SIRAH

Biographie du Messager d'Allah

La prise de La Mecque

 

Préambule

 

Voici le huitième chapitre de notre série. Il relate les évènements de la prise de La Mecque par les Musulmans. Il contient en t’autre, de magnifiques exemples de justice, d’équité, de respect des engagements, d’honneur et de mansuétude du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et de ses Compagnons.

 

Dix mille combattants musulmans occupèrent La Mecque, le plus redoutable fief qui manifesta tant d’hostilité à l’encontre des Musulmans, le Prophète en tête (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

Dix mille hommes qui auraient pu saccager la cité sacrée, abattre un bon nombre de ses habitants (surtout les guerriers) et prendre comme esclaves des prisonniers et des prisonnières, jadis un comportement traditionnel. Mais pour un Prophète tout est différent. « O peuple de Qouraysh, que pensez-vous que je vais faire de vous ? » leur demanda-t-il ?

– « Tu es noble et fils d’un noble, » dirent les vaincus.

– « Partez, vous êtes libres, » leur répondit le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam)

 

Quant à la cause directe de la prise de La Mecque, elle se résume comme suit :

Appuyée par ses alliés Qourayshi, Kinana commit un crime impardonnable contre les Khouza’i et abattit vingt-cinq hommes alors qu’ils priaient.

 

Par cet acte de guerre, la trêve de Houdaybiyah signée seulement trente mois auparavant devint caduque. Cependant, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne saisit pas immédiatement l’occasion pour directement punir, les agresseurs bien qu’il le pouvait. Au contraire et pour éviter une nouvelle effusion de sang, il présenta aux Qouraysh trois solutions pour régler l’affaire :

1 – Les Qouraysh et leur alliés verseront le prix de sang des victimes et ne faisant cela, la trêve de Houdaybiyah restera valable toujours valable jusqu’à l’expiration des dix années convenues.

2 – Qouraysh devra condamner l’agression et laisser le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) régler le problème tout seul avec les agresseurs.

3 – Si les Qouraysh refusent les deux propositions précédentes, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) se verra alors contraint de recouvrir aux armes car Qouraysh est le premier responsable de l’application de la trêve de Houdaybiyah qui vient d’être violée par les Bakr encouragés par quelques chefs mecquois.

 

Comme d’habitude, la grande tribu fit le mauvais choix, rejeta les deux premières propositions et choisit la guerre. Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne put alors rien faire de plus pour empêcher de nouveau l’inévitable affrontement car il devait soutenir ses alliés les Khouza’i contre les agissements de Qouraysh et de ses alliés et ce en application de l’engagement qu’il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) pris lors de la trêve de Houdaybiyah.

 

Ne laissant aucun temps à l’adversaire, il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) marcha aussitôt sur La Mecque et l’occupa sans aucune résistance.

 

Le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) évita auparavant les combats contre Qouraysh et les autres tribus non pas par faiblesse ou autre cause chose de similaire mais parce qu’il n’aimait tout simplement pas la guerre comme cela est rapporté dans un Hadith. On peut aussi se demander si le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ne connaissait pas certains points du futur et sachant que son peuple allait bientôt se convertir dans son ensemble, voulut éviter à tout prix toute effusion inutile de sang et Allah Exalté est Plus Savant.

 

En conclusion, on peut dire que la chute de La Mecque en l’an 8 de l’Hégire fut vraiment une victoire sans précédent pour les Musulmans. Une année plus tard, toute l’Arabie passa sous l’autorité de l’Islam. Ce fut l’année des délégations qui vinrent les unes après les autres à Médine pour déclarer la conversion de leurs tribus. Et le Qur’an est d’ailleurs parfaitement explicite à ce sujet : « Lorsque vient le secours d’Allah ainsi que la victoire et que tu vois les gens entrer en foule dans la religion d’Allah alors par la louange, célèbre la gloire de ton Seigneur et implore Son pardon. Car c’est Lui le grand Accueillant au repentir » (Qur’an 110)

 

Les évènements militaires, politiques et législatifs avant la prise de La Mecque

 

L’affaire Abou Bassir

 

Après la signature de la trêve de Houdaybiyah vers la fin de l’an six de l’Hégire, le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fit face à un évènement crucial qui peina beaucoup de Musulmans. N’avait-il pas encore quitté la fameuse plaine, qu’il se vit contraint de livrer aux païens de La Mecque le jeune musulman Abou Joundoub Ibn Souhayl Ibn ‘Amr et ce conformément à l’application de l’une des clauses de la trêve.

