SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Ka’b Ibn Malik raconte la mésaventure et ses angoisses

 

 « Lorsque j’appris que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) était sur le chemin du retour, je commençai à penser au mensonge et à me dire : « Avec quoi, vais-je me sauver demain de la colère du Messager d’Allah ? Je dois demander conseil auprès de mes gens qui ont une expérience. » Mais quand en me dit que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se rapprochait (de Médine), ces fausses idées disparurent et je sus que je ne pouvais me sauver qu’en étant sincère. Je décidai alors de lui dire la vérité.

 

Quand il entra à Médine tôt le matin, il se dirigea directement vers la mosquée, comme à son habitude après chaque expédition, et accompli deux Rak’a puis commença à recevoir les gens. Ceux qui se désistèrent de l’expédition, et ils étaient plus de 80 hommes, vinrent et lui présentèrent leurs excuses en jurant tandis que le Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) acceptait sur la base de leur déclaration nominale tout en sachant qu’Allah connaissait le fond de leur pensée.

 

Je me rapprochai alors du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) alors qu’il était assis et le saluais. Il me salua à son tour mais avec un air fâché puis il me demanda :

– « Qu’est-ce qui t’a empêché de nous accompagner ? »

– « O Messager d’Allah, si c’était un autre que toi, j’aurais trouvé un motif qui me sauvera et bien que tourmenté, je sus que si je te tenais des propos mensongers, tu me pardonnerais mais qu’Allah sera très furieux contre moi. Et bien que te disant la vérité, tu es en colère alors j’espère une issue d’Allah. Non, je jure par Allah que je n’ai aucune excuse. » 

– « Quant à toi, tu es sincère, lève-toi donc (et retire-toi) jusqu’à ce que Allah Puissant et Très-Haut décide de ton sort. »

 

Je me retirai alors avec des hommes de Banou Salamah qui me dirent : « Par Allah, nous savons que tu n’as pas commis de faute avant celle-ci, as-tu donc été incapable de lui présenter des excuses ? »

Par Allah, ils continuèrent de me blâmer si bien que je décidai de retourner sur mes pas et de mentir sur moi-même devant le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Mais Mou’az Ibn Jabal et Abou Qatada me dirent : « N’écoute pas tes Compagnons et maintiens ta sincérité et Allah te fera une issue, s’Il le veut. Quant à ces gens qui te conseillent, s’ils sont sincères, Allah sera satisfait de cela et le dira à Son Prophète mais s’ils sont autre que cela, Il les fustigera et démentira leurs propos. »

– « Y-a-t-il d’autre personne dans le même cas ? »

– « Oui, deux hommes qui ont tenu les mêmes propos que toi, et qui ont eu la même réponse de la part du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). »

– « Qui sont-ils ? »

– « Marara Ibn ar-Rabi’ et Hilal Ibn Oumayyah. »

Ils me donnèrent les noms de deux hommes pieux et de bonne moralité. »

 

La mise en quarantaine

 

Racontant les douleurs qu’ils subirent lui et ses deux Compagnons suite à la mise en quarantaine sociale appliquée par les Musulmans sur ordre du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), Ka’b Ibn Malik a dit : « Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) interdit aux gens de nous adresser la parole (nous trois) et ils nous évitèrent. Ils changèrent complètement de comportement envers nous au point que je détestai ma personne et le pays que je connaissais jadis. La situation resta ainsi cinquante nuits. Mes deux Compagnons ne bougèrent pas et restèrent cloitrés chez eux. Mais, moi, j’étais plus patient et résistant, je sortais, j’accomplissais les prières avec les Musulmans et je tournais dans les souks, mais personne ne me parlait.

 

Dans la mosquée, après la prière, je saluais le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en me disant à chaque fois : « A-t-il répondu à mon salut du bout des lèvres ou non ? » Je priais près de lui en l’épiant des yeux quand je commençais ma prière, il regardait vers moi, et quand je le regardais, il détournait le regard. La froideur des Musulmans me devint très insupportable et je me rendis chez Abou Qatada (c’était mon cousin et mon ami) ou je fis le mur de sa maison pour lui parler. Il ne répondit même pas à mon salut. Je lui dis alors : « O Abou Qatada, je t’en conjure, sais-tu que j’aime Allah et son Messager ? » Il ne me répondit pas mais à la troisième demande, il dit : « Allah et son Messager savent mieux. »

Les larmes montèrent aussitôt à mes yeux puis je courus, escaladais le mur et me dirigeais vers le souk. »  

 

Dans le souk, un messager du roi des Ghassassinah vint trouver Ka’b Ibn Malik et lui remit une lettre qui l’invitait à s’exiler en Syrie, ce qui avait aggrava les remords de Ka’b.

