SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ordonne de rompre le jeune

 

En quittant Médine, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) laissa aux musulmans le choix de jeûner ou pas car ces évènements se passait au mois de >Ramadan comme nous l’avons précédemment mentionné. Cependant, à environ dix kilométrés de La Mecque, à Mar ad-Dahran, il donna l’ordre général de rompre le jeûne.

 

Jabir Ibn ‘Abdallah (radhiyallahou ‘anhou) a dit : « Lorsque nous arrivâmes à Qoudayd[14], entre la prière de Zouhr et de ‘Asr, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) prit devant tous les Musulmans un vase rempli d’eau et rompit le jeûne. »

 

Abou Sa’id al-Khoudri (radhiyallahou ‘anhou) a dit : « Et à Mar ad-Dahran, il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dit : « Vous allez rencontrer votre ennemi dans la matinée et la rupture du jeûne vous est plus profitable physiquement ! » Après ces recommandations, on l’informa que quelque membres de l’armée avaient préféré observer le jeûne, ce qui l’amena à dire : « Ceux-là sont des désobéissants. »

 

Qouraysh décide de ne pas résister

 

La tactique du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avait donné de bons résultats, Qouraysh ne sut la présence des musulmans qu’une fois ces derniers à Arak, à quatre mile: seulement de La Mecque.

Toute résistance était donc pure aventure. Néanmoins, les seigneurs polythéistes avaient déjà pris une décision de passer à l’offensive au cas où Abou Soufyan, leur délégué, remarquait quelque faiblesse manifeste chez le: musulmans.

 

Al-Waqidi a rapporté :

« Les Qouraysh décidèrent d’envoyer Abou Soufyan [au Prophète] afin d’avoir des informations. « En rencontrant Muhammad, » lui dirent-ils, « essaye d’avoir l’aman au cas où tu ne remarqueras aucune faiblesse, sinon déclare-lu la guerre ! » »

 

En réalité, la tactique de discrétion était profitable même pour le: Qouraysh. Car leur résistance aurait fait plusieurs victimes pour rien sachant qu’ils ne pouvaient faire face à dix mille combattants. De plus, s’ils avaient demandé l’aide de Hawazin, cela aurait perduré l’état de guerre sans n’en tirer aucun profit. Il valait mieux rendre des décisions plus sages…

 

Al-‘Abbas (radhiyallahou ‘anhou)

 

L’oncle du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) quitta La Mecque pour Médine comme nouveau Mouhajir mais comme les musulmans avaient déjà quitté la ville du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), il les croisa donc en cours de route et revint de nouveau avec eux à La Mecque.

 

En voyant la grande armée à Mar ad-Dahran, al-‘Abbas fut terrifié pour son peuple, les Qouraysh, bien qu’il était musulman. La pitié envers les siens l’envahit et il se dit :

– « Quel malheur va frapper Qouraysh. Par Allah, si le Messager d’Allah rentre de force à La Mecque avant que ses habitants ne viennent lui demander l’Aman, ce sera alors définitivement la fin de Qouraysh ! »

 

Il chercha donc une issue pour éviter aux Mecquois un sort aussi malheureux et décida de les contacter et de leur conseiller de demander l’Aman (protection). Il chercha alors une personne pouvant être envoyée pour cette mission quand il rencontra Abou Soufyan à Arak. Il lui fit part de ses craintes qui persuadèrent le grand chef Qourayshi. Celui-ci monta alors en croupe avec al-‘Abbas sur le mulet du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en guise de protection avant le se présenter devant ce dernier.

 

At-Tabari a rapporté :

« En voyant le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avec une grande armée, al-‘Abbas dit : « Par Allah Exalté, s’il rentre à La Mecque par la force, ce sera la véritable fin de Qouraysh. » Sur ce, il monta un mulet blanc appartenant au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en se disant : « Je dois aller à Arak, peut-être y rencontrerais un bucheron, un berger on quelqu’un d’autre voulant aller à La Mecque, quelqu’un qui informera les Qouraysh de l’endroit où se trouve le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qu’ils viennent solliciter l’Aman. »

Il se rendit alors à Arak ou je commençai, rapporta-t-il, à chercher ce qui m’avait poussé à sortir. Tout à coup, j’entendis les voix d’Abou Soufyan Ibn Harb, de Hakim Ibn Houzam et de Boudayl Ibn Warqa. Ils étaient venus pour se renseigner sur le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam). En voyant les feux de l’armée musulmane, Abou Soufyan dit à ses Compagnons : « Par Allah, je n’ai jamais vu de feux aussi nombreux qu’aujourd’hui ! »

– « C’est Khouza’a qui est sortie pour la guerre, » interpréta Boudayl.