 

Ce test ne fut pas le dernier et à peine arriva-t-il à Médine, qu’un deuxième problème surgit brusquement. Abou Bassir ‘Outbah Ibn ‘Oussayd az-Zouhri s’échappa de la prison de La Mecque et prit le chemin de la ville du Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) ou il espérait trouver refuge car il était musulman et que les Médinois l’accueilleraient surement mais malheureusement, la trêve de Houdaybiyah ne permettait pas au Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) d’accueillir les musulmans renégats de La Mecque (ou de chez les alliés des Qouraysh) qui s’enfuyaient à Médine.

On ne put donc pas autoriser ce jeune musulman de rester à Médine car cela serait une violation du pacte de Houdaybiyah et pire, il fallut le remettre à sa tribu qui dépêcha deux délégués pour la circonstance qui, quand ils arrivèrent à Médine, remirent au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) une lettre d’al-Akhnas Ibn Shourayq et d’Azhar Ibn ‘Abd ‘Awf, deux chefs Azhari qui exigeaient le retour d’Abou Bassir.

 

Convoqué par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), le jeune musulman, qui venait de fuir les persécutions de La Mecque où il avait laissé plusieurs prisonniers Musulmans sous la torture des Qouraysh, dit : « O Messager d’Allah, tu me rends aux païens pour qu’ils me poussent à abandonner ma religion ! »

– « O Abou Bassir, nous avons donné à ces gens-là (les polythéistes) (les engagements) que tu connais. Et dans notre religion, on ne peut être perfide. En outre, Allah Exalté t’accordera, ainsi qu’aux autres persécutés qui sont avec toi, une issue. Retourne à ton peuple[1], » expliqua le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam).

 

La compagnie quitta aussitôt Médine pour prendre le chemin de La Mecque. Toutefois, en cours de route, Abou Bassir ne put admettre qu’il allait de nouveau supporter la prison et les tortures et arrivé à Dzoul Houlayfah (Bir ‘Ali de nos jour), à sept miles environ de Médine, les deux hommes armés firent une pause. Abou Bassir profita de l’occasion et se montra doux et conciliant avec ses gardiens. Puis il s’adressa à l’un d’eux : « O frère ‘Amiri, penses-tu que ton épée-ci est tranchante ? »

– « Certes, elle l’est !, » affirma le ‘Amiri en brandissant son arme. Par cette épée-ci je frapperai les Aws et les Khazraj. »

– « Puis-je voir ? »

– « Si tu veux. »

A ce moment-là, Abou Bassir qui avait déjà réussi à libérer ses mains; saisit rapidement l’épée et frappa l’un de ses geôliers qu’il tua sur le coup puis, il essaya de frapper le deuxième qui s’enfuit aussitôt et regagna Médine.

 

Le fuyard entra dans la mosquée et trouva le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui en le voyant courir en faisant voler les cailloux sous ses pieds, dit : « Cet homme a vu quelque chose d’effrayant » avant de lui demander : « Malheur à toi, qu’as-tu donc ? »

– « Votre homme (Abou Bassir) vient de tuer mon Compagnon. Quant à moi, j’ai à peine pu lui échapper » expliqua-t-il avant de demander la protection du Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) qui la lui accorda. Quelques minutes après, arriva Abou Bassir l’épée à la main qui expliqua : « O Messager d’Allah, ton engagement a été tenu ; Allah Exalté s’en est chargé. Tu m’as remis à ces gens-là (mais) j’ai pu, tout seul, me défendre et défendre ma religion, de peur qu’on me pousse à la délaisser. »

 

Abou Bassir demanda de nouveau l’autorisation de rester à Médine et lui demanda aussi de lui laisser le cinquième du butin qu’il put arracher à l’Amiri mais le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) refusa de violer la trêve avant de dire : « Ah ! Il serait un provocateur de guerre s’il avait quelques hommes avec lui. »

 

Convaincu qu’il ne pouvait rester à Médine, Abou Bassir le quitta sur le champ et prit la route de ‘Is, au bord de la mer Rouge. C’était une région broussailleuse couverte d’arbres ou se cacher était facile. Cependant, le but d’Abou Bassir était autre que chercher un abri. Il voulait organiser une guérilla contre les intérêts vitaux de Qouraysh, les grandes caravanes de cette tribu qui passaient près du futur fief des Musulmans persécutés à La Mecque.

