SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La bataille de Badr


L’acharnement des Qouraysh


Le Messager d’Allah, Muhammad Ibn ‘Abdallah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) passa après la Révélation treize années à La Mecque durant lesquelles il appela pacifiquement les gens à embrasser l’Islam. Cependant, ses ennemis usèrent tous les moyens pour l’amener à renoncer à sa noble mission (agressions, moqueries, mensonges, menaces, tentatives de corruption…) à tel point qu’au début, ils remportèrent un large succès et réussirent à éloigner les gens de lui.

A ce propos, voici ce qu’a rapporté Ibn Hisham : « Parmi les choses très dures que supporta le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), il est ceci : « Un jour, alors qu’il prêchait on le traita de menteur et on lui fit beaucoup de mal partout où il passait. Tout Qouraysh se leva ce jour-là, contre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), avec ses esclaves et ses hommes libres. Il fut alors contraint de rentrer chez lui pour ne pas s’effondrer. Chez lui on le couvrit d’un vêtement et Allah Exalté fit descendre sur lui la Qur’an de l’Enveloppé : « O toi, l’enveloppé [dans tes vêtements] ! Lève-toi [pour prier], toute la nuit, excepté une petite partie… » (Qur’an 73/1)

Les actions nuisibles de propagande contre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne se limitèrent pas dans la tribu de Qouraysh mais s’étendirent aussi aux autres tribus du pays. Ainsi les Qouraysh constituèrent des délégations qu’ils envoyèrent en mission à ces tribus pour contrecarrer le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), le mettre en échec par le mensonge et la diffamation. De même, lors du pèlerinage, des groupes d’hommes nuisaient au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui réussit toutefois à convaincre à sa juste cause un bon nombre de pèlerins.

Voyant son audience s’étendre au-delà de La Mecque, les notables de Qouraysh se réunirent dans « Dar an-Nadwa » pour se consulter et prendre de nouvelles décisions car ils voyaient en lui (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) un danger qui menaçait constamment leurs croyances et un affront envers leurs dieux. Le premier qui prit la parole fut al-Walid Ibn al-Moughirah al-Makhzoumi. Une discussion s’ensuivit dont voici la teneur :
– « Le pèlerinage est proche, et les pèlerins arabes vont arriver en grand nombre, » dit al-Walid, « ils ont eu écho de ce que dit cet homme (le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)). Unissez-vous donc et ayez une position commune. »

– « C’est toi le Grand des ‘Abd ash-Shams. Conseille-nous et nous exécuterons, » lui répondirent-ils.
– « C’est plutôt vous qui devez parler. J’écoute. »
Et là, les orateurs se succédèrent pour donner leurs avis. L’un d’eux dit :
– « Nous dirons que c’est un devin. »
– « Non, » répliqua al-Walid, « par Allah Exalté, il n’est pas un devin. Nous connaissons les devins. Ses paroles ne sont pas des bredouillements de devin. »
– « Alors colportons qu’il est fou, » proposa un autre.
– « Non, » répondit encore al-Walid, « il n’est pas fou. Nous connaissons ce qu’est la folie. » Les paroles qu’il prononce ne sont pas des divagations de fou. »
– « Disons alors que c’est un poète, » suggéra un autre notable.
– « Non, » s’opposa-t-il encore une fois, « il n’est pas poète. Nous connaissons toute la poésie. Non, ce qu’il dit n’est pas de la poésie. »
– « Nous dirons donc que c’est un sorcier, » insista un autre notable.
– « Il n’est pas sorcier, » leur répondit-il, « nous avons vu les sorciers et leurs tours. Ce ne sont pas des paroles de sorcier… »
– « Alors, que devrions-nous dire, ô Grand des ‘Abd ash-Shams ? »
– « Je jure, » leur dit-il « en toute franchise, que ce qu’il dit est agréable, que sa source est toute différente de ce que nous connaissons, que ses propos ne sont que des fruits succulents à portée de main. Ce que vous venez de dire est faux. Cependant, vous pouvez dire de lui, sans le qualifier de sorcier, que c’est un individu qui répand des paroles magiques provoquant des afflictions et des divisions entre le père et son fils, le frère et son frère, le mari et sa femme et l’homme et son clan. »
Tous les notables acceptèrent alors l’idée d’al-Walid, puis passèrent immédiatement à son exécution.

