SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les Hawazin marchent sur La Mecque

 

Après avoir terminé ses préparatifs, Hawazin marcha sur La Mecque, dans le strict respect des ordres de son jeune Malik Ibn ‘Awf qui, rappelons-le, avait demandé aux 20000 guerriers de se faire accompagner par leurs familles et leurs biens. 20.000 hommes accompagnés de leurs femmes, leurs enfants, leurs       vieillards, de leurs chameaux et chevaux ainsi que de leurs troupeaux ainsi Hawazin sortit au nombre d’environ 80.000, un exode massif.

 

Le lieu de rassemblement final des différentes tribus de Hawazin eut lieu dans la vallée d’Awtas, l’une des principales vallées de Hounayn situées à l’est de Mecque par où étaient arrivées les troupes de Thaqif. Là, ils établirent leur camp et attendirent les renforts, comme cela est rapporté dans al-Maghazi.

 

A la rencontre de Hawazin

 

L’armée musulmane, pendant ce temps, sortit pour rencontrer les troupes de Hawazin dans la campagne, à une distance appréciable de La Mecque, suite au compte-rendu d’Ibn Abou Hadrad et ce fut là une décision judicieuse, qu’Allah, à Lui les Louanges et la Gloire, inspira à Son Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Le déclenchement des hostilités à l’extérieur de La Ville Sacrée apparaissant plus efficace et plus utile pour l’armée musulmane pour la simple raison que la situation n’était pas encore stabilisée dans La Mecque dont le Fath n’avait pas encore dépassé les dix-sept jours.

De plus, l’abdication des Mecquois n’avait pas été une conséquence de la reconnaissance de la justesse de l’Islam mais plutôt une conséquence de leur impuissance militaire devant Musulmans. Si Qouraysh avait su qu’elle pourrait faire face au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et Compagnons, elle n’aurait pas hésité à le faire. La preuve est ce que Qouraysh avait dit à Abou Soufyan lorsqu’il avait été envoyé pour conditionner le Fath (prise) de La Mecque : « Assure nous une garantie de sécurité et accepte qu’il entre dans La Mecque. Mais si tu juges qu’il y a quelque faiblesse parmi ses Compagnons, tu peux alors déclarer la guerre. »

Donc, un bon nombre de Mecquois avaient déclaré du bout des lèvres leur conversion à l’Islam sans vraiment y croire. D’ailleurs cette vérité fut clairement exprimée par l’un de leurs seigneurs quand il vit les Musulmans débuter la bataille par un échec : « La magie n’a plus d’effet ! C’est une véritable défaite ! »

 

D’un autre côté, si le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) s’était retranché dans La Mecque, son armée aurait été dans une situation très inconfortable si les Qouraysh avaient décidé d’exploiter l’occasion.

Ainsi la décision prise par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) d’engager les hostilités loin de La Mecque fut une décision juste et perspicace.

 

Avant de sortir de La Mecque, Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) évalua le matériel de guerre et le trouva insuffisant. Il se rendit alors chez son cousin Nawfal Ibn al-Harith et Safwan Ibn Oumayyah qui étaient des marchands d’armes.

 

Safwan Ibn Oumayyah qui était l’un des grands et riches notable de La Mecque, était aussi l’un des plus célèbres marchands d’armes. Bien que l’Islam avait eu raison de la Ville sacrée, il était resté polythéiste et n’avait pas été contraint d‘embrasser l’Islam. Ce n’est qu’après la bataille de Hounayn qu’il se convertit à l’Islam.

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se présenta chez lui et lui fit part de son besoin d’armes tout en l’assurant d’une indemnité.

– « O Abou Oumayyah, » dit le Prophète, « prête-noms ton armement pour que nous puissions faire face à notre ennemi demain. »

– « Est-ce une spoliation, ô Muhammad ? »

– « (Non), tes armes sont garanties. »

– « Alors, il n’y a pas de mal. »

Puis, il donna au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) cent boucliers et leur égal en lances et épées et assura leur transport à l’aide de ses chameaux jusqu’au champ de bataille.

