SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La mosquée d’ad-Dirar et sa destruction

 

Les hypocrites devinrent comme une cellule cancéreuse dans le corps de la communauté musulmane. Dès la première année de son arrivée à Médine, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se trouva confronté à différents problèmes dont l’origine était bien connue. Mais, comme les hypocrites étaient Musulmans d’apparence, il était difficile de les reconnaitre car ils s’activaient toujours sournoisement.

 

Dans le Qur’an, nous trouvons plusieurs Versets qui en font le portrait moral. A titre d’exemple, citons ces versets :

1 – « Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent : « Nous croyons » ; mais quand ils se trouvent seuls avec leurs diables, ils disent : « Nous sommes avec vous ; en effet nous ne faisions que nous moquer (d’eux). » (Qur’an 2/14)

 

2 – « Et quand on leur dit: «Ne semez pas la corruption sur la terre», ils disent: «Au contraire nous ne sommes que des réformateurs ! » (Qur’an 2/11)

 

3 – « Et quand les hypocrites et ceux qui ont la maladie [le doute] au cœur disaient : « Allah et Son messager ne nous ont promis que tromperie. » (Qur’an 33/12) 

 

4 – « Et parmi les Bédouins qui vous entourent, il y a des hypocrites, tout comme une partie des habitants de Médine. Ils s’obstinent dans l’hypocrisie. Tu ne les connais pas mais Nous les connaissons. Nous les châtierons deux fois puis ils seront ramenés vers un énorme châtiment. » (Qur’an 9/101)

 

5 – « D’autres ont reconnu leurs péchés, ils ont mêlé de bonnes actions à d’autres mauvaises. Il se peut qu’Allah accueille leur repentir. Car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (Qur’an 9/102)

 

Les hypocrites ressemblaient beaucoup à des associations secrètes car ils travaillaient clandestinement contre l’Islam et la nouvelle communauté religieuse. Leurs activités clandestines de sape avaient aussi une autre raison ; celle de ne pas tomber sous le coup de la loi musulmane.

 

Agissant toujours par des activités néfastes, variées, ils n’abandonnèrent jamais leur principal objectif. Chaque nouvelle difficulté qu’ils inventaient traduisaient leur profonde haine à l’encontre du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) cependant, ce dernier trouvait toujours le moyen de déjouer leurs manigances, sans pour autant employer les moyens de dissuasion dont il disposait largement.

 

La dernière trouvaille des hypocrites fut la construction d’une nouvelle mosquée (nommée ad-Dirar) dont la fonction était de faire une concurrence malsaine à la mosquée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de l’employer comme un endroit de coordination anti-islamique.

 

On dit que la construction de cette mosquée fut une idée de ‘Amir al-Fassiq qui avait dit à ses acolytes médinois : « Je ne peux pas entrer dans votre écurie pour la simple raison que je serai remarqué par les Compagnons de Muhammad qui ne s’empêcheront pas de faire ce que je déteste. » Puis, il leur proposa ensuite de construire cette fameuse mosquée.

 

Après la fin des travaux juste avant le départ pour Tabouk, les hypocrites demandèrent au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de présider une prière dans leur mosquée pour la légitimer. Celui-ci leur promit d’y prier mais après la fin de la campagne de Tabouk.

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) failli tenir sa promesse pour ces hypocrites n’était-ce l’intervention d’Allah qui fit descendre des Versets ordonnant la destruction de ce site maléfique.

 

Dans les livres d’histoire et de biographie, il est rapporté le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), en route vers Tabouk, passa près de la vallée Dzou Awan dans les environs de Médine ou à un certain endroit, un groupe d’hypocrites de la mosquée Dirar vint à sa rencontre.

 

Le nom des cinq hommes venus à sa rencontre est rapporté dans al-Maghazi : Mou’attab Ibn Qashir, Taïba Ibn Abou Hatib, Khouzam Ibn Khalik, Abou Habibah Ibn al-Az’ar, ‘AbdAllah Ibn Nabtal Ibn al-Harith.

 

Lors de la rencontre, ils dirent : « O Messager d’Allah, nous avons été envoyés par nos Compagnons pour te dire que nous venons de terminer la construction d’une mosquée qui nous servira pendant les nuits pluvieuses et les nuits d’hiver, et que nous aimerions bien que tu y viennes diriger nos prières. » Ils dirent ceci alors que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se préparait pour Tabouk. Il leur répondit quand même : « Je me prépare pour un voyage et je suis occupé. Si nous revenons, si Allah Exalté le veut, nous viendrons chez vous pour présider la prière dans votre mosquée. »

 

De retour de Tabouk, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut informé au même endroit (Dzou Awan) par Allah Exalté des véritables intentions diaboliques de ces hypocrites. Sur ce, il convoqua deux de ses Compagnons, ‘Assim Ibn Ouday et Malik Ibn ad-Dakhsham et leur ordonna de détruire cette mosquée. Il leur dit : « Partez pour cette mosquée dont les occupants sont injustes. Détruisez-la et brulez-la ! »

Alors, ils partirent en courant à pied. Arrivés devant la mosquée des Banou Salim, Malik dit à ‘Assim : « Attends-moi ici et tu me verras de retour de chez les miens avec du feu. » Après quoi, ils reprirent le chemin mais cette fois avec une torche allumée. Ils arrivèrent près de la mosquée des hypocrites après le Maghrib. A ce moment, des hypocrites dont Zayd Ibn Jariyah Ibn ‘Amir se trouvaient dans la mosquée. Ils l’incendièrent et la détruisirent après le départ des hypocrites.

