des Musulmans ne fut autre que la rumeur de la mort du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) propagée par un cavalier polythéiste du nom d’Ibn Qami’a qui en tuant Mous’ab Ibn ‘Oumayr al-‘Abd ad-Dari, le porteur de l’étendard des Musulmans, cru qu’il venait de tuer le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) car Mous’ab ressemblait beaucoup au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) surtout quand il s’armait comme lui.
 
Ce mécréant en criant : « Je viens de tuer Muhammad !, » ne savait pas que ces mots allaient compliquer davantage la situation des Musulmans dont certains jetèrent leurs armes et pensèrent même à contacter l’Hypocrite ‘AbdAllah Ibn Oubay afin qu’il intervienne en leur faveur auprès de Qouraysh. L’Histoire retint les paroles d’un de ces vaincus d’avant l’heure : « Ah, si un messager contactait ‘AbdAllah Ibn Oubay pour qu’il prenne une garantie pour nous de la part d’Abou Soufyan. O gens, Muhammad vient d’être tué. Revenez parmi vos tribus avant que les Qouraysh ne viennent vous tuer. »

L’Histoire retint également des réactions dignes d’un Musulman. Parmi elles, retenons celle d’Anas Ibn an-Nazr et celle de Thabit Ibn ad-Dahdah. Le premier, Anas, essaya de secouer ses Compagnons qui avaient jeté leurs armes : « Que vous arrive-t-il ? Pourquoi avez-vous jeté vos armes ainsi ? »
Et eux de lui répondre les yeux hagards : « Le Messager d’Allah vient d’être tué. »
– « Et alors ! Qu’est-ce que vous allez faire de la vie après lui ? Secouez-vous et mourrez pour le même idéal pour lequel est mort le Messager d’Allah. »
Puis, il alla au-devant des mécréants en disant : « Mon Seigneur, je renie ce qui vient de ceux-là (les mécréants) et je m’excuse de ce que disent ceux-là (les Musulmans qui déposèrent leurs armes) ».
Quant au deuxième musulman (Ibn ad-Dahdah), il dit à ses Compagnons : « O Ansar, si Muhammad a été tué, Allah est toujours immortel. Combattez pour votre foi et Allah vous donnera la victoire. » Après quoi, il fit face avec ses Compagnons à la cavalerie des Mecquois pour mourir héroïquement comme ‘Anas Ibn an-Nazr[3].


 
L’intervention énergique et courageuse du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)
 
De telles réactions héroïques réveillèrent les Musulmans qui reprirent alors leurs esprits et leurs armes. En effet, leur lutte redevint ferme et énergique contre les vagues déferlantes des polythéistes qui essayèrent de leur barrer le passage vers le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après qu’ils furent convaincus que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) était toujours en vie.
 
Pour contrer la rumeur démoralisante circulant à propos de sa mort, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) réagit sur le champ en lançant un appel à haute voix afin que ses Compagnons éparpillés sur le champ le rejoignent : « Venez à moi ! Je suis le Messager d’Allah ! »
 
En restant à son poste depuis le début de la bataille, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en tant que chef militaire responsable avait dû prendre en compte les différentes issues possibles et il démontra ainsi qu’il pensa à ce genre de situation, sinon pourquoi prit-il alors les décisions suivantes :
1. Installer son poste de commandement sur les hauteurs se protégeant ainsi le dos avec la muraille d’Ouhoud et des charges de la cavalerie.
2. De ne pas participer à la poursuite des troupes mecquoises.
 
