SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La cavalerie de l’armée

 

A l’époque, les chevaux étaient considérés comme une arme très puissante et très fiable pour toutes les nations et plus particulièrement les Arabes qui excellaient dans le type de bataille-éclair. De plus, l’impact de la cavalerie peut être comparé à celui de blindés des temps modernes d’où son importance décisive dans les batailles.

 

Face à l’importance de cette expédition ainsi que pour faire face à la puissance militaire de l’Empire byzantin, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) veilla à ce que la cavalerie soit particulièrement bien équipée, puissante et efficace et qu’elle constitue le tiers de l’armée, le reste étant des méharistes. S’il apparait que le chameau semble moins efficace que le cheval, il est toutefois d’un apport non-négligeable même s’il n’a pas les avantages de ce dernier comme la rapidité et l’agilité et sa présence sur les champs de bataille fut décisive tout au long de l’Histoire des Musulmans comme contre les Perses ou en Andalousie avec les Mourabitines.

 

Même s’ils étaient encore incomparables aux Perses et aux Byzantins, une armée dont le tiers était des cavaliers démontrait le rapide développement des capacités guerrières des Musulmans surtout lorsque l’on sait que lors de la première bataille de Badr, les Musulmans ne disposaient qu’un ou deux chevaux et qu’à Ouhoud, juste un seul !

 

Le précédent plus grand rassemblement de cavaliers du vivant du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avant celui de Tabouk fut celui des expéditions de La Mecque et de Hounayn en l’an 08 de l’Hégire ou 2480 cavaliers prirent part aux expéditions et l’accroissement du nombre de cavaliers découla de la conversion à l’Islam des nomades, réputés pour leur habileté équestre. Ainsi en moins d’une année, entre l’expédition de La Mecque et celle de Hounayn en l’an 8 et l’expédition de Tabouk en l’an 9 de Hégire, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) vit sa cavalerie passer de 2480 à 10000 cavaliers.

 

Ces 10000 cavaliers furent d’une grande utilité pour la cause de Islam car après la réalisation de tous les objectifs de l’expédition, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en tira d’autres avantages comme par exemple, l’envoi Khalid Ibn al-Walid à la tête de 400 cavaliers contre Douma al-Jandal qui lui permirent de battre les troupes du royaume et capturer son roi al-Oukaydar.

 

De même pour montrer l’importance de l’expédition de Tabouk, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avant le départ interdit expressément la participation à tout Musulman insuffisamment équipé en vivres, armes et monture, à cause du nombre de l’ennemi, sa force, la grande distance et l’intense chaleur estivale.

Les chroniqueurs et biographes ont rapporté l’avertissement du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui mis en garde : en disant : « Ne sort avec nous que celui qui est équipé. »

 

Les quatre Croyants qui hésitèrent à accompagner le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)

 

Aucun Musulman ne manqua l’occasion d’accompagner le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) sauf quatre Ansar, Ka’b Ibn Malik, Hilal Ibn Oumayyah, Marara Ibn ar-Rabi’ et Abou Khaythama, non parce qu’ils avaient un doute quelconque mais plutôt qu’ils se laissèrent aller à la faiblesse humaine.

 

Quant à Abou Khaythama, il fit finalement appel à ses profondes ressources morales pour vaincre les tentations de la vie ce qui l’aida à rejoindre un peu plus tard l’armée musulmane tandis que les trois autres se laissèrent aller et restèrent à Médine en se disant chaque jour qu’ils allaient rejoindre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) le jour suivant mais ils repoussèrent de jour en jour leurs intentions si bien que finalement ils ne bougèrent pas jusqu’au retour victorieux du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de ses Compagnons.

 

Ainsi par mesure disciplinaire, ils furent placés en quarantaine durant un peu plus de cinquante nuits et durant cette période, personne ne leur adressa la parole jusqu’à ce qu’Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, leur pardonne via la révélation[9].

 

Abou Khaythama qui ne céda pas aux tentations de la vie, raconta plus tard comment il se rattrapa et vaincu ses instincts et son histoire est riche en enseignements et nous montre que même les meilleurs Compagnon n’étaient pas à l’abri des suggestions de Satan mais que le plus important était de savoir résister aux tentations aux moments cruciaux. Mais la plus importante leçon montre que lorsqu’il s’agit d’une affaire de Jihad fi Sabilillah Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, peut être extrêmement sévère pour ceux qui délaissent cette obligation alors qu’ils en sont capables quand bien même, ils étaient les Compagnons du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), que dire alors de nous !

