SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La réaction des Qouraysh

 

Toutes les routes menant à La Mecque étaient contrôlées par les Musulmans. Personne ne pouvait quitter ou entrer dans la Cité sacréee dont les habitants ignoraient tout ce qui se passait dans l’armée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) car leurs espions n’avaient récolté pratiquement aucun renseignement et la seule qui leur parvint fut celle de l’Aman accordé à Abou Soufyan qui les laissa totalement enragés puisqu’ils l’avaient délégué pour que la protection soit accordée à tous les Qouraysh et non pas lui seul, une trahison manifeste des Qouraysh , à leurs yeux.

 

A notre avis, cette information ne filtra que parce que le Prophète le voulut. Elle eut pour effet de laisser les Mecquois, ces implacables ennemis de l’Islam, si désemparés que résister ne leur vint même pas à l’idée. « Que faire, » se dirent-ils, « Muhammad va commettre une tuerie et capturer les femmes et les enfants Il va s’emparer de tous nos biens et ne quittera La Mecque qu’après avoir laissé les ruelles pleines de cadavres et de cris. »

 

En réalité, ces psychologiquement vaincus interprétèrent les évènements de la manière des anciennes peuplades et ils pensèrent que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) allait se comporter comme tout vainqueur ou tout conquérants. Attendons donc l’entrée triomphale du Messager à La Mecque pour voir quelle sera son attitude envers ses anciens ennemis qui l’oppressèrent, l’insultèrent, le blessèrent, le frappèrent, qui tentèrent de l’assassiner, l’expatrièrent et infligèrent à ses partisans les pires des tortures physiques et morales. Attendons donc la chute de la Cité sacrée pour voir si Muhammad appliquera une juste vengeance, de voir comment il se comportera envers Hind, l’épouse d’Abou Soufyan, qui mangea le foie de Hamza après la bataille d’Ouhoud, attendons de voir le traitement qu’il infligera à ces polythéistes au moment de sa grande victoire et de voir s’il sera à ce moment précis aveuglé par la toute puissance et l’orgueil du grand conquérant, écrasant tout sur son passage, coupables et innocents ?

 

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) invite Abou Soufyan à embrasser l’Islam

 

Au lever du jour, al-‘Abbas se présenta devant le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en compagnie du seigneur mecquois. Il trouva le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avec quelques-uns de ses Compagnons dont Abou Bakr, ‘Umar Ibn al-Khatab et ‘Ali Ibn Abou Talib tandis qu’au même moment, les habitants de La Mecque étaient sous intense tension alors qu’Abou Soufyan discutait les détails de reddition.

Cependant avant cela, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui proposa l’Islam n disant : « Malheur à toi, ô Abou Soufyan! N’est-il pas temps que tu reconnaisses qu’il n’y a nul autre dieu hormis Allah ? »

– « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi, » répondit Abou Soufyan, « tu es généreux et indulgent et tu respectes les liens de parenté. Par Allah, je pense que j’aurais été soutenu s’il y avait avec Allah un autre dieu ! »

– « Malheur à toi !, » poursuivit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), « n’est-il pas temps que tu saches que je suis le Messager d’Allah ? »

– « Que mon père et ma mère soient sacrifiés pour toi, que tu es généreux, indulgent et respectueux envers les liens de parenté ! Quant à ce point, j’hésite encore[1]. »

 

Al-‘Abbas tenait aussi à la conversion du chef Qourayshi. Il voulait, avec cette conversion, que les Mecquois renoncent à toute résistance pour éviter l’utilisation de la force des armes des Musulmans pour empêcher un nombre considérable de victimes dans les rangs des polythéistes.