 

Quand les Musulmans rentrèrent à Médine, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) proposa à ‘Assim Ibn Ouday de construire une maison à la place de la mosquée détruite qui était mitoyenne à la maison de Wadi’a Ibn Thabit et à celle de Abou ‘Amir al- Fajir, toutes deux détruites aussi lors de l’incendie. Mais ‘Assim refusa en disant au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « Je ne peux y construire une maison après ce qui s’est passé dans cette mosquée. Et puis, je n’en ai pas besoin, ô Messager d’Allah. Cependant, tu peux la donner à Thabit Ibn Aqram car il n’a pas de maison. »

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) l’offrit alors à Thabit.

 

Les historiens ont rapporté que ceux qui construisirent la mosquée Dirar furent au nombre de douze.

Al-Waqidi avance le nombre de quinze mais ne cite que douze noms : Jariyah Ibn ‘Amir, surnommé l’âne de la maison ; ses fils Majma’, il n’était pas hypocrite, Zayd et Yazid ; Wadi’a Ibn Thabit ; Khouzam Ibn Khalid ; ‘AbdAllah Ibn Nabtal ; Bijad Ibn ‘Uthman ; Abou Habibah Ibn al-Az’ar ; Mou’attab Ibn Qashir ; ‘Abbad Ibn Hanif et Tha’labah Ibn Hatib.

 

‘AbdAllah Ibn Nabtal était l’espion des hypocrites auprès du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Il assistait régulièrement à ses réunions, écoutait ses propos puis les rapportaient aux hypocrites ce qui avait provoqua l’intervention de Jibril :

– « O Muhammad, il y a un individu hypocrite délégué par ses compères, qui vient écouter ton Hadith puis va le rapporter aux hypocrites. »

– « Qui donc, » demanda le Prophète ?

– « C’est l’homme noir à la chevelure dense, qui a des yeux rouges et ronds comme deux chaudrons. Il te regarde en fait avec des yeux sataniques. »

 

D’autre part, Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, fit descendre des Versets sur cette mosquée de la discorde et des complots : « Ceux qui ont édifié une mosquée pour en faire [un mobile] de rivalité, d’impiété et de division entre les croyants, qui la préparent pour celui qui auparavant avait combattu Allah et son Envoyé et jurent en disant : « Nous ne voulions que le bien ! » [Ceux-là], Allah atteste qu’ils mentent. Ne te tiens jamais dans (cette mosquée). Car une Mosquée fondée dès le premier jour, sur la piété, est plus digne que tu t’y tiennes debout [pour y prier]. On y trouve des gens qui aiment bien se purifier, et Allah aime ceux qui se purifient. Lequel est plus méritant ? Est-ce celui qui a fondé son édifice sur la piété et l’agrément d’Allah, ou bien celui qui a placé les assises de sa construction sur le bord d’une falaise croulante et qui croula avec lui dans le feu de l’Enfer ? Et Allah ne guide pas les gens injustes. La construction qu’ils ont édifiée sera toujours une source de doute dans leurs cœurs, jusqu’à ce que leurs cœurs se déchirent. Et Allah est Omniscient et Sage. » (Qur’an 9/107 à 110)

 

L’histoire des trois musulmans qui hésitèrent et à qui Allah pardonna

 

La faiblesse humaine est un élément de la personnalité et certains Compagnons n’en furent pas pour autant épargnés. Les sirènes du laisser-aller envoutèrent si bien trois des Compagnons qu’ils manquèrent le voyage avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Nous avons déjà brièvement rapporté leur histoire et mentionné leurs noms : Ka’b Ibn Malik, Hilal Ibn Oumayyah, Marara Ibn ar-Rabi’ et raconté l’histoire du quatrième Compagnon (Abou Khaythama) qui en fin de compte se reprit et rejoignit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

L’histoire de ces trois Compagnons fautifs, tous des Ansar, fut rapporté dans tous les livres d’histoire et de biographie sans exception.

 

Ka’b Ibn Malik a dit : « Je n’ai raté aucune expédition du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sauf celle de Badr. D’ailleurs, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’a pas blâmé ceux qui ne prirent pas part parce qu’initialement le but était l’interception de la caravane de Qouraysh. J’étais aussi à al-‘Aqabah avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) la nuit où nous avons scellé notre destin pour l’Islam.

 

Al-‘Aqabah est l’évènement que j’aime le plus même si Badr est plus connu pour les gens.

Pour l’expédition de Tabouk, j’étais dans une situation aisée, et, par Allah je n’ai jamais eu auparavant deux montures disponibles. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et les Compagnons partirent (pour Tabouk) alors que, moi, je me disais chaque jour : « Demain, je vais me préparer et les rejoindre. » Mais, en définitive, je ne suis pas parti. Ah, si j’avais fait le voyage !

Après le départ du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), je ne voyais dans Médine que des hypocrites ou les démunis à qui Allah avait pardonné, et cela me rendit malheureux. » »

 

Si Ka’b Ibn Malik dit la vérité quant à sa sincérité et sa foi véritable, en ne se donnant aucune excuse pour sa faute, les deux autres Compagnons, Hilal et Marara, ne furent pas moins sincères que lui. Si bien que Allah Tout-Puissant et Très Haut leur accorda tous Son pardon.

 

Hilal Ibn Oumayyah a rapporté son histoire et celle de son Compagnon Marara : « Par Allah, je ne pris pas part parce que je doutais mais parce que je voulais acheter un chameau ayant suffisamment d’argent. Sur le chemin pour acheter le chameau, je rencontrai Marara Ibn ar-Rabi’ qui me dit : « Moi aussi je veux acheter un chameau pour prendre part à l’expédition. »

Je me suis dit : « Voici un Compagnon de route. » Et on se mit à dire et à répéter : « Demain, nous achèterons deux chameaux et rejoindrons le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) car avec nos montures, nous serons légers et pourront le rattraper. »

Mais nous restâmes finalement jusqu’au retour du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). »

 

 

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