 

Abou Khaythama qui était un croyant revint sur ces pas dix jours après le départ des Musulmans pour profiter des délices de la vie terrestre. Par une chaude journée d’été, il entra chez lui et trouva que ses deux femmes avaient rafraichi leurs chambres et préparé leurs repas. Lorsqu’il vit cela, il s’écria : « Gloire à Allah ! Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à qui Allah a pardonné toutes ses fautes se trouve maintenant sous un soleil de plomb, respirant un air aussi chaud que les rayons du soleil et avec ses armes sur le dos alors que moi, Abou Khaythama, je suis ici à l’ombre rafraichissante avec deux belles femmes qui m’ont préparé deux bons repas ! Ce n’est pas juste. Par Allah, je n’entrerai dans aucune de vos chambres qu’après avoir accompli mon devoir avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). »

 

Puis, immédiatement il reprit son chameau en direction du nord. A Wadi al-Qoura, il rencontra ‘Oumayr Ibn Wahb al-Joumahi qui allait aussi au front et tous deux se tinrent compagnie jusqu’à l’approche de Tabouk ou ‘Oumayr, à la demande d’Abou Khaythama, laissa ce dernier le devancer en lui disant : « O ‘Oumayr, j’ai commis des fautes alors que toi, tu n’as pas de faute. Tu ne craindras rien si tu me laisses aller seul à la rencontre du Messager d’Allah. »

A l’approche du camp, à Tabouk, les gens dirent : « Voilà un méhariste su la route. »

– « C’est Abou Khaythama, » leur dit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

– « Oui, ô Messager d’Allah, c’est bien lui, » répondirent-ils après vérification.

 

A son arrivée, il salua le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui lui dit : « Tu as bien fait Abou Khaythama, » qui lui raconta toute l’histoire.

 

Parmi ceux qui s’attardèrent aussi à rejoindre le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ce jour-là, il y eut ‘Abi Dar al-Ghifari qui laissa son chameau faible en chemin pour rejoindre à pied ses Compagnons.

 

A ce propos, al -Waqidi a rapporté : Abou Dar a dit : « Je fus en retard pour l’expédition de Tabouk à cause de mon chameau qui s’affaibli. J’ai décidé de l’entretenir quelques jours puis de rattraper le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Je le nourris puis sortit mais à Dzoul Mourouwah[10], mon chameau s’affaiblit dramatiquement. J’attendis alors un jour supplémentaire pour qu’il reprenne des forces avant de conclure qu’il n’avait aucune force pour continuer le chemin. Je pris donc mes affaires sur mon dos et me suis mis en marche sous une extrême chaleur. Il n’y avait personne sur la route et aucun Musulman ne m’a rejoint.

Quand je me suis rapproché du camp du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), il était midi et j’avais très soif. On me dit plus tard que quelqu’un s’écria en me voyant : « O Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), il y a un homme qui marche tout seul sur la route. »

– « C’est Abou Dar, » leur répondit le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

– « O Messager d’Allah, c’est Abou Dar, » dirent les gens après s’être assurés de mon identité.

Quand je me suis retrouvé devant le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) il dit :

« Bienvenue à Abou Dar… il marche seul, il mourra seul et il sera ressuscité seul. » Puis il me demanda : « Qu’est-ce qui t’a retardé, ô Abou Dar ? »

Je lui racontai alors l’histoire du chameau et il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) me dit alors : « Tu m’es plus cher que ma famille. O Abou Dar, Allah Exalté t’a pardonné à chaque pas une faute que tu as commise jusqu’à l’endroit où tu m’as retrouvé. »

Puis Abou Zar posa ses affaires et se désaltéra. »

 

 

 

[1] Al-Maghazi d’al-Waqidi, t.III, p.992.

[2] Al-Maghazi d’al-Waqidi, t.III, p.992.

[3] Maghazi al-Waqidi, t. III, p.992.

[4] Maghazi al-Waqidi, t. III, p.993.

[5] Hiza’ Zibab, un mont près de Médine.

[6] Note manquante.

[7] Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 996.

[8] Maghazi al-Waqidi, t. III.

[9] Al-Boukhari a rapporté cette histoire dans un long Hadith et elle est aussi mentionnée dans le Noble Qur’an Sourate 9 versets 117, 118 : « Allah a accueilli le repentir du Prophète, celui des Emigrés et des Auxiliaires qui l’ont suivi à un moment difficile, après que les cœurs d’un groupe d’entre eux étaient sur le point de dévier. Puis Il accueillit leur repentir car Il est Compatissant et Miséricordieux à leur égard. Et [Il accueillit le repentir] des trois qui étaient restés à l’arrière si bien que, toute vaste qu’elle fût, la terre leur paraissait exiguë; ils se sentaient à l’étroit, dans leur propre personne et ils pensaient qu’il n’y avait d’autre refuge d’Allah qu’auprès de Lui. Puis Il agréa leur repentir pour qu’ils reviennent [à Lui], car Allah est l’accueillant au repentir, le Miséricordieux. » 

[10] Un village dans la vallée d’al-Qoura.

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