SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La bataille

Les deux armées désormais face à face attendirent qui lancerait l’attaque le premier. Ce fut Abou Jahl qui, de peur d’une autre opposition, précipita les événements. Il appela ‘Amir Ibn al-Hazrami et l’incita à se venger des Musulmans qui avaient tué son frère ‘Amrou Ibn al-Hazrami lors de la patrouille de reconnaissance d’Abdallah Ibn Jahsh.

‘Amir fut l’étincelle qui jeta les troupes de Qouraysh dans la bataille. Il lui avait suffi d’un mot, comme de tradition, pour les monter contre les Musulmans.

De l’autre côté, les Musulmans étaient sur le pied de guerre. Dès qu’ils prirent position à l’endroit choisi par al-Houbab Ibn al-Moundir, un poste de commandement pour le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avec sa garde composée de jeunes Ansar fut établit sur la proposition de Sa’d Ibn Mou’ad.

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avait déjà organisé les premières lignes et dit aux Musulmans : « Par Celui qui détient la vie de Muhammad, ne les combat aujourd’hui que l’homme patient, estimable, qui avance et ne recule pas jusqu’à l’instant où Allah Exalté l’accueille dans Son Paradis. »

Ses paroles furent d’une telle force que ‘Oumayr Ibn al-Hamam, qui tenait dans sa main quelques dattes, les jeta et dit avec détermination : « Quel honneur, il n’y a que cela entre moi et le Paradis ! »

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) recommanda aussi à ses Compagnons de ne pas commencer les premiers la bataille, d’attendre ses ordres et de tirer sur l’ennemi des flèches s’ils seraient encerclés avant de revenir à son poste en compagnie d’Abou Bakr as-Siddiq (radhiyallahou ‘anhou).

Lorsque les deux armées furent en vue l’une de l’autre, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se tourna vers Allah Exalté et persista dans ses prières, disant : « O Allah ! Si Tu fais périr ce groupe (les Musulmans), Tu ne seras plus adoré sur terre. »

Et l’affrontement se produisit. Le premier à tomber sur le champ de bataille fut un kamikaze des Qouraysh, al-Aswad Ibn ‘Abd al-Aswad al-Makhzoumi, qui avait juré auparavant de boire puis de détruire ou de périr devant le puit aménagé et gardé par les Musulmans. Ce fut Hamza Ibn ‘Abd al-Mouttalib (radhiyallahou ‘anhou) qui l’empêcha de boire en le tuant au bord du bassin.

La mort du Makhzoumi suffit pour déclencher la bataille et trois cavaliers polythéistes sortirent des rangs et vinrent lancer un duel : Shaybah Ibn Rabi’ah, ‘Outbah Ibn Rabi’ah et son fils al-Walid, tous les trois descendants de ‘Abd al-al-Manaf, l’aïeul du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Trois jeunes Ansar, ‘Awf et Mi’wath Ibn Afra’ et ‘Abdallah Ibn Rawahah leurs répondirent et s’avancèrent mais les trois Qourayshi refusèrent de se mesurer à eux car ils voulaient d’un duel interne entre Qourayshi. Alors, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) désigna Hamza Ibn Abd al-Mouttalib, ‘Oubaydah Ibn al-Harith et ‘Ali Ibn Abou Talib (radhiyallahou ‘anhoum), tous les trois de la même famille (de ‘Abd al-Manaf) qui se chargèrent des Qouraysh : ‘Ali/al-Walid, ‘Oubaydah/Shaybah, Hamza/‘Outbah.

L’issue du duel fut en faveur des Musulmans, ‘Ali et Hamza sortirent victorieux mais ‘Oubaydah, après avoir tué Shaybah Ibn Rabi’ah, mourut entre les mains du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), suite à une grave blessure grave qu’il reçut durant le duel.

Furieux, les guerriers polythéistes fondirent sur les combattants musulmans qui résistèrent aux assauts répétés en attendant le signal du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Cette tactique de défense entama la patience et aussi la détermination des Qouraysh.