 

« Dans la quarantième nuit, un émissaire du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) est venu me dire de ne pas m’approcher de ma femme. J’obéis en l’envoyant chez ses parents jusqu’à ce qu’Allah décide cette affaire. Puis, dix autres nuits s’écoulèrent.

A la fin de la cinquantième nuit, après l’accomplissement de la prière de Soubh chez moi et alors que j’étais en plein désarroi, j’entendis une voix qui criait du côté de Sil’: « O Ka’b Ibn Malik, la bonne nouvelle est descendue. » Je me suis alors prosterné et je su que la délivrance était descendue. »

 

La mort de ‘AbdAllah Ibn ‘Oubay, le chef des hypocrites

 

L’année de Tabouk, le représentant notoire des hypocrites ‘AbdAllah Ibn Oubay tomba malade au mois de Shawwal et mourut au mois de Dzoul Qi’dah.

Pendant sa maladie qui dura vingt nuits, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui rendit visite et lui dit le jour de sa mort : « Ne t’ai-je pas défendu d’aimer les Juifs ? »

– « Sa’d Ibn Zarara les haït et cela ne lui a pas été utile, » répondit le chef des hypocrites avant de poursuivre : « O Messager d’Allah, ce n’est pas le moment pour les reproches. Lorsque je mourais, assiste à mon lavage (ablutions mortuaires) et donne-moi ta chemise pour qu’elle soit mon linceul. »

Malgré la conduite haineuse de ‘AbdAllah Ibn ‘Oubay, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) s’inclina à sa demande.

 

Il est rapporté al-Maghazi d’al-Waqidi :

« Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) assista à son lavage et à sa mise dans le linceul. A son enterrement, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) s’avança pour prier sur sa dépouille ce qui poussa ‘Umar Ibn al-Khattab a dire : « O Messager d’Allah, pries-tu sur ‘AbdAllah Ibn Oubay alors qu’il a dit tel jour ceci et tel jour cela ? » (Rappelant ce que cet hypocrite avait dit et fait). Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sourit alors puis répondit : « Epargne-moi, ô ‘Umar. »

Mais quand ‘Umar insista, il dit : « Je me suis retrouvé devant un choix et j’ai choisi. Et, si je savais que je pourrais ajouter soixante-dix autres prières, je l’aurai fait pour qu’Il lui pardonne. » »

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) voulut dépasser le nombre des soixante-dix prières à cause de la Parole du Très-Haut : « Que tu demandes pardon pour eux, ou que tu ne le demandes pas – et si tu demandes pardon pour eux soixante-dix fois – Allah ne leur pardonnera point. Et ce parce qu’ils n’ont pas cru en Allah et en Son Messager et Allah ne guide pas les gens pervers. » (Qur’an 9/80)

Puis, juste après la prière, ces versets descendirent : « Et ne fais jamais la Salat sur l’un d’entre eux qui meurt, et ne te tiens pas debout auprès de sa tombe, parce qu’ils n’ont pas cru en Allah et en Son messager, et ils sont morts tout en étant pervers. Et que ni leurs biens ni leurs enfants ne t’émerveillent! Allah ne veut par-là, que les châtier ici-bas, et qu’ils rendent péniblement l’âme en mécréants. Et lorsqu’une Sourate est révélée : « Croyez en Allah et luttez en compagnie de Son Messager, » les gens qui ont tous les moyens (de combattre) parmi eux te demandent de les dispenser (du combat), et disent : « Laisse-nous avec ceux qui restent. » Il leur plaît, (après le départ des combattants) de demeurer avec celles qui sont restées à l’arrière. Leurs cœurs ont été scellés et ils ne comprennent rien. » (Qur’an 9/84 à 87)

 

Depuis, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) s’abstint de prier sur la dépouille des hypocrites qui mourraient.

 

Selon le témoignage de ‘Amrou Ibn Oumayyah az-Zamari[1] parmi les hypocrites les plus influents qui assistèrent aux funérailles d’Ibn ‘Oubay, il y eut : Sa’d Ibn Hanif, Zayd Ibn al-Lasit, Salamah Ibn al-Hamam, Nou’man Ibn Abou ‘Amir, Rafi’ Ibn Harmalah, Malik Ibn Abou Tawfal, Da’is et Souwayd[2].

 

Finalement, Allah à Lui les Louanges et la Gloire, fit descendre plus de quatre-vingts Versets sur ces hypocrites et que l’on trouve dans la Sourate Le Repentir, appelée aussi la Dénonciation à cause des activités incessantes des hypocrites lors de cette expédition.

 

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