SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Comment Thaqif embrassèrent l’Islam

 

Comme nous l’avons précédemment mentionné, le siège de Ta’if échoua du fait de la résistance acharnée de Thaqif sans oublier que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) n’avait pas été ordonné de capturer la citadelle et qu’en plus, après la levée du siège, il pria Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, pour que Thaqif se convertisse à l’Islam.

 

Cette conversion, ne fut pas été facile car Thaqif se cramponnèrent à leurs croyances idolâtres malgré les attaque répétées mais infructueuses de Malik Ibn ‘Awf, après qu’Allah Exalté l’eut conduit au droit chemin.

 

Si les attaques de Malik Ibn ‘Awf furent apparemment des échecs, cela ne veut pas dire que les Thaqif restèrent imperméables. Au contraire, leurs idées concernant l’Islam changèrent surtout après le retour de leur seigneur ‘Ourwah Ibn Mas’oud, l’envoyé des notables de Thaqif pour acheter du matériel de guerre à Jourash.

 

‘Ourwah Ibn Mas’oud était l’un des plus grands seigneurs et en principe c’est lui qui aurait dû commander les troupes de sa tribu Thaqif lors de la bataille de Hounayn mais son absence qui dura trois mois, l’en empêcha. C’était aussi doué un homme doué de bon sens qui, dès son retour à Ta’if, tira les bonnes conclusions quant au conflit entre l’Islam et les croyances païennes car il constata un grand nombre de bouleversements en si peu de temps (le Fath de La Mecque, la bataille de Hounayn et la défaite de Hawazin, siège de Ta’if et les offensives répétées de Malik Ibn ‘Awf contre Thaqif).

 

Finalement, ‘Ourwah Ibn Mas’oud se convainquit qu’il ne restait pas beaucoup de temps avant que toute l’Arabie soit islamiquement administrée et c’est la raison qui le poussa à embrasser l’Islam. Cependant avant de partir pour Médine, il avait accompli d’abord la mission dont il avait eu la charge et monta les armes qu’il avait ramenées de Jourash.

 

L’Imam al-Waqidi dans al-Maghazi a rapporté :

« Lorsque le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) assiégea Ta’if, ‘Ourwah Ibn Mas’oud était à Jourash pour apprendre à se servir des chars et des catapultes. Il revint à Ta’if après la levée du siège du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) puis monté les chars et les catapultes et les prépara jusqu’à l’instant où Allah Très Puissant et Très Haut ouvrit son cœur à l’Islam.

 

Après quoi, il partit à Médine et annonça sa conversion au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) puis lui dit : « O Messager d’Allah, permets- moi de retourner chez les miens pour les appeler à l’Islam. Par Allah, je n’ai pas vu de religion pareille qu’un homme puisse fuir. »

– « Ils sont tes assassins, » lui répondit le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). »

Mais ‘Ourwah réitéra deux fois de suite sa demande et à la dernière, le Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui dit : « Va, si tu veux. »

 

Il partit alors pour Ta’if où il entra le soir et se dirigea directement chez lui (sans saluer l’idole al-Lat). Les gens qui le virent dire : « Le voyage ne lui a pas laissé le temps.» Puis, ils se rendirent chez lui pour le saluer avec le salut des polythéistes, ce salut qu’il venait de refuser. Il leur répondit donc « Vous avez sur vous le salut des gens du Paradis. »

Il les appela ensuite à embrasser l’Islam mais ils refusèrent de l’entendre et dirent : « Par al-Lat, nous avons douté dans notre for intérieur quand tu ne t’es pas approché de la déesse et rasé la tête devant elle. »

 

Ils lui firent (verbalement) du mal mais il leur pardonna et après l’avoir quitté, ils complotèrent contre lui. Le lendemain matin, au moment il se prépara pour la prière chez lui, un homme tira sur lui et le toucha à une artère.

