SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

D – La deuxième allégeance de ‘Aqabah

Après que l’Islam se répandit à Médine, soixante-dix croyants et une partie de leurs concitoyens, encore polythéistes, se dirigèrent vers La Mecque pour faire le pèlerinage et rencontrer en même temps le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). En y arrivant, ils lui donnèrent un rendez-vous secret pour le rencontrer de nuit à ‘Aqaba.

 

Après l’écoulement du premier tiers de la nuit, les croyants se rendirent vers cet endroit. Soixante-dix hommes des deux tribus Aws et Khazraj et deux femmes, Oum Amara Noussayba Bint Ka’b et Asma’ Bint ‘Amr Ibn Adiyy. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) s’y rendit accompagné de son oncle al-‘Abbas, qui était encore idolâtre mais qui voulait s’assurer de la sécurité de son neveu.

Al-‘Abbas prit d’abord la parole et le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) le suivit, récita du Qur’an, appela les hommes présents à se convertir et dit à la fin : « J’accepte votre allégeance à condition que vous me défendez comme vous défendez vos femmes et vos enfants. » Ils lui prêtèrent donc serment en disant : « Nous te défendrons comme nous défendons nos femmes, accepte donc notre allégeance ô Messager d’Allah. Nous sommes des guerriers vaillants et habiles dans la manipulation des armes, un art que nous avons hérité de nos ancêtres. »

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur demanda alors de choisir douze chefs parmi eux pour se charger de leurs concitoyens. Ils élurent neuf chefs de la tribu Khazraj et trois des Aws. Ainsi le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) commença à organiser un groupe de ses partisans qui vivaient en dehors de         La Mecque.

 

Un des idolâtres, en passant par hasard près de cet endroit, entendit tout et se dirigea aussitôt à La Mecque pour avertir les autres en leur disant que Muhammad et des apostats s’étaient mis d’accord pour les combattre.

Les croyants médinois, firent peu du cas et voulurent attaquer les Qouraysh sur le champ. Le Prophète (saluts et bénédictions d’Allah sur lui) les retint et leur ordonna de retourner dans leurs tentes puisqu’il n’avait pas encore reçu l’ordre divin de combattre.

 

Le lendemain matin, certains Qouraysh vinrent les trouver et leur dirent : « O homme des Khazraj, on nous a rapporté que vous avez rencontré notre ami -le Prophète- pour l’inviter à nous quitter et que vous lui avez prêté serment d’allégeance. Par Allah, aucune des autres tribus n’acceptera qu’une guerre se déclenche entre nous et vous. » A savoir que les hommes de la tribu Khazraj qui étaient encore polythéistes et n’avaient aucune connaissance de cette allégeance, jurèrent aux Qouraysh : « Ceci n’a pas eu lieu et aucun de nous n’y pris part. » Les Qouraysh les crurent.

 

Ainsi cette deuxième allégeance de ‘Aqabah fut la deuxième victoire militaire du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

E – La mobilisation à Médine l’illuminée

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna alors l’ordre aux musulmans Mecquois d’émigrer vers leurs frères coreligionnaires à Médine. Ils s’exécutèrent en quittant leur ville les uns après les autres en y laissant leurs biens et familles.

A Dar an-Nadwa (une sorte d’assemblée), les Qouraysh se réunirent et décidèrent de choisir un homme proche et fort de chaque tribu, de lui donner un sabre tranchant et chargèrent ces hommes choisis, d’assassiner le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Ainsi toutes les tribus auraient participé à son meurtre et les Bani Hashim se trouveraient par la suite incapables d’affronter toutes les tribus Qouraysh et se contenteraient du prix du sang.

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) eut vent de ce complot. La nuit, durant laquelle les hommes avaient décidé de l’éliminé, il entreprit son émigration vers Médine accompagné d’Abou Bakr as-Siddiq. Ils purent, après quelques jours, y arriver sains et saufs malgré les précautions prises par les Qouraysh pour empêcher une telle fuite.

 

Les Médinois au courant de cette émigration sortaient chaque matin de leur ville espérant accueillir leur Prophète mais au moment de la canicule, ils devaient rentrer chez eux. Mais, plus tard, lorsqu’il arriva près de Médine, les habitants armés jusqu’aux dents, sortirent pour le recevoir avec son compagnon et ce fut tel un jour de fête pour eux.

 

Ainsi cette émigration vers Médine, permit au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de rencontrer ses partisans tout comme un chef rencontre ses soldats. Grâce à cette émigration, l’état islamique fut établi et cet évènement marqua le premier jour de datation islamique : l’Hégire. En s’installant à Médine, le pouvoir se concentra dans la personne du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en tant que chef suprême des musulmans qui avaient pris Médine comme résidence et base sûre.

