OSMANLI

Les Portugais, après avoir sécurisé leurs positions à Kochi et Kannour, conclurent un traité avec le roi de Kollam et construisirent un fort. Kochi et Kollam, à l’époque, étaient les centres qui attiraient la plus grande partie du commerce du poivre, plus que tout autre endroit.

Puis les Portugais combattirent le peuple de Goa, capturèrent la ville et l’occupèrent. Le port de Goa était aux mains de ‘Adil Shah, le grand-père de ‘Ali ‘Adil Shah le Grand. Les Portugais firent de Goa leur capitale en Inde et établirent leur domination. Mais, peu après, ‘Adil Shah combattit les Portugais, reprit Goa et les mis en déroute à partir de là. Ainsi, elle redevint une partie du territoire islamique (Dar al-Islam). Enragés, les Portugais revinrent avec des préparatifs massifs. Ils combattirent les Musulmans et capturèrent à nouveau Goa et en firent une partie de leur domaine. On rapporta que les émirs et les principaux hommes de Goa avaient un accord secret avec les Portugais ; par conséquent, la reprise de Goa leur fut facilité. Ensuite, les Portugais y construisirent plusieurs forts, d’immenses bâtiments et tours. Si Allah veut quelque chose, Il l’accomplit. Ainsi leur puissance commença à croître de jour en jour.

 

Certaines actions honteuses des Portugais

 

Au début, une condition prévalait à Malabar qui permettait aux Musulmans de mener une vie prospère et confortable en raison de la bienveillance de leurs dirigeants, de leurs coutumes ancestrales et de leur gentillesse. Mais, ils déprécièrent les bénédictions d’Allah, transgressèrent et devinrent insouciants. Alors Allah plaça sur eux les Chrétiens portugais et qu’Il soit exalté, les abandonna. Ils opprimèrent les Musulmans, les corrompirent et commirent toutes sortes d’actes laids et infâmes contre eux, abjects pour être décrit.

 

Les Portugais se moquaient des Musulmans et les méprisaient. Ils les harcelèrent sans raison, les insultèrent, les humilièrent, les forcèrent à les porter sur leur dos pour traverser des étendues sales et boueuses alors qu’ils parcouraient la campagne, leur crachèrent dessus et sur leurs visages, entravèrent leurs voyages, en particulier ceux du Hajj, pillèrent leur richesse, saisirent leurs véhicules, incendièrent leurs maisons et leurs mosquées, piétinèrent et brûlèrent le Saint Qur’an et d’autres livres religieux, insultèrent publiquement le Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam), souillèrent et polluèrent les lieux de culte, leur firent dirent du mal et contre la religion de l’Islam, les forcèrent à s’incliner devant la croix et donnèrent de l’argent à ceux qui le firent, ils défilèrent les femmes chrétiennes entièrement ornées de riches ornements et vêtues de beaux vêtements devant les femmes musulmanes pour tenter les femmes musulmanes, tuèrent les pèlerins du Hajj et les persécutèrent avec toutes sortes de cruautés, les capturèrent et les enchainèrent aux pieds dans de lourdes chaînes ou les menottèrent en les traînant dans les rues et les marchés pour les vendre comme esclaves et, chaque fois que quelqu’un osait les libérer par sympathie, ils les fouettaient sans pitié pour exiger des prix plus élevés. Ils les enfermèrent et les gardèrent confinés dans des pièces sombres sales et pestilentielles, surpeuplées dans des conditions dangereuses, les battirent avec des sandales et les marquèrent avec des bâtons d’encens incandescents pour avoir utilisé de l’eau pour se nettoyer après les besoins. Ils capturèrent des Musulmans et les vendirent, réduisirent certains en esclavage, les forcèrent à faire toutes sortes de travaux forcés sans aucune compensation. C’étaient les choses qu’ils faisaient habituellement aux Musulmans.

