OSMANLI

Le cinquième Traité Samouri-portugais

 

Lorsque les Portugais continuèrent leurs activités de la même manière, la faiblesse et la pauvreté des Musulmans augmenta. Les Samouri conclurent donc un traité avec les Portugais et les sujets des Samouri commencèrent à entreprendre des voyages commerciaux, comme d’autres, avec la licence des Portugais. Ce Traité eut lieu au début de Mouharram 963 (1555).

Environ deux ans ou plus après ce Traité, les Musulmans de Kannour, Darmadam et leurs voisinages eurent de graves différends avec les Portugais. Ceux-ci durèrent environ deux ans. Puis la paix fut rétablie et les habitants de ces localités reprirent leurs voyages commerciaux avec la licence des Portugais, comme ils le faisaient auparavant.

 

Au cours de la période de lutte contre les Portugais, ‘Ali Adhraja, qui était un grand leader, énergique et zélé, dépensa beaucoup d’argent dans cette guerre. Mais le dirigeant Kolattiri et ses sujets dans d’autres villes n’apportèrent pas leur soutien à Adhraja. C’est à cette époque que les maudits Portugais enragés commencèrent à dépouiller Adhraja de ses îles de Malabar. Les Portugais embarquèrent dans leurs corvettes et attaquèrent l’île d’Amini où ils tuèrent un grand nombre d’habitants, capturèrent plus de quatre cents hommes et femmes, pillèrent presque tout ce qui avait de valeur et brûlèrent de nombreuses maisons et mosquées. Avant de descendre sur Amini, ils se rendirent à Shaytalkam (Chetlatt) où ils tuèrent une partie du peuple et en capturèrent quelques-uns. Les habitants de toutes ces îles ignoraient l’usage des armes et aucun d’entre eux n’était capable de combattre.

Malgré cela, un grand nombre de personnes se battirent contre l’ennemi et tombèrent en martyrs. Parmi eux, leur qadi (chef religieux et juge) et une femme pieuse méritent d’être signalés. Le cadi, une personne âgée, était vertueux et pieux.

Bien que les habitants de cette île ne possédaient pas d’armes, ils étaient prêts à témoigner de leur foi pour leur religion et à mourir en martyrs. Ils jetèrent de la terre et des pierres sur les Portugais et leur infligèrent des coups sévères avec des bâtons jusqu’à ce qu’ils soient tués. Puisse Allah les envelopper de sa miséricorde infinie. Amin.

 

Les îles au large de la côte de Malabar sont nombreuses mais les grandes qui ressemblent à des villes sont au nombre de cinq : Amini, Kardib, Andour, Kalfini et Malki. Parmi les petites îles, les plus peuplées sont Akti, Kanjamanjala, Kaltan et Shaytlakam.

 

Quand Allah, Gloire à Lui et Exalté soit-Il voulut mettre Ses serviteurs à l’épreuve, Il accorda un répit aux Portugais. Il leur permit d’établir leur puissance dans un grand nombre de ports comme les ports maritimes de Malabar, Gujarat, Konkan et d’autres endroits. Dominant ces lieux, ils ouvrirent des usines commerciales dans la plupart de ces villes. Ils construisirent des forteresses à Hounnouz (Ormuz, golfe Persique), Musqat (Maskat), Dewmahall (Maldives), Shamtara (Sumatra), Malaqa (Malacca), Maloukou (Moluques), Mylapour, Nakfatan et dans d’autres ports de Sholamandal (Coromandel), et aussi dans de nombreux ports de Silan (Ceylan). De plus, ils atteignirent la Chine. Leur commerce était florissant dans ces ports et ailleurs, tandis que les marchands musulmans de ces lieux étaient humiliés et obligés de se soumettre aux Portugais comme serviteurs.

