SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Le complot

 

Qouraysh prit enfin une grave décision au début du mois Rabi’ Awwal de l’an 13 après la Révélation : assassiner le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Tous les notables étaient présents mais ceux qui furent les plus en vue furent :
1 – Abou Jahl
2 – Joubayr Ibn Mout’im al-Harith Ibn ‘Amir et Tou’ayma Ibn Ouday
3 – ‘Outbah Ibn Rabi’ah, son frère Shaybah et Abou Soufyan Ibn Harb
4 – An-Nazr Ibn al-Harith Ibn Kilda
5 – Abou al-Boukhtouri Ibn Hisham, Zoum’a Ibn al-Aswad
6 – Nabih et Mounbih, fils d’al-Hajjaj
7 – Oumayyah Ibn Khalaf

Comment l’assassinat devrait-il être exécuté ? Chaque tribu désignerait un jeune homme et ensuite tous les jeunes hommes, armés d’épées, s’introduiraient de nuit dans la maison du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour commettre leur crime. Le sang du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se répartirait ainsi entre toutes les tribus Qouraysh. Et ainsi les Banou ‘Abd al-al-Manaf ne pourraient pas mener la guerre contre toutes ces tribus.

Néanmoins, ce plan ne se réalisa qu’en partie et cette nuit-là, les mécréants encerclèrent la maison du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui se trouvait encore chez lui mais qui savait déjà ce qui se tramait : Jibril (‘aleyhi salam) descendit chez le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), rapporte Ibn Ishaq, et lui dit : « Ne dors pas cette nuit dans ton lit comme tu en as l’habitude. »

Les mécréants surveillèrent la maison en attendant le moment convenu qui était après minuit mais la machine du complot se grippa et le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) réussit à passer le cercle des guetteurs endormis. Il jeta même sur eux un peu de terre tout en récitant le Verset : « Et Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière derrière eux ; Nous les recouvrirons d’un voile : et voilà qu’ils ne pourront rien voir. » (Qur’an 36/9)

Allah Exalté ne dit-Il pas dans le Noble Qur’an : « (Et rappelle-toi) le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t’emprisonner ou t’assassiner ou te bannir. Ils complotèrent, mais Allah a fait échouer leur complot, et Allah est le meilleur en stratagèmes. » (Qur’an 8/30)

Un des Qouraysh, qui n’était pas présent, réveilla les assaillants de leur sommeil et les sermonna pour avoir laissé échapper le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Ne le croyant pas, ils allèrent vérifier et ne trouvèrent en fin de compte que ‘Ali Ibn Abi Talib (radhiyallahou ‘anhou) allongé à la place du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Mais, qu’est-ce qui empêcha les Qouraysh de violer la maison du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ? Cet événement fut rapporté par as-Sahili dans son livre ar-Rawdh al-Anif : « Les assaillants essayèrent de sauter par-dessus le mur mais une femme cria, les empêchant ainsi de pénétrer de force et se sentant gênés si les Arabes entendaient qu’ils avaient fait le mur des maisons des cousines, ils différèrent l’exécution du meurtre jusqu’à la sortie du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de chez lui. Puis, un voile fut mis sur leurs yeux et ils ne le virent pas sortir.

 


L’Hijrah  ou l’Hégire

Après sa sortie, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se dirigea sans tarder vers la maison d’Abou Bakr as-Siddiq (radhiyallahou ‘anhou) et lui dit qu’Allah Exalté lui avait donné l’ordre de quitter le pays et de s’exiler (l’Hégire, al-hijrah). Puis, ils sortirent ensemble par derrière la maison avec quelques bagages tandis que les Qouraysh encerclaient encore la maison du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Les deux Compagnons s’étaient déjà mis en route bien avant l’aurore, guidés dans leur pénible voyage, par un éclaireur nommé ‘Abdallah Ibn Arqat, un commerçant de la tribu des Bani ad-Di’al, qu’Abou Bakr avait payé à cet effet. Pour ne pas être surpris par les mécréants, ils prirent la route du sud qui allait vers le Yémen, évitant ainsi intentionnellement la route du nord qui menait vers Médine. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) savait que toute la région serait sous une telle surveillance qu’il serait dangereux de faire le voyage aussi, interrompirent-ils la marche dès le matin de cette nuit historique et décidèrent-ils d’un commun accord de se cacher momentanément dans une cavité située dans la montagne Thawr, au sud de La Mecque, ou ils y restèrent cachés trois jours durant lesquels les recherches ne s’arrêtèrent pas à cause de la prime assurée ; cent chamelles pour celui qui ramènerait le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) mort ou vif.

Les poursuivants se rapprochèrent de la cavité ou ils étaient dissimilés mais aveuglés, ils ne virent pas les deux Compagnons. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit à Abou Bakr (radhiyallahou ‘anhou) effrayé : « Que dis-tu de deux unis dont Allah Exalté est le troisième, ô Abou Bakr ? »

Durant ces jours passés dans la cavité, les deux exilés reçurent la visite de ‘Abdallah Ibn Abou Bakr et de ‘Amir Ibn Fahira, un esclave affranchi d’Abou Bakr, les seuls à connaitre leur cache. Le premier avait pour mission d’informer le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et son père sur ce qui se passait à La Mecque tandis que le second de les ravitailler et de couvrir à l’aide de son troupeau, les traces des empruntes du fils d’Abou Bakr.

