SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

Les causes de la prise de La Mecque

 

La trêve historique de Houdaybiyah visait à instaurer une atmosphère de paix et de sécurité dans tout le Hijaz et procurer aux habitants de cette importante région la libre circulation afin qu’il y ait entre eux des contacts normaux.

 

Pour les Musulmans, Houdaybiyah leur permit de faire connaitre leur religion sans avoir à craindre qui que ce soit. Pour les Qouraysh, c’était, croyaient-ils, une victoire politique qui leur avait évité une guerre à laquelle ils n’étaient pas prêts en dépit de leur supériorité numérique.

 

D’autre part, près du territoire sacré de La Mecque, il y avait deux tribus puissantes mais ennemies, les Bani Bakr de Kinana et les Khouza’i du Yémen. L’état de guerre entre ces deux tribus pouvait détruire à tout moment la nouvelle sécurité du Hijaz donc les concilier était nécessaire pour la pérennité de la paix.

 

Les Musulmans et les Qouraysh les invitèrent donc à se joindre à eux et à choisir leur allié et les deux tribus acceptèrent les clauses de la trêve. Les Khouza’i (Musulmans et païens) choisirent d’être les alliés des Musulmans et les Bani Bakr Ibn ‘Abd al-Manat (païens) préférèrent le camp des Qouraysh. Ainsi, toute violation du pacte par l’une des parties pourrait mener à son annulation en plus de subir les conséquences des actes de ses alliés. Autrement dit, les Qouraysh assumeront la responsabilité des actes des Bani Bakr tout comme les Musulmans celle des Khouza’i s’ils transgressaient la trêve.

 

Les Musulmans, quant à eux, respectèrent leur engagement et firent leur possible pour maintenir l’état de paix et ce, en application des commandements du Noble Qur’an : 

 

« Soyez fidèles au pacte d’Allah après l’avoir contracté et ne violez pas vos serments après les avoir solennellement prêtés et avoir pris Allah comme garant [de votre bonne foi]. Vraiment Allah sait ce que vous faites ! » (Qur’an 16/91)

 

« A l’exception des associateurs avec lesquels vous avez conclu un pacte, puis ils ne vous ont manqué en rien, et n’ont soutenu personne [à lutter] contre vous: respectez pleinement le pacte conclu avec eux jusqu’au terme convenu. Allah aime les pieux. » (Qur’an 9/4)

 

« Et remplissez l’engagement, car on sera interrogé au sujet des engagements. » (Qur’an 17/34)

 

Quant aux Qouraysh, ils se comportèrent différemment et au lieu de mettre à profit les dix années de la trêve et de juger clairement les évènements qui se déroulaient sous leurs yeux en Arabie, ils complotèrent avec les Bani Bakr contre les Khouza’i, les alliés des Musulmans néanmoins en réalité, ils œuvraient contre leurs propres intérêts tandis que durant cette même période, les trente mois passés de la trêve furent tout à fait suffisants au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pour convaincre un très grand nombre d’Arabes d’embrasser et de renforcer les rangs de l’Islam.

 

Plus de vingt Khouza’i allaient mourir dans les évènements qui vont suivre. Personne d’entre eux ne se doutait que les Bani Bakr allaient violer le pacte et profiter de l’occasion de leur présence à al-Watir, pour les tuer dans leur sommeil, assouvissant ainsi une vengeance datant des années de la période préislamique.

 

Les historiens rapportent que Nawfal Ibn Mou’awiyyah, le chef des Bani Bakr informa les Qouraysh de son plan et leur demanda leur précieux appui afin que son opération puisse mieux réussir contre les Khouza’i. 

 

Les traditionnistes et les chroniqueurs affirment de leur côté que les seigneurs de La Mecque approuvèrent Nawfal et le soutinrent avec biens, armes et hommes.

 

Al-Waqidi a rapporté[6] :

« Vingt-deux mois après la trêve de Houdaybiyah, exactement au début du mois de Sha’ban, les Bani Noufatha, qui étaient des Bakri, eurent des entretiens avec les seigneurs de Qouraysh afin que ceux-ci les soutiennent en hommes et en armes contre leur ennemi Khouza’a tandis que les Bani Moudlaj s’absentèrent et refusèrent de violer la trêve. Ils (les Bani Bakr) leur rappelèrent leurs victimes qui furent abattues jadis par les Khouza’i et insistèrent à leur rappeler aussi la consanguinité et l’alliance qui les liaient à eux (qui liaient Qouraysh et les Bani Bakr). De plus, ils attirèrent l’attention des Mecquois que les Khouza’i avaient choisi le camp de Muhammad (leur ennemi) en s’alliant à lui.