 

Les Portugais, après de grands préparatifs, naviguèrent vers les ports du Gujarat, Konkan et Malabar, et la côte d’Arabie, attendirent les bateaux des Musulmans et les saisirent. Ils accumulèrent ainsi une richesse abondante et acquirent un grand nombre de prisonniers musulmans. Combien de femmes musulmanes de noble naissance furent-elles prises captives, et dont l’honneur fut violé pour mettre au monde des enfants chrétiens qui deviendraient des ennemis de la foi d’Allah et des agents pour causer l’affliction aux Musulmans ! De nombreux savants, membres de la famille du Noble Prophète (sallallahou ‘aleyhi wa sallam) et autres grands personnages furent capturés, retenus en otages, persécutés et finalement tués brutalement. Beaucoup d’hommes et de femmes musulmanes furent convertis de force au Christianisme. Combien de telles atrocités et cruautés ! Les langues se lassent de les décrire et détestent les mettre en mots. Puisse Allah, le Tout-Puissant, les châtier éternellement pour leurs crimes. Amin !

 

Le désir ardent des Portugais comme des Chrétiens a toujours été de faire renoncer les Musulmans à la foi de l’Islam et de les convertir au Christianisme. Qu’Allah nous protège de leur maux ! Cependant les Portugais durent maintenir des relations pacifiques avec les Musulmans, par nécessité, car ils devaient vivre parmi les Musulmans qui formaient le principal corps de population dans tous les ports maritimes de Malabar. Ainsi, les Portugais nouvellement arrivés pendant certaines saisons de l’année, remarquant les Musulmans et leur conduite à Kochi, disaient à leurs compatriotes : « Jusqu’à aujourd’hui, les Musulmans n’ont pas changé d’apparence. » Ils reprochèrent à leurs prédécesseurs de ne pas avoir fait assez pour amener les Musulmans à changer de religion. « Ils veulent éteindre avec leurs bouches la lumière d’Allah, alors qu’Allah ne veut que parachever Sa lumière, quelque répulsion qu’en aient les mécréants. » (Qur’an, 9:32)

 

Enfin, ils firent même fait appel au roi de Kochi pour expulser en masse les Musulmans. Ils tentèrent d’influencer le roi en lui disant que ses revenus des Musulmans étaient très maigres et que s’il les chassait tous de son territoire, ils lui donneraient ces revenus plusieurs fois multipliés. La réponse du roi de Kochi fut que les Musulmans ne pouvaient pas être expulsés de son pays car ils étaient ses sujets depuis des temps immémoriaux et, en outre, ils avaient beaucoup contribué au développement et à la prospérité du pays. Les Portugais montrèrent de l’hostilité uniquement envers les Musulmans et leur foi et non envers les Nairs ou les autres incroyants de Malabar.

 

Le Traité Samouri-portugais et la construction du fort portugais à Calicut

 

Au fur et à mesure que la guerre se prolongeait, la faiblesse des musulmans augmentait. Et le Samouri qui avait dépensé une grosse somme dans ces guerres mourut et son jeune frère lui succéda.

Ce nouveau roi était d’avis que la paix avec les Portugais était la meilleure solution, car elle apporterait à ses sujets musulmans la prospérité dans leur commerce comme la prospérité dont jouissent ceux de Kannour et Kochi, et supprimerait leur faiblesse et les sauverait de leur pénurie. Et en conséquence, il conclut un traité avec les Portugais par lequel il permit aux Portugais de construire un fort à Calicut à condition qu’ils permettent à ses sujets musulmans d’entreprendre des voyages commerciaux vers le port arabe de Jeddah et Aden à bord de quatre navires chaque année.

Puis les Portugais maudits commencèrent à construire un fort solide tandis que les sujets de Samouri partaient vers les ports arabes à bord de quatre navires chargés de poivre et de gingembre séché. Comme d’autres, ils commencèrent également à faire des voyages commerciaux comme auparavant au Gujarat et à d’autres destinations avec des laissez-passer portugais. C’était en 920 ou 921 de l’Hégire (1514-15).