Alors les proches de ‘Ourwah se rassemblèrent pour le venger mais il les empêcha en disant : « Ne vous entretuez pas à cause de moi. Mon sang, je le donne en aumône à celui qui m’a tiré dessus pour vous réconcilier. Ceci est une grâce dont Allah m’a gratifié. J’atteste que Muhammad est le Messager d’Allah. Il m’a prévenu que vous me tueriez. » Puis il dit à ses proches : « Enterrez-moi avec les Shouhadah qui ont combattu avec le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) durant le siège. »

 

Quand le Messager fut informé de ce qui s’était passé; il dit : « L’exemple de ‘Ourwah est comme celui de l’homme (cité dans la Sourate) de Ya Sin qui fut tué par son peuple parce qu’il les appela à adorer Allah Exalté Très Puissant et Très Haut[10]. » »

 

Après le meurtre de son seigneur musulman, Thaqif prit conscience de sa position parmi les tribus voisines et se sentie solitaire et isolée dans un voisinage totalement islamisé ce qui l’amena à adopter une démarche raisonnable et beaucoup plus tempérée que les précédentes.

 

Les notables de Thaqif désormais tous convaincus qu’il était impossible de continuer à vivre dans un état de guerre permanente contre l’Islam et les tribus musulmanes voisines commandées par Malik Ibn ‘Awf, le roi de Hawazin décidèrent d’envoyer une délégation au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour discuter les termes d’une paix et annoncer leur conversion ainsi que celle des leurs à l’Islam.

 

C’est ainsi que Thaqif envoya à Médine une délégation composée de six notables ‘Abd Yalil Ibn ‘Amrou Ibn ‘Oumayr, al-Hakam Ibn ‘Amrou Ibn Wahb Ibn Mou’attib, Shourahbil Ibn Ghilan Ibn Salan Ibn Mou’attib, ‘Uthman Ibn Abou al-‘As, Aws Ibn ‘Awf et Namir Ibn Kharasha[11].

 

A Médine, avant de se résoudre définitivement à annoncer la conversion de l’ensemble de Thaqif, ces représentants menèrent de longues discussions dans lesquelles ils avancèrent des propositions inacceptables qui furent d’ailleurs toutes rejetées par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) parce qu’elles étaient en contradiction avec l’Islam.

Voici les propositions résumées rejetées par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) :

1 – Liberté de fornication.

2 – Autorisation de l’emploi de l’usure dans le commerce.

3 – Autorisation de consommation des boissons enivrantes.

4 – Abolition de la prière.

5 – Ajournement de la destruction de leur idole al-Lat pour trois années.

 

Les biographes ont rapporté :

« Al-Moughirah Ibn Shou’bah se présenta devant le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et lui dit : « O Messager d’Allah, (des représentants de ma tribu) sont arrivés avec l’intention d’embrasser l’Islam si tu acceptes leurs conditions, ils se porteront garants des leurs et de leur pays en contrepartie. »

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui répondit qu’il était prêt à répondre à leurs conditions (pour la cause d l’Islam). Sur ce, al-Moughirah sortit et alla informer les Thaqif installés chez lui de la réponse du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

C’est sur l’ordre du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qu’al-Moughirah Ibn Shou’bah hébergea ces représentants et Khalid Ibn Sa’id Ibn al-‘As qui s’occupa de leur séjour.

 

Durant leur séjour, les pourparlers se tenaient dans la mosquée. Et, à l’occasion, ils entendaient la récitation du Qur’an, regardaient comment les Musulmans se disposaient en rang pour accomplir les prières et écoutaient les prônes du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Ainsi, Ils restèrent plusieurs jours entre la maison d’al-Moughirah et la mosquée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Chez leur hôte, ils dormaient et mangeaient et dans la mosquée, ils discutaient avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de leurs conditions.

 

Voici l’essentiel des discussions :

‘Abd-Yalil demanda : « Décides-tu en notre faveur pour que nous retournions chez nous ? » Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) répondit : « Oui. Si vous reconnaissez l’Islam, je déciderai en votre faveur. Sinon, il n’y a aura pas de conciliation entre vous et moi. »

– « Qu’en est-il, d’après toi, de la fornication ? En voyage, nous n’emmenons pas nos femmes avec nous. Il nous faut alors cela car aucun de nous ne patiente. »

– « Elle est de ce qu’Allah Exalté a rendu illicite pour les Musulmans. Allah Exalté Très Haut a dit : « Et n’approchez point la fornication. En vérité, c’est une turpitude et quel mauvais chemin ! » (Qur’an 17/32)