Les marchands musulmans n’étaient pas autorisés à faire le commerce de marchandises excepté celles dans lesquelles les Portugais avaient peu d’intérêt. Les marchandises dans lesquelles les Portugais avaient intérêt rapportaient de gros profits. Ils assumèrent des droits exclusifs sur le commerce de ces produits et il n’était pas possible pour d’autres d’empiéter sur leurs droits. Ils commencèrent leur monopole avec le poivre et le gingembre, mais ajoutèrent progressivement à la liste la cannelle, le clou de girofle, les épices et autres articles, ce qui leur rapportait de gros bénéfices. Il était interdit aux Musulmans de faire le commerce de tous ces articles et / ou d’entreprendre des voyages en mer à des fins commerciales vers la côte arabe, Malacca, Ashi (probablement Aceh, Nord Sumatra), Danasri et d’autres endroits.

Il ne resta donc rien pour les Musulmans de Malabar sauf le petit commerce de la noix d’arec, de la noix de coco, des vêtements et autres choses. Leur trafic maritime était également limité au Gujarat, à Konkan, à Sholamandal et aux alentours de Qail. Les Portugais construisirent des forts à Honnawaram, Basarour et Mangalore pour empêcher les Musulmans d’apporter du riz de ces endroits à Goa et Malabar, et de même aux ports d’Arabie.

 

Les Portugais, qu’Allah les détruise, devinrent importateurs de marchandises de différentes parties du monde, les stockèrent dans diverses parties des districts et continuèrent à l’augmenter. Les dirigeants des différents ports se soumirent à eux à un tel point que l’autorité des Portugais en ces lieux devint suprême. En peu de temps, il devint impossible pour les Musulmans de voyager en mer partout dans le monde, sauf sous leur protection et avec leurs papiers. Il y avait beaucoup de commerce pour les Portugais et ils possédaient de nombreux navires. En revanche, il y avait peu de trafic sur la mer pour les Musulmans et leur commerce devait se faire par les navires des Portugais.

Personne ne s’aventura à capturer les forts construits par les Portugais excepté le courageux Sultan ‘Ali al-Ashi, qu’Allah remplisse sa tombe de lumière. Le Sultan captura Sumatra et le transforma en un État Islamique, qu’Allah le récompense pour ce service aux Musulmans ; le Samouri, le souverain de Calicut, captura les forts portugais de Calicut et de Chaliyam ; et le roi de Ceylan captura tous les forts que les Portugais avaient construits dans son pays, mais ces forts n’étaient pas construits aussi invincibles que le reste de leurs forts.

 

Au début, les Portugais honorèrent et garantirent les licences qu’ils avaient délivrées. Et ils n’interrompirent ou firent de tort à aucun commerçant avec leur licence, sauf pour une raison particulière.

En l’an 960 de l’Hégire (1558), ils délivrèrent une licence à quiconque le voulait au début du voyage mais arrêtaient les navires en pleine mer, les capturaient, pillaient leurs marchandises et tuaient brutalement les voyageurs, qu’ils soient Musulmans ou non-musulmans. Ils tuèrent cruellement les voyageurs, par exemple en les piratant puis en les jetant par-dessus bord dans la mer, les membres entièrement liés ou en en attachant un certain nombre ensemble dans des filets et en les jetant dans les mers. Qu’Allah Exalté les maudisse. Amin

 

En 970 (1562) ou peu avant, ils capturèrent un groupe de Musulmans éthiopiens à Goa. Ils forcèrent à se convertir au Christianisme. Ils les torturèrent jusqu’à ce qu’ils se convertissent extérieurement. Lorsqu’ils s’échappèrent de leur emprise et quittèrent Goa, ils retournèrent tous à l’Islam glorifiant Allah. Une femme abyssinienne que les Portugais obligèrent d’accepter le Christianisme, refusa et elle fut exécutée. Puisse Allah répandre sur elle sa miséricorde et ses bénédictions ! Amin.

 

Cause de la rivalité Samouri et portugaise et début de l’échec portugais

 

La force musulmane diminua et leur commerce maritime fut interrompu à cause des actes autoritaires des Portugais. Puis les Musulmans de Walapattanam, Tikkodi, Pantalayani et quelques autres endroits s’organisèrent et, sans obtenir de licence portugaise, se mirent en mer dans des cargos, avec des armes et des munitions prêts pour la guerre. Bientôt, ils rencontrèrent les Portugais et dans la bataille qui suivit, capturèrent plusieurs navires et bateaux portugais. Cela agita les sujets des Samouri à Calicut, Ponnani, Puttanangadi et Kakkad et eux aussi capturèrent de nombreux navires et bateaux portugais et prirent de nombreux captifs portugais. Grâce à ces entreprises, une grande partie de la richesse portugaise tomba entre les mains des Musulmans.

