SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La conversion du poète Ka’b Ibn Zouhayr

 

La suite des évènements en Arabie prouva dès l’an 9 de l’Hégire que l’Islam dominait désormais tout le pays, bien que quelques rares tribus restèrent encore accrochées à leurs croyances païennes.

 

Les faibles tribus ne se hasardèrent même pas à déclarer leur inimité contre les Musulmans, tandis que les plus fortes comme les Qaza’a, Balay, ‘Azra, Kalb, Balqin se trouvaient très éloignées de Médine. Certaines habitaient dans l’extrême nord près des frontières de la Syrie ou à l’extrême sud comme les tribus qahtaniyah dont les Balharith à Najran, les Hamadan et Himyar au Yémen et les Kinda à Hadramaout.

 

D’autres encore envoyèrent des délégations à Médine annoncer leur conversion à l’Islam au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) prouvant que l’Islam était désormais la seule force dans toute la presqu’ile arabique et parmi ces conversions est l’histoire du célèbre poète Ka’b Ibn Zouhayr, qui avait auparavant été l’un des ennemis les plus déclarés du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), par l’entremise de ses virulents poèmes.

 

Avec l’éclatante victoire qui se termina par le Fath de La Mecque ainsi que l’effondrement de la puissance militaire de Hawazin, Ka’b Ibn Zouhayr craignit pour sa sécurité et ne trouva d’autre solution que de contacter le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de lui annoncer sa conversion à l’Islam.

 

Ibn Ishaq a rapporté dans la Sirah d’Ibn Hisham :

« Baji Ibn Zouhayr écrivit à son frère Ka’b lui disant : « Les poètes qourayshi se sont tous enfuis (comme Ibn az-Zab’ara, Habira Ibn Wahb). Si tu n’as donc aucun inconvénient, contacte vite le Messager d’Allah et annonce lui ton Islam car il ne tue pas les convertit. »

 

Ka’b qui par le passé, avait reproché à son frère sa conversion et insulté le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) accepta la suggestion, entra secrètement à Médine pour descendre d’abord comme hôte chez un ami avant d’aller avec ce dernier le lendemain matin à la mosquée et qui après la prière, lui désigna le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Ka’b Ibn Zouhayr n’hésita pas instant et rapidement saisit la main du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en lui disant : « O Messager d’Allah, Ka’b est venu musulman et te demande une garantie de sécurité. Serais-tu d’accord si je te le ramène ? »

– « Oui, » répondit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

– « O Messager d’Allah, c’est moi Ka’b Ibn Zouhayr. »

 

Tabouk

 

Tabouk dont le nom est célèbre depuis très longtemps fut ainsi décrite par Yaqout dans Mou’jam al-Bouldan : « Tabouk, est un endroit entre Wadi al-Qoura et la Syrie, une importante source d’eau appartenant aux fils de Sa’d des Banou Asra et se situant entre le mont Housma à l’ouest et le mont Sharouri à l’est. Entre Tabouk et Médine, il y a douze étapes. Pendant le règne de deuxième Calife, Umar Ibn al-Khattab, le Juif Ibn ‘Ariz ensevelit le puits sur l’ordre de ce dernier. »

 

Abou Zayd a aussi rapporté : « Tabouk se situe entre al-Hajar et la frontière de la Syrie à quatre étapes à mi-chemin sur la route de la Syrie. C’est une forteresse où il y a une source et des palmeraies. »

 

Dans certaines sources musulmanes, il est rapport que le Prophète d’Allah Shou’ayb (‘aleyhi salam) fut envoyé aux habitants de Tabouk et qu’il était venu de Madian qui se situe sur le littoral de la mer Rouge, à six étapes de Tabouk.

 

Les tribus du Nord

 

La partie nord-ouest de la presqu’ile arabique dont Tabouk était considérée comme le pays de plusieurs tribus connues pour leur histoire et leurs excellentes compétences guerrières et certaines d’entre elles, régnèrent incontestés dans cette partie de l’Arabie et même au sud de la Syrie.

 

Ces tribus exilées de Hadramaout descendaient de deux origines :

1 – Qouda’ah qui émigrèrent d’ash-Shahr (Hadramaout) et qui bâtirent un royaume aux limites de la Syrie. De cette tribu se ramifièrent plusieurs autres comme Bali, ‘Athra, Bahra, etc.

2 – Les Banou Kalb de Kinda. Et Kinda était une tribu qui s’exila du nord de Hadramaout puis bâti un royaume très connu dans l’histoire, à Douma al-Jandal connu aujourd’hui sous le nom d’al-Jawf.

 

Les Qouda’ah et les Kinda étaient au début des païens mais avec les contacts et les échanges avec leurs voisins byzantins, qui dominaient la Syrie, ils devinrent chrétiens. La majorité des tribus qahtaniyah du nord étaient donc chrétiennes avant l’avènement de l’Islam.

 

Les tribus Qouda’ah habitaient alors Tabouk et ses environs jusqu’au littoral de la mer Rouge à l’ouest et les tribus Kalb de Kinda à l’est et au nord-est de Tabouk. Ces tribus du Nord, se considéraient ennemis des Musulmans et pensèrent plus d’une fois attaquer Médine bien évidemment sur les conseils de leurs mentors byzantins qui craignaient non seulement les guerres du désert mais aussi que l’influence de l’Islam ne domine leur pays après l’invite du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lorsqu’il envoya un messager à Héraclius.