 

Quant à Nawfal Ibn al-Harith Ibn ‘Abd al-Mouttalib, qui était un grand marchand d’armes, il fournit à l’armée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) trois mille lances qui aidèrent grandement les Musulmans dans la bataille de Hounayn. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui avait d’ailleurs dit : « C’est comme si je vois tes lances en train de fracasser les idoles des polythéistes. »

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) demanda aussi aux riches de La Mecque de lui prêter de l’argent afin de faire face aux besoins de quelques combattants Musulmans pauvres. La demande d’un prêt financier fut aussi accompagné d’une garantie et les 150000 Dirham furent dûment remboursés après la bataille de Hounayn.

 

Rappelons aussi que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) était en mesure de se passer de tous ces emprunts et prendre ce qu’il voulait puisqu’il était entré par la force des armes dans la ville cependant, il préféra les emprunts car il était noble et juste.

 

Dans al-Maghazi d’al-Waqidi, il est rapporté : « Après le Fath, le Prophète envoya des gens pour trouver des prêts. ‘AbdAllah Ibn Abou Rabi’ah lui prêta 40.000 Dirham, Houwaytab Ibn ‘Abd al-‘Ouzzah lui prêta aussi 40.000 dirham et Safwan Ibn Oumayyah 50.000 Dirham que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) répartis entre les démunis de ses Compagnons. »

 

Désignation d’un émir de La Mecque et évaluation des troupes musulmanes

 

Les historiens rapportèrent que le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) passa, après le Fath, quinze jours dans La Mecque puis se mit en marche avec son armée vers Hounayn, le septième jour de Shawwal de l’an 8. Le Fath de La Mecque avait eu lieu le mois de Ramadan de la même année de l’Hégire.

 

« Le Fath de La Mecque se produisit le vendredi des dix derniers jours de Ramadan. Après celui-ci, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) y passa quinze nuits durant lesquelles il accomplit deux Rak’a (pour chaque prière). Puis il sortit le samedi qui suivit les six premiers jours de Shawwal[8]. »

D’autres ont rapporté que le Fath de La Mecque eut lieu le treizième jour de Ramadan, donc que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) resta dix-sept jours à La Mecque à écourter la prière[9]. »  

 

Avant de sortir de La Mecque, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) désigna un émir qui le remplaça. Ce jeune émir alors âgé de 25 ans embrassa avec sincérité l’Islam le jour du Fath, s’acquitta correctement de sa mission durant la vie du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et durant le règne d’Abou Bakr. Ce fut lui avec le concours de Sahil Ibn ‘Amr qui menaça les gens de La Mecque si jamais ils reniaient l’Islam. Pendant la guerre contre les Apostats, Sahil Ibn ‘Amr monta sur le minbar et dit aux Mecquois : « O gens de La Mecque, ne soyez pas les derniers à avoir embrassé l’Islam et aussi les premiers à le renier. »

 

Ainsi, après la désignation de l’émir et la mobilisation, l’armée musulmane qui comptait douze mille combattants ; dix-mille de Médine dont des éléments des tribus arabes qui participèrent au Fath ainsi que deux mille Mecquois qui avait embrassé l’Islam après le Fath, se mit en route vers Hounayn, là où Hawazin avait décidé de livrer la bataille décisive.

 

Les conséquences de l’orgueil

 

Après le Fath, les Musulmans purent enfin constater qu’ils étaient devenus une large puissance militaire si bien qu’ils furent gagnés par la suffisance de soi et l’orgueil et qu’ils sous estimèrent ainsi l’ennemi. Trois éléments de poids qui pouvaient largement influencer sur le champ de bataille comme ils allaient pouvoir le constater puisque les Musulmans étaient toujours dans le stade d’apprentissage pour pouvoir faire face aux événements du futur après la disparition du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