Ce fut le moment idéal pour la contre-attaque qui se déclencha subitement et avec force. Les rangs musulmans martelèrent les forces éparses de Qouraysh tandis que durant tout ce temps, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) suivit attentivement tous les mouvements et remarquait le courage de ses combattants.

Al-Boukhari a rapporté : « Qu’au fil et à mesure de l’intensification de la bataille, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) disait : « O Allah ! J’en appelle à Ton engagement et à Ta promesse. O Grand Seigneur ! Si Tu veux ne jamais être adoré après ce jour. » Abou Bakr lui serra la main et lui dit : « Cela suffit, ô Messager d’Allah. Tu insistes trop sur Ton Seigneur. » »

Ibn Ishaq a rapporté : « Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) s’assoupi puis se réveillé et dit à Abou Bakr : « Bonne nouvelle, ô Abou Bakr. La victoire d’Allah arrive ! » »

Les anges participèrent à la bataille pour renforcer le moral des Musulmans comme cela est mentionné dans le Noble Qur’an : « (Et rappelez-vous) le moment où vous imploriez le secours de votre Seigneur et qu’Il vous exauça aussitôt : « Je vais vous aider d’un millier d’Anges déferlant les uns à la suite des autres. Allah ne fit cela que pour (vous) apporter une bonne nouvelle et pour qu’avec cela vos cœurs se tranquillisent. Il n’y a de victoire que de la part d’Allah. Allah est Puissant est Sage. » (Qur’an 9/9-10)

Après quoi, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se jeta dans le feu de la bataille en disant : « Leur rassemblement sera bientôt mis en déroute, et ils fuiront. L’Heure, plutôt, sera leur rendez-vous, et l’Heure sera plus terrible et plus amère. » (Qur’an 54/45-46)

Et effectivement, la bataille ne dura pas plus longtemps.

Abou Jahl essayait vainement d’organiser ses troupes mais la défaite était déjà sur eux. Du point de vue purement militaire, Abou Jahl était un homme courageux qui ne craignait pas la mort mais il était têtu et obstiné. Sa mort vint des mains de Mou’ad Ibn ‘Amrou Ibn al-Jamouh l’Ansari qui le blessa gravement en lui coupant la jambe au niveau du mollet. Son fils ‘‘Ikrimah intervint tardivement et trancha la main de Mou’ad. Quant à la troupe des polythéistes, elle s’enfuit.

Quand la bataille se termina, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) voulut connaitre le sort réservé à Abou Jahl. On entama alors les recherches et ce fut ‘AbdAllah Ibn Mas’oud qui le trouva en train de mourir et qui répondit à sa question (A qui la victoire aujourd’hui ?) : « A Allah Exalté, à Son Messager et aux Croyants. »

Abou Jahl, lors de sa rencontre avec al-Akhnas Ibn Shourayq, à Rabigh, répondit secrètement à la curiosité de ce dernier : « Comment ment-il (le Prophète) sur Allah Exalté, alors qu’on l’appelle l’Honnête ? Car il n’a jamais menti. Mais qu’est-ce qui nous restera si se réunissent chez les ‘Abd al-Manaf, as-Siqaya, ar-Rifada, al-Hijaba et al-Mashoura et en plus an-Noubouwa (prophétie) ? »

Les Musulmans firent de nombreux prisonniers qu’ils ramenèrent à Médine et parmi eux, se trouvait l’oncle du Prophète al-‘Abbas Ibn Abd al-Mouttalib. Les Banou Hashim furent épargnés lors de l’affrontement, sur la demande du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), car il savait qu’ils furent contraints de participer à la bataille.

Ainsi la bataille de Badr finit par la victoire des Musulmans qui ne s’étaient pas du tout préparés pour la circonstance sur les mécréants de Qouraysh qui perdirent sur le champ de bataille 70 des leurs dont plus de 20 chefs et seigneurs. Les Musulmans réussirent à faire prisonniers 70 Qourayshi.

Les Musulmans, quant à eux, enregistrèrent la perte de 14 combattants ; six Mouhajirine et huit Ansari.

 

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