SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La réaction des uns et des autres

 

Commençons d’abord par le poète et seigneur des Banou Salim, ‘Abbas Ibn Mirdas qui par des vers, reprocha au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) de lui avoir donné « seulement » quatre chameaux insatisfait de la répartition. Quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut informé de la réaction d’Ibn Mirdas, il lui donna à la place 100 chameaux en disant : « Retenez sa langue de moi[3]. »

Quant à Hakim Ibn Hizam, il jura de ne plus accepter de don après ce qui lui arriva avec le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), au point où il fut surnommé l’ascète.

 

Hakim Ibn Hazm a dit : « A Hounayn, je demandai au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) 100 chameaux et il me les donna. Je demandai encore 100 chameaux qu’il me donna aussi puis une troisième fois aussi. (Au total Hakim eut 300 chameaux). Après quoi, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) me dit : « O Hakim Ibn Hizam, ce bien est plaisant. Celui qui le prend avec une âme généreuse, verra ce bien bénit mais celui qui le prend avec une âme (arrogante), ne le verra pas béni. Ce bien sera comme celui qui mange et ne se rassasie pas. La main élevée est mieux que la main basse et commence par celui qui est réduit à la misère. »

Depuis, Hakim Ibn Hazm ne demanda plus rien et se contenta uniquement de sa part.

 

Ibn Abou az-Zinad a rapporté que Hakim Ibn Hazm ne prit que les 100 premiers chameaux offerts par le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)[4].

 

A part ces deux réactions d’Ibn Mirdas et d’Ibn Hizam diamétralement opposées, il y eu aussi celle des Ansar. Ces derniers, les plus proches Compagnons du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), exprimèrent leur mécontentement à leur bien-aimé après lorsqu’ils virent les parts données à ceux dont les cœurs furent gagnés.

 

Quand le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut informé du sentiment des Ansar, il se fâcha car il les aimait beaucoup. Puis, il les rejoignit pour leur expliquer les raisons de sa décision.

 

Les traditionnistes et les biographes ont rapporté que les Ansar eurent seulement quatre chameaux chacun tandis que chacun des nouveaux convertis 100 comme ‘Ouyaynah Ibn Hisn, Abou Soufyan Ibn Harb, Safwan Ibn Oumayyah et al-Aqra’ Ibn Habis.

Ils rapportèrent aussi que les Ansar dirent : « Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) a rencontré les siens. A la guerre, nous sommes ses Compagnons mais durant les répartitions, ce sont les siens et ses proches parents. Nous aimerions bien savoir de qui cela vient, si cela vient d’Allah, nous patienterons, mais si cela est du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), nous aimerions bien le lui reprocher[5]. »

 

D’autres Ansar dirent aussi : « Qu’Allah pardonne au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Il donne à Qouraysh et nous abandonne bien que nos sabres suintent de leur sang[6]. »  

 

Lorsque le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) eut des échos de ces propos des Ansar, les bras de l’Islam, il se rendit chez leurs chefs sans qu’aucun Mouhajirine ne soit présent pour tirer cette affaire au clair en tête-à tête avec ses alliés.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur dit après avoir louangé Allah le Très-Haut : « O Ansar, vos propos me sont parvenu et vous êtes fâchés. En arrivant (à Médine), Allah ne vous a-t-Il pas mis sur le droit chemin alors que vous étiez égarés, ne vous a-t-Il pas enrichis alors que vous étiez démunis, n’a-t-Il pas réconciliés vos cœurs alors que vous étiez ennemis ?

– « Certes, c’est par la Grace d’Allah et de Son Messager, » répondirent-ils.

– « Ne me répondrez-vous pas, ô Ansar ? »

– « Que veux-tu que nous te disions, ô Messager d’Allah ? Alors que la grâce et la faveur sont aux mains du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

-« Par Allah, si vous aviez voulu, vous auriez parlé et je vous aurai donné raison : « Renié tu nous es venu et nous t’avons cru ; abandonné et nous t’avons soutenu ; poursuivit et nous t’avons donné asile ; démuni et nous t’avons aidé. O Ansar, vous avez été blessés dans votre amour propre pour une chose de ce monde, par laquelle (j’ai voulu) gagné quelques-uns des nouveaux convertis à l’Islam. Alors que vous, je vous ai confiés ce qu’Allah Exalté vous a donné de l’Islam. O Ansar, ne consentez-vous pas à ce que les gens s’en aillent avec ovins et chameaux et que vous retourniez à vos demeures avec le Messager d’Allah ? Par Celui qui détient la vie de Muhammad, n’était-ce l’exil (hijrah), j’aurais été un des Ansar et si les gens avaient suivi des chemins et que les Ansar avaient pris d’autres chemins, j’aurai pris les chemins des Ansar. Les Ansar sont un dessous et les gens un dessus[7]. »

 

La libération des captifs

 

De retour de Ta’if, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) resta un mois à al-Ji’rana avec le secret espoir de voir les seigneurs de Hawazin venir lui demander la libération de leurs enfants et de leurs femmes. Hawazin tardant à se montrer et l’ensemble de l’armée demandant la répartition des prises de guerre, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se vit contraint de répondre à la demande des Musulmans.