Les Musulmans subirent donc un échec cuisant dès le déclenchement des hostilités avec Hawazin. Cette épreuve qui secoua les Musulmans fut mentionnée par Allah Exalté dans son Noble Qur’an : « Allah vous a déjà secourus en maints endroits. Et [rappelez-vous] le jour de Hounayn, quand vous étiez fiers de votre grand nombre et que cela ne vous a servi à rien. La terre, malgré son étendue vous devint bien étroite ; puis vous avez tourné le dos en fuyards. Puis, Allah fit descendre Sa quiétude [Sa « sakîna »] sur Son messager et sur les croyants. Il fit descendre des troupes (Anges) que vous ne voyiez pas, et châtia ceux qui ont mécru. Telle est la rétribution des mécréants. Après cela Allah, accueillera le repentir de qui Il veut, car Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (Qur’an 9/25 à 27)

 

Comme dans toute les guerres, Hawazin envoyé trois espions dans les rangs des Musulmans pour recueillir des informations sur l’état des combattants (moral, nombre, armement, etc.).

Ces trois espions s’infiltrèrent sans qu’aucun musulman n’ait pu les démasquer et menèrent leur mission sans être inquiétés avant de retourner sains et saufs dans leur camp et firent leur rapport à leur roi Malik Ibn ‘Awf à qui ils suggérèrent l’idée du retrait des troupes à cause de ce qu’ils avaient vu et entendu dans le camp musulman.

 

Malik Ibn ‘Awf ne voulut rien entendre et accusa ses espions de couardise cependant, il envoya un quatrième espion pour enquêter sur la justesse de ce les premiers avaient rapporté. Ce dernier, de retour, fit le même rapport et suggéra aussi au roi de se retirer du champ de bataille ce qu’il refusa.

 

Activités durant la nuit qui précéda la bataille

 

Lorsque l’armée musulmane se rapprocha de la vallée de Hounayn, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ordonna la constitution d’un détachement de combattants dont il donna le commandement à Anis Ibn Mardath Ibn Abou Mardath al-Ghanawi pour monter la garde et surveiller les mouvements de l’ennemi afin de prévenir toute attaque surprise. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) insista aussi que le poste de surveillance soit le plus près du camp de Hawazin pour plus d’efficacité.

 

L’organisation avant la bataille

 

Après avoir reçu les informations qu’il voulait sur Hawazin, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donna les dernière directives à son armée avant le déclenchement de la bataille qui eut lieu dans la matinée du treizième jour de Shawwal de l’an 08 de l’Hégire.

 

Le Prophète organisa son armée sur la base de l’appartenance tribale, comme il le fit lors du Fath de La Mecque. Il répartit se Compagnons en trois corps principaux :

– Le premier comprenant les Mouhajirine et leurs alliés,

– Le second : Les Ansar et,

– Le troisième corps composé des différentes tribus y compris certains Mouhajirine de la première heure.

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) divisa le premier corps en trois compagnies dont il confia le commandement de chacune d’entre elle à un Mouhajir. Quant au deuxième, le corps central de l’armée, il le divisa en deux corps, l’un des Aws dont il donna le commandement à ‘Oussayd Ibn Houzayr et les Khazraj à Sa’d Ibn ‘Oubadah. Puis le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) divisa chacun de ces deux corps en compagnies et désigna un chef pour chacune d’entre elle.

 

Le troisième corps fut aussi divisé en compagnies par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) toujours sur la base de l’origine tribale.

 

 

 

 

[1] Al-Kalbi, al-Asnam, p. 15.

[2] ‘Ourana : une vallée près de ‘Arafah, exactement entre ‘Arafah et al-Mouzdalifah.

[3] Sirah Ibn Hisham. t. III, p. 79.

[4] Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 873.

[5] Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 875.

[6] Voir Tabari, t. III, pp. 70-71.

[7] Al-Maghazi d’al-Waqidi, t. III, p. 885-886.

[8] Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 889, Sirah Ibn Hisham, t. IV, p. 83, Tarikh at-Tabari, t. III. p. 73.

[9] Maghazi al-Waqidi, t. III, p. 889.

 

 

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