Ibn Ishaq a rapporté : « … Ils colportèrent cela aux pèlerins qu’ils rencontrèrent mais personne ne prit au sérieux leur calomnie et le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sortit vainqueur face à ses nombreux ennemis si bien qu’on parla désormais de lui et de son Message dans toutes les contrées d’Arabie. »

Cette adversité, ces entraves et ces accusations fomentées par Qouraysh n’entamèrent en rien la volonté du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et il persévéra dans sa mission si bien que les rangs des Musulmans grossirent tout comme la colère et l’angoisse des Qouraysh.



Abou Talib

Le gain des succès successifs poussèrent les notables de Qouraysh à opter pour une autre solution dans l’espoir de voir le Prophète Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) abdiquer. Ils envoyèrent alors à Abou Talib, l’oncle du Prophète, une délégation qui exprima leurs vives protestations. Abou Talib, doyen des Hashim et protecteur du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) après la mort de son grand-père ‘Abd al-Mouttalib, reçut la délégation de « Dar an-Nadwa » dans le « Cercle » des Bani Hashim, et, devant les notables de la famille des Bani ‘Abd al-Manaf, écouta le chef de la délégation dire : « Ecoute, Abou Talib… Tu es considéré et respecté parmi nous. Nous t’avons déjà demandé de retenir ton neveu, mais tu n’as point fait. Par Allah, nous ne pouvons supporter davantage. Ton neveu persiste à insulter nos « pères, » à qualifier de stupides nos croyances et à tourner en dérision nos dieux. Nous ne pouvons tolérer cela. Ordonne-lui d’arrêter, sinon nous le combattrons et toi avec jusqu’à ce que périsse l’un de nous. »

Ce violent avertissement provoqua en ‘Abou Talib, déjà d’un âge avancé, un sentiment d’impuissance. Il convoqua son neveu après le retrait de la délégation, l’informa de l’avertissement des Qouraysh puis lui demanda de cesser de critiquer leurs dieux, de l’épargner et de ne pas l’accabler encore plus car il ne pourrait supporter davantage.

La réponse du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne tarda à venir. Sans hésiter et sans céder aux pressions des Qouraysh, il dit à son vieil oncle : « O mon oncle ! Par Allah, je n’abandonnerai pas cette mission, même si l’on déposait le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche. » Sur ce, il se retira du conseil des Banou Hashim. Abou Talib le rappela aussitôt alors qu’il était déjà dehors et lui dit sans le moindre regret : « Va, fils de mon frère et dis ce que tu veux. Je ne te livrerai pour rien au monde. Je le jure. » Puis, il convoqua tous les notables des Banou Hashim et des Banou al-Mouttalib, les informa de la gravité de la situation, (parce qu’il entrevoyait la réaction des Qouraysh,) et leur demanda enfin de l’épauler et de l’aider à protéger Muhammad. Tous, idolâtres et Musulmans, répondirent positivement à l’appel de leur doyen excepté Abou Lahab, l’oncle du Prophète, qui déclara son hostilité.

Ainsi, un nouveau tournant marqua la lutte entre l’Islam et l’idolâtrie : Les craintes des Qouraysh augmentèrent après la position des Banou Hashim et des Banou al-Mouttalib, deux tribus qui pesaient lourdement parmi les tribus mecquoises tant sur le plan militaire que politique.

