SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les Musulmans en état d’alerte
 
Comment le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut-il informé et comment prépara-t-il en conséquence son armée ?
 
Il est de notoriété que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) naquit à La Mecque et qu’à La Mecque habitaient encore ses oncles dont al-‘Abbas Ibn ‘Abd al-Mouttalib qui y était revenu, rappelons-le, après avoir acheté sa liberté à la suite de la défaite de Badr.
 
Al-‘Abbas, qui peut-être vécu la plus mauvaise aventure de sa vie, garda, malgré tout, son amour intact pour son neveu. Il faut dire qu’il l’estimait beaucoup au point où il eut toujours peur pour lui, bien qu’il ne fût pas encore converti à l’Islam.
 
Ce fut donc lui qui avait averti le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) quand Qouraysh termina ses préparatifs pour l’expédition. Il lui envoya avec un de ses hommes de confiance une lettre où il mentionna tous les détails importants concernant le nombre des troupes, le jour du départ, etc.
 
Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) reçut la lettre, alors qu’il était dans la mosquée de Qouba[5]. Et, comme il ne savait pas lire, il l’a donna à ‘Oubay Ibn Ka’b pour qu’il lui la lise. Dès qu’il fut été informé du contenu, il prit la première mesure et demanda à ‘Oubay Ibn Ka’b de ne révéler cette nouvelle à personne. Puis, il rentra aussitôt à Médine et contacta les seigneurs des Ansar et des Mouhajirine afin de faire face à la situation.
 
Quand toutes les dispositions furent prises, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna l’alerte et l’ordre de mobilisation générale. Tout Médine, plutôt tous les Musulmans se préparèrent alors en conséquence et prêts, les armes à la main, répondirent à l’appel du rassemblement.
 
Quiconque aurait pu voir Médine à ce moment aurait certainement pensé que quelque chose d’important allait se passer. Tous les Musulmans étaient sur le qui-vive, sabre au fourreau, lance à la main ou arc et carquois sur le dos, circulant dans les rues et ruelles de Médine, vaquant aux préparatifs de la bataille tout en restant attentifs à l’ordre de rassemblement qu’ils attendaient d’un moment à l’autre. Les armes ne les quittèrent même pas pendant les prières. Devant Allah, ils accomplissaient la prière armés et sitôt la prière accomplie, chacun revenait à la tâche qui lui avait été désigné.
 
Dans cette première étape du conflit, les activités essentielles dans le camp des Musulmans furent une surveillance accrue assurée par des patrouilles qui circulaient aux abords de Médine et même plus loin pour que la ville ne soit pas prise par surprise par les troupes de Qouraysh. D’autre part, pour protéger et assurer la sécurité du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), une garde composée d’Ansar fut assurée la veille précédant la réception des renseignements d’al-‘Abbas Ibn ‘Abd al-Mouttalib et parmi eux se trouvait Sa’d Ibn Mou’ad, Oussayd Ibn Houzayr et Sa’d Ibn ‘Oubadah.
 
Les patrouilles musulmanes menèrent à bien leur mission de surveillance, puisque deux d’entre elles réussirent à repérer les troupes Qouraysh à plusieurs Mayl[6] de Médine et informèrent immédiatement le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sur le camp choisi par l’ennemi et l’itinéraire suivi par les troupes.
 
D’après les indications de ces deux patrouilles, l’armée mecquoise suivit la vallée d’al-‘Aqiq puis avait bifurqué à droite avant d’installer son camp dans une Sabkha[7] près de la vallée de Qanat située au nord de Médine, plus précisément à côté de la montagne de ‘Aynayn appelée plus tard la montagne des Archers.
 
En aparté, il faut dire qu’avant d’arriver sur les lieux, les troupes de Qouraysh faillirent commettre un sacrilège. En effet, durant le trajet d’ailleurs habituel (la route occidentale) qui amena les guerriers mecquois à Médine en passant par ‘Ousfan, Khoulays, al-Jouhfa, Rabigh puis enfin al-Abwa’, Hind Bint ‘Outbah, la femme d’Abou Soufyan, incita les hommes à profaner la tombe d’Amina Bint Wahb, la mère du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Mais certains Qouraysh influents et raisonnables s’opposèrent vigoureusement en disant : « Cette porte ne doit pas être ouverte, sinon les Banou Bakr profaneront nos morts. » (As-Sirah al-Halabiya, t.2. p. 14).
 
Dès que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut informé de l’arrivée de l’armée mecquoise, il provoqua la réunion prévue de son conseil de guerre à laquelle prirent part tous ses lieutenants ainsi que les seigneurs des Aws et Khazraj dont ‘AbdAllah Ibn ‘Oubay Ibn Saloul, le célèbre hypocrite.
 