 

2 – Les dispositions à Médine

A – La construction de la mosquée

A Médine, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) choisit une place pour y construire la mosquée. Il la bâtit en briques cuites et en pierres. Lui et ses Compagnons les portèrent sur leurs épaules et la mosquée fut bâtie. Le sol fut couvert de sable et de gravier, son toit couvert de branches de palmiers et les colonnes de troncs d’arbres. Cette mosquée devint la première caserne des musulmans.

 

B – La fraternisation

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) établit ensuite la fraternisation entre les Mouhajirines (Mecquois) et les Ansars (Médinois) afin qu’ils s’entraident pour assurer une vie commune et être comme une seule personne pour réaliser leur but.

En établissant cette fraternité entre ‘Abd ar-Rahmane Ibn ‘Awf et Sa’d Ibn ar-Rabi’, comme il fut rapporté, celui-ci dit au premier : « Je suis l’Ansar le plus riche, je veux partager mes biens entre toi et moi. Et comme j’ai deux femmes choisis celle qui te plait le plus afin que je la répudie et te la donne en mariage après l’écoulement de sa période de viduité. »

Un exemple idéal de l’altruisme du à cette fraternisation. Les droits de la fraternité étaient pris en considération avant même ceux de la parenté pour appliquer l’héritage et ce fut ainsi jusqu’à la bataille de Badr, car après cette date et la stabilité des affaires des croyants, ces droits d’héritage furent abrogés pour appliquer ceux de la parenté.

Cette fraternisation fit des musulmans un seul homme avec un dogme unique et un seul but sous le commandement d’un seul chef.

 

C – Le pacte

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) conclut d’abord un pacte entre les musulmans d’une part et les polythéistes ainsi que les juifs vivant à Médine d’autre part. Il établit la sécurité entre eux et laissa les non-musulmans pratiquer leur propre culte et disposer de leurs biens. Grâce à ce pacte, il put organiser la vie sociale, économique et militaire à Médine.

Voici le contenu de ce Pacte :

« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

Voici ce qu’a prescrit le Prophète Muhammad aux croyants et aux musulmans d’entre les Qouraysh et les gens de Yathrib, à ceux qui les ont suivis puis, se sont joints à eux et ont combattu à leurs côtés. Ceux-là forment une seule et même communauté en dehors du reste des humains. Les émigrés de Qouraysh, comme de règle chez eux, se cotiseront pour acquitter le prix du sang et paieront en toute bienfaisance et en toute justice parmi les croyants, la rançon de leurs prisonniers.

 Il nomma ensuite chaque tribu des Ansars : les Banou al Harith, les Banou Jousham, les Banou an-Najjar, les Banou ‘Amr bin ‘Awf et les Banou an-Nabit puis dit :

« Les croyants ne laisseront aucun des leurs sous la charge de lourdes obligations sans acquitter pour lui, en toute bienfaisance, soit la rançon, soit le prix du sang. Aucun croyant n’ira à l’encontre de l’esclave affranchi d’un autre croyant. Les croyants pieux devront se lever contre celui d’entre eux qui commettra une violence ou cherchera à commettre une injustice, un crime ou encore une transgression de droits ou un désordre quelconque parmi les croyants. Les mains de tous devront se lever contre celui-là, fut-il le fils de l’un d’eux.

Nul croyant, ne devra, à cause d’un mécréant, tuer un autre croyant ni soutenir un mécréant contre un croyant. La garantie d’Allah, Exalté et Loué, étant une, la protection accordée par le plus humble d’entre eux devra valoir auprès de tous car les croyants sont frères les uns des autres, en dehors des autres hommes.

 Ceux des juifs qui se rallieront à nous auront droit à notre aide et à nos soins sans qu’ils ne soient opprimés ni qu’il soit porté secours à quiconque contre eux.

 La paix parmi les croyants étant une, nul croyant ne devra, dans un combat engagé pour la cause d’Allah, Exalté et Loué, conclure, en dehors d’autres croyants, une paix qui ne soit basée sur l’égalité et la justice entre les croyants. Toutes les troupes qui combattront à nos côtés devront se relayer les unes les autres. Les croyants prendront, les uns en faveur des autres, la revanche du sang dont le sacrifice leur aura acquis du mérite pour la cause d’Allah, Exalté et Loué. Les croyants pieux se trouvent sur la meilleure et la plus droite des voies.