– « Khouza’a est trop faible pour pouvoir faire cela, » répliqua Abou Soufyan. Puis j’intervins à ce moment-là : « O Abou Handalah (Abou Soufyan) ? »

– « Qui est-ce, Abou al-Fadl (al-‘Abbas) ? »

– « Oui. »

– « Je suis à toi, que ma mère et mon père soient sacrifiés pour toi ! Qu’as-tu me dire ? »

– « J’ai laissé derrière moi le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui est venu le plus rapidement possible à la tête de dix mille musulmans avec l’intention de vous livrer bataille. »

À l’écoute du chiffre, le seigneur de La Mecque resta bouche bée et abandonna vite toute idée de résistance. Il demanda aussitôt l’avis d’al-‘Abbas.

– « Et que me conseilles-tu ? »

– « Monte en croupe (avec moi) sur ce mulet afin que je demande pour toi l’Aman du Messager d’Allah. » »

 

Le seigneur Qourayshi n’ayant pas d’autre choix sauta sur l’occasion de même que Hakim et Boudayl qui accompagnèrent al-‘Abbas qui se dirigea aussitôt vers le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en traversant les troupes musulmanes.

 

Il faisait nuit et la garde du camp était assurée par ‘Umar Ibn al- Khatab qui patrouillait aux alentours de La Mecque. Hormis ‘Umar, aucun des musulmans ne s’adressa à al-‘Abbas en le voyant avec Abou Soufyan.

– « L’oncle du Messager d’Allah[15] (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)       sur le mulet du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) !, » se dirent les combattants musulmans en le laissant passer avec ses protégés.

Quant à ‘Umar, à peine les vit-il qu’il s’écria : « Abou Soufyan ! L’ennemi d’Allah ! Louange à Allah qui (nous) a donné l’occasion de t’avoir sans que nous ayons envers toi ni engagement ni pacte. » Et il se précipita pour arriver le premier chez le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) afin de lui demander l’autorisation d’abattre Abou Soufyan.

‘Abbas conscient du danger qui menaçait la vie de son protégé, éperonna le mulet pour prendre de la vitesse et arriva le premier. Cependant, il n’avait pas encore demandé l’Aman au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) que ‘Umar arriva en courant.

Ce fut, pour Abou Soufyan, le moment le plus pénible de sa vie et en voyant Ibn al-Khattab, une peur paralysante le saisit si bien qu’il eut la conviction qu’il allait être bientôt exécuté.

 

Le futur Calife insista auprès du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour avoir l’autorisation d’abattre l’ancien chef des polythéistes mais vainement car le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) préféra entendre al-‘Abbas et accorder l’Aman à Abou Soufyan. Quant à Boudayl et Hakim, ils embrassèrent l’Islam juste après leur arrivée[16].

 

Les traditionnistes ont rapporté ce qui suit :

« En arrivant dans la tente du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), ‘Umar lui demanda de le laisser trancher le cou du seigneur des Qouraysh : « O Messager d’Allah ! Voici l’ennemi d’Allah Abou Soufyan qui est venu sans pacte ou engagement. Laisse-moi lui frapper le cou ! »

Al-‘Abbas dit : « O Messager d’Allah ! Je viens de lui accorder ma protection. » Mais ‘Umar insista ce qui irrita fortement al-‘Abbas qui lui répondit : « Tout doux ‘Umar ! Par Allah, tu n’agis ainsi que parce que Abou Soufyan fait partie des Bani ‘Abd al-Manaf. Tu n’aurais jamais fait cette demande s’il était l’un des Bani Ouday Ibn Ka’b (le clan de ‘Umar) ! »

– Ne te hâte pas (à me juger), » répliqua ‘Umar, « je jure par Allah que le jour de ta conversion à l’Islam me fut plus cher que la conversion d’al-Khattab s’il avait embrassé l’Islam car je savais que ta conversion était plus chère au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) que celle d’al-Khattab. »

– « Va, » intervint le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en s’adressant à al-‘Abbas, « nous lui avons accordé l’Aman. Ramène-le-moi demain matin. »

 

 

 

[1] Sirah al-Halabiya, t II, p 200.

[2] Ibn Hisham, Sirah, t IV, p 41.

[3] Boukhari, Sahih, t V.

[4] Tabari, Tarikh, t III, p 49.

[5] Al-Waqidi, Maghazi, t II, p 803.

[6] Id, p 802.

[7] Id, p 800.

[8] Ghatafan pouvait rassembler à elle seule dix mille hommes mais le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne les invita pas.

[9] Maqrizi, Imta’, p 373.

[10] Al-Waqidi, Maghazi, t II, p 813.

[11] Les Bani Soulaym étaient auparavant de redoutables ennemis des Musulmans. A Ouhoud, sept cents d’entre eux combattirent dans les rangs de Qouraysh.

[12] Id, t II, p 806.

[13] A 42 miles de La Mecque.

[14] Al-Waqidi, Maghazi, t II, p 815; Tabari, t III. p 35; Ibn Kathir, al-Bidayah wa-an Nihayah IV, p 289.

[15] Tabari, t III. p 54; al-Waqidi, t II, p 818.

[16] Ibn ‘Assakir, Sirah Abou Soufyan; al-Waqidi, t II, p 818; Tabari, t III, p 54.

 

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