 

Cependant, Médine resta toujours sur ses gardes et chaque fois que ces chrétiens s’apprêtèrent à marcher sur la capitale de l’Islam, les Musulmans les devancèrent en envoyant rapidement des expéditions avant même qu’ils n’aient le temps de rassembler leurs troupes.

 

Les évènements qui s’ensuivirent prouvèrent que des intérêts communs liaient les tribus qahtaniyah et l’empire byzantin puisque qu’ils fusionnèrent leurs capacités militaires en une seule force prête contre les Musulmans. Cela s’explique par le souci de ces tribus à conserver leur domination sur les régions du Nord et celui des Byzantins à assurer la protection de leurs frontières contre toute expédition des Musulmans visant la Syrie.

 

Les livres biographiques et historiques rapportent que les tribus du Nord et particulièrement Qouda’ah étaient en quelque sorte des gardes-frontières pour le compte de l’empire byzantin et les détachements de leur cavalerie sillonnaient sans cesse le nord de la presqu’ile et s’accrochaient régulièrement avec les patrouilles musulmanes au point que même les missionnaires musulmans ne furent pas épargnés. Nous avons vu, dans la bataille de Mou’tah, comment ses Arabes chrétiens assassinèrent à Dat at-Talh quinze Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui appelaient pacifiquement les habitants du Nord à embrasser l’Islam.

 

En fait, ces Arabes étaient le fer de lance des troupes byzantines dans la région et formaient à Mou’tah, la moitié de l’armée byzantines commandée par le frère d’Héraclius qui accrocha l’armée musulmane à al-Karak.

 

Rapportons aussi la présence d’une tribu (Jouhaynah) qui se considérait de Qouda’ah mais qui n’avait aucune relation avec les Byzantins et son indépendance contribua largement à sa conversion à l’Islam, cette tribu, dont les terres s’étendaient du golfe d’al-‘Aqabah, participa avec une compagnie de quatre cents hommes dans l’expédition de La Mecque.

 

A l’opposé, les tribus de Qouda’ah comme Bahra, ‘Azdra, ‘Amila et Soulayh, restèrent des ennemis déclarés de l’Islam et des Musulmans comme l’étaient les autres tribus de Kinda. Une raison très suffisante pour que Khalid Ibn al-Walid leur livre deux fois combat :

Une première fois quand le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) l’envoyé à la tête de quatre cents hommes à Tabouk et la seconde de fois sous le califat d’Abou Bakr.

 

Malgré les expéditions répétées des Musulmans, ces tribus restèrent un danger non négligeable pour l’Islam et les Musulmans et à chaque expédition musulmane, elles se retiraient au sud de la Syrie parmi leurs frères de religion si elles voyaient qu’il n’y avait aucun intérêt à s’accrocher avec les combattants de l’Islam, comme cela arriva avec ‘Amrou Ibn al-‘As et ces Compagnons lors de l’expédition de Dat as-Salassil dirigée particulièrement contre la tribu des oncles maternels de ‘Amr en personne.

 

Ainsi, on peut dire qu’une très grande puissance agressive contre l’Islam se situaient dans les régions du Nord qui s’étendaient, des frontières irakiennes à l’est jusqu’à la mer Rouge à l’ouest. Ces tribus de Qouda’ah et de Kinda constituaient donc un grand danger et à elles seules, pouvaient mobiliser cent mille hommes si l’occasion leur était donnée cependant, le commandement médinois n’oublia pas l’expérience des batailles des Coalisés et de Hounayn et du donc prendre les mesures nécessaires pour qu’elles ne se reproduisent jamais.

 

De plus, en peut ajouter le danger de la présence des Byzantins en Syrie depuis très longtemps et qui étaient en étroite liaison avec les tribus arabes chrétiennes. Certes les Byzantins ne comptaient pas envoyer leurs lourdes légions s’aventurer dans le désert arabique mais ils craignaient désormais le rayonnement de l’Islam surtout après le message envoyé par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui appelait l’empereur Héraclius et son peuple à embrasser l’Islam.

Les Byzantins n’étaient pas enclins à tenter l’aventure au cœur de l’Arabie cependant les Qouda’ah et les Kinda habituées aux guerres du désert pourraient le faire à leur place d’autant plus que les Byzantins restaient capables d’investir certaines régions d’où ils pourraient fournir une aide directe à leurs alliés voir même combattre à leur côtés.

 

Telle était donc la situation au Nord de la presqu’ile arabique avec des tribus arabes chrétiennes alliées et soumises à leurs frères de religion les Byzantins qui restaient la véritable menace puisque les ordres d’agressions et les visées contre Médine et l’Islam venaient directement d’eux.

 

La menace de Byzance prit effectivement forme lorsque les Musulmans furent informés que des troupes byzantines s’accumulaient et se préparaient au nord de Tabouk ce qui entraina une réaction rapide du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour prouver à ces ennemis que les Musulmans étaient capables militairement de répondre à toute menace et attaque.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) appela à la mobilisation générale et pu lever en un temps record la plus grande armée de sa carrière militaire soit 30000 combattants. Cette rapide mobilisation traduisait en termes clairs que les Musulmans étaient conscients des dangers qui menaçaient leur communauté malgré la chaleur torride de l’été et le travail de sape des hypocrites, ennemis invétérés de l’Islam et du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Views: 0