Dans cette réunion, tenue le 14 Shawwal de l’an 03 de l’Hégire, les discussions se polarisèrent essentiellement sur le choix du champ de bataille. A la lumière des témoignages rapportés dans les œuvres des chroniqueurs et des historiens, il apparait que le débat porta sur deux avis opposés : se retrancher à l’intérieur de Médine ou engager la bataille à l’extérieur de la ville. Le premier avis (le retranchement) fut exposé en détail par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et chose curieuse, fut soutenu par ‘AbdAllah Ibn Oubay. Quant à l’autre avis, il eut l’appui de la majorité du conseil.
 
Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se plia à la majorité non parce que ses lieutenants avaient raison mais parce qu’il remarqua l’ardeur et l’enthousiasme de leur jeunes à sortir croiser le fer en rase campagne (As-Sirah al Halabiya, t.2. p.14) et c’est peut-être pour cette raison qu’il ne voulut pas les contrarier et Allah Exalté est Plus Savant.
 
Toutefois après la réunion, ces jeunes et fougueux lieutenants, par sentiment de culpabilité revinrent trouver le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et lui dirent qu’ils étaient prêts à exécuter ses ordres : « Nous aurions dû ne pas te contredire et te forcer à engager le combat à l’extérieur de la ville. Fais ce que tu veux. Donne-nous l’ordre de combattre à Médine et nous obéirons ! » Mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne se rangea pas cette fois à leur opinion et maintint la décision prise en conseil : « Il ne convient à un Prophète de ranger ses armes après qu’il les a prises excepté dans le cas où Allah décide de l’issue du combat qui l’oppose à ses ennemis. Je vous ai appelé à combattre dans la ville mais vous avez préféré l’autre alternative. Par conséquent, craignez Allah, armez-vous de patience sur le champ de bataille et observez mes ordres ! »
 
Avec ce prompt rappel de son inébranlable volonté, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) montra à ses lieutenants que le temps n’était pas aux hésitations ou aux considérations subjectives. Puis, il donna l’ordre de se mettre en route aux combattants médinois qui étaient au nombre de mille à ce moment, juste avant le retrait des hypocrites.
 
En marche vers Ouhoud
 
Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) organisé sa petite armée comme suit :
1. Les Mouhajirine dont l’étendard fut confié à Mous’ab Ibn ‘Oumayr al-Abadri.
2. Les Aws dont l’étendard fut confié al-Houbab Ibn al-Moundir.
3. Les Khazraj dont l’étendard fut confié à Oussayd Ibn Khouzayr.
 
Après la désertion des hypocrites, l’armée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se réduisit à sept cents combattants dont un seul cavalier et cent boucliers de protection.
 
L’armée médinoise se mit alors en marche et lorsqu’elle arriva à la tombée de la nuit près d’ash-Shaykhan (deux petites montagnes), elle s’arrêta sur ordre du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). A cet endroit, il passa d’abord en revue les troupes et du fait de leur jeune âge, il congédia quelques jeunes dont ‘AbdAllah Ibn ‘Umar Ibn al-Khattab, Zayd Ibn Thabit, Oussama Ibn Zayd, Zayd Ibn Arqam, al-Bara’ Ibn ‘Azib, Oussayd Ibn Dahir, ‘Araba Ibn Aws, Abou Sa’d al-Khoudr, Zayd Ibn Haritha l’Ansar, Rafi’ Ibn Khadij, Samourah Ibn Joundoub et Sa’d Ibn Habatah.
 
Ensuite, il dirigea la prière du Maghrib et celle du ‘Isha avant de passer la nuit avec ses Compagnons et les fameux hypocrites qui n’avaient pas encore dévoilé leur plan. Ils dormirent donc tous à cet endroit sous l’étroite surveillance de cinquante sentinelles et Dhakwan Ibn ‘Abd Qays assura la garde du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 
La trahison des hypocrites et leur désertion
 
Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) reprit le chemin avec son armée avant même le lever du soleil et à ash-Shawat, il s’arrêta pour diriger la prière Soubh alors que tous les Musulmans portaient les armes car l’ennemi était désormais en face d’eux.
 
C’est à cet endroit que ‘AbdAllah Ibn Oubay se rebella puis déserta avec trois cents nommes qui accompagnèrent l’armée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Ces 300 hommes et à leur tête Ibn Oubay étaient tous des hypocrites.
 
Cet hypocrite notoire revint donc à Médine avec son détachement de viles hypocrites après avoir protesté contre la décision du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et dit : « Il (le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) m’a désobéi et obéi à ces jeunes qui ne savent même pas raisonner. Il va donc voir. » Puis il ne cessa de tenter de provoquer une scission dans les rangs des Musulmans en disant : « Pourquoi sacrifierons-nous nos vies ? Retournez chez vous, o gens ! »
 
Avec cette déclaration, l’hypocrite Ibn Oubay dévoila son véritable dessein qui n’était rien d’autre que de semer le trouble et le doute dans l’armée musulmane devant l’ennemi qui était très proche et visible. Signalons, qu’il failli réussir dans sa tentative car les Banou Haritha des Aws et les Banou Salamah des Khazraj influencés par les propos de ce grand hypocrite, furent sur le point de se retirer et retourner à Médine.
 