 

Au moment où les quatre premiers navires revinrent à Calicut, les Portugais avaient terminé la construction de leur fort à Calicut. Alors, ils interdirent ensuite aux Musulmans de faire d’autres voyages dans les ports arabes avec du poivre et du gingembre dans leurs navires. Ainsi, ils voulaient monopoliser le commerce du poivre et du gingembre séché. Chaque fois qu’ils voyaient ne serait-ce qu’une petite quantité de ces deux épices dans un navire, ils s’emparaient du navire, de son contenu et de son équipage. Les Portugais devinrent ainsi la source de grandes afflictions et de détresse pour les Musulmans et autres sujets.

 

Le Samouri, qui respectait dûment la paix, endura leurs mauvaises actions avec patience, parce qu’il craignait leur inimitié. Néanmoins, il envoya secrètement des lettres aux Sultans musulmans les exhortant à se préparer à la guerre avec les Portugais, mais cela resta sans suite. C’était ce qu’Allah voulut.

 

Les Portugais, qu’Allah les maudisse, étaient intelligents et perfides. Ils connaissaient très bien le cours qui convenait le mieux à leur entreprise. Ils étaient tout à fait cordiaux et polis envers leurs ennemis si nécessaire, mais une fois qu’ils avaient atteint leurs objectifs, ils les traitaient de manière abominable. Entre eux, ils étaient assez unis dans le sentiment et la conduite. Ils ne désobéissent pas à leurs aînés même s’ils étaient loin de leurs dirigeants. Il était rare qu’un désaccord d’opinion se produise entre eux, et rien n’a été entendu à ce jour sur le fait que quiconque parmi eux ait assassiné l’un d’entre eux pour avoir pris le pouvoir. Telles étaient les raisons pour lesquelles les dirigeants de Malabar et d’autres se soumirent aux Portugais malgré leur petit nombre. D’un autre côté, les soldats musulmans et leurs émirs se disputaient entre eux et s’efforçaient de se retirer du pouvoir même en tuant.

 

Une fois que les Portugais s’établirent fermement à Calicut et consolidèrent leur position, ils invitèrent les Samouri à leur résidence dans le fort sous prétexte de lui offrir des cadeaux précieux qu’ils avaient reçus par lui de leur roi du Portugal. Mais leur véritable intention était de le faire prisonnier. Le Samouri, en arrivant là-bas, eut un soupçon lorsqu’il vit la gesticulation d’un Portugais. Il quitta donc rapidement les lieux en faisant semblant de répondre à un appel de la nature. Ainsi, par la grâce d’Allah, il put s’échapper sans tomber dans le piège que lui tendaient les perfides Portugais. L’homme qui avait gesticulé et qui avait permis au Samouri d’échapper fut punis et transféré de Calicut à Kannour.

 

Au mois de Mouharram, 923 de l’Hégire (1517), les Portugais partirent de Goa avec des préparatifs de guerre massifs, avec une flotte d’environ vingt-huit navires, ayant en vue le port bien fortifié de Jeddah. Lorsqu’ils atteignirent le port, les Musulmans furent terriblement perturbés et effrayés. Salman ar-Roumi, qui avait été envoyé plus tôt par Qansouh al-Ghawri pour aider les Musulmans de Malabar contre les Portugais, y était alors présent avec ses navires de guerre et environ deux cents soldats. Il ouvrit le feu sur les Portugais depuis le rivage, causant des dommages considérables à certains de leurs navires. Les Portugais hissèrent toutes les voiles, s’éloignèrent de la portée de tir des canons et s’enfuirent craintifs. Cependant, Salman ar-Roumi envoya trente soldats dans deux bateaux à leur poursuite. Ils capturèrent un navire portugais à Camran et retournèrent à Jeddah avec douze chrétiens qui étaient à bord du navire. Les Portugais restèrent à Camran jusqu’à la fin de la saison de la mousson et retournèrent à Goa, frustrés dans leurs espérances. Tel était le plaisir d’Allah.

 

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