Certes, les Qouraysh pensèrent à mener une guerre contre les deux tribus du fait de leur alignement sur la position d’Abou Talib mais ne purent la déclarer à ce moment-là de peur que cette guerre ne lui soit profitable. Alors, ils optèrent pour l’astuce du marchandage, lors d’une assemblée de ses notables tenue à « Dar an-Nadwa. »

‘Outbah Ibn Rabi’ah fut chargé de proposer le marché au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Voici ce qui fut dit lors de la rencontre :
– « Si tu veux être riche par ce que tu inventes, nous te ferons une collecte jusqu’à ce que tu sois le plus riche d’entre nous ; si tu veux être traité avec tous les égards, tu seras effectivement notre seigneur et si tu veux un royaume, nous te donnerons tout. Et si ce qui t’arrive est pure démence dont tu ne peux te débarrasser, nous t’apporterons tous les soins et nous dépenserons tout l’argent nécessaire jusqu’à ta guérison du démon qui t’habite. » Quand il finit, le Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) voulut s’assurer qu’il avait fini.
– « Oui, » lui répondit-il. « Ecoute-moi alors. »
– « Parle. »
– « Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ha, Mim. [C’est] une Révélation descendue de la part du Tout Miséricordieux, du Très Miséricordieux. Un Livre dont les versets sont détaillés (et clairement exposés), un Houzayr [lecture] arabe pour des gens qui savent, annonciateur [d’une bonne nouvelle] et avertisseur. Mais la plupart d’entre eux se détournent ; c’est qu’ils n’entendent pas. » (Qur’an 41/1-3)

Le Prophète d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) continua à réciter les versets de cette Qur’an pendant que ‘Outbah écoutait attentivement. Quand il arriva au verset de la « Prosternation, » il s’arrêta de psalmodier pour se prosterner à Allah Exalté puis dit à ‘Outbah :
-« Tu as entendu ce que tu as entendu, » lui signifiant son refus de tout marchandage.

Stupéfait par l’écoute de ces versets, ‘Outbah sortit sans dire un mot et alla rendre compte aux notables de La Mecque du résultat de l’entrevue :
-« Par Allah, je n’ai jamais rien entendu de pareil. Par Allah, ce n’est ni de la poésie, ni de la sorcellerie, ni non plus des paroles de devin. Laissez cet homme libre avec ce qu’il fait. Abstenez-vous de le contrarier. Je jure que son discours, dont j’ai entendu une partie, sera un grand événement… et s’il (le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)) règne sur les Arabes, son règne sera vôtre tout comme sa gloire. »

Mais personne n’écouta ce judicieux conseil de ‘Outbah mais on lui dit qu’il avait été lui-même ensorcelé. L’échec consommé, les Qouraysh se réunirent encore mais cette fois pour passer à une nouvelle étape de l’affrontement et mettre en application un plan de guerre économique et d’embargo social contre les Banou Hashim et les Banou al-Mouttalib, enragés une nouvelle fois à cause des succès successifs du Message divin, devenu habituel pour les Qouraysh, et à cause de la dernière conversion à l’Islam de ‘Umar Ibn al-Khattab et de Hamza Ibn ‘Abd al-Mouttalib (radhiyallahou ‘anhoum) qui apportèrent aux Musulmans tout leur poids et leurs réputations très estimés à juste titre dans toutes les tribus mecquoises.



L’embargo

A propos de cet événement, Ibn Ishaq rapporta : « Quand Qouraysh vit que les Compagnons du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avaient trouvé paix et sécurité chez an-Najashi, que ‘Umar avait déclaré sa conversion à l’Islam, qu’ils avaient, lui et Hamza Ibn ‘Abd al-Mouttalib, rallié le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons, que l’Islam se répandait à grande vitesse, ses notables se réunirent et signèrent un pacte contre les Banou Hashim et les Banou al-Mouttalib. »

Ce pacte, qui interdisait tout mariage et tout commerce avec ces deux tribus, fut accroché à l’intérieur de la Ka’ba. Les Banou Hashim et les Banou al-Mouttalib décidèrent aussi à leur tour de défendre le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et le seul qui sortit des rangs des Banou Hashim fut Abou Lahab (‘Abd al-‘Ouzzah Ibn ‘Abd al-Mouttalib) qui rallia les Qouraysh.