Ils capturèrent également un grand nombre de navires qui appartenaient aux impies du Gujarat, de Konkan et d’autres endroits. En conséquence de ces activités, les Portugais ne purent plus, depuis lors, entreprendre des voyages en mer sans grande précaution et escortés de navires de guerre entièrement équipés.

 

Cette situation conduit finalement au revers économique des Portugais. Cela à son tour réduit l’opportunité pour les Musulmans de capturer leur richesse. Ainsi régna une situation dans laquelle les Musulmans commencèrent à se piller les uns les autres. Les raisons souvent attribuées à cet état de fait sont que la plupart des propriétaires musulmans de corvettes n’étaient pas riches et que leurs navires appartenaient conjointement à plusieurs personnes. Ils furent donc contraints de chercher les moyens de récupérer, avant de regagner le rivage, autant d’argent qu’ils avaient dépensé lors de leur départ en mer. Lorsqu’ils trouvaient insuffisant ce qu’ils avaient capturé aux Portugais, ils n’hésitaient pas à s’emparer de qui ils pouvaient, Musulmans ou non. Bien qu’ils eussent prêté serment en partant pour le voyage de ne pas tendre la main vers la richesse des Musulmans, ils ne rendirent pas dans la pratique, tout ce qui leur était venu, même s’ils savaient qu’il appartenait aux Musulmans. Ils n’avaient pas de leader avec le pouvoir de porter un jugement contre eux ! Ceux qui gouvernaient le pays ne souhaitaient que récupérer leur part des richesses pillées. De simples et bons conseils ne profiteront qu’à ceux qui sont conscients d’eux-mêmes et pieux, et ces hommes sont peu nombreux parmi eux.

 

Vers le milieu du mois de Ramadan 974 de l’Hégire (1566), un groupe de personnes de Ponnani, Pantalayani et d’autres lieux quittèrent Ponnani à bord d’environ douze navires. Ils capturèrent un énorme cargo appartenant aux Portugais qui apportait du riz et du sucre du Bengale à Ponnani.

 

Le samedi 8 Joumadah al-Akhir 976 (1568 après JC), un autre groupe de personnes de Ponnani, Pantalayani et d’autres endroits partirent de Ponnani à bord de dix-sept navires. Koutty Bocker faisait partie du groupe. Ils se retrouvèrent face à face avec un énorme cargo portugais près de Chaliyam. Ce cargo venait de Kochi. À bord, il y avait environ un millier de personnes, des soldats, de nombreux nouveaux convertis au Christianisme et des esclaves, avec beaucoup de richesses et d’équipements. Une bataille féroce eut lieu entre eux. Au cours de la lutte, le cargo prit feu et brûla complètement. Les Musulmans réussirent à en extraire quelques canons et capturer une centaine de soldats portugais, quelques dignitaires, plusieurs esclaves et quelques serviteurs. Les autres périrent dans le feu ou dans la noyade. Louanges à Allah.

 

Quelques jours après l’incident, le même groupe musulman se rendit à Kayal Pattanam. En chemin, ils capturèrent vingt-deux navires appartenant aux Portugais. Ces navires, venant avec du riz de Kayal Pattanam, Coromandel et d’autres endroits, avaient à bord un certain nombre de nouveaux convertis au christianisme et trois petits éléphants. Les Musulmans capturèrent les nouveaux convertis chrétiens et descendirent les petits éléphants près de la rivière Ponnani.

 

Vers la fin de Joumadah al-Akhir 978 (1570), Koutty Bocker entra de nuit dans la rivière Mangalore avec six navires. Il débarqua et incendia presque tous les forts portugais puis captura un petit navire portugais et revint sain et sauf, avec tous ses navires intacts. Sur son chemin, il rencontra environ quatorze navires portugais près de Kannour. Il mourut martyr dans la confrontation avec eux. Son corps ne put être retrouvé. Parmi les navires, seuls deux réussirent à s’échapper. Qu’Allah bénisse Koutty Bocker. C’était en effet un combattant sincère qui combattit courageusement les Portugais.