– « Qu’en est-il de l’usure ? »

– « L’usure est illicite. »

– « Mais tous nos biens viennent de l’usure. »

– « Vous avez le fonds de vos biens. Allah Exalté dit : « Ô les croyants ! Craignez Allah ; et renoncez au reliquat de l’intérêt usuraire, si vous êtes croyants. » (Qur’an 2/ 278)

– « Qu’en est-il des boissons enivrantes ? C’est le jus de nos vignes et nous en avons grand besoin. »

– « Allah l’a rendu illicite. Allah Exalté dit : « Ô les croyants ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination ne sont qu’une abomination, œuvre du Diable. Ecartez-vous en, afin que vous réussissiez. » (Qur’an 5/90)

 

Lors d’autres rencontres, ils posèrent d’autres conditions (celle de la non-destruction d’al-Lat, la déesse de leur tribu, et l’abolition de la prière pour eux), mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) réussit à les convaincre du mal-fondé de leurs conditions et arriva à les persuader d’embrasser l’Islam.

 

Comment al-Lat fut détruite

 

La conversion à l’Islam de Thaqif eut lieu en l’an neuf de l’Hégire, cela fut le dernier clou du cercueil de l’idolâtrie dans la région du Hijaz et de l’ouest de Najd, là où habitait la grande tribu de Hawazin des Thaqif.

 

La journée de la chute définitive d’al-Lat fut journée mémorable. Ce jour-là, al-Moughirah sous bonne escorte se chargea de sa destruction devant les Thaqif venus voir pour la dernière fois leur ancienne idole mentionnée dans le Noble Qur’an.

Allah Exalté Très Haut dit : « Que vous en semble [des divinités], al-Lat et ‘Ouzzah ainsi que Manat, cette troisième autre ?       Serait-ce pour vous le garçon et à Lui la fille ? Que voilà donc un partage injuste ! Ce ne sont que des noms que vous avez inventés, vous et vos ancêtres. Allah n’a fait descendre aucune preuve à leur sujet. Ils ne suivent que la conjecture et les passions de [leurs] âmes, alors que la guidée leur est venue de leur Seigneur. » (Qur’an 53/19 à 23)

 

Ainsi, la destruction d’al-Lat et la conversion de Thaqif furent la dernière phase du conflit qui opposa l’Islam à l’idolâtrie dans le Hijaz. Avec Thaqif islamisé, une année environ après la bataille de Hounayn en l’an 9 de l’Hégire, c’est toute la région qui devint sous l’autorité morale de l’Islam.

 

Cette année 9 de l’Hégire fut d’ailleurs appelée l’Année des Délégations durant laquelle Allah Exalté Très Haut et Très Puissant fit descendre la Sourate le Secours qui annonçait son seulement la fin de la Révélation mais aussi le succès et la fin de la mission du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) :

« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

– Lorsque vient le secours d’Allah ainsi que la victoire,

– et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion d’Allah,

– alors, par la louange, célèbre la gloire de ton Seigneur et implore Son pardon. Car c’est Lui le grand Accueillant au repentir. » (Qur’an 110)

 

 

 

[1] Al-Maghazi, t. III, p. 949.

[2] Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 945.

[3] Sirah Ibn Hisham, t. IV, p. 137, Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 947, Tarikh at Tabari, t.III, p.91.

[4] Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 945.

[5] Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 956-957 et as-Sirah al-Halabiya, t. II, p. 247.

[6] Al-Bidayah wa an-Nihayah, t. V, p. 356.

[7] Les Ansar sont plus près du cœur du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Sirah Ibn Hisham, t. IV, p. 242, Maghazi al-Waqidi, t. III, pp. 957-958, al-Bidayah wa an- Nihayah, t. IV, p. 358, Tarikh at-Tabari, t. III, pp. 93-94, Sahih al-Boukhari, t. V, p. 203 et as-Sirah al-Halabiya, t. II, pp 247-248.

[8] Maghazi al-Waqidi, t.III, pp. 954-955.

[9] Al-Maghazi, t.III, pp. 958-960.

[10] Maghazi al-Waqidi, t.III, p. 962.

[11] Sirah Ibn Hisham, t. IV, p. 184, al-Maghazi, t. III, p. 963

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