 

Et Abou Bassir seul mena une série d’attaques contre les caravanes de Qouraysh. Les échos de ses opérations arrivèrent jusqu’à la cité sacrée et encouragea plusieurs autres Musulmans à prendre la fuite et rejoindre al-‘Is et quelques mois plus tard, le nombre de guérilleros atteignit soixante-dix jeunes, tous de Qouraysh dont parmi eux, se trouvait Abou Joundoub Ibn Souhayl Ibn Amrou qui avait été auparavant livré par le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) aux polythéistes.

 

Mais les fuites ne se limitèrent pas aux seulement aux Qouraysh. Plusieurs persécutés des Ghifar et des Jouhayn fuirent leurs tribus et vinrent renforcer ces jeunes Qouraysh et former une guérilla de trois cents hommes qui désignèrent à leur tête Abou Bassir qui choisit à son tour Abou Joundoub comme bras droit.

 

Les opérations contre les caravanes de Qouraysh s’accentuèrent un point où le commerce de La Mecque fut gravement touché. Les produits alimentaires se firent de plus en plus rares et la famine menaça toute la cité.

 

Les guérilleros d’al-‘Is n’eurent aucun lien avec Médine car le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) tenait à la trêve de Houdaybiyah. Le malheur que subissaient les Qouraysh ne serait pas produit s’ils avaient été plus sages lors de la signature de la trêve. N’était-ce pas eux qui insistèrent à inclure la condition suivante : Tout musulman qui s’échappe et rejoint les Musulmans à Médine doit être livré à Qouraysh ?

 

Al-‘Is n’était donc que la conséquence directe de l’intransigeance et de l’ignorance de la politique et de la diplomatie des seigneurs de La Mecque. Personne ne pouvait tenir le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) responsable de cela et aucun guérillero ne dépendait de lui. Toutefois, on ne peut réfuter que leurs opérations furent profitables à Médine du fait de la souffrance des polythéistes et c’est pour cette raison qu’ils allèrent changer de vue.

 

S’étant aperçu de leur faute, les seigneurs mecquois se réunirent à Dar an-Nadwa dans le but de trouver une solution à cette menace mais à part l’annulation de cette condition, ils ne trouvèrent aucune autre parade. Ils désignèrent aussitôt Abou Soufyan Ibn Harb, leur grand chef, et lui confièrent la mission d’apporter au Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) la lettre suivante :

« Nous acceptons d’annuler la condition concernée. Celui d’entre eux (les musulmans qui fuiront La Mecque) qui viendra à toi, retiens-le, il a la sécurité et tu n’auras aucune inquiétude à craindre de notre part. Ces rebelles nous causent un préjudice qu’il est inconcevable de maintenir. »

 

Et bien que le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) fut en position de force pour surenchérir politiquement, il (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) accepta aussitôt et envoya à Abou Bassir une lettre lui recommandant de mettre un terme à ses opérations, de quitter al-‘Is et de rentrer à Médine.

Ainsi les opérations pirates s’arrêtèrent mais sans Abou Bassir car en recevant la lettre, il rendit l’âme avant même de terminer la lecture et ce fut Abou Joundoub[2] qui ordonna à ses hommes de cesser tout activité militaire. Soixante-dix Qouraysh dont al-Walid Ibn al-Walid, le frère de Khalid Ibn al-Walid qui succombera à sa blessure à Médine[3], regagnèrent la ville du Prophète. Quant au reste des rebelles, ils préférèrent retourner chez eux.

 

Les Compagnons opposés à la signature de la trêve d’al-Houdaybiyah, surtout contre la condition qui exigeait de livrer les Musulmans fugitifs aux polythéistes, furent dès lors convaincus qu’à Houdaybiyah, le Messager d’Allah (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) vit ce qu’eux même n’avait pu concevoir avec leur imagination.

 

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