Cela aurait pu être une catastrophe pour l’Islam si ces deux tribus s’étaient retirées du champ de bataille et laissé le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) seul avec le reste de ses Compagnons. Mais, grâce à l’intervention d’Allah, ces deux tribus résistèrent à la tentation et luttèrent au côté du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) jusqu’à la fin de la bataille.
 
Ce sont d’ailleurs ces deux tribus qui sont désignées par Allah dans le Qur’an : « Quand deux de vos groupes songèrent à fléchir ! Alors qu’Allah est leur allié à tous deux ! Car, c’est en Allah que les croyants doivent placer leur confiance. » (Qur’an 3/122)
 
Malgré cette inqualifiable trahison, ‘AbdAllah Ibn ‘Amrou Ibn Haram, un des seigneurs Khazraji les plus influents, essaya de persuader les hypocrites de revenir sur leur décision en leur rappelant que cet acte était contraire au code de l’honneur et même aux simples bases de la vie de l’homme. Dans sa tentative de persuasion, il les suivit jusqu’à dans leur retrait en disant : « Je vous conjure, n’abandonnez pas les vôtres et votre Prophète alors que l’ennemi est là. » Et les hypocrites au lieu de rester silencieux, ils eurent l’audace de dire : « Si nous avions su que vous lutteriez, nous ne serions pas venus avec vous. »
 
A l’adresse de ‘AbdAllah Ibn Oubay et de son détachement d’hypocrites, Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, fit descendre ce Verset : « …Et qu’Il distingue les hypocrites. On avait dit à ceux-ci : « Venez combattre dans le sentier d’Allah, ou repoussez [l’ennemi], » ils dirent : « Bien sour que nous vous suivrions si nous étions surs qu’il y aurait une guerre. » Ils étaient, ce jour-là, plus près de la mécréance que de la foi. Ils disaient de leurs bouches ce qui n’était pas dans leurs cœurs. Et Allah sait fort bien ce qu’ils cachaient. » (Qur’an 3/167)
 
Cette rébellion perfide dirigé par ‘AbdAllah Ibn ‘Oubay à ce moment précis fut sans aucun doute une action sordide et un complot ignoble qui visait à faire voler en mille morceaux l’unité de l’armée de Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et d’affaiblir par conséquent la cohésion et la force des Musulmans juste avant la bataille. Mais, grâce à Allah, ce complot échoua lamentablement, car le chef des hypocrites ne se retira qu’avec ses compères et, s’ils étaient restés avec les Musulmans, leur présence aurait été un dangereux facteur de division et de désintégration de l’armée.
 
C’est comme si Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, voulu montrer aux Musulmans les véritables intentions des hypocrites. La défection de ces derniers à cet endroit fut en quelque sorte une purification de l’armée de Muhammad, par laquelle Allah élimina les conspirateurs et les défaitistes. Allah Exalté n’a-t-il pas dit dans Son Noble Qur’an : « S’ils étaient sortis avec vous, ils n’auraient fait qu’accroitre votre trouble et jeter la dissension dans vos rangs, cherchant à créer la discorde entre vous. Et il y en a parmi vous qui les écoutent. Et Allah connait bien les injustes. » (Qur’an 9/47).
 
 
Cette défection ne passa pas sans qu’elle provoqua quelque malaise parmi les Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). En effet, les Musulmans se divisèrent quant au traitement à réserver à ces traitres. Certains voulurent les punir sur place en les exécutants sans délai avant d’affronter les Qouraysh tandis que d’autres dont le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pensèrent qu’il valait mieux les laisser à leur sort.
 
Ce second jugement, décidé par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en tant que commandant de l’armée, fut le plus juste et le plus perspicace pour tout spécialiste militaire car si les Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avaient combattus les hypocrites, les conséquences auraient pu être très graves, désastreuses et impossibles à maitriser.





[1] Soulaym : Une tribu ‘Adnani habitant les hauteurs de Najd.[2] Ghatafan : Une tribu Qahtani voisine des Banou Soulaym.[3] Les Tha’labah Ibn Oumayyah, une branche de Ghatafan.[4] Les Mouharib Ibn Hit Ibn Bahtha, une branche des Soulaym.[5] Qouba que vous devez tous connaitre : un petit village à un peu plus d’une heure de marche de la mosquée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) où habitaient les Banou ‘Amrou Ibn ‘Awf (des Ansar).[6] Mayl : une unité de mesure de distance arabe que nous traduisons par mile.[7] Sabkha : marécage salé, parfois temporairement asséché

 

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