Le résultat de la conversion d’Abou Soufyan aurait une grande influence sur la grande majorité mecquoise et la laisserait certainement choquée et paralysée moralement peut-être même que cette conversion faciliterait celle de plusieurs polythéistes qui se diraient : « Abou Soufyan, le grand seigneur en personne, a choisi l’Islam. »

 

De plus, l’oncle du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) craignait aussi des vengeances de quelques musulmans, surtout des non Qouraysh. Ses craintes furent justifiées surtout lorsque Sa’d Ibn ‘Oubadah, le chef des Khazraj, menaça Abou Soufyan avec ces paroles : « O Abou Soufyan, ce jour-ci sera une tuerie. »

 

Poussé par ces sentiments, al-‘Abbas, en voyant l’hésitation d’Abou Soufyan devant la proposition du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), le conseilla de manière convaincante en lui montrant les bénéfices de sa conversion. Finalement, le seigneur mecquois annonça sa conversion devant le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et dit : « Je témoigne qu’il n’y nul dieu excepté Allah et que Muhammad est le Messager d’Allah[2]. »

 

Abou Soufyan qui venait tout juste d’embrasser l’Islam n’eut aucun gêne pour dire après au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « O Messager d’Allah ! Pourquoi ne diriges-tu pas ton armée sur les Hawazin, leur lien de sang est plus lointain et leur animosité envers toi est plus grande ? » Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) lui répondit : « J’espère que mon Seigneur m’accordera cela à partir de la prise de La Mecque. (J’espère aussi) que l’Islam sera glorifié par cela ainsi que la défaite de Hawazin[3]. »

 

Que cette hardiesse de la part d’Abou Soufyan soit justifiée du fait de ses crainte pour les siens peut-être compréhensible       mais que dire de ses paroles : « O Muhammad ! Tu es venu avec un assemblage de gens de toutes espèces connues et inconnues, (dans le but de combattre) les tiens, tes origines. Ce que je vois ne sont que des visages qui me sont inconnus. Qu’ils sont nombreux ! » Et le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) eut la réplique adéquate : « Que ton injustice et ta perfidie sont grandes ! Vous avez violé le pacte d’al-Houdaybiyah en vous entraidant, avec iniquité et animosité, contre les Bani Ka’b, et en plus dans le sanctuaire d’Allah. Vous êtes les coupables tandis que ceux-ci m’ont cru quand vous m’avez démenti et m’ont soutenu alors que vous m’avez exilé[4]. »

 

Le résultat fut que la plupart des Mecquois déposèrent les armes et préférèrent se rendre sans aucune résistance, à l’exception de ‘Ikrimah Ibn Abou Jahl et de Safwan Ibn Oumayya dont la résistance fut stoppée par Khalid Ibn al-Walid.

 

Les clauses de la reddition

 

La diplomatie d’al-‘Abbas fut très active avant la chute de La Mecque et c’est lui qui dit au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) : « O Messager d’Allah ! Tu connais Abou Soufyan et son amour envers les hommes et sa fierté, accorde-lui une chose qui le distinguera du reste de son peuple ! »

– « Certainement, » accepta le Prophète « quiconque entrera chez Abou Soufyan sera en sécurité[5]. »

 

Dans une autre version rapportée par Ibn Kathir dans al-Bidayah wa-an Nihayah, t IV, p 291, Abou Soufyan dit : « O Messager d’Allah, ma maison ne suffira pas ! »

– « Celui qui rendra à la Ka’bah sera en sécurité, » rajouta le Messager (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

– « Et à quoi peut suffire la Ka’bah ? »

– « Celui qui se rendra à La Mosquée sera en sécurité. »

– « La Mosquée ne peut suffire. »

– « Celui qui fermera derrière lui la porte de sa maison sera en sécurité. »

– « (Maintenant) c’est assez suffisant. »

 

Nous pouvons résumer les détails de la reddition comme suit :

1 – Ne pas toucher aux vies et aux biens des habitants de La Mecque

2 – Les Qouraysh ne doivent manifester aucune résistance contre les membres de l’armée lors de la rentrée de celle-ci.

3 – L’armée musulmane peut recourir aux armes dans le cas de l’existence d’une résistance armée.

4 – Les habitants de La Mecque doivent respecter le couvre-feu soit en restant chez eux, soit en allant à la Mosquée ou la maison d’Abou Soufyan, et ce jusqu’à ce que les Musulmans aient occupé les points stratégiques de la ville.

Et le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) donnera aussi l’ordre solennel à ses troupes de respecter ces clauses.

 

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