SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

2 – Les polythéistes

Abou Soufyan Ibn Harb eut vent de la sortie du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour intercepter la caravane et s’en emparer. Cette caravane était formée de mille chameaux transportant différentes marchandises car chacun des Qouraysh avait participé en avançant ce qu’il possédait à Abou Soufyan. Certains estimèrent la valeur de ces marchandises à cinquante mille dinars.

 

Craignant que cette caravane protégée par trente ou quarante hommes ne tombe entre les mains des croyants, Soufyan Ibn Harb paya une somme d’argent à Damdam Ibn ‘Amr al-Ghifari pour qu’il parte sur le champ avertir Qouraysh et les informer de la sortie du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et ses Compagnons.

 

Après avoir coupé l’oreille et le nez de son chameau pour le presser, Damdam arriva rapidement à La Mecque. Il changea la position du bât, déchira sa chemise par devant et par dernière et se mit à crier :

– « O Qouraysh ! Sauvez votre caravane ! Sauvez votre caravane ! Vos biens sont avec Abou Soufyan. Muhammad est sorti pour s’en emparer avec ses Compagnons. Je ne suis pas sûr que vous ne puissiez l’empêcher. Au secours ! Au secours ! »

 

Les Qouraysh n’eurent pas besoin d’un second appel car chacun d’entre eux avait une part dans cette caravane. Ils firent leurs préparatifs et s’apprêtèrent à sortir quand ils se rappelèrent l’hostilité des Bani Kinana envers eux et, craignant que ceux-ci ne les frappent dans le dos, ils craignirent cette trahison. Cependant, l’arrivée de Malik Ibn Jash’am al-Midlaji, un des notables des Bani Kinana dissipa leur peur. Celui-ci vint les rassurer en leur disant : « Je vous défendrai contre les Bani Kinana s’ils pensaient à vous attaquer dans le dos. »

 

En obtempérant aux ordres de leurs chefs, surtout Abou Jahl, le plus hostile envers les musulmans et ‘Amir, le frère de ‘Amr Ibn al-Hadrami que les croyants avait tué à Nakhlah et qui ne pensait qu’à le venger, les Qouraysh sortirent à la rencontre des musulmans. Seul Abou Lahab resta chez lui mais il désigna une autre personne pour lutter à sa place. Ainsi les polythéistes purent rassembler un grand nombre d’hommes capables de porter les armes.

 

Abou Soufyan Ibn Harb partit au-devant de la caravane pour s’enquérir de la force des musulmans. Arrivé auprès de la source de Badr, il rencontra Majdi Ibn ‘Amr et lui demanda : – « As-tu vu les musulmans ? »

– « Non, » répondit-il, « mais j’ai vu deux hommes se diriger vers cette colline, » et il lui montra l’endroit.

En suivant les traces de ces deux hommes et examinant les crottins de leurs montures, il constata qu’ils contenaient des noyaux de dattes de Yathrib. Il sut donc aussitôt que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se trouvaient avec ses Compagnons dans les parages. Il retourna immédiatement vers la caravane et ordonna aux hommes de changer leur itinéraire en empruntant le chemin du littoral, de sorte que la source Badr soit à leur gauche. Il hâta l’allure de la caravane pour être à l’abri de l’attaque des musulmans. Ensuite il envoya quelqu’un informer les Qouraysh qu’il était à l’abri de danger et que leur sortie était inutile.

 

Les Qouraysh, pour leur part, chargèrent ‘Oumayr Ibn Wahb al-Joumahi d’aller guetter les croyants pour estimer leur force. Une fois sa mission accomplie, il retourna les informer qu’ils étaient environ trois cent hommes, manquant de renforts et de provisions et qui n’auraient comme abris que leurs sabres, de sorte qu’aucun d’entre eux ne mourrait avant de tuer un de ses ennemis.

Les opinions des Qouraysh divergèrent alors : certains voulurent retourner et les Banou Zahra rebroussèrent chemin tandis que les autres, décidèrent d’avancer pour affronter les croyants. Abou Jahl qui était le chef de ces derniers s’écria : « Par Allah, nous ne retournerons pas avant d’avoir atteint le puit de Badr, d’y rester trois jours pour égorger les chameaux, manger, boire le vin, entendre la musique des chanteuses afin que les autres tribus arabes réalisent notre puissance et la redoute. »

 

Hakim Ibn Hizam se rendit chez ‘Outbah Ibn Rabi’ah et lui dit :

– « O al-Walid, tu es l’un des notables de Qouraysh et l’un de leurs maîtres. Voudrais-tu que l’on t’évoque par le bien jusqu’à la fin des temps ? »

– « De quoi s’agit-il ô Hakim, » répondit-il. Et Hakim de répliquer :

– « Retournes avec les hommes et charges-toi de l’affaire de ton allié ‘Amr Ibn al-Hadra ! » ‘Outbah rétorqua :

– « C’est déjà fait, tu peux le considérer ainsi. Il est en mon allié, je payerai sa compensation légale (Diya) et ce qu’il aura perdu de biens. Va chez Ibn al-Handhalyia (Abou Jahl) car j’ai peur qu’il ne divise les hommes. »

Hakim rapporta plus tard : « Je me rendis chez Abou Jahl et le trouva en train d’examiner son bouclier et le préparer pour le combat. Je lui dis :

– « Ô Abou al-Hakam, ‘Outbah m’a chargé de te dire telle et telle chose. » Abou al-Hakam répondit :

– « Par Allah, ‘Outbah a eu la chair de poule en voyant Muhammad et ses Compagnons. Par Allah, nous ne retournerons pas avant qu’Allah tranche entre nous et Muhammad. ‘Outbah est libre de dire ce qu’il veut. Il a vu que Muhammad et ses Compagnons ne sont que des mangeurs de viande de chameaux et son fils se trouve parmi eux. »

Puis Abou Jahl envoya dire à ‘Amir Ibn al-Hadrami :

– « Voici ton allié qui espère retourner chez lui avec les hommes. Tu viens de constater toi même que c’est bien le moment de venger ton frère. Lève-toi et rappelle-ton engagement. » ‘Amir lança alors :

– « O Amr ! O Amr (en évoquant son frère) ».

Quand on fit part à ‘Outbah des dires d’Abou Jahl « qu’il avait eu la chair de poule,» il répondit :

– « Ce poltron connaîtra bientôt qui l’un de nous à la chair de poule. »

 

 

 

[1] Une région au Yémen à l’extrémité d’al-Hijr.

 

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