En voyant la déroute de ses Compagnons, il n’eut pas d’autre choix que de risquer sa vie pour sauver celle de ses Compagnons des dangers de la dislocation et de l’élimination.
Cet esprit de sacrifice et de dévouement, Allah le signala dans le Noble Qur’an : « (Rappelez-vous) quand vous fuyiez sans vous retourner vers personne, cependant que, derrière vous, le Messager vous appelait. Alors Il vous infligea angoisse sur angoisse, afin que vous n’ayez pas de chagrin pour ce qui vous a échappé ni pour les revers que vous avez subis. Et Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » (Qur’an 3/153)
 
D’une part, l’appel du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut une bouée de sauvetage lancée à ses Compagnons éparpillés à laquelle, ils s’accrochèrent avec courage.
Grace à cette voix donc, l’espoir revint et bon nombre de Musulmans réussirent alors à rejoindre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sans attacher la moindre importance à la mort qui les guettait bien que cette même voix attira aussi l’attention des mécréants sur le fait qu’ils s’étaient trompés sur le sort du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et surtout sur l’endroit exact où ce dernier se trouvait.
Avec la découverte de l’emplacement du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), la bataille prit une autre tournure et tous convergèrent sur le Messager d’Allah : les proches Qouraysh polythéistes qui voulaient le tuer coute que coute ainsi que les Musulmans qui accouraient vers lui pour le protéger. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) devint donc le premier objectif de la bataille et donc l’étendard à défendre à n’importe quel prix contre les charges des cavaliers et les attaques des polythéistes.
 
Bien avant le ralliement de ses Compagnons, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se défendit héroïquement, aidé par quelques Compagnons qui ne l’avaient pas quitté depuis le début de la bataille et par ceux qui le rejoignirent rapidement dès qu’ils entendirent son appel.
Dans cette lutte terrifiante, le Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) reçut plusieurs blessures, son casque protecteur se brisa sur sa tête suite aux coups violents des associateurs.
Celui qui avait tué Mous’ab Ibn ‘Oumayr, lanca rageusement son cheval en criant : « Où est Muhammad ? Que je meure s’il m’échappe !, » avant de blesser le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à l’épaule, malgré la cuirasse qui le protégeait et qui le fit souffrir un mois. Ibn Qami’a, ce maudit polythéiste le blessa aussi par deux fois au visage.
Cependant, la cicatrice qui resta définitivement sur sa joue fut celle qu’il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) reçue de ‘AbdAllah Ibn Shihab az-Zahri. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en plus d’une dent cassée eut la lèvre fendue par une grosse pierre jetée par ‘Outbah Ibn ‘Abi Waqqas, le frère de Sa’d Ibn Abi Waqqas (radhiyallahou ‘anhou). Il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut blessé aux genoux quand il tomba dans une profonde crevasse où il s’était évanoui et d’où il ne put sortir qu’avec l’aide de ‘Ali Ibn Abou Talib et Talha Ibn ‘Oubaydallah (radhiyallahou ‘anhou.).
Le sang qui coulait de son visage lui fit fait dire ces mots au moment où il s’essuyait le visage : « Quelle réussite auront ces gens qui couvrent le visage de leur Prophète de sang ? La colère d’Allah augmenta alors contre ceux qui couvrirent de sang son visage et Il fit alors descendre à ce propos le verset suivant : « Tu n’as (Muhammad) aucune part dans l’ordre (divin) – qu’Il (Allah) accepte leur repentir (en embrassant l’Islam) ou qu’Il les châtie, car ils sont bien des injustes. » (Qur’an3/128)
 
L’acharnement des Qouraysh augmenta ainsi que leur nombre au fur et à mesure que l’un d’eux ratait son objectif mais en même temps, les Musulmans revenaient et grossissaient la muraille humaine qui se formait petit à pâtit autour de leur Compagnon bien-aimé. Et quand cette muraille humaine se compléta, plus aucun danger ne vint menacer le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après les blessures qu’il reçut lorsqu’il fut seul avec la poignée de Compagnons.
A la vue du courage et de l’esprit de sacrifice des Musulmans, les associateurs s’enragèrent de plus en plus et, par conséquent accentuèrent leur hargne au plus haut degré sans qu’ils ne puissent atteindre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). A chaque fois qu’une brèche s’ouvrait, un Musulman s’avançait et la colmatait devant les attaques meurtrières de Qouraysh, à tel point que sept valeureux Ansar tombèrent pour la défense du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

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