 

Les Qouraysh approuvèrent rapidement, à l’exception d’Abou Soufyan qui ne fut pas informé ni à qui on demanda l’avis. On prétend aussi qu’il manifesta son refus.

 

Les Bani Noufatha et les Bani Bakr enjolivèrent flattèrent alors leurs soi-disant mérites en disant : « C’est nous qui…», ce qui poussa les Qouraysh à les soutenir au moyen d’armes, de chevaux et d’hommes. L’accord resta secret pour ne pas attirer les soupçons des Khouza’i confiants.

 

Les Qouraysh désignèrent alors al-Watir comme lieu de rendez-vous pour l’opération et certains grands seigneurs Qourayshi comme Safwan Ibn Oumayya, Mikraz Ibn Hafs Ibn al-Akhyaf et Houwaytab Ibn ‘Abd ‘Ouzzah se couvrirent même le visage et emmenèrent       avec eux leurs esclaves. Le chef des Bani Bakr, Nawfal Ibn Mou’awiyyah ad-Dou’ali fut aussi au rendez-vous.

 

De nuit, alors que les Khouza’i confiants se croyaient à l’abri de leur (ancien) ennemi et ne prirent aucune précaution, les polythéistes lancèrent leur attaque et massacrèrent leurs victimes jusque dans le territoire sacré. »

 

Bien que les Khouza’i étaient désarmés et qu’ils se réfugièrent dans le sanctuaire, Nawfal insista toutefois à les abattre, une stricte interdiction que les polythéistes avaient jusqu’alors craintivement respecté. « Nous sommes dans le sanctuaire, » lui dirent quelques-uns de ses Compagnons, « crains ton dieu… crains ton dieu, Nawfal ! »

– « Je n’ai pas de dieu aujourd’hui, » répliqua-t-il en s’adressant aux siens ! « O Bani Bakr (saisissez cette occasion) et vengez-vous ! J’en jure par ma propre vie, vous voliez bien les pèlerins dans le sanctuaire, est-il concevable que vous y abandonnez votre vengeance ? Qu’aucun de vous ne touche sa femme qu’après ma permission. Vous devrez tous vous venger aujourd’hui[7] ! »

 

A l’aube, les agresseurs les poursuivirent jusqu’à La Mecque où ces derniers demandèrent même refuge chez Boudayl Ibn Warqa al-Khouza’i et Rafi’ qui était l’un de leur Mawlah (protecteur, cousin). Là, les Qouraysh qui venaient de participer à cette perfidie, se retirèrent de peur d’être identifiés par Boudayl et Rafi’. Quant aux hommes de Nawfal Ibn Mou’awiyyah, ils continuèrent leur chasse à l’homme, même après l’aube, et purent abattre aux portes de Boudayl et Rafi’ vingt Khouza’i. Durant toute cette poursuite tuerie, aucun des Qouraysh n’essaya d’arrêter le bain de sang ; une preuve de plus contre les Mecquois.

 

Ce n’est que beaucoup plus tard qu’al-Harith Ibn Hisham et ‘Abdallah Ibn Abou Rabi’ah vinrent trouver Souhayl Ibn ‘Amrou, ‘Ikrimah Ibn Abou Jahl, Mikraz Ibn Hafs et Houwaytab Ibn ‘Abd al-‘Ouzzah pour leur reprocher leur action et leur soutien accordé aux Bani Bakr en leur rappelant qu’ils avaient signés une trêve avec Muhammad. Convaincus, mais trop tard, Souhayl, Safwan et leurs amis qourayshi se rendirent chez Nawfal Ibn Mou’awiyyah pour arrêter le carnage. « Tu as constaté ce que nous t’avons accordé, à toi et aux tiens. En plus, tu vois aussi le nombre de victimes Khouza’i que tu as abattues. Cependant, te voilà maintenant à La Mecque avec l’intention de les tuer tous. On ne peut être d’accord avec toi en cela. Laisse-les-nous » Nawfal accepta et arrêta la tuerie. Après quoi, il quitta La Mecque avec les siens[8].

 

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