 Nul polythéiste n’octroiera aux Qouraysh aucune sauvegarde de biens ou de personnes ni n’ira, non plus, contre un croyant pour l’empêcher de s’attaquer aux Qouraysh. De plus, si quelqu’un tue, de toute évidence, un croyant par meurtre, il tombera sous la loi du talion, à moins qu’il n’apaise le défenseur des droits de la victime ; les croyants se lèveront contre lui et ils ne devront faire autre chose que d’assurer le maintien de cette règle à ses dépens. Il ne sera permis à aucun croyant qui aura souscrit au contenu de cet écrit et cru en Allah et au Dernier Jour, de d’aider un meurtrier ou de lui donner asile. Et quiconque l’aidera ou lui donnera asile attirera la malédiction d’Allah et Son courroux le Jour de la Résurrection. Il ne sera accepté de lui aucune indemnité ni aucune compensation. Quelle que soit la chose qui divise, elle devra être soumise à Allah, Exalté et Loué et à Muhammad l’Envoyé d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 Les juifs auront l’obligation d’effectuer des dépenses avec les croyants, aussi longtemps que les uns et les autres combattront ensemble.

Les juifs des Banou ‘Awf formeront une communauté avec les croyants : aux juifs leur religion et aux musulmans leur religion, qu’il s’agisse de leurs esclaves affranchis ou d’eux-mêmes. Quant à celui qui opprimera ou se rendra criminel, il ne fera tort qu’à lui-même et aux membres de sa propre famille. Aux juifs des Banou Najjar, des Banou al-Harith, des Banou Sa’ida, des Banou Jousham, des Banou Aws, des Banou Tha’labah, Jafana et Banou Shoutayba les mêmes droits qu’aux juifs de Banou ‘Awf.

 Les esclaves affranchis des Tha’lab seront considérés comme les Tha’lab eux-mêmes. Les personnes introduites parmi les juifs seront considérées comme les juifs eux-mêmes. Aucun de ceux-ci ne sortira sans l’autorisation de Muhammad (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Il ne sera point interdit de venger une blessure. Mais quiconque tuera aura à en répondre lui-même avec les membres de sa famille. Sinon ce sera une injustice. Et Allah, Exalté et Loué, sera garant de la pleine observation de cet écrit.

 Aux juifs leurs dépenses et aux musulmans leurs dépenses. Qu’il y ait entre eux entraide contre quiconque combattra ceux que vise ce Pacte ; qu’il y ait entre eux bienveillance et bonnes dispositions. Obéissance et non violation ! Nul ni devra porter préjudice à son allié et tout secours sera dû à l’opprimé. Aux juif de dépenser avec les musulmans tant qu’ils combattront ensemble.

 Pour ceux que vise ce Pacte, l’intérieur de la vallée de Yathrib sera sacré.

 La personne sous protection sera mise sur le même pied que le protecteur. Ni opprimé, ni oppresseur ! Mais aucune assurance de protection ne sera octroyée au nom d’une famille qu’avec la permission de cette famille. Tout et qui surviendra entre ceux que vise ce Pacte, en fait de forfaits ou de disputes dont l’issue serait à craindre, devra être soumise à Allah, Exalté et Loué, et à Muhammad, l’Envoyé d’Allah, qu’Allah le bénisse et lui accorde Sa sauvegarde ! Allah, Exalté et Loué, sera garant de la plus stricte et de la plus scrupuleuse observance de ce Pacte.

 Ni les Qouraysh ni quiconque les aura soutenu ne devra être mis sous protection. Entre eux, il y aura entraide contre quiconque attaquera Yathrib. S’ils sont appelés à conclure une paix et à y adhérer, ils la concluront et y adhéreront. De même que, s’ils appellent les musulmans à pareille chose, ils imposeront des obligations identiques aux croyants excepté le cas où l’on aura combattu pour la religion.

 Et à chaque personne reviendra sa part du côté qui lui fait vis-à-vis. Les conditions faites à ceux que vise ce Pacte s’appliquent également aux juifs d’Aws, tant à leurs esclaves affranchis qu’à leurs propres personnes avec strict observance par ceux que vise ce pacte. Obéissance et non violation. Et c’est au détriment de lui-même que tout usurpateur profitera. Et Allah, Exalté et Loué, est garant de la plus juste et de la plus stricte observance des clauses de ce Pacte. Cette prescription ne viendra point s’interposer entre un châtiment et un oppresseur ou un coupable. Celui qui sortira au combat jouira de la sauvegarde ; de même que celui qui demeurera à Médine ; sinon ce sera injustice et crime. Allah, Exalté et Loué, étendra Sa protection sur quiconque observera ce Pacte (Écrit) en toute fidélité et égard. »

Fin du Pacte

 

 

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