 

Une figure de proue de Kannanour, Arakkal ‘Ali Adhraja, puisse-t-il être béni par Allah, percevant la pauvreté, les misères et l’effondrement du commerce dont les Musulmans souffraient à cause des maudits portugais, écrivit au grand Sultan généreux de Bijapour, ‘Ali ‘Adil Shah, cherchant son aide pour mener le jihad dans la voie d’Allah dans le but de sauver ces Musulmans qui devenaient plus faibles à cause de la cruauté des Portugais. Il envoya également plusieurs cadeaux à ‘Adil Shah avec la lettre.

 

Allah imprégna l’esprit du Sultan pour préparer la guerre contre le port de Goa qui était le quartier général des Portugais en Inde. Goa appartenait autrefois au Sultan ‘Adil Shah, le grand-père de ‘Ali ‘Adil Shah. Après avoir détruit Vijayanagar et tué son roi, ‘Adil Shah et Nizam Shah, le dirigeant d’Ahmad Nagar, qu’Allah leur fasse miséricorde, parvinrent à un accord pour conquérir le port de Goa et Chaul.

 

Peu de temps après avoir reçu la lettre d’Adhraja, le Sultan ‘Ali ‘Adil Shah en personne avec ses ministres, arrivèrent au port de Goa et commencèrent à se battre contre les Portugais. Il bloqua la nourriture et les provisions atteignant les Portugais. Puis ‘Ali ‘Adil Shah écrivit une lettre au Samouri l’informant qu’il avait commencé les hostilités contre les Portugais à Goa. Il écrivit au Samouri que lui et son peuple devraient l’aider dans cette guerre et couper les approvisionnements aux Portugais. Samouri et ses sujets étaient, depuis des années, en état d’hostilité ouverte contre les Portugais. La lettre lui fut remise par l’intermédiaire d’un messager à Chaliyam où il était alors engagé dans une guerre avec les Portugais.

 

Pendant ce temps, Nizam Shah et ses ministres arrivèrent à Chaul avec leurs forces et commencèrent les hostilités avec les Portugais. Ils détruisirent les forts portugais à l’aide de gros canons. Ils étaient sur le point de gagner la guerre et de conquérir le port de Chaul quant à ce stade particulier, Nizam Shah eut un soupçon au sujet de ‘Adil Shah. Il craignit également la force et la puissance portugaises ! Il arrêta brusquement les hostilités et fit un traité avec les Portugais. Quant au Sultan ‘Adil Shah, il put être exonéré de la responsabilité de l’échec de sa propre entreprise. Goa était loin de son campement, et la rivière se trouvait également entre lui et la ville.

La forteresse de Goa était forte et inaccessible avec de vastes fortifications et il était impossible pour quiconque de la subjuguer sauf avec l’aide du Tout-Puissant Allah. De plus, certains de ses ministres (la cinquième colonne des mourtad) avaient déjà établi des relations clandestines avec les Portugais et prévoyaient d’emprisonner ‘Adil Shah et de remettre la royauté à l’un de ses parents à Goa qui était en bons termes avec les Portugais. Confronté à tout cela, dans son impuissance, ‘Adil Shah se faufila hors de son quartier général militaire et quitta les lieux.

De retour dans son palais, ‘Adil Shah rechercha ceux de ses ministres qui espionnaient pour le compte des Portugais, les bannis de leurs postes et les emprisonna. Puis ‘Adil Shah conclut la paix avec les Portugais pour certaines raisons importantes. Les Portugais, quant à eux, construisirent des structures plus invincibles à Goa et les fortifièrent puissamment, ce qui rend impossible l’accès à tout étranger. Ceci fut ordonné par Allah, le Tout-Puissant et le Tout-Sage.

 

Nizam Shah, ses ministres ainsi que les ministres de ‘Adil Shah trahirent ‘Adil Shah et livrèrent secrètement de la nourriture et d’autres provisions aux ennemis en échange de pots-de-vin. Qu’ils reçoivent d’Allah la récompense qui leur est due pour avoir aidé les ennemis de l’Islam.

 

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