Ainsi l’affrontement s’accentua et eut pour conséquence un embargo total qui allait durer trois années. Pendant ces trois longues années, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), ses Compagnons, les Banou Hashim et les Banou ‘Abd al-Mouttalib, qui les défendaient, endurèrent privations et souffrances dans les collines de La Mecque. Une surveillance des plus implacables fut imposée tout le long des chemins menant vers les collines où se trouvaient les Musulmans et ceux qui veillaient sur la sécurité du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Par cet embargo brutal, Qouraysh voulut faire pression sur les proches du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) afin qu’ils l’abandonnent seul et qu’ainsi, il ne serait plus un danger pour leurs croyances et leurs dieux. Mais, cela ne changea rien au courage et à la ténacité des hommes. Malgré la faim et la soif, ils tinrent ferme grâce aussi au précieux soutien de quelques commerçants mecquois qui leur passaient en contrebande des victuailles nécessaires à leur survie. Cependant, cet embargo allait se terminer par le décès de Khadija Bint Khouwaylid (radhiyallahou ‘anha), la femme du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui mourut des suites de cet embargo à l’âge de 64 ans, trois ans avant l’Hégire.

Cet embargo très dur allait avec le temps provoquer des scissions dans le rang des Qouraysh et cinq nobles, Hisham Ibn ‘Amrou Ibn Rabi’ah al-Amiri, Zouhayr Ibn Abou Oumayyah Ibn al-Moughirah al-Makhzoumi, al-Mou’tim Ibn Ouday Ibn Nawfal Ibn ‘Abd al-Manaf, al-Boukhtouri Ibn Hisham, Zouma’ Ibn al-Aswad Ibn al-Mouttalib al-Asdi, qui ne purent plus supporter plus cette situation, décidèrent de mettre fin à cette ignominie.

Ces cinq hommes se réunirent secrètement, la nuit, à l’endroit appelé « al-Hajoun » sur les hauteurs de La Mecque et prirent la décision de déchirer le pacte qui se trouvait encore à l’intérieur de la Ka’bah ce qui signifiait, chez les Arabes, la fin de l’embargo inique et, pour pouvoir concrétiser leur décision, ils élaborèrent un plan qu’ils exécutèrent le lendemain matin.

Ce jour-là donc, chacun regagna le cercle de son « clan » sauf Zouhayr Ibn Abou Oumayyah qui fit d’abord sept fois le tour de la Ka’bah avant d’interpeler à haute voix les cercles des Qouraysh : « Oh gens de La Mecque! Acceptez-vous de manger et de vous habiller alors que les Banou Hashim sont en danger mortel ? Par Allah, je ne m’assoirai que lorsque ce pacte honteux sera déchiré. »

– « Tu mens. Par Allah, il ne sera pas déchiré, » s’écria Abou Jahl mécontent.
– « C’est plutôt toi le menteur, » répliqua immédiatement Zoum’a Ibn al-Aswad, « nous n’avons pas accepté ce pacte quand il fut écrit. »
– « Zoum’a a raison, » enchaina al-Boukhtouri Ibn Hisham, « nous n’acceptons pas ce qui est écrit dans ce pacte et nous ne le reconnaissons pas. »
– « Vous avez raison tous les deux, et mentira celui qui dira autre chose que cela, » poursuivit al-Mout’im Ibn Ouday, « devant Allah, nous sommes innocents de ce pacte et de ce qui y est écrit. Nous ne le reconnaissons pas. »
– « C’est une machination décidée de nuit, » constata amèrement Abou Jahl qui ne pouvait plus s’opposer à la détermination du groupe de libérer les assiégés, au risque de provoquer une guerre. A ce moment, al-Mout’im s’avança pour prendre le pacte, et à l’instant où il allait le saisir pour le déchirer, on remarqua que le pacte avait été dévoré par les termites et qu’il n’était resté de lui que l’expression: Au nom d’Allah. »

Le pacte abrogé, les Musulmans ainsi que les commerçants des Banou Hashim qui soutenaient ces derniers rentrèrent chez eux victorieux une nouvelle fois et purent reprendre leurs activités comme par le passé.

 

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