 

Mais, après la répartition des enfants et des femmes de Hawazin, une délégation de Hawazin, composée de quatorze hommes dont leur chef Abou Sourad Zouhayr Ibn Sourad se présenta chez le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et après avoir annoncé leur conversion à l’Islam et celle de tout Hawazin, ils lui demandèrent une faveur ; de libérer leurs femmes et leurs enfants. Ce fut difficile car les captifs avaient déjà été distribués mais le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fit de son mieux pour les libérer après avoir donné à certains Musulmans des compensations du trésor publique. Quant aux Mouhajirine, les Ansar et Banou Salim, ils relâchèrent leurs captifs sans contrepartie.

Parmi ses captifs au nombre de six mille se trouvait Shaymah Bint al-Harith, la sœur de lait du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). Shaymah s’occupa avec sa mère, Halima Bint Zouway’ib, du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) alors qu’il était un petit enfant chez les Banou Sad de Hawazin.        

Quand on la présenta devant le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), elle lui dit : « Je suis ta sœur de lait, » et il lui demanda pour vérifier : « Et quelle preuve de cela as-tu ? »

– « Une morsure au dos. Tu m’as mordu alors que je te portais sur mon dos quand nous étions dans la vallée d’as-Sin, ton père est mon père et ta mère est ma mère. Nous avons tété nourris par le même sein. Rappelle-toi, o Messager d’Allah. »

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se rappela alors et vit que sa sœur de lait était dans une situation difficile. Il se leva rapidement puis étala sa cape en lui disant : « Assieds-toi dessus. » Il l’accueilli chaleureusement et pleura à ces souvenirs. Il s’enquit de ses parents puis la libéra.

 

La conversion du roi de Hawazin, Malik Ibn ‘Awf

 

Les biographes et traditionnistes ont rapporté qu’après la libération des captifs, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) interrogea la délégation de Hawazin sur ce qu’il était advenu de Malik Ibn ‘Awf puis les avait chargés d’informer ce dernier en ces termes : « Dites-lui que s’il vient Musulman, je lui rendrai sa famille et ses biens et qu’en plus je lui donnerai 100 chameaux. » Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avait auparavant exclu de la répartition du butin la famille et les biens de Malik.

 

Quand celui-ci fut informé de la proposition, il décida sans hésitation de rejoindre le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) mais pour arriver à La Mecque, il dut faire le voyage secrètement pour une bonne raison car il était caché à Ta’if, parmi les Thaqif qui étaient encore des associés et des ennemis de l’Islam de qui il craignait un mal si jamais ils venaient à être informé de ses intentions.

 

A La Mecque, il annonça son Islam devant le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui tint alors sa promesse[8].

 

Le retour du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) à Médine

 

Après avoir achevé la répartition du butin entre les combattants, après avoir donné du cinquième du butin des centaines de chameaux à « ceux dont les cœurs furent gagnés, » après avoir séjourné à al-Ji’rana dans les environs de La Mecque durant treize nuits, du 5 au 8 Dzoul Qi’dah de l’an 08 de l’Hégire, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) décida de prendre le chemin du retour avec ses Compagnons mais avant de se rendre à Médine, il passa avec ses Compagnons par La Mecque où ils accomplirent la ‘Oumrah et où le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) désigna ‘Outtab Ibn ‘Oussayd gouverneur pour les affaires concernant la gestion de la ville sacrée et des savants pour apprendre aux nouveaux musulmans mecquois les préceptes de l’Islam.

 

Et Deux jours plus tard après son entrée dans La Mecque, un jeudi des dix derniers jours de Dzoul Qi’dah, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) prit la direction de Médine.

 

 Il est rapporté dans les livres de biographies (sirah) que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) mit neuf jours pour parcourir le chemin de La Mecque à Médine et sortit de va ville sacrée le 18 Dzoul Qi’dah, il arriva dans la ville des Ansar le 27 du même mois[9].

 

 

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