SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les regrets de Qouraysh

 

Après cet odieux massacre, les Qouraysh réalisèrent pleinement la portée de leur nouvelle erreur d’autant plus que les signataires en personne, Souhayl Ibn ‘Amrou, Mikraz Ibn Hafs et Houwaytab Ibn al-‘Ouzzah avaient participé à cet acte barbare. Al-Harith Ibn Hisham et ‘Abdallah Ibn Abou Rabi’ah allèrent trouver Abou Soufyan Ibn Harb et lui dirent : « Cette affaire doit être réglée. Par Allah, si elle n’est pas réglée, Muhammad et ses hommes nous attaqueront ! »

– « Je n’étais, » rétorqua Abou Soufyan, « ni absent ni présent dans toute cette affaire. De plus, cela fut fait sans que l’on me demande mon avis et je fus contre une fois informé. Par Allah, si je ne me trompe pas, Muhammad va nous attaquer[9] ! »

 

Après cela, ils se rassemblèrent à Dar-an-Nadwa pour trouver une issue à cette fâcheuse situation. ‘Abdallah Ibn Sa’d Ibn Abou Sarah qui était présent dit au Qouraysh : « Je pense que Muhammad n’attaquera qu’après nous avoir mis en garde et proposé plusieurs solutions, toutes plus supportables que son invasion. »

– « Quelles sont ces solutions, » demandèrent les présents ?

– « Il vous demandera soit de verser le prix du sang des vingt-trois victimes, soit de nier ceux qui parmi nous viennent de violer le pacte, soit de choisir la guerre. Quelle solution choisirez-vous ? »

– « La solution la plus facile pour nous et l’annulation de l’alliance avec les Bani Noufatha, » dit Souhayl Ibn ‘Amr.

– « Ce n’est pas ainsi qu’on défend ses oncles maternels, » riposta Shiba Ibn ‘Uthman al-‘Abdari !

– « Et le père de Qouraysh, ne vient-il pas aussi de Khouza’a » répliqua Souhayl ?

– « Non » protesta Shiba ! « De toute façon nous payerons le prix du sang des Khouza’i. Cela est plus facile. »

– « Absolument pas, » opposa Qourta Ibn ‘Abd ‘Amr. » Par Allah, nous n’allons ni payer le prix de sang, ni annuler l’alliance des Noufatha Ibn al-Ghawth. C’est la guerre que nous choisissons. »

Là, intervint Abou Soufyan : « Ce n’est pas ainsi que l’on règlera l’affaire. Je pense qu’il faut tout nier : ce n’est pas Qouraysh qui a violé le pacte. Et pourquoi assumerons-nous ce que d’autres ont commis ? »

– « C’est ça la solution, » approuvèrent les présents, « aucune autre solution n’est aussi meilleure : nier tout. »

– « De plus, » reprit Abou Soufyan, « je n’ai pas participé (à l’agression), je suis sincère. J’ai désapprouvé votre acte; je savais que cela engendrera un jour obscur. »

– « C’est toi donc qui va contacter (Muhammad)[10] ! »

 

C’est ainsi qu’Abou Soufyan fut désigné. Il se prépara en hâte pour aller trouver le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) avant que celui-ci ne reçoive des informations sur le massacre pouvant mettre Qouraysh dans une situation dangereuse et dit : « Il faut que je parte pour rencontrer Muhammad et le convaincre de prolonger la trêve avant qu’il ne reçoive des informations sur l’affaire ! »

 

Il quitta donc La Mecque en hâte avec l’un de ses esclaves en emmenant avec lui deux montures croyant qu’il était le premier à avoir quitté la cité sacrée pour Médine[11].

 

Mais les Khouza’i plus rapides purent informer le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) plusieurs jours avant l’arrivée d’Abou Soufyan car directement après la tuerie, ils envoyèrent ‘Amrou Ibn Salim qui aussitôt arrivé, détailla le crime au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) alors que pendant ce temps, Abou Soufyan était encore à Dar an-Nadwa en train de discuter avec les seigneurs de La Mecque pour trouver une échappatoire.

 

Cet envoyé spécial entra dans la Mosquée du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), resta debout et fit appel à ses dons de poète pour expliquer la situation :

« Seigneur ! Je conjure Muhammad. (O Muhammad) je te conjure par l’alliance de notre père et de ton père.

Vous étiez pour nous comme des fils et nous comme des pères… Nous avons embrassé l’Islam et nous avons tenu nos engagements.

Qouraysh t’a trahi et a violé ton pacte.

Aide-nous, que Allah te guide, et appelle les gens ! Ils viendront surement en masses.

Le Messager d’Allah sera dans une armée comme un océan de vagues.

C’est eux (les Qouraysh et les Bani Bakr) qui nous ont attaqués de nuit alors que quelques-uns d’entre nous priaient et récitaient le Qur’an. »

Ayant terminé son poème, ‘Amr Ibn Salim vit le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) en colère. Il lui dit : « Tu seras soutenu, ô ‘Amr Ibn Salim » avant de sortir de la mosquée.

 

‘Abd al-Hamid Ibn Ja’far Ibn ‘Imran Ibn Abou Anas a rapporté qu’Ibn ‘Abbas (radhiyallahou ‘anhoum) a dit : « Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se leva en laissant trainer le bout de son manteau et en disant : « Je ne serai (jamais) soutenu si je ne soutiens pas les Bani Ka’b (les Khouza’i) (comme) je soutiens ma propre personne ! »

 

Khouza’a ne se contenta pas de l’envoi d’un seul émissaire mais envoya aussi après lui une délégation de quarante personnes, y compris leur chef Boudayl Ibn Warqa. En arrivant à Médine, les membres de cette délégation donnèrent les mêmes détails et insistèrent à leur tour sur leur demande de soutien. Le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) les rassura de nouveau.

‘Ayshah (radhiyallahou ‘anha) a dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) dire alors qu’il était en colère et en train de verser de l’eau sur son (corps) : « Je ne serai (jamais) soutenu si je ne soutiens pas les Bani Ka’b[12] ! »

 

Après ces assurances, les Khouza’i revinrent confiants chez eux. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) leur ordonna de ne pas retourner en un seul groupe en disant : « Retournez chez vous et dispersez-vous dans les vallées ! »        

 

 

 

 

[1] Sirah Ibn Hisham, t II, p 333.

[2] Dans le texte original, il est écrit Abou Jundul.

[3] Al-Waqidi, Maghazi, t II, p 669.

[4] As-Sirah al-Halabiya t II, p 150; al-Waqidi, Maghazi, t II, p 621.

[5] Tabari, t.3 pp 32-33, al-Waqidi, Maghazi, t.II. p 774, Ibn Sa‘d, Tabaqat, t.II, p 132.

[6] Maghazi, t II, p 783.

[7] Ibn Hisham t II, p 32; al-Waqidi, Maghazi, t II, p 783.

[8] Al-Waqidi, Maghazi, t II, pp 784-5.

[9] Id, p 785.

[10] Id, p 788.

[11] Tabari, Ibn Hisham, Ibn Sa’d.

[12] Al-Waqidi, Maghazi t II, p 791.

 

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