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et son Compagnon ne reprirent le chemin de l’exil qu’après s’être assurés que leurs poursuivants avaient relâché leur vigilance. Devant eux, ‘Abdallah Ibn Arqat ouvrait le chemin et avec eux ‘Amir Ibn Fahira qui s’associa au voyage historique. Pour plus de sécurité, l’éclaireur les emmena plus au sud en direction du Yémen puis bifurqua vers l’ouest en direction de la mer Rouge. Puis, tous les quatre, longèrent la côte en allant vers le nord, toujours à l’écart des routes habituellement empruntées par les voyageurs, jusqu’à leur arrivée dans le village de Qouba dans les environs de Médine.

Bien qu’ils laissèrent loin derrière eux la zone dangereuse, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et Abou Bakr (radhiyallahou ‘anhou) restèrent constamment sur leur garde sachant que leurs têtes étaient mises à prix d’autant plus qu’ils furent rattrapés par un cavalier du nom du Souraqah Ibn Malik, un notable de la tribu de Kinana qui se converti à l’Islam plus tard. Quand il les vit, il se précipita sur eux, ayant en tête la grande récompense mais son cheval se baissa et il fut violemment projeté à terre devant le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et demanda alors la sécurité. Venu avec l’intention de nuire au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), il repartit sain et sauf avec une garantie et de retour à La Mecque, il n’informa personne de sa rencontre.

Cette menace écartée, plus rien ne se mis en travers de leur chemin vers Médine et ils accomplirent leur voyage en onze jours.

Médine

Les Médinois informés du départ des deux Compagnons, s’impatientaient de les voir arriver enfin parmi eux. Ce fut un Juif qui les vit le premier et qui donna l’alerte : « Oh, Banou Qila (les Ansar) ! Votre ami arrive ! » Et ce fut une vague de joie qui déferla sur tous les Médinois qui allèrent à la rencontre de Muhammad Ibn ‘Abdallah, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Avant de rentrer dans Médine, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), Abou Bakr (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), Ibn Fahira et l’éclaireur furent accueillis dans le village de Qouba par les Banou ‘Amrou Ibn ‘Awf chez qui ils passèrent quatre jours, Durant ces quelques jours, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) bâtit une mosquée, appelée désormais Masjid Qouba. Après quoi, il rentra dans Yathrib. Pendant son trajet vers le centre de Médine, chacun des chefs des tribus l’invitèrent à venir habiter dans leur maison mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) déclina poliment chaque offre et sur le dos de sa chamelle dont il avait lâché la bride pour laisser l’animal libre de ses mouvements, elle traversa les rues de la ville tandis que les Musulmans en liesse lui ouvraient le passage, la suivaient curieux de l’endroit où elle allait s’arrêter sous le regards des Juifs et les polythéistes.

La chamelle s’arrêta alors dans un endroit particulier où elle se mit à terre. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) descendit alors et demanda à qui appartenait l’endroit. « A Sahl et Souhayl, fils de ‘Amrou, deux orphelins, » lui répondit Mou’az Ibn Afra’, « ils te l’offriront de bon cœur. » C’est à cet endroit ou fut bâtie la mosquée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et sa demeure.

Dorénavant, Médine allait devenir le rempart de la nouvelle communauté et le centre d’où rayonnerait l’Islam cependant, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) devait trouver une solution immédiate a trois problèmes majeurs :
1 – Le conflit chronique entre les Aws et les Khazraj.
2 – Le problème des réfugiés mecquois qui avaient laissé leurs biens, et qui dès lors se retrouvaient pauvres et sans revenus.
3 – Les éléments juifs de la région, avec leur poids politique, économique et militaire dans la société médinoise.

La mosquée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut tout d’abord construite pour la pratique des rites de la nouvelle religion et pour permettre aux Musulmans de se rencontrer pour discuter des différents problèmes. Cette mosquée était d’une extrême simplicité; sa surface étant de cent sur cent coudées, couverte de gravier et de sable, ses piliers des troncs de palmiers, son toit de palmes, et ses murs de paille mélangée à de la terre (toub).

Le premier discours du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dans cette mosquée fut rapporté par al-Bayhaqi d’après le témoignage de ‘Abd ar-Rahman Ibn ‘Awf : « O gens! Travaillez pour le salut de vos âmes. Par Allah, vous savez bien qu’un jour l’un de vous sera certainement foudroyé et laissera son troupeau sans berger. Et là, Son Seigneur lui dira avec certitude, sans intermédiaire et sans voile qui le cache : « Mon Messager ne t’est-il pas parvenu et informé ? Ne t’ai-Je pas donné des richesses et plus ? Qu’as-tu donc fait pour ton salut ? » Et là, il (le serviteur) regardera à droite puis à gauche mais ne trouvera rien. Ensuite, il regardera devant lui et ne trouvera que la Géhenne. Celui qui peut donc sauver son âme du Feu, même avec un morceau de datte, qu’il le fasse, et celui qui ne peut pas, qu’il le fasse avec un mot gentil. La récompense d’une bonne action est multipliée par dix et jusqu’à sept cents fois sa valeur. Et que la paix, la miséricorde et les bénédictions d’Allah soient sur vous et sur